Staraïa Ladoga (, , « l'ancienne Ladoga » ; jusqu'en 1703 : Ла́дога, Ladoga ; en vieux-norrois : Aldeigjuborg) est un village russe du Nord russe, dans la commune rurale de Staraïa Ladoga du raïon de Volkhov, dans l'oblast de Léningrad. Sa population s'élevait à en 2021.
Au , c'était un lieu important d'échanges commerciaux entre plusieurs ethnies, principalement des Scandinaves appelés . De ce fait, Staraïa Ladoga est souvent qualifiée de . Le village est aussi célèbre pour son monastère fondé en 1241, le monastère Saint-Nicolas.
Géographie
Situation vignette|Carte de la commune rurale de Staraïa Ladoga dans le raïon de Volkhov. La localité est située dans l'oblast de Léningrad, un sujet de la Russie européenne, dans le district fédéral du Nord-Ouest. Elle est l'une des 290 localités du raïon de Volkhov, un raïon du nord-ouest de l'oblast. Le centre administratif du raïon est la ville de Volkhov. Staraïa est ladoga est le chef-lieu de l'établissement urbain de Staraïa Ladoga, une des quinze entités municipales du raïon. Elle est, comme tout l'oblast de Léningrad, située dans le fuseau horaire MSK (heure de Moscou). Le décalage horaire appliqué par rapport au temps universel coordonné est +03:00. vignette|La Volkhov à Staraïa Ladoga.
Staraïa Ladoga se trouve dans le nord-est de l'Europe, dans la région historique et géographie de Carélie (mais non d'un point de vue administratif). Elle se trouve sur la rive gauche de la Volkhov, qui coule du lac Ilmen au lac Ladoga, au niveau de sa confluence avec la plus petite rivière Ladojka. La Volkhov se trouve dans le bassin de la Neva, et ainsi du golfe de Finlande.
Géologie Géologiquement, le village se trouve sur le craton d'Europe orientale, un vestige de la croûte continentale précambrienne composée de roches magmatiques et métamorphiques. La zone est couverte par plus de d'épaisseur de sédiments datant Proterozoique moyen et tardif. Les roches supérieures sont principalement archéennes ou paléoprotérozoïque, datant jusqu'à , comme dans le reste de la Carélie, en raison du bouclier fennoscandien. En raison des glaciactions du Pléistocène, des dépôts moraniques ont été laissés à la surface.
Au-dessus, se trouvent d'importants dépôts marins du Pléistocène supérieur et du début de l'Holocène. Lors de la dernière glaciation, un grand lac endigué par la calotte glaciaire s'est formé au-dessus de la région. À Staraïa Ladoga, la couche de la moraine est d'environ , tandis que des dépôts de sédiments quaternaires sont présents par-dessus. Leur épaisseur n'exède pas les . Enfin, des dépôts fluvioglaciaires se retrouvent dans les sols, avec des épaisseurs maximums de , composés de graviers et de galets souvent d'origine locale, avec un loam sableux qui forme la rive gauche de la Volkhov.
Localités limitrophes Les localités limitrophes sont les suivantes :
Voies de communication et transports La route fédérale R21, de Saint-Pétersbourg à Mourmansk, passe à sept kilomètres au nord de la ville. Staraïa Ladoga se situe sur la route régionale 41A-006, qui relie la R21 (en direction de Novaïa Ladoga) au nord à l'oblast de Novgorod au sud-ouest (en direction de la M10 et de Tchoudovo), en passant par Volkhov et Kirichi.
Staraïa Ladoga est desservie par des bus locaux la reliant à Volkhov, où des trains et bus vont vers Saint-Pétersbourg.
Histoire Origines du nom Les premiers habitants étaient des Finnois, des Slaves et des Varègues.
À l’époque la ville, la rivière qui la traverse et le lac voisin étaient appelés Ladoga. Jusqu’à peu on ignorait lequel du lac et de la rivière a été baptisé en premier. Ladoga pouvant venir du finnois aaldokas, aallokas (inquiétante) et aalto (vague) si le lac a été nommé en premier, ou du finnois alode-joki’(aval de la rivière) si c’est la rivière. D’après Tatiana Jackson, il est quasiment considéré comme acquis que Ladoga a désigné dans un premier temps la rivière, puis la ville et après le lac. Par conséquent elle retient l’étymologie venant du finnois alode-joki (aval de la rivière), le nom de la rivière aurait été repris par les Normands par le mot ‘’Aldeigja’’ en vieux norrois, puis les Slaves ont converti le nom en Ladoga par métathèse Ald → Lad Джаксон Т. Н. Альдейгья. Археология и топонимика // Памятники средневековой культуры: Открытия и версии. Saint-Pétersbourg, 1994, pp. 77-79.. Dans la Bandadrápa, texte écrit vers 1010, la ville est mentionnée sous la forme d'« Aldeigju ». Ce n'est qu'en 1190 que la ville est mentionnée pour la première fois sous le nom d'Aldeigjuborg dans la saga d'Olaf Tryggvason, rédigée par Oddr Snorrason.
Pour Eugène Helimski, l’étymologie est germanique dès le départ. Le lac aurait été baptisé en vieux norrois Aldauga (qui est semblable à la mer) par les Varègues, après être passé par la forme intermédiaire Aldaugja le mot est transformé en Aldeigja par les Normands, puis repris par les Slaves en Ladoga par métathèse Ald → LadHelimski, Eugen. Ladoga and Perm revisited.
Moyen Âge
Fondation vignette|276x276px|Clé représantant Odin, du milieu du , retrouvée à Staraïa Ladoga en 1975. Les études dendrochronologiques suggèrent que Ladoga a été fondée au plus tard en 753. Des restes de céréales, en l’occurrence de l'amidonnier et du blé, ont été excavées à Ladoga, datant des . Des objets scandinaves, dont nombre du Gotland, suggèrent que le marché de la ville fut établi dès le début du , faisant de la ville l'un des plus anciens lieux d'échange commercial de la Baltique. Le peuplement se situait alors au sud des fortifications des . Les fortifications étaient des murs en bois et en pierre, et subirent de nombreuses reconstructions par la suite. Ladoga était habitée par quelques dizaines de Scandinaves, qui, selon Sergueï Kouzmine, ne s'étaient pas installés pour des raisons commerciales, mais plus en raison des mouvements de migration scandinave dans la Baltique orientale au cours des . Mais vers 760, la colonie scandinave cesse d'exister, remplacée par une population, y compris slave, venant des régions forestières du sud.
Peu après, aux alentours de 780, est ouverte la route commerciale de la Volga, ce qui s'illustre par la plus vieille pièce de monnaie arabe trouvée en Europe qui provient de Ladoga, datée de 786. À cette époque se retrouve des objets d'art oriental, comme ceux en verre construits sur des modèles orientaux et des perles de cornaline. Ladoga servait aussi probablement dès la moitié du de chantier naval. Au début du , la zone de peuplement s'étendit largement, et une partie du peuplement s'implanta sur la rive droite de la rivière Ladojka. De cette époque ont été mises au jour des traces de métallurgie et de production de verre. Jusqu'en 840, si des liens subsistent avec le monde scandinave, ils ne sont plus majeurs pour Ladoga, remplacés par les échanges venus du sud. Des ont été retrouvées huit modèles de chaussures à Ladoga, avec certaines ayant des semblables en Europe occidentale, telles qu'à York, Birka et Middelbourg. Entre 800 et 900, la ville était le plus important centre commercial en Europe de l'Est.
C'est à Ladoga, légendairement, selon la saga de Hervor et du roi Heidrekr, qu'en attendant le combat qui devait les opposer qu'Angantyr demanda la main de la fille du Jarl Bjartmar, et les noces eurent lieu peu après.
Sous la Rus' de Kiev et influence scandinave alt=Peinture de Viktor Vasnetsov, de Riourik et ses frères qui arrivent au bord du lac Ladoga, avec des Slaves qui les accueillent.|vignette|Arrivée de Riourik à Ladoga, Viktor Vasnetsov (1848-1926). vignette|Ancienne amulette retrouvée à Ladoga, inscription runique scandinave, datant au plus tard de la fin du Xe siècle. En 840, un incendie détruit Ladoga, ce qui mène à l'installation de Scandinaves à Ladoga, bien que les peuples de la région constituent toujours une partie importante de la population. En effet, les régions du nord de la Russie actuelle à la fin du étaient peuplées de nombreuses ethnies, dont des Slaves. C'est dans ce contexte que selon la Chronique d'Ipatiev, compilée vers possiblement la fin du , le chef légendaire Riourik arriva à Ladoga en 862 à la suite de l'appel des Varègues. Selon cette même chronique, Riourik s'installa à Ladoga (d'autres chroniques disent Novgorod), tandis que ses frères s'installèrent à Izborsk et Belozersk. Au même moment, un incendie dans les années 860 a lieu à Ladoga, possiblement en lien avec les évènements violents racontés par la Chronique des temps passés, qui aboutissent à un bannissement temporaire des Scandinaves et à des luttes entre tribus. S'ensuit une cohabitation entre Slaves, Finno-ougriens et Scandinaves, qui s'illustre par la diversité archéologique dans le cimetière de Plakoun.
Au cours des années qui s'ensuivirent, Ladoga devint un port important sur la Baltique, avec une densification de l'habitat et une partie réservée aux Scandinaves. Ladoga n'était ni un centre artisanal ou commercial spécialisé, et n'avait pas de fortifications destinées à contrôler la Volkhov. Du ont été retrouvées, en excellente préservation, de grandes quantités de glumes de millet, montrant la culture de ce céréale dans la région. Ladoga fut aussi un centre majeur de poterie, avec les récipients de Ladoga, type dominant de récipient sous la Rus' dans la région de Novgorod. Les céramiques de Ladoga, trouvées en larges quantités, datent principalement du .
Ladoga était l’un des ports commerciaux les plus importants d’Europe du nord-est. Les navires marchands naviguaient de la mer Baltique jusqu’à Novgorod par le biais du lac Ladoga puis continuaient jusqu’à Constantinople ou la mer Caspienne. Cette route commerciale est connue sous le nom de route commerciale des Varègues aux Grecs. Une autre route existait en descendant la Volga jusqu’aux Khazars, puis en rejoignant les rives méridionales de la mer Caspienne, pour ensuite atteindre le monde arabe et Bagdad. Ainsi, il est estimé que 90% des dirhams arabes trouvés en Scandinavie ont transité par Ladoga. Ladoga était aussi connectée à une voie commerciale vers l'Onega, et plus loin par portage vers le pays de la Dvina. Selon l'Historia Norwegiæ, Olaf Tryggvason, futur roi de Norvège et servant de Vladimir Ier, lança depuis Ladoga des raids sur les côtes de la Baltique.
La ville était entre le et le début ou le milieu du à son apogée. Elle était à cette époque une plaque tournantes des communications, avec de grands navires vikings s'y arrêtant, puisque la ville était la plus proche de la Baltique. Des bateaux plus petits, similaires au bateau de Gokstad, étaient utilisés pour les rivières et fleuves de la région. Elle accueillait notamment un important commerce de perles, qui étaient triées et divisées en petits lots pour ensuite être exportées vers les villages.