La sculpture grecque archaïque n'apparaît qu'à la fin de l'époque archaïque, entre la fin du AEC. La sculpture dite « dédalique » l'ayant précédée dans la seconde moitié du AEC, à la fin de l'époque orientalisante. Auparavant, l'art de l'époque géométrique et plus encore celui de l'époque protogéométrique, ont constitué les premiers temps de l'art grec. La fin de la sculpture archaïque coïncide avec l'émergence du style sévère, la phase initiale de la sculpture grecque classique.
De cette période on conserve, aujourd'hui, un très grand nombre de sculptures et celles que l'on nomme « petite plastique », taillées dans le marbre mais aussi dans d'autres matériaux : calcaire, enduit et peint, bronze de plusieurs couleurs, terre cuite peinte, bois, ivoire et or qui, pour diverses raisons, ont plus ou moins disparu. Les sculptures en ronde-bosse de jeunes hommes, les kouroi (singulier : kouros), et celles de jeunes femmes, les korai (singulier : korè) caractérisent la production sculptée dans le monde grec de cette époque. De grands ensembles de décors de temples et de trésors (terme d'architecture), frontons ou frises, ont été préservés ou découverts, ainsi que des stèles funéraires, avec leur base ou leur couronnement sculptés. Partout la couleur qui subsiste sur les monuments et les sculptures prouve que toutes ces productions étaient multicolores et entretenues à l'occasion des fêtes.
. Les élites grecques commandent à cette époque des sculptures de grande taille, parfois même colossales à des ateliers de sculpteurs. C'est une opération qui leur permet de se distinguer et de renforcer leur prestige. Les élites des différentes cités ayant ce même genre de stratégie se distinguent ainsi par un style propre à chaque cité. Athènes, les îles de Naxos, Paros, Argos et Samos, mais aussi bien d'autres centres produisent des sculptures qui se différencient ou rivalisent entre elles par le style. La représentation du corps humain, celle des animaux aussi sont alors transformées grâce à des initiatives artistiques prises localement et par des emprunts. Ce qui a pour effet de rendre ces représentations plus détaillées ou plus souples. Il s'agit de choix locaux et temporaires, et non d'une évolution progressive et généralisée. Après cette période, l'uniformisation qui s'est opérée après les guerres médiques, au et avec la montée en puissance d'Athènes, s'est élevée contre toutes ces différences et les a abolies.
Les commanditaires et les lieux Dans tout le monde grec archaïque, les divers aspects de la sculpture (ronde-bosse, relief), ses matériaux et ses formats (depuis la statuette jusqu'au format colossal) montrent la puissance et la richesse des élites, hormis, peut-être, les statuettes déposées comme ex-voto dans les sanctuaires. Les sculptures génératrices de prestige étaient un mode de reconnaissance sociale parmi d'autres, comme l'élevage de chevaux, le luxe vestimentaire, l'homosexualité masculine et la participation aux grands concours panhelléniques. L'aristocrate devait inlassablement travailler à construire et à conforter son image sociale s'il ne voulait pas perdre son rang. Son statut n'étant jamais définitivement acquis.
Dans ce contexte général, chaque commanditaire revendique alors, par la commande de sculptures, son appartenance à une élite propre à un lieu, une cité (du continent, des Cyclades, de l'ouest de l'Asie Mineure, dans les secteurs géographiques et culturels dépendants comme Chypre et dans les "colonies grecques"). Chaque cité, entendue comme les élites qui la constituent, est soucieuse de se singulariser aux yeux des autres. Ces confrontations se manifestent particulièrement dans les centres panhelléniques, Olympie, Delphes, Corinthe, Némée. Le jeu des rivalités, entre cités, entre sculpteurs comme entre commanditaires, s'accommode assez bien de quelques emprunts. Par exemple, on utilise volontiers le marbre d'un île plus ou moins lointaine, quel qu'en soit le prix, voire telle solution pour représenter un corps puissant et qui réjouisse autant les hommes que les dieux. Dans ce jeu de rivalités et d'emprunts la figuration anthropomorphique, mais aussi celle des animaux, va aller en se rapprochant du détail observé sur le vivant. Mais tout au long de la période, ce sont les distinctions locales qui prédominent avant que le « style sévère », au début du , vienne assurer la domination de la référence mimétique au modèle vivant sur les styles locaux et régionaux.
Par ailleurs, une autre évolution se manifeste sur une plus longue durée. Une étude portant uniquement sur les monuments funéraires qui présentent des figures humaines, relève qu'à l'époque archaïque les figures féminines sont particulièrement rares, comparativement aux figures d'hommes. Mais ensuite le rapport s'inverse, et l'on voit dans la seconde moitié du qu'elles deviennent majoritaires, sans que l'on puisse actuellement savoir ce que signifie cette évolution.
Débuts de la sculpture archaïque, dite « dédalique »
La Dame d'Auxerre (640-630), statuette en calcaire tendre, haute de , possède les traits les plus caractéristiques que l'on a attribué au style dit « dédalique » crétoisLe concept de « style dédalique » n’a jamais fait l’unanimité, il apparaît aujourd'hui comme un outil ancien et inadapté. En 1992, au moment où était publié l'ouvrage de Sarah P. Morris, Daidalos and the Origins of Greek Art qui proposait le premier véritable bilan critique sur la notion de « style dédalique », Francis Croissant allait plus loin et mettait en évidence l’inanité du « dédalisme » (Fr. Croissant, « Les débuts de la plastique argienne », dans M. Piérart éd., Polydipsion Argos : Argos de la fin des palais mycéniens à la constitution de l’État classique, Bulletin de Correspondance Hellénique, Suppl. 22, ). L'argumentation de F. Croissant se fonde avant tout sur les perspectives ouvertes par l’étude des traditions stylistiques propres à certaines cités (ici Argos), documentées parfois depuis le . Il semble donc nécessaire de fragmenter ce qui était auparavant rassemblé sous une même étiquette qui n'est ni un acquis scientifique de l’archéologie du , ni un outil efficace: .. La Crète conserve, en effet, la majorité des sculptures dans ce soi-disant style. Le phénomène du « style dédalique » doit être considéré, localement et non généralement, comme un moment essentiel au cours de l'époque orientalisante, pendant la seconde moitié du .
Dans les mêmes années, mais venue des Cyclades, la Korè de Nicandrè (v. 640-630) à Délos est l'une des plus anciennes grandes statues grecques (H. ) en marbre, ici en marbre de Naxos, elle et un élément révélateur de ces innovations de l'époque archaïque. La korè de Nicandrè suit quasiment le « second canon » égyptien - mis au point au cours de la égyptienne, dynastie d'origine nubienneFrancis Prost, « Canon », dans . - bien que ce soit un canon masculin en Égypte. Certains parmi les premiers kouroi archaïques, au début du , ont suivi ce second canon égyptien. Le kouros de New York, vers 590-580, en fait partie.
et très semblable, la Korè de Théra (Santorin, Cyclades), haute de , et taillée, elle aussi, dans un marbre de Naxos. Elle effectue le même geste que la Dame d'Auxerre. Elle se trouve dans un état de conservation excellent et datée, elle aussi, vers 640 comme la Korè de Nicandrè, à Délos. Voir aussi . Datation : sur Arachne: [objekt][searchSeriennummer]=33388. Exposée au musée archéologique de Fira (Santorin).. Ce sont les plus anciennes statues en marbre, grandeur nature, qui soient connues. Ces statues, de faible épaisseur, semblent presque des reliefs découpés.
Travail de la pierre jusqu'en 600
L'inspiration principale du renouveau de la statuaire grecque dans la première moitié du est le Proche-Orient. On a peu de témoignages des relations de la Grèce et de l'Égypte mais l'on peut présumer que l'Égypte est le moteur de ce renouveau. La ressemblance de la statuaire égyptienne et de la première statuaire grecque tend à prouver le contact. D’après Diodore (I, 98), deux sculpteurs samiens, Rhoikos et Théodoros (milieu du ), avaient réalisé indépendamment, à partir de la technique égyptienne de la grille, deux parties d'une même sculpture.
Francis Croissant précise que les sculpteurs grecs avaient été amenés à observer sur place les techniques de taille et de repérage nécessaires à la mise en application de la grille égyptienne.. Il est cependant assez difficile de situer ce moment, en se fondant sur l'ouverture de l'Égypte aux Grecs. L'ouverture aux Grecs du domaine-du-port dans la ville égyptienne de Naucratis, par Amasis, se fait durant le règne d'Amasis, vers 560. Mais les Grecs commerçaient en Égypte auparavant, probablement depuis (r. 664-610). L'archéologie montre que les Grecs s'installèrent à Naucratis dès la fin du ..
Peu après le milieu du des sculpteurs de Naxos commencent à travailler le marbre, probablement grâce à la facilité de son extraction dans l'île, et avec des outils plus résistants, non plus en bronze mais en fer. Ce matériau étant plus dur que le calcaire, en usage à cette époque et ensuite, la sculpture en apparaîtra d'autant plus prestigieuse - comme cela a pu l'être en Égypte. Sur le plan technique de la taille, la référence à l'Égypte aurait pu être utile aussi pour le travail des pierres plus ou moins dures. Naxos semble avoir conservé ce monopole pendant au moins une génération. Ces premières statues en marbre atteignent la taille humaine. À la fin du siècle les tailleurs de pierre et les sculpteurs de Naxos sont capable d'élever le temple d'Apollon à Délos, entièrement en marbre, y compris la toiture.
Autour de 600 : premières figures en ronde-bosse de grande taille Le premier kouros connu, le kouros du Dipylon, devait mesurer entre et ; un groupe de statues similaires peut être constitué, à partir de fragments, à des dimensions un peu inférieures, 2,10-. Mais il faut remarquer qu'après 550, c'est-à-dire, plus généralement, depuis le milieu jusqu'à la fin du siècle, un autre groupe se rapproche un peu plus d'une taille humaine très grande : le kouros de Kroïsos, celui d'Aristodikos, celui de Mérenda (et la korè Phrasikleia) s'élèvent à 1,90-, de même l’Apollon du Pirée en bronze, à la fin du siècle.
Mais il a existé aussi des tailles exceptionnellement colossales, comme le kouros d'Ischès, de Samos, qui mesure , bien que les pieds soient perdus. Les groupes colossaux qui ont été "à la mode" dans les années 600, reviennent progressivement à la taille naturelle au cours du . Ce gigantisme des premiers temps pose question. Les dimensions à proprement parler « colossales » sont sans rapport avec l’échelle humaine, comme celles du kouros d'Ischès, ou plus encore du Colosse des Naxiens, qui mesurait entre 8,50 et . Les quelques éléments qui en subsistent permettent de penser que c'était un Apollon, aux bras maintenus écartés du corps par des tenons (où la pierre n'a pas été retirée), et qui serrait un arc dans une main. Ce n'est ensuite qu'à la fin de l'archaïsme et avec le style sévère que s'instaure la tradition qui réserve le format « colossal » aux figures du divin.
Autour de 600 : ce qui est en jeu dans ces dimensions spectaculaires