Frédéric Curie ( - ) fut un pompier membre de la Résistance intérieure française durant la Seconde Guerre mondiale.

Officier du régiment de sapeurs-pompiers de Paris, il fut l'adjoint au chef de corpsDu 20 août 1944 au 23 mai 1945. Voir Jean-Claude Demory, Pompiers dans Paris en guerre 1939-1945, Altipresse, 2004. Résistant français de la première heure, il fut arrêté et jugé par les Allemands en 1940. Emprisonné durant 15 mois, il mit sur pied dès le début de l’année 1942 le seul réseau de résistance intrinsèquement lié au régiment de sapeurs-pompiers de Paris. Ce réseau sera officiellement baptisé Sécurité parisienne en janvier 1944.

Après la guerre, Frédéric Curie fut l’un des jurés militaires du procès d’Otto Abetz, ex-ambassadeur du Reich en France et du procès de l’aviateur Dieudonné CostesDocuments conservés au Dépôt central d’archives de la justice militaire au Blanc (Indre).

Créateur et premier directeur du Centre national d’Instruction et de Protection contre l’incendie (CNIPCI), sorte d’embryon de l’École nationale des sapeurs-pompiers, il s’intéresse également dès 1949 à l’utilisation de l’hélicoptère dans le domaine du sauvetage. Il est le pionnier du Groupement hélicoptères de la sécurité civile..

Avant la guerre

L’instituteur de la République

Né à Étupes (Doubs) le dans une famille de paysans athées et républicains, le jeune Curie est un pur produit de l’école de la République. Certificat d’études en poche en 1918, il poursuit son cursus : brevet élémentaire puis brevet supérieur.

L’éducation des jeunes le tente. Il entre alors à l’École normale de Mirecourt dans les Vosges. Il en sort en 1925 comme instituteur.

Le militaire

Il effectue son service militaire au de chasseurs à pied à partir du . Le chasseur de deuxième classe Curie obtient rapidement le titre d’élève officier de réserve. Il est nommé lieutenant de réserve au de chasseurs en 1927. Il est rayé des contrôles le après avoir effectué deux mois et demi en Allemagne, principalement à Euskirchen, lors de l’occupation des territoires rhénans.

Mais la vie militaire lui plaît et le , il retourne, avec l’uniforme du alpin de chasseurs à pied, en Allemagne. Il ne reviendra en France que le Il est alors nommé au de chasseurs alpins et est admis en à l’École militaire de l’infanterie et des chars de combat à Saint-Maixent. Il y entre comme sergent.

Sous-lieutenant d’active il est nommé lieutenant au d’infanterie jusqu’à son incorporation au régiment de sapeurs-pompiers de Paris le Renseignements contenus dans le « Livret matricule d’officier » de Frédéric Curie, conservé aux Archives Militaires de Vincennes.

Le franc-maçon

Frédéric Curie fut initié le à la loge « Les Amis éprouvés » de Montbéliard rattachée au Grand Orient de France (consulté le 30 juillet 2018).

Titulaire du du Rite écossais ancien et accepté (chevalier Rose-Croix) qui en comprend 33, il a été membre de plusieurs loges parisiennes : Voltaire, mais aussi Étoile polaire, sans oublier à partir de 1945, l’un des ateliers les plus connus du Grand Orient de France : « La Clémente Amitié ». Frédéric Curie a d’ailleurs participé à sa reconstruction après la fin de la guerre. Sa qualité maçonnique et l’idéal maçonnique vers lequel il tend sont primordiaux dans ses actions futures qu’elles soient de résistance ou de sauvetage.

Le sapeur-pompier de Paris thumb|Caserne de Château-Landon. C’est sur sa demande que Frédéric Curie va intégrer le régiment de sapeurs-pompiers de Paris le .

Le lieutenant Curie sert d’abord à la (Château-Landon) puis quelques mois à la (Drancy). Le , il est nommé à la (Vieux-Colombier), sous les ordres du capitaine Lucien Sarniguet, lui aussi issu de Saint-Maixent.

Pendant la guerre

La résistance individuelle

Dès l’armistice signé le lieutenant Curie avec le capitaine Lucien Sarniguet, dissimule des caisses d’armes provenant de la caserne du Vieux-ColombierIn Dossier de proposition à la Croix de la Libération.

De caractère bouillant, le capitaine Curie, n’hésitera pas, en In Dossier de proposition à la Croix de la Libération et Jean-Claude Demory, Pompiers dans Paris en guerre 1939-1945, Altipresse, 2004, en pleine rue et devant les civils passant là, à obliger un soldat de la Wehrmacht à le saluer. Ce dernier avait, semble-t-il oublié les règles militaires de base.

Toujours en compagnie de son chef Lucien Sarniguet, Frédéric Curie met également sur pied une technique habile permettant de venir en aide à des soldats français fait prisonniers et échappés des colonnes allemandes : « Au début de , pendant une semaine environ, des réservistes ont été démobilisés directement par les commandants de compagnie. Cette situation donna l’idée au capitaine Sarniguet et au lieutenant Curie de procéder de même au profit des prisonniers ayant pu s’évader des colonnes ou des camps en raison du désordre du moment. Il s’agissait de se procurer des livrets militaires de disparus ou autres. Sur ces livrets étaient porté les mentions suivantes : Incorporé au régiment de sapeurs-pompiers le… avec cachet aménagé d’un bureau de recrutement, puis la mention : Démobilisé le… avec le cachet et la signature de la compagnie. »In note manuscrite de Frédéric Curie (collection particulière) Plusieurs actions furent réalisées au profit d’officier et d’hommes de troupe. Les livrets militaires étaient récupérés auprès d’un médecin et d’un infirmier.

L’arrestation et la détention

« La nommée L., femme d’un infirmier de l’hôpital Lariboisière, maîtresse de l’Allemand Ralph inspecteur de police, dénonça son mari pour recel de prisonniers évadés, en fait des deux chasseurs alpins évadés dont l’un était le cousin de L. et venait d’être, par les soins de Sarniguet et Curie, pourvu d’un livret faux et d’un laissez-passer. Sur cet homme, la police allemande trouva l’adresse du lieutenant Curie. Il fut aisé aux policiers allemands de découvrir le pot-aux-roses à la caserne du Vieux-Colombier grâce au livret et au laissez-passer destinés au deuxième prisonnier que le lieutenant Curie avait chez lui tout préparés et à des brouillons qui se trouvaient par négligence dans la corbeille à papier du capitaine Sarniguet. »

« L’arrestation eut lieu le . Le par jugement régulier d’un tribunal militaire, le capitaine Sarniguet, comme chef de bande, fut condamné à 30 mois d’emprisonnement. Le capitaine Curie, comme second, eut 15 mois de la même peine. La détention eut lieu au Cherche-Midi, à Fresnes en cellule jusqu’au mois de , puis en commun à partir de cette date jusqu’au pour le capitaine Curie, jusqu’au pour Sarniguet. Celui-ci fut repris par les Allemands de juin à à la suite de son éviction du régiment en ».

Ses 15 mois de prison, il les purgea à la prison de Fresnes, à Troyes et au fort d'Hauteville près de Dijon. Employé au greffe judiciaire de Fresnes, « il utilise ses fonctions […] à faire pénétrer dans [la prison] des tracts et des journaux clandestins »Citation à l’ordre de l’Armée. Décision 1061 en date du 20 août 1945. Au greffe, il dresse des états incomplets de prisonniers afin de les faire libérer plus tôt.

Le découragement ne l'atteint pas : « Officier d'un allant et d'un cran remarquable qui a fait preuve pendant toute la durée de l'occupation du plus ardent patriotisme et d'une confiance inébranlable dans la victoire des Alliés »Décret du 7 mai 1946 le nommant chevalier de la Légion d'honneur.

La formation de Sécurité parisienne

Le Frédéric Curie sort de prison. Il est affecté à la (Choisy-le-Roi) du régiment de sapeurs-pompiers de Paris dont le poste de commandement est à Vitry-sur-Seine. « Son caractère exigent, sa foi inébranlable en la victoire, ne lui permettent pas de se borner aux initiatives que réclament les problèmes immédiats et peine sorti de prison, il en prend d’autres, plus dangereuses, qui risquent, car il est surveillé de très près, de le faire incarcérer une nouvelle fois »In Éloge funèbre prononcé par le lieutenant-colonel René Beltramelli à Etupes le 20 décembre 1956 (collection particulière).

Malgré les menaces qui pèsent sur lui : « A entrepris, sitôt la liberté recouvrée, l'organisation de la résistance au régiment de sapeurs-pompiers. Travaillant dans l'ombre, inaccessible à la crainte comme au découragement, a réussi à mettre sur pied l'effectif d'un bataillon de volontaires dont l'action, au cours des combats de la libération de Paris, a fait l'admiration de tous. Agent recruteur et actif d'un réseau de renseignements, a, par ailleurs, accompli au péril de sa vie de nombreuses missions individuelles de la plus haute importance».

C’est donc à la que Frédéric Curie va mettre sur pied le réseau de résistance qui sera baptisé officiellement Sécurité parisienne en . Il recrute d'abord le lieutenant René Blanc au début de l'année 1942, puis d'autres officiers qui vont former les cadres de la structure. Charge à eux de recruter à leur tour.

Sécurité parisienne fait partie des Forces gouvernementales chargées de préparer la mise en place du Gouvernement provisoire de la République française du général De Gaulle. Elles sont composées de gardes républicains, de gendarmes et de pompiers. Le groupe Sécurité parisienne sera reconnu par le Comité national de la Résistance (CNR) au sortir du second conflit mondial, comme membre du mouvement combattant de Résistance, dirigé par le docteur Pierre Favreau, dont le pseudonyme est docteur Pierre, lui aussi éminent franc-maçon. Frédéric Curie a aussi un pseudonyme dans la résistance : Chanal et parfois même, le Commandant Chanal.

Les missions de Sécurité parisienne

La première des missions du groupe était bien sûr la recherche, la centralisation et la transmission de renseignements. Effets des bombardements, objectifs à détruire et manière d’y parvenir arrivèrent à Londres. Les plans des aérodromes, des gares de triage, des centrales et transformateurs électriques, des lignes téléphoniques souterraines importantes furent relevés et des photographies de bombardements furent prisesD’après le Mémoire de proposition pour la Croix de la Libération.

La seconde mission consistait au sabotage de l’extinction des incendies touchants des intérêts allemands et ce, chaque fois que cela a été possible comme lors du sinistre de l’Organisation TodtL’incendie de l’organisation Todt à Choisy-le-Roi eu lieu dans la nuit du 26 au 27 avril 1944. Sous sa responsabilité, Frédéric Curie détourne une voiture d’incendie ce qui eut pour effet la destruction d’une grande partie des chantiers de l’organisation. In « L’agent de liaison » du 5 février 1951. Même chose vers le où les itinéraires allemands, détruits ou modifiés, provoquèrent à Choisy-le-Roi, un embouteillage de convois qui dura toute une nuit.

Le groupe fit également des transports d’armes à l’intérieur de Paris au profit de maquis des Forces gouvernementales près de Nemours. Ces maquis rassemblaient en 1944 entre 4000 et 5000 hommes. Ils sont commandés par Paul Delouvrier. C’est en 1944 qu’il prend la tête de deux maquis à Nemours et à Milly, maquis qui ont pour mission d’emmener le général de Gaulle à Paris dans le cas où la blindée ne pourrait le faire.

Notons que le sergent-chef Maurice Lemaire, du RSPP et de Sécurité parisienne ira ravitailler ces maquis avec une camionnette chargée de fûts d’essence prélevés sur le stock du quartier Dupleix. Des vivres et des couvertures, prises à des miliciens, bénéficièrent aux mêmes maquis.

En outre, Sécurité parisienne réquisitionne, grâce à des complicités, litres de carburant au profit de l’état-major du général délégué à l’administration des territoires occupés. Ce carburant fut stocké dans un garage du corps à Vitry-sur-Seine.

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