La bière d'Alsace, « Elsassbier », désigne la bière brassée en Alsace selon une tradition séculaire. Première région brassicole de France, la bière fait partie du patrimoine alsacien.

Les quatre brasseries majeures d'Alsace, Kronenbourg, l'Espérance, Licorne, Meteor, toutes situées dans le Bas-Rhin, assurent la production de 60 % du volume national de bière (soit près de 11 millions d'hectolitres) et salariés pour un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'eurosLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 70..

Outre cette production industrielle, il existe encore, ou plutôt à nouveau, une production de bière artisanale au sein de microbrasseries et de brasseries artisanales éparpillées sur tout le territoire. Si la production familiale est presque désormais tombée en désuétude (au profit des bouilleurs de cru), le secteur gastronomique des Bierstub (taverne ou cave à bière) est en plein essor, concurrençant les Winstub (taverne ou cave à vin), car la bière accompagne très bien la gastronomie alsacienne. Parmi les brasseries-restaurants on ne peut manquer de citer le Gambrinus de Mulhouse qui il y a quelques années se targuait du titre de « Palais des 1001 bières » ; on pouvait y voir notamment accrochées ici et là, les chopes ou bocks personnels des consommateurs habituels.

Héritière par ailleurs de la tradition germanique du fait de son histoire partagée, l'Alsace a aussi une tradition de Stammtisch (tablée conviviale champêtre) et de Biergarten (terrasse en plein-air), où se réunissaient il n'y a pas si longtemps encore, des confréries diverses.

L'Alsace est également la première région française productrice de houblon avec 415 hectares (tous situés dans le Bas-Rhin)« La filière houblonnière reprend du poil de la bête » reportage France 3 Alsace du 22 septembre 2014.. Le Strisselspalt est la variété de houblon traditionnelle produite en AlsaceComptoir du houblon d'Alsace..

Historique Les premières traces écrites d'une activité brassicole à Strasbourg remontent à 961. Une charte de donation de l’évêque Udo nous apprend que le Grand Chapitre de la cathédrale reçoit une donation de deux manses de terre dont chacun était redevable d'un situle () de bière pour les fêtes de la Nativité. C'est aussi à cette époque qu'est mentionnée, pour la première fois, la bière de NoëlLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 22..

La plupart des brasseries d'Alsace sont alors gérées par des religieux. En effet les moines disposaient du monopole, accordé par Charlemagne, de la fabrication de la bièreFascicule « Au gré des Bières. L'Alsace fête ses brasseurs », Les Brasseurs d'Alsace, 2015.. La fermeture de la brasserie du Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, qui alimentait les chanoines et leurs serviteurs, entraine la création de la première brasserie privée de la ville. L'établissement du brasseur-malteur « Arnoldus le cervoisier », situé impasse de la bière près de la rue des Frères, est mentionné le dans l'« Urkundenbuch der Stadt Strasburg ». Apparait alors la corporation des cervoisiers.

Les brasseurs sont mentionnés dans l'ordre de présence des tribus (corporations) strasbourgeoises pour la première fois en 1471. Ils sont alors rattachés à la « onzième tribu des tonneliers »Les Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 23.. Le brassage étant interdit de la Saint-Georges () à la Saint-Michel (), les brasseurs exerçaient également le métier de tonnelierFascicule « Au gré des Bières. L'Alsace fête ses brasseurs », Les Brasseurs d'Alsace, 2015..

Au , six brasseries strasbourgeoises produisent hectolitres de bière. Au , l'Alsace compte environ 300 brasseries.

En 1775, le pasteur Charles Ehrenpfort introduit la culture du houblon en plein champ. En 1805, son fils Carl-Friedrrich et François Derendinger, un brasseur de Haguenau, ramènent 800 pousses de houblon de Saaz et développe les houblonnières qui bientôt produiront le fameux StrisselspaltLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 83..

À partir de 1783, les brasseurs sont autorisés à brasser toute l'année.

Ce n'est qu'après la Révolution, qui établit la liberté de brasser, que la brasserie devient le fruit de l'activité de grandes familles protestantes (une cinquantaine alors). Dès lors, la recherche de bénéfices allait promouvoir le secteur.

L'Espérance est la première brasserie alsacienne à s'équiper d'une machine à vapeur en 1842Les Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 24.. En 1847, Louis Schutzenberger introduit en Alsace la technique de fermentation basse originaire de Munich. Celle-ci permet de brasser une bière standard et de qualité constante toute l'annéeLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 29.. Cette technique nécessite cependant de lourds investissements, les brasseries quittent les centres-villes pour s'implanter en périphérie où elles font creuser des caves et s'équipent de machines à vapeur.

En 1866, l'Alsace compte 287 brasseries dont 60 rien que pour Strasbourg (71 en 1851). 224 brasseries sont situées dans le Bas-Rhin et seulement 63 dans le Haut-RhinLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 30..

Dès 1860, un train de bière relie Strasbourg à Paris une fois par semaine, il devient quotidien (hormis le dimanche) en 1865. Ainsi hectolitres de bière d'Alsace sont expédiés en 1860 et à la veille de la Guerre franco-allemande de 1870. Les expéditions reprennent rapidement à la fin du conflit mais, en 1882, la France double les droits d'entrée pour les bières étrangères (l'Alsace-Lorraine est alors allemande) et l'exportation s'effondre. C'est le marché régional qui va alors prendre le relais. La consommation de bière en Alsace-Lorraine était de hectolitres en 1885 et de 1,8 million d'hectolitres en 1907Les Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 31..

En 1876, l'Alsace compte hectares de houblonnières, ce chiffre chute à hectares en 1918 mais remonte à hectares en 1928 pour finalement chuter à hectares en 1939 et 500 hectares au cours de la Seconde Guerre mondiale. En 2014 environ 400 hectares, essentiellement localisés aux environs de Haguenau, sont consacrés à la culture du houblon. Les principales variétés de houblon alsacien sont le célèbre Strisselspalt (qui représente la moitié de la production), Aramis, Bouclier et TriskelLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, pages 84, 85.. Les producteurs de houblon d'Alsace, au nombre de 47 en 2016, espèrent atteindre 600 hectares de houblonnières à l'horizon 2020« 600 hectares d’ici cinq ans », article des DNA du 8 février 2016..

À la Belle Époque, l'Alsace comptait environ 250 brasseries.

En 1918, le retour à la France permet aux brasseurs alsaciens de s'affranchir de la législation allemande particulièrement restrictive quant aux ingrédients utilisés (Reinheitsgebot) et d'utiliser divers succédanés du malt, édulcorants, colorants, conservateurs et arômes, présents à des degrés divers dans la majorité des bières alsaciennes lancées aux et .

En 1964, les brasseries alsaciennes ont produit 4,2 millions d'hectolitres. La production a doublé par rapport à 1935 alors que le nombre de brasseries est passé de 23 à 17. En 1964, les bières d'Alsace représentent 37 % de la production française et 80 % de l'exportation« Strasbourg - Il y a cinquante ans Le prix Strasbourg remis pour la 3e fois » article des DNA du 11 octobre 2015..

Albert Gass, maître brasseur de Schutzenberger, réintroduit la tradition de la bière de Noël en 1985. Toutes les brasseries alsaciennes proposent désormais une bière de Noël pour les fêtes de fin d'année« La bière de Noël d'Alsace a 30 ans », article des DNA du 13 novembre 2015..

Si plusieurs grandes brasseries ont fermé au cours de la seconde moitié du (Gruber, Prieur, Freysz, Perle, la brasserie de Colmar, Mutzig...) et au début des années 2000 (Adelshoffen, Fischer), la fin des années 1990 marque le retour d'une production de bière artisanale au sein de microbrasseries. En 2014, la région compte 25 brasseries artisanalesLes Saisons d'Alsace, DNA, « La bière une passion alsacienne », juin 2014, page 26..

Le syndicat des brasseurs d'Alsace (SBA) regroupe Kronenbourg SAS, Heineken, Licorne, Meteor, la brasserie de Saint-Pierre, la brasserie d'Uberach, le restaurant Au Brasseur, la brasserie des Éclusiers (à Henridorff en Moselle), la brasserie Holtzmann, la brasserie du Vignoble et la brasserie associative l’Abreuvoir. En 2016, son président est Eric Trossat« Le syndicat des brasseurs d’Alsace élargit son assise », article des DNA du 7 septembre 2016..

L'étoile à six branches, composée de deux triangles superposés, est le symbole des brasseurs. Elle symbolise la terre, l'eau, le feu et l'air ainsi que la germination, le touraillage et le brassage.

Chaque été une importante fête de la bière est organisée à Schiltigheim, la cité des brasseurs. Depuis 2014, le syndicat des brasseurs d'Alsace organise également un événement culturel autour de la bière, « Au gré des bières », sur la place du Château à Strasbourg«  Au Gré des Bières va s’installer un week-end sur la place du Château », article des DNA du 4 avril 2014. Pour l'édition 2015, un « brassin du millénaire » est produit par la Brasserie associative de l’Abreuvoir dans le cadre des festivités organisées pour célébrer le millénaire des fondations de la cathédrale de Strasbourg« La première gorgée de bière du millénaire », article des DNA du 3 avril 2015.. La confrérie des bières d'Alsace est fondée le « La Confrérie des Bières d’Alsace : pour ceux qui aiment la bière et l’Alsace », article Made in Alsace du 29 avril 2016..

Les bières d'Alsace « traditionnelles » sont des blondes à fermentation basse, cependant l'offre s'est considérablement développée ces dernières années avec des bières ambrées comme la Doreleï et l’Adelscott, des bières aromatisées telles que la Desperados mais aussi des blanches comme la Meteor Blanche et la 1664 Blanc et même des brunes avec la Licorne Black.

Brasseries et bières

Les groupes internationaux Heineken : Brasserie de l'Espérance : fondée en 1746 à Strasbourg. En 1969, elle rejoint le groupe l’Alsacienne de Brasserie (Albra) aux côtés des brasseries de Mutzig, de Colmar, de la Perle et Haag à Ingwiller. En 1972, Heineken acquiert l'Albra et la brasserie. Elle brasse, entre autres, les bières Heineken, Fischer, Desperados, EdelweissBrasserie de l'Espérance, sur le site de l'entreprise ainsi que sa marque historique Ancre. Le , Heineken annonce la fermeture de la brasserie dans les trois ansStrasbourg : Heineken annonce la fermeture de sa brasserie de Schiltigheim, 220 emplois menacés, 20 Minutes, le 15 novembre 2022.. Brasserie Fischer : fondée en 1821 à Strasbourg, elle adopte le nom de brasserie du Pêcheur en 1918 et rachète, en 1922, la brasserie Adelshoffen. En 1996, le groupe Fischer-Adelshoffen est acquis par Heineken ; la brasserie ferme définitivement en 2009. Elle brassait les bières Fischer Tradition, Doreleï, des bières de saison et d’autres bières de spécialités comme la Desperados dont elle est l'inventeur. La production est désormais issue de la brasserie de l'Espérance. Adelshoffen : fondée en 1864 à Schiltigheim, elle est rachetée par la brasserie Fischer en 1922 puis est intégrée au groupe Heineken en 1996. Elle brassait lAdelscott, bière au malt à whisky. Elle est fermée en 2000, la production est alors transférée à la brasserie Fischer puis à la brasserie de l'Espérance. Brasserie Mutzig : fondée en 1810 à Mutzig, elle rejoint l'Albra en 1969, puis Heineken en 1972. Elle est fermée en 1989. Aujourd'hui la bière Mützig (avec un "ü" au lieu d'un "u") est produite sous licence dans plusieurs pays d'Afrique.