vignette|upright=1.0|Localisation de la Rhodésie du Sud. vignette|upright=1.0|Cecil Rhodes, fondateur de la Rhodésie.
L’histoire de la Rhodésie du Sud correspond à la période durant laquelle le Zimbabwe actuel (alors appelé Rhodésie du Sud) était une colonie britannique de 1890 jusqu'à l’indépendance du pays en 1980.
Les premières incursions portugaises au en Afrique australe n’ayant pas abouti à l’établissement de zones de peuplement européen, ce n’est qu’avec la « découverte » par l’explorateur britannique David Livingstone des chutes Victoria en 1855 puis avec les explorations de Frederick Courtney Selous dans les années 1870 que les Britanniques commencent à s’intéresser à cette partie enclavée de l’Afrique. La Rhodésie doit son nom et son existence politique et géographique à l’ambitieux homme d’affaires britannique Cecil Rhodes.
Matabeleland vignette|gauche|upright=1.0|alt=Dessin en noir et blanc d'un homme noir au ventre bedonnant portant un pagne en peau de léopard et tenant une lance|Le roi Lobengula ; dessin posthume basé sur une esquisse contemporaine.
Durant les années 1810, un royaume zoulou centralisé avait été établi dans la région actuelle du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud par le roi-guerrier Chaka. En 1823, l'un de ses principaux généraux, Mzilikazi, tombé en disgrâce, avait fui le royaume pour le nord-ouest et s'était installé dans la région du Transvaal formant alors un nouveau royaume des Ndébélés ou Matabélés. Dans cette période de chaos et d'affrontements appelée Mfecane (« l'écrasement »), les Matabélés deviennent rapidement la tribu dominante de la région. En 1836, ils négocient un traité de paix avec Benjamin d'Urban, le gouverneur britannique de la colonie du Cap mais la même année, les voortrekkers boers arrivent dans le territoire durant leur Grand Trek pour fuir la domination britannique. Cette arrivée entraîne la fin de la domination de Mzilikazi sur le Transvaal et les Matabélés sont obligés d'entreprendre une nouvelle migration vers le nord en 1838. Ils s'installent dans le sud-ouest du bassin du Zambèze et du Limpopo, dans ce qui est dès lors appelé le Matabeleland.
vignette|upright=1.0|Frederick Courtney Selous, chasseur et explorateur.
Dans ce royaume matabélé à forte tradition militariste héritée de la culture zoulou, les hommes suivent une éducation spartiate destinée à produire des guerriers disciplinés. L'institution militaire dicte largement la répartition des responsabilités administratives. Linkosi (roi) nomme plusieurs izindunas (ou indunas) chargés des affaires militaires et civiles. Comme les Zoulous, le groupe de guerriers est appelé impi. Les Shonas, qui occupaient le nord-est de la Zambézie depuis des siècles avant l'arrivée des Matabélés, étaient largement plus nombreux mais étaient surclassés dans le domaine militaire et se retrouvèrent soumis aux Matabélés.
En 1853, deux traités sont signés par Mzilikazi avec les Boers du Transvaal représentés par Hendrik Potgieter et Andries Pretorius pour mettre fin aux fréquents affrontements entre les deux communautés. Après la mort de Mzilikazi en 1868, son fils Lobengula monte sur le trône à la suite d'une brève guerre de succession et dirige son royaume depuis son kraal royal de Bulawayo. Ouvert aux entreprises occidentales dans son pays, Lobengula adopte le style vestimentaire occidental et accorde des concessions minières et des droits de chasse aux visiteurs blancs comme Frederick Courtney Selous en échange d'argent, d'armes et de munitions. Du fait de l'illettrisme du roi, ces documents étaient rédigés en anglais et en néerlandais par des blancs qui s'étaient installés dans son kraal. Lobengula faisait traduire et transcrire ses paroles par un des blancs et le texte était retraduit en sindebele par un autre. Lorsque le roi était satisfait des termes du traité, il le signait, apposait le sceau royal et le faisait ensuite signer par plusieurs témoins blancs dont au moins un rédigeait une approbation de la proclamation.
Pour des raisons inconnues, l'attitude de Lobengula envers les étrangers bascule complètement à la fin des années 1870. Il abandonne ses vêtements occidentaux en faveur des tenues traditionnelles en peaux de bêtes, arrête de soutenir les entreprises commerciales occidentales et commence à limiter les déplacements des blancs dans son pays. À la suite de rumeurs selon lesquelles des territoires très riches se trouveraient au nord du Limpopo, des mineurs blancs commencent à se rendre au Matabeleland pour demander à Lobengula de leur accorder des concessions ainsi que dans le Mashonaland. En dehors de la concession Tati le long de la frontière avec le Bechuanaland, ces demandes n'aboutissent pas ou peu.
Concession Rudd
vignette|gauche|upright=1.0|Carte du Matabeleland en 1887.
Dans les années 1880, la personnalité politique et économique la plus influente d'Afrique australe est Cecil Rhodes. Ce fils de pasteur qui avait quitté l'Angleterre pour des raisons de santé avait fait fortune en Afrique du Sud après avoir racheté les concessions minières de Kimberley. Il avait acquis une domination quasi complète sur le commerce mondial des diamants avec l'aide d'associés comme Charles Rudd, Alfred Beit et obtenu le soutien financier de Nathan M. Rothschild. Élu au parlement du Cap en 1881, Rhodes envisage l'annexion de territoires permettant de relier l'ensemble des possessions africaines de l'Empire britannique et de créer une liaison ferroviaire allant du Caire au nord au Cap au sud. Cette ambition est cependant directement entravée par la présence des républiques boers et des possessions matabélées juste au nord de celles-ci. Le fait que le bassin du Limpopo-Zambèze n'ait pas été attribué à une quelconque sphère d'influence lors de la conférence de Berlin de 1884-1885 complique encore plus la situation. Les Boers, les Allemands et les Portugais témoignent alors tous de leur intérêt pour la région, ce qui irrite Rhodes mais également Lobengula.
En 1887, depuis la colonie du Cap, Rhodes commence à faire campagne pour l'annexion du Matabeleland et du Mashonaland par le Royaume-Uni en faisant pression sur plusieurs hauts responsables coloniaux dont le haut-commissaire pour l'Afrique du Sud, Hercules Robinson et Sidney Shippard, l'administrateur britannique du territoire du Bechuanaland. Ce sont cependant les Boers de la république sud-africaine du Transvaal (ZAR) qui sont les premiers à obtenir des succès diplomatiques avec Lobengula. Envoyé du président Paul Kruger, Pieter Grobler signe un traité de entre le Matabeleland et la république du Transvaal en . En application de ce traité, deux représentants de Lobengula doivent être envoyés à Pretoria pour y rencontrer le président Kruger qui doit en retour envoyer un consul au Matabeleland. Alerté par ce rapprochement diplomatique qui contrarie l’expansionnisme britannique, Cecil Rhodes dépêche dès , à la cour de Lobengula, ses propres représentants afin de discréditer les Boers en donnant une lecture tendancieuse et erronée du traité de paix signé par l’illettré Lobengula. Parmi ces représentants se trouve John Smith Moffat, un missionnaire qui venait d'être nommé commissaire adjoint du Bechuanaland. Sa mission est de convaincre le roi d'être plus favorable aux intérêts britanniques et de s'opposer aux Boers. Malgré sa proximité avec Moffat, Lobengula ne le considère pas au-dessus de tout soupçon et hésite. Les négociations de Moffat et ses tentatives pour persuader le Roi et ses conseillers que les Boers les trompent sont longues et difficiles de même pour leur faire admettre que les propositions britanniques leur sont plus favorables. Durant ses négociations, Moffat avance qu'un traité avec les Britanniques renouvellerait l'accord signé par d'Urban et Mzilikazi en 1836.
vignette|Afrique du Cap au Caire, selon Cecil Rhodes.
Le , Lobengula accepte finalement l'accord britannique et appose son sceau en bas du traité. Le document proclame que les Matabélés et les Britanniques sont en paix, que Lobengula négocie exclusivement avec les Britanniques et que le roi ne vendra ou ne cédera aucune partie du Matabeleland ou du Mashonaland. Le document est cependant unilatéral comme le constate le gouvernement de Whitehall et aucune des izindunas ne l'a signé. Le premier ministre Lord Salisbury conclut que le traité Moffat remplace celui de Grobler car celui-ci serait ultra vires et sans valeur juridique.
En , Rhodes forme l'entreprise De Beers Consolidated Mines contrôlant 90 % de la production mondiale de diamants et annonce qu'il allait utiliser la compagnie pour . À cette fin, il s'assure que l'acte de fiducie de l'entreprise autorise des activités très éloignées de l'extraction minière comme la construction de chemin de fer, les activités bancaires, la capacité à annexer et à administrer des territoires et à disposer de forces armées. Sa société se retrouve alors avec des pouvoirs similaires à ceux de la Compagnie anglaise des Indes orientales autrefois. Grâce à De Beers et à Gold Fields of South Africa, la société d'extraction aurifère qu'il a créée avec Charles Rudd, Rhodes a les moyens financiers de faire de son rêve d'un empire africain une réalité. Il a encore néanmoins besoin d'une charte royale pour qu'il puisse administrer des territoires au nom du Royaume-Uni via une compagnie à charte et à cette fin, doit présenter à Whitehall une concession, signée par un souverain local, lui accordant des droits de prospection exclusifs dans les territoires qu'il espère annexer. Rhodes et Beit désignèrent Charles Rudd pour mener le groupe des négociateurs britanniques composé de neuf personnes dont un traducteur et un avocat.
vignette|gauche|Charles Rudd.
Nommé consul à la cour de Lobengula en par Kruger, Pieter Grobler présente ses lettres de créance à Lobengula en . Sur le chemin du retour à Pretoria où il va chercher son épouse, Grobler est pris dans une embuscade et tué sur la rive britannique du fleuve Limpopo, par un groupe de guerriers ngwatos du chef Khama IIIMartin Meredith, Diamonds, Gold, and War: The British, the Boers, and the Making of South Africa, Ed. Public Affairs, 2007, .