L'équipe de Yougoslavie de football, active de 1920 à 1992, est la sélection de joueurs yougoslaves représentant le pays dans les compétitions internationales de football masculin. Elle défend successivement les couleurs du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, du royaume de Yougoslavie, de la république fédérative populaire de Yougoslavie et enfin de la république fédérative socialiste de Yougoslavie.

La sélection est suspendue au printemps 1992 en raison de la guerre et des sanctions qui s'ensuivent prononcées par l'ONU, la FIFA et l'UEFA. Lorsque l'« équipe de Yougoslavie » retrouve le terrain à la fin de l'année 1994, elle ne représente plus l'ensemble de l'ancienne république mais ce qu'il en reste (lire équipe de Serbie-et-Monténégro).

Malgré plusieurs générations de joueurs particulièrement renommés pour leurs qualités techniques, la Yougoslavie ne remporte qu'un seul titre majeur, la médaille d'or aux Jeux olympiques de 1960. Elle a cependant brillé régulièrement en compétition internationale, en atteignant les finales des Championnats d'Europe de 1960 et 1968, et les huit premières places lors de sept des quatorze Coupes du monde qui se sont tenues entre 1930 et 1990.

Avec la dissolution progressive de la Yougoslavie, l'équipe nationale laisse la place au début des années 1990 aux sélections de Croatie, de Slovénie, de Macédoine, de Bosnie-Herzégovine, et enfin de république fédérale de Yougoslavie (qui comprend la Serbie et le Monténégro). L'équipe de Serbie de football qui voit le jour en 2006 est admise par la Fédération internationale de football association (FIFA), le Comité international olympique et l'Union des associations européennes de football (UEFA) comme l'héritière principale des sélections de l'équipe de Yougoslavie.

Historique L'introduction du football dans la région

Le football est introduit en Serbie en mars 1896 par Hugo Buli, de retour d'études en Allemagne où il a notamment joué au BFC Germania 1888. À Belgrade, Buli fait découvrir ce sport à ses amis réunis au sein d'une amicale sportive baptisée , qui existe depuis 1891. Un premier match est organisé le . En mai 1899, Buli et quelques associés fondent une organisation, ébauche de fédération, baptisée , qui ne rencontre cependant pas un grand succès. L'amicale Soko poursuit son développement en nombre et en équipement, jusqu'à ce qu'il paraisse nécessaire de déclarer officiellement ses activités. Le SK Soko naît le .

Ce n'est cependant pas le premier club de football de la future Yougoslavie car dès 1901 le FK Bačka est fondé à Subotica, alors intégrée à l'Autriche-Hongrie. En Croatie, le développement du football est impulsé notamment par l'écrivain Franjo Bučar, un pionnier du sport croate. En 1903, Zagreb — qui s'appelle alors Agram — voit la fondation de deux clubs, le HAŠK Zagreb et le PNIŠK.

En 1905, les lois du jeu sont traduites en serbo-croate, contribuant ainsi au développement du sport dans la région. Les créations de clubs se multiplient à travers les Balkans : FK Šumadija à Kragujevac en 1903, HŠK Concordia à Zagreb en 1906, NAK à Novi Sad en 1910, HNK Hajduk Split, Građanski Zagreb et BSK Belgrade en 1911, SK Velika Srbija (ancêtre de l’Étoile rouge de Belgrade) en 1913, etc. En 1911, un match non officiel oppose une sélection de joueurs de Belgrade au HAŠK Zagreb. Les Serbes s'inclinent 8-0 sans toutefois démériter face une équipe bien plus forte et expérimentée. D'autre part, le royaume de Croatie-Slavonie lance en 1912 un premier championnat, qui ne va cependant pas à son terme. Le Comité olympique de Serbie, fondé en 1910, organise à son tour en 1914 une compétition opposant les clubs du pays, qui est remportée par le SK Velika Srbija.

Les guerres balkaniques de 1912-1913, puis la Première Guerre mondiale, déclenchée par l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, mettent un terme à ces compétitions naissantes. Quelques semaines après l'armistice, le , le royaume de Serbie, l'État des Slovènes, Croates et Serbes et le royaume du Monténégro se rassemblent au sein du royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

Premiers pas de la sélection

La paix revenue, le développement du football reprend son cours : la Fédération de Yougoslavie de football (en serbo-croate ) naît à Zagreb le . Son premier président est Danilo Stojanović, surnommé Čika Dača, fondateur du FK Šumadija puis du BSK Belgrade quelques années plus tôt. À défaut d'une compétition à l'échelle du Royaume, un premier championnat de clubs est organisé sur le territoire de la Serbie en 1919-1920.

En , un tournoi de football est organisé dans le cadre des Jeux olympiques à Anvers (Belgique). Une sélection est mise sur pied par la Fédération, sous la direction du Croate Veljko Ugrinić. Elle compose seule la délégation représentant le Royaume. Le groupe est choisi à la hâte après une opposition entre deux sélections de joueurs de Zagreb et de Belgrade. Les Croates sortant vainqueurs, le club le plus représenté est le Građanski de Zagreb. Pour son premier match officiel, le , la sélection affronte la Tchécoslovaquie, qui aligne dix joueurs du Sparta Prague. Réduits à dix après treize minutes de jeu à la suite de la sortie sur blessure du demi Rudolf Rupec, ancien international autrichien, les Yougoslaves s'inclinent lourdement face à des Tchèques au jeu beaucoup plus fluide (0-7). Arrivés en finale face à la Belgique, pays hôte, les Tchécoslovaques abandonnent le match pour dénoncer un arbitrage à charge et sont disqualifiés. En tour de consolation, les Yougoslaves s'arrangent pour jouer un second match face à l'Égypte, perdu 4-2. Artur Dubravčić, le capitaine, et Jovan Ružić sont les deux buteurs .

En 1921, la Fédération s'affilie à la Fédération internationale de football association (FIFA), relancée sous l'impulsion de Jules Rimet. Les Yougoslaves affrontent préférentiellement les années suivantes les sélections des pays alliés de la Petite Entente, la Tchécoslovaquie et le royaume de Roumanie. Les deux alliés sont notamment invités en pour un tournoi organisé à Belgrade en l'honneur du roi Alexandre Ier de Yougoslavie, qui a pris la suite de son père l'été précédent ; les Yougoslaves y remportent face à la Tchécoslovaquie la première victoire de leur histoire (4-3).

thumb|Équipe de Yougoslavie en 1929.|alt=Onze joueurs de football posent sur deux rangs

Le football poursuit son développement en interne avec la mise en place d'un véritable championnat national, dont la première édition est remportée par le Građanski en 1923. Forte de nouveaux succès (en Pologne et en Roumanie notamment, en ), la sélection s'inscrit aux Jeux olympiques de 1924, organisés à Paris. Le sélectionneur Ugrinić est remplacé par Todor Sekulić juste avant la compétition, à la suite d'une défaite face à l'Autriche en février (1-4). Le groupe sélectionné fait logiquement la part belle aux joueurs du Građanski. Parmi eux, Rudolf Rupec, Emil Perška, ancien du CASG Paris, et le gardien de but Dragutin Vrđuka disputent leur deuxième olympiade comme titulaires. Vingt-deux équipes se rendent au tournoi, parmi lesquels l'Uruguay, double champion d'Amérique du Sud en titre et premier représentant du continent à un tournoi olympique. Dès le premier tour, les Yougoslaves sont balayés par la (7-0), qui remporte le tournoi en impressionnant les observateurs par la qualité de son jeu.

Après cette lourde défaite, Sekulić cède sa place à Dušan Zinaja, ancien international de football et skieur olympique . Après trois défaites en autant de matchs, , autre précurseur du sport en Croatie, prend la suite. Il gagne son premier match contre la Bulgarie, et malgré plusieurs défaites par la suite, dispose du temps nécessaire à l'amélioration de la sélection. Même s'ils sont encore régulièrement défaits (par la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la France notamment), les Slaves remportent deux nouvelles victoires en Roumanie et en Bulgarie en 1927, puis face à la Turquie en 1928. Au premier tour des Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, la Yougoslavie affronte le Portugal, vainqueur du Chili en tour préliminaire, mais s'incline de nouveau (2-1), malgré un but de Mirko Bonačić. Pandaković reste cependant en poste. En , la sélection remporte une victoire de prestige à Paris contre la France (1-3) mais connaît en fin d'année deux défaites en Roumanie et en Grèce dans le cadre de la première édition de la Coupe des Balkans.

Première Coupe du monde et premiers succès

Contrairement à la plupart des sélections européennes qui boycottent la première édition de la Coupe du monde de football du fait de son organisation en Uruguay, la Yougoslavie accepte l'invitation, notamment de par l'amitié liant Mihajlo Andrejević, une personnalité influente de la Fédération, au président de la FIFA Jules Rimet. En réaction au déménagement du siège de la Fédération de Zagreb à Belgrade, le , les Croates refusent en revanche de participer à la compétition, de sorte que la sélection ne peut compter sur aucun joueur licencié dans les clubs de Croatie et n'est composée que de joueurs serbes. Le sélectionneur Pandaković laisse de plus sa place au Serbe Boško Simonović à quelques semaines de la compétition. Le groupe pioche largement dans l'effectif du BSK Belgrade, principal concurrent du Građanski sur la scène nationaleLe BSK Belgrade remporte le championnat à cinq reprises pendant les années 1930., récent vainqueur du prestigieux Újpest FC. La sélection, dont le capitaine est Milutin Ivković, compte aussi trois joueurs évoluant en France : Ljubiša Stefanović et Ivan Bek (futur naturalisé et international français) du FC Sète et Branislav Sekulić des SO Montpelliérains. La "qualification" des serbo-yougoslave fût des plus compliquées et le roi serbe de Yousoglavie Alexandre Karadorgevic refusa de financer le voyage car les croates ne jouaient pas, il ne voulait pas créer de "jalousie" entre les frères slaves ( dinars soit à peu près d'aujourd'hui étaient nécessaire). C'est la victoire des aiglons (surnom de l'équipe pendant la Yougoslavie royaliste) contre la Bulgarie qui lança un financement de don des Belgradois, les joueurs du BSK avaient fait un retournement de situation en deuxième mi-temps qui avait provoqué un énorme enthousiasme de la pour son équipe. En guise de préparation, la Yougoslavie joue trois matchs face à la Bulgarie et la Roumanie (pour deux victoires et un match nul), avant d'entreprendre la traversée de l'Atlantique à bord du MS Florida, un bateau à vapeur. Le voyage dure dix-huit jours.

vignette|Action de jeu de Yougoslavie-Brésil, avec de gauche à droite Jakšić, Mihajlović et Teóphilo.|alt=Action de jeu La sélection défie dans le groupe 2 le Brésil, tête de série et favori des observateurs, et la Bolivie, qui n'a alors encore jamais gagné de rencontre internationale. Le , les Yougoslaves affrontent le Brésil. Bien organisés, ils créent la surprise en menant deux buts à zéro à la mi-temps grâce à Tirnanić et Bek. Les Brésiliens réduisent l'écart à l'heure de jeu par Preguinho mais ne parviennent pas à égaliser, le gardien Milovan Jakšić multipliant les exploits devant son but. Trois jours plus tard, une victoire face à la Bolivie assure aux Slaves la première place du groupe et la qualification pour les demi-finales. Les Sud-Américains conservent leur but vierge en première mi-temps, avant de craquer face aux assauts répétés (4-0). La Yougoslavie est la seule équipe à s'être qualifiée sans être tête de série de son groupe et le seul représentant européen en demi-finale. Les joueurs sont surnommés par la presse uruguayenne « Iciaciosi » et l'équipe « Icici », en référence la terminaison de leurs noms de famille.

vignette|left|L'Uruguayen Pedro Cea égalise lors de la deuxième demi-finale Uruguay-Yougoslavie.|alt=action de jeu