Le château de Rochester est un château médiéval situé dans la ville britannique de Rochester, dans le comté de Kent en Angleterre. Il se dresse sur la rive orientale de la Medway. Le donjon-palais ou tour de pierre du , qui est la caractéristique la plus marquante du château, est l'un des mieux conservés d'Angleterre.
Situé sur la rive orientale de la Medway et sur Watling Street, Rochester fut un château royal important sur le plan stratégique. Durant la fin de la période médiévale, il contribua à protéger le sud-est de la côte de l'Angleterre contre les invasions. Le premier château de Rochester fut fondé à la suite de la conquête normande. Il fut donné à l'évêque Odon, probablement par son demi-frère Guillaume le Conquérant. Au cours de la Rébellion de 1088 au sujet de la succession au trône d'Angleterre, Odon soutint Robert Courteheuse, le fils aîné du Conquérant, contre Guillaume le Roux. Ce fut pendant ce conflit que le château fut témoin d'une action militaire; la ville et le château furent assiégés après qu'Odon eût fait de Rochester un quartier général de la rébellion. Après la capitulation de la garnison, ce premier château fut abandonné.
Entre 1087 et 1089, Rufus demanda à Gondulf, évêque de Rochester, de construire un nouveau château en pierre à Rochester. Il établit la superficie actuelle du château. Malgré les grands changements survenus au cours des siècles, certaines parties des travaux de Gundulf ont survécu. En 1127, le roi Henri Ier octroya le château aux archevêques de Cantorbéry à perpétuité. Guillaume de Corbeil construisit l'énorme donjon qui domine encore le château aujourd'hui. Au cours du , le château resta sous la garde des archevêques.
Lors de la Première Guerre des barons (1215-1217) sous le règne du roi Jean, les forces baronniales s'emparèrent du château qui était alors dans les mains de l'archevêque Étienne Langton et s'opposèrent au roi qui, par la suite, l'assiégea. Après avoir résisté pendant un peu plus de sept semaines, la garnison se rendit. Malgré les dommages considérables subis par le château, avec des brèches dans les murs extérieurs et un coin du donjon effondré, ce fut la faim qui finalement força la main des défenseurs. Le château ne resta pas longtemps sous le contrôle de Jean: en 1216 il fut capturé par le prince français Louis, le nouveau chef de la faction seigneuriale. Jean mourut et ce fut son fils, le roi Henri III, qui lui succéda en 1216; l'année suivante, la guerre prit fin et le château fut pris sous le contrôle direct de la royauté.
Rochester fut assiégé pour la troisième fois en 1264 pendant la Seconde Guerre des barons (1264-1267). Le connétable royal du château, Roger de Leybourne, garda Rochester pour soutenir Henri III. Des armées rebelles menées par Simon de Montfort et Gilbert de Clare entrèrent dans la ville et se mirent à tenter de capturer le château. Les défenseurs du château résistèrent une nouvelle fois, mais le résultat fut cette fois différent. Après une semaine, les armées rebelles levèrent le siège face au soulagement de Henri lui-même. Malgré la non reddition de la garnison, le château subit des dégâts considérables qui ne furent réparés que le siècle suivant. Le château vit une action militaire pour la dernière fois en 1381 lorsqu'il fut capturé et mis à sac pendant la révolte des paysans. Comme le château devint hors d'usage, ses matériaux furent réutilisés dans d'autres constructions, et la garde fut abandonnée par la Couronne. Le château et ses jardins furent ouverts au public dans les années 1870 en tant que parc. À divers moments des , des réparations furent réalisées. Le château est protégé comme monument classé et fait partie de la liste des Scheduled Monuments. Aujourd'hui, les ruines sont sous la tutelle de l'English Heritage et sont ouvertes au public.
Historique Histoire ancienne vignette|gauche|300px|Cathédrale de Rochester que l'on peut voir au-delà des fortifications en ruine du château. Les châteaux furent introduits en Angleterre par les normands au et leur construction, dans le sillage de la conquête de 1066, aida les normands à sécuriser leur nouveau territoire. Rochester était une ville importante, construite sur le site d'une ville romaine à la jonction de la rivière Medway et de Watling Street, une voie romaine. On a longtemps pensé que le premier château était situé à côté de la rivière, juste en dehors de l'angle sud-ouest des murs de la ville. Le site conjectural de l'ancien château devint plus tard connu sous le nom de « Boley Hill ». L'archéologue Tom McNeill a suggéré que ces premiers châteaux en Angleterre avaient peut-être un caractère purement militaire, construits pour abriter un grand nombre de troupes en territoire hostile.
Selon le Domesday Book de 1086, l'évêque de Rochester reçut des terres à Aylesford, dans le Kent, en compensation de celles qui devinrent le site du château de Rochester. Sur les 48 châteaux cités dans l'étude, celui de Rochester est le seul pour lequel les propriétaires fonciers furent remboursés lorsque la construction du château se faisait sur leurs terres. Dès le , le principe de devint une obligation féodale en Angleterre. Cela prenait souvent la forme de chevaliers envoyant des garnisons dans les châteaux pour leurs seigneurs pendant une période déterminée. Il n'existe aucune liste exhaustive mentionnant quels châteaux devaient fonctionner ainsi, mais l'historien militaire Cathcart King note qu'il semblait s'agir principalement de châteaux au statut élevé. La garde du château de Rochester était composé de 60 , le classant ainsi parmi les fortifications particulièrement importantes.
vignette|droite|300px|L'évêque Odon, que l'on peut voir ici sur la Tapisserie de Bayeux, tenait Rochester comme l'un des sièges lors d'une révolte contre William Rufus en 1088.
Ce fut probablement Guillaume le Conquérant qui fit don de la ville et de son château à l'évêque Odon de Bayeux, le demi-frère du roi. À la mort de Guillaume, en , ses territoires furent divisés entre ses deux fils. Robert, l'aîné, hérita du titre de Duc de Normandie et William Rufus devint roi d'Angleterre. Un nombre important de barons normands s'opposaient à l'idée de diviser la Normandie et l'Angleterre, et l'évêque Odon apporta son soutien à Robert qui réclamait le trône d'Angleterre. Plusieurs autres, parmi eux les comtes de Northumberland et de Shrewsbury, ainsi que l'évêque de Coutances, vinrent appuyer Robert. Plusieurs autres, parmi eux les comtes de Northumberland et de Shrewsbury ainsi que l'évêque de Coutances vinrent appuyer Robert. Odon prépara le château de Rochester pour la guerre et il devint l'un des quartiers généraux de la rébellion. Sa position dans le Kent faisait de lui une base appropriée pour les raids sur Londres et sa garnison pouvait harceler les forces de William dans le comté. William partit de Londres et marcha en direction de Rochester pour faire face à la menace. Avant son arrivée, la nouvelle qu'Odon s'était rendu au château de Pevensey, qui était sous le contrôle de Robert, comte de Mortain, parvint au roi.
William se détourna de Rochester et s'empara de Pevensey. Capturé, Odon fut contraint de jurer de céder Rochester aux hommes de William. Le roi envoya des forces à la remorque d'Odon afin d'exiger la reddition de Rochester. Au lieu de se rendre, la garnison sortit et captura tout le groupe. En réponse, William assiégea la ville et le château. Le chroniqueur contemporain Orderic Vital nota que le siège avait commencé en . Deux châteaux-sièges furent construits pour couper les lignes de ravitaillement de la ville et protéger les assiégeants d'éventuelles . Les conditions à l'intérieur de la ville étaient désastreuses: la maladie sévissait, exacerbée par la chaleur et les mouches. La garnison finit par capituler et des conditions furent convenues. Odon, Eustache, comte de Boulogne, et Robert de Bellême, fils du comte de Shrewsbury, furent autorisés à aller plus loin avec leurs armes et leurs chevaux, mais les biens qu'ils possédaient en Angleterre leur furent confisqués. Cet épisode marqua la fin du rôle joué par le château dans la rébellion, et la fortification fut probablement abandonnée peu de temps après. Les châteaux-sièges furent abandonnées lorsque le siège prit fin et ont disparu depuis.
Après l'abandon du premier château de Rochester, il fut remplacé par un autre sur le site actuel, dans l'angle sud-ouest des murs de la ville. Fondées entre 1087 et 1089, certaines parties du château ont survécu, bien que très modifiées lors de son utilisation et sa réutilisation au cours des siècles qui suivirent. Guillaume le Conquérant avait accordé à Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, la seigneurie de Haddenham, située dans le Buckinghamshire -qui, selon l'enquête parue dans le Domesday Book (en ), avait un revenu annuel de - jusqu'à sa mort. À son tour, l'archevêque accorda la seigneurie aux moines de Rochester, si bien qu'à la mort du Conquérant, Lanfranc Gundulf, qui fut nommé évêque de Rochester en 1077, dut lancer un appel au nouveau roi pour la confirmation de l'attribution initiale. William Rufus exigea en échange de la confirmation de la subvention. Les deux évêques, estimant qu'une telle somme était au-delà de leurs moyens, cherchèrent un compromis. Il fut convenu qu'à la place, Gundulf construirait un nouveau château en pierre à Rochester. Au départ, les deux évêques craignirent que le coût ne dépassât la demande originale du roi et d'être responsables de l'entretien du château. Cependant, Henri, comte de Warwick, les convainquit qu'un château approprié pour le roi pouvait être construit pour une somme de et que, une fois terminé, le château serait remis à quelqu'un d'autre. Le coût réel pour Gundulf fut de . L'évêque était un architecte qualifié, il supervisa la construction de la Tour Blanche, éponyme de la Tour de Londres, au nom de Guillaume le Conquérant. Le château de Gundulf était adjacent à la cathédrale de Rochester. Selon l'archéologue Oliver Creighton, lorsque les châteaux étaient positionnés à proximité des églises ou cathédrales, cela suggérait un lien entre les deux, et dans ce cas, l'évêque de Rochester était propriétaire des deux. Il s'agissait souvent des mêmes artisans et architectes qui travaillaient sur ces bâtiments étroitement liés, ce qui conduisait à des similitudes dans certaines de leurs caractéristiques. Avec Durham et Old Sarum, Rochester est l'un des meilleurs exemples d'un lien étroit entre château et édifice religieux.
vignette|gauche|350px|Cette reconstruction du Rochester médiéval, issue de The Reign of William Rufus de E. A. Freeman (1882) et datant du , montre que la ville était entourée d'un mur. Le château fondé par Gundulf était situé dans l'angle sud-ouest. Bien que le début de la construction ne commençât pas avant 1127 environ, on peut voir la grande tour construite par Guillaume de Corbeil. En 1127, le roi Henri Ier octroya le château de Rochester à l'archevêque de Canterbury, Guillaume de Corbeil, et à ses successeurs à perpétuité. Il fut autorisé à construire . Corbeil est à l'origine de la construction de la grande tour ou donjon qui aujourd'hui existe encore, bien que son état ait changé. En Angleterre, le fut témoin de la reconstruction de nombreux châteaux en pierre, un progrès dans la sophistication du design et de la technologie. L'évêque Gundulf avait certes déjà fait don à Rochester d'une courtine en pierre, mais le donjon lui-même date de cette période. Il dominait visuellement le reste du château, surplombant ses murs extérieurs, et agissant comme une résidence contenant les meilleurs logements du château. Solide, cette fortification pouvait aussi servir de bastion dans le cas d'une action militaire. Telle était l'importance du donjon et, en tant que symbole de Rochester, il fut représenté sur le sceau de la ville au .