vignette|L'emblème de l'ERP : une étoile rouge avec le sigle. Le drapeau de l'ERP était bleu et blanc, identique à celui de l'Armée des Andes du libertador José de San Martín, avec l'étoile rouge à la place du bouclier et du bonnet phrygien.
L'Armée révolutionnaire du peuple (, ERP) était une organisation armée argentine, branche armée du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) trotskyste, bien qu'elle visât à rassembler plus large qu'au sein du PRT, s'adressant à tous ceux qui étaient prêts à s'engager dans des actions de guérilla contre la dictature militaire issue de la « Révolution argentine » autoproclamée de 1966, de nature catholique et nationaliste.
Dirigée par , l'ERP est devenue à partir de , date de sa première action publique, l'organisation de guérilla la plus active d'Argentine, opérant en particulier dans les villes de Córdoba, Rosario et Tucumán. Selon François Gèze et Alain Labrousse, l'ERP aurait réalisé 120 actions armées sur 316 entre mars et , soit 38 % ; 26 auraient été réalisées par les FAL, 16 par les Montoneros, 4 par les FAP et 137 (43,5 %) n'auraient pas eu d'auteurs identifiés ou auraient été revendiquées par des petits groupes, la plupart péronistes François Gèze et Alain Labrousse, Argentine, révolution et contre-révolutions, Le Seuil, 1975 .
Poursuivant la « guerre révolutionnaire » après les élections de 1973, qui ramènent le Parti justicialiste (péroniste) au pouvoir, elle a été presque entièrement brisée lors de l’Operativo Independencia, opération de contre-insurrection menée par le gouvernement d'Isabel Perón dans la province de Tucumán en 1975, où l'ERP tentait avec 90 combattants d'instaurer un foco révolutionnaire. Les rares derniers éléments ont été éliminés par la dictature militaire issue du coup d'État de mars 1976 dans le cadre de la « guerre sale ». du PRT et de l'ERP ont été tués lors des années 1970 A 32 años de la caída en combate de Mario Roberto Santucho y la Dirección Histórica del PRT-ERP, CEDEMA (Centre de documentation des mouvements armés) , les survivants étant extrêmement rares.
Fondation
La création de l'ERP fut décidée au V Congrès du PRT, qui s'est tenu le 29 et dans une île du delta du Paraná, un an après le Cordobazo de 1969 et les soulèvements populaires successifs qui fragilisèrent le régime dictatorial du général Onganía, remplacé par la junte à la mi-, qui lui préfère le général Levingston, lequel décida d'approfondir la soi-disant « Révolution argentine ».
Au même congrès, Nahuel Moreno, qui considérait que les conditions n'étaient pas réunies pour mener une lutte armée, entraîna avec lui un nombre important de militants dans une scission. (1936-) et son épouse Ana María Villarreal, Luis Pujals (tué en ), (1941-2006), Benito Urteaga (1946-), Domingo Menna (1947-), José Joe Baxter (1940-), Jorge Carlos Molina (1943- Desaparecidos.org : Nilda Miguez de Molina (détenue-disparue en 1977 et Jorge Carlos Molina, assassiné le ), etc., appuyèrent la décision de fonder l'ERP afin de « mener la guerre révolutionnaire ouvrière et socialiste ». Ils furent rejoints en 1972, année de leur interdiction (2004), Les Années Condor. Comment Pinochet et ses alliés ont propagé le terrorisme sur trois continents, Paris, La Découverte, 2005, rééd. 2008, 62-65, par les Forces armées de libération (FAL), qui fusionnèrent au sein de l'ERP.
Idéologie et relations avec le PRT
Trotskyste – jusqu'à 1973, le PRT et l'ERP sont membres de la Quatrième internationale ; le PRT devient ensuite membre de la Junte de coordination révolutionnaire (JCR), l'ERP était aussi influencée par le guévarisme, initiant un foco rural dans une des provinces les plus arriérées de l'Argentine, la province de Tucumán, au nord-ouest – alors que l'Argentine était déjà un pays largement urbanisé. Toutefois, à l'instar d'autres organisations, telles les Forces armées révolutionnaires (FAR) qui avaient commencé par une tentative de foco (Taco Ralo, 1969), elle s'orienta immédiatement vers la guérilla urbaine, divisant le pays en deux zones principales, la guérilla rurale de Tucumán et le Grand Buenos Aires. Cette double orientation, rurale et urbaine, avait été décidée et prévue dès le V Congrès du PRT : « (...) les deux processus sont coïncidents, inter-reliés et inséparables » Publication du PRT, Resoluciones del V Congreso y de los Comité Central Ejecutivo posteriores, Ediciones El Combatiente, août 1973 .
Par ailleurs, selon la direction du PRT: Pour le marxisme, l'Armée et le Parti sont deux organisations différentes, avec des tâches distinctes et complémentaires. L'Armée est le bras armé, la force militaire de la classe ouvrière et du peuple, dont se sert le peuple révolutionnaire dans la lutte armée contre l'armée bourgeoise. Le Parti, en revanche, est une organisation exclusivement prolétarienne, qualitativement supérieure, qui se constitue en direction politique révolutionnaire de tout le peuple, sur tous les terrains de la lutte, tant sur le terrain militaire que le terrain économique, politique.
Dans un entretien, ils diront encore: L'ERP n'est pas le bras armé du PRT. C'est une organisation de masse pour la guerre civile. Ses rangs sont constitués de tous les militants du Parti ainsi que de ceux des combattants de différentes couches sociales et d'extraction politique dissemblable qui acceptent de se battre pour le programme de l'ERP ; ce programme est anti-impérialiste, anticapitaliste et démocratique, alors que le programme du PRT est clairement et définitivement socialiste. Pour résumer, on pourra dire que l'ERP a un programme « minimal » alors que le PRT soutient un programme « maximal ». Le PRT est la direction politico-militaire de l'ERP, mais elle ne réduit pas sa fonction à n'être qu'un état-major « élitiste » et prévoit qu'elle opère et croît comme un instrument politique au sein des masses Revue , janvier 1971 .
L'ERP devint ainsi rapidement la principale guérilla argentine. Outre le trotskysme et le guévarisme, l'ERP s'est aussi nourrie des conceptions maoïstes de la « guerre révolutionnaire » ainsi que de l'expérience du Vietcong, qui avait mené avec succès l'offensive du Têt en 1968. Selon le PRT, la « guerre révolutionnaire » devait nécessairement être « continentale et internationaliste », seule une « crise de l'impérialisme à l'échelle mondiale » pouvant permettre la prise du pouvoir et sa conservation subséquente.
L'ERP et Perón
Alors que considérait le général Juan Perón comme un imposteur, se faisant passer pour l'allié de la classe ouvrière, et pensait que la révolution socialiste exigeait la lutte armée, que ce soit contre un régime démocratiquement élu, comme celui d'Héctor Cámpora après les élections de mars 1973, ou contre une dictature, comme l'était la « Révolution argentine » (1966-1973), les Montoneros restaient, au moins en principe, loyaux au général et affirmaient qu'il pourrait mener une révolution vers la « patrie socialiste » et un « socialisme national ».
Après l'attaque de la garnison d'Azul (province de Buenos Aires) par l'ERP (), Perón déclara : Tout a une limite (…) il s'agit de mettre un terme à l'action dissolvante et criminelle qui menace l'existence de la patrie et des institutions (…) le rejet citoyen unanime conduira le nombre réduit de psychopathes qui restent à être exterminé un à un pour le bien de la République (…) Nous sommes en présence d'ennemis véritables de la Patrie (…). L'annihilation, quand il s'agit de terrorisme criminel, est une tâche qui nous concerne tous (…) Notre armée, comme le reste des Forces armées (…) ne méritent pas moins que les remerciements du peuple argentin.
Ce à quoi Santucho rétorqua en disant: (…) des faits présentés, il ressort avec une clarté méridionale que le véritable chef de la contre-révolution, le véritable chef de l'auto-coup d'État contre-révolutionnaire actuel, et le véritable chef de la politique répressive, qui est la ligne immédiate la plus probable du nouveau gouvernement, c'est précisément le général Juan Domingo Perón. Et non parce qu'il serait un traître, mais parce qu'il est le défenseur conséquent de sa classe, la bourgeoisie, à laquelle il demeure entièrement fidèle, ce malgré le fait qu'il n'ait pas été compris un temps durant par une grande partie de ses frères de classe, des secteurs capitalistes nationaux et étrangers.. Invitant les Montoneros à s'unir en un front commun, il ajouta : De larges secteurs du péronisme progressiste et révolutionnaire, qui croient sincèrement en un Perón révolutionnaire, se trouvent en ce moment désorientés. Notre Parti et notre Armée guérillera ont constamment appelé ces camarades et leurs organisations à l'unité. Nous devons réitérer aujourd'hui cet appel, en rappelant, de plus, ponctuellement, que la ligne adoptée par l'ensemble du péronisme progressiste et révolutionnaire, dans la situation actuelle, a une importance énorme pour la révolution, pour le développement des puissantes énergies combatives de notre peuple. Les organisations armées FAR et Montoneros, et une partie de la Tendance Péroniste Révolutionnaire, ont commis une erreur grave, très importante et portant tort au camp populaire, en particulier depuis le : croire aveuglement à Perón et fonder toute sa politique sur cette confiance , Las definiciones del peronismo. Las tareas de los revolucionarios, sur le site Marxist archives. .
Organisation militaire
À partir de 1973, l'ERP aspirait à se transformer en « armée du peuple » à part entière. Elle s'organisa ainsi en structure pyramidale, avec des escouades (escuadras) d'une dizaine de combattants au plus bas, dirigées par un sergent ; des pelotons (pelotón) formés de trois escouades (20 à 30 combattants), dirigés par un colonel ; des compagnies formées de trois pelotons (90 combattants, pouvant aller jusqu'à 100 si on incluait les militants s'occupant de la logistique), commandées par un capitaine et un état-major. Trois compagnies formaient enfin un bataillon (250 à 300 combattants), dirigés par un commandant et son état-major.
L'ERP forma ainsi la Compañía de Monte Ramón Rosa Jiménez, active dans la province de Tucumán, et les Compagnies urbaines Decididos de Córdoba, Combate de San Lorenzo (Paraná), Héroes de Trelew (nommée ainsi en commémoration du massacre de Trelew d'), José Luis Castrogiovanni et Guillermo Pérez, ces trois dernières formant le Bataillon urbain José de San Martín, à Buenos Aires, dont le baptême du feu fut l'attaque de la caserne militaire de Monte Chingolo le (partido de Lanús, Grand Buenos Aires), qui visait à s'emparer d'armes pour approvisionner la guérilla de Tucumán. Les combats firent alors une centaine de morts, dont plus de la moitié du côté de l'ERP.
La guérilla de Tucumán fut cependant limitée à 90 combattants, dont 10 femmes (2004), Les Années Condor, comment Pinochet et ses alliés ont propagé le terrorisme sur trois continents, La Découverte, 2005, 2008 96 et note. Dinges cite entre autres les livres de Paul H. Lewis, Guerillas and Generals. The "Dirty War" in Argentina, Praeger, West Port, 2002, 100, 105 sq.; de Maria Stoane, Todo o nada. La historia secreta y la historia publica del jefe guerillero Mario Roberto Santucho, 1991, 264, et de Martin Edwin Andersen, Dossier Secreto. Argentina's desaparecidos and the Myth of the "Dirty War", Westview, Boulder, 1993, p.129 sq.. Des débats persistants opposent les historiens concernant l'influence de celle-ci dans la province de Tucumán : certains affirment qu'à un moment, elle contrôlait jusqu'à un tiers de la province, tandis que d'autres, dont des survivants de cette aventure, affirment qu'elle exagérait grandement ses succès.
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