La Gaule lyonnaise (Gallia LugdunensisLe nom de cette province est formé à partir de celui de la colonie romaine, Lugdunum, qui en est la capitale. en latin), ou Lyonnaise, est une des trois provinces (avec la Gaule aquitaine et la Gaule belgique) créées par Auguste au début de son principat à partir des conquêtes effectuées par Jules César en Gaule entre 58 et 51/50 Le sud de la Gaule et la vallée du Rhône, jusqu'à Vienne, sont alors déjà romains, depuis leur conquête effectuée antérieurement entre 125 et Cette dernière région constitue une province distincte, de rang sénatorial, la Narbonnaise, tandis que Gaules lyonnaise, aquitaine et belgique sont des provinces impériales. Ces trois dernières provinces issues du découpage augustéen se trouvaient cependant réunies, à travers les notables gaulois à la tête des cités, dans le cadre d'une assemblée commune, à vocation politique et religieuse, liée au culte impérial, le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, et dont le siège se situait face à la colonie romaine de Lugdunum (Lyon), à la confluence entre Saône et Rhône, lieu nommé condate ou ad confluentesTurcan Robert. Un bimillénaire méconnu : l'assemblée des trois Gaules. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , N. 4, 1991. .Lire en ligne.. Cette province a compté au moins vingt-trois peuples dont les Ségusiens ou Ségusiaves et les Éduens..
Histoire La Gaule chevelue de la conquête de César à l'organisation d’Auguste Lorsque s’achève la guerre des Gaules, l'accord fragile entre César et Pompée vole en éclats et les guerres civiles commencent, d'abord entre ces deux adversaires. Après l’assassinat de César en , un conflit éclate entre Marc Antoine et Octave.
Si ces guerres n’ont pas eu pour théâtre la Gaule, celle-ci sera cependant aussi l’objet de rivalités entre Marc Antoine, qui obtient dans un premier temps le gouvernement de cette nouvelle provinceÀ la suite des accords secrets de Philippes, suivant immédiatement la bataille du même nom, en , et qui voit Marc Antoine allié à Octavien vaincre les assassins de César. C'est dans le cadre de cet accord que le gouvernement de la Gaule échoit à Marc Antoine. François Hinard (dir.), Histoire romaine, Tome I, des origines à Auguste, Fayard, 2000, p. 823., avant qu’Octavien, dans le cadre d’un accord de paix précaire avec Marc Antoine n’en prenne à son tour le contrôleAprès les accords de Brindes, en , confirmés par la paix de Misènes, en , qui mettaient fin à un premier affrontement armé entre Marc Antoine et Octavien. François Hinard (dir.), Histoire romaine, Tome I, des origines à Auguste, Fayard, 2000, ..
Ce n’est qu’au terme de ces guerres civiles et après l’affermissement du nouveau régime qu’Octave, qui est proclamé Auguste en , est en mesure d’organiser les territoires conquis par César. La date de la réorganisation territoriale est encore discutée, soit entre 27 et , soit entre 16 et , lors de deux séjours différents d'Auguste en Gaule. Le territoire conquis par César est divisé en trois provinces impériales : la Gaule lyonnaise, la Gaule belgique et la Gaule aquitaine. Dans ce nouveau cadre, deux des grands peuples de Gaule, voisins pourtant, se retrouvent séparés : les Éduens en Lyonnaise, les Arvernes en Aquitaine. .
On peut aussi signaler : la mise en place par Agrippa d’un réseau de voies romaines ayant Lyon pour centre ; la création d’un atelier monétaire impérial à Lyon en ; la fondation en du sanctuaire fédéral des Trois Gaules, aussi à Lyon, destiné à maintenir un cadre unifié, sur le plan religieux, à l’échelle des trois nouvelles provinces de Gaule ; la création vers , d’une zone douanière regroupant les Trois Gaules et la NarbonnaiseJérôme France, « Administration et fiscalité douanières sous le règne d'Auguste : la date de la création de la Quadragesima Galliarum », MEFRA, 105-2, 1993, , ..
La province de Lyonnaise d'Auguste à Domitien
Liste (partielle) des gouverneurs de la Gaule lyonnaise Caius Calpurnius Acilius Aviola (21) Caius Iulius Vindex (68) Iunius Blaesus (69) Titus Tettienus Severus (78-79) Gaius Cornelius Gallicanus (79-83) Lucius Minicius Rufus (83-87) (anonyme) (entre 102 et 106) Tiberius Claudius Quartinus (vers 123-vers 130) Titus Vitrasius Pollio (136-138) Titus Flavius Longinus Quintus Marcius Turbo (vers 146-149) (Caius Ulpius ?)Pacatus (entre 138 et 161) (...) Pi(...)atus (entre 138 et 161) Caius Popilius Carus Pedo (161-162) Lucius Aemilius Frontinus (entre 162 et 168) (...) Egri(lius Plarianus Larcius Lep)idus (Flavius ...?) (entre 160 et 169 ou 177 et 180) Lucius Septimius Severus (187-188) Titus Flavius Secundus Philippianus (vers 195-198) Tiberius Claudius Paulinus (vers 218) Marcus Aedinius Iulianus (220-222) Badius Comianus (après 223) Apius Alexander (entre 240 et 245)
Partition En 297, sous Dioclétien, la Lyonnaise fut divisée en deux provinces : la Lyonnaise première, capitale Lugdunum (Lyon) ; la Lyonnaise seconde ou Lyonnaise armoricaine, capitale Rotomagus (Rouen).
Enfin, Constantin (306-337) subdivise encore ces deux provinces : la Lyonnaise première est divisée en : Lyonnaise première (vallées de la Saône et de l’Allier), capitale Lugdunum, Lyonnaise quatrième ou Sénonaise (Orléanais, sud de l'Ile de France, Sénonais), capitale Agendicum (Sens), la Lyonnaise seconde en : Lyonnaise seconde (Normandie actuelle), capitale Rotomagus, Lyonnaise troisième (Bretagne continentale, Maine, Anjou et Touraine), capitale Caesarodunum (Tours).
Ces quatre provinces sont toutes rattachées au diocèse des Gaules et à la préfecture du prétoire des Gaules.
Invasion Les Bretons installés en Lyonnaise se révoltent contre le pouvoir impérial vers les années 450, la Lyonnaise est occupée par les Burgondes vers 460, la présence romaine demeure en Lyonnaise et jusqu’en avec Ægidius et Syagrius.
Géographie vignette | L’appréhension des frontières géographiques de la Gaule lyonnaise entre les réformes d’Auguste et les remaniements de Domitien pose de nombreux problèmes à la recherche historique. Les sources textuelles permettant de travailler sur cette question sont peu nombreuses et concernent essentiellement Pline l'Ancien et Strabon. Une autre difficulté vient du fait que la représentation de l’espace géographique dans l’Antiquité est différente de la nôtre et très déformée. Ainsi, Strabon décrit la chaîne des Pyrénées comme orientée du Nord au SudStrabon, Géographie, III, 1, 3., la Garonne, la LoireStrabon, Géographie, IV, 2, 1. Parlant de la Garonne (Garounas) et de la Loire (Liger) : « Ces deux fleuves, à peu près parallèles au mont Pyréné, déterminent, par rapport à cette chaîne de montagnes, un double parallélogramme, dont les deux autres côtés sont figurés par l'Océan et par les monts Cemmènes »., la Seine et le Rhin« Mais il y a encore une autre rivière, le Sequanas, qui prend sa source dans les Alpes et va se jeter dans l'Océan, après avoir coulé parallèlement au Rhin (...) ». Strabon, Géographie, IV, 3, 2. lui étant tous parallèles. Les passages concernant le découpage provincial sont les suivants :
Strabon, Géographie, IV, 1, 1Strabon est contemporain d'Auguste et connut aussi les premières années du règne de Tibère. Son témoignage est donc très proche dans le temps de la réorganisation augustéenne.Lire en ligne..
Plus loin en IV, 3, 1 :
Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, IV, 31Le témoignage de Pline est plus récent que celui de Strabon. Il est cependant antérieur aux réformes de Domitien, Pline étant mort en 79 Lire en ligne..
Christian Goudineau, afin de mieux comprendre cette organisation territoriale, a dans un premier temps tenté de représenter graphiquement par une carte cette vision déformée de l'espace chez Strabon, puis y a intégré les divisions territoriales straboniennes et pliniennesChristian Goudineau, « Les provinces de Gaule : problèmes d'histoire et de géographie », Mélanges Pierre Lévêque, ALUB, 1990, 5, .. Le constat est celui d'un découpage rationnel répartissant l'espace géographique tel que connu alors selon des formes géométriques, « rectangles et carrésAinsi Strabon en IV, 1, 3 parlant de la Narbonnaise comme « d'un parallélogramme, dont le mont Pyréné forme le côté occidental et le mont Cemmène le côté septentrional, tandis que les deux autres côtés sont formés, celui du midi, par la portion de mer comprise entre le mont Pyréné et Massalia, et celui du levant en partie par la chaîne des Alpes, en partie par la ligne qui prolonge cette chaîne jusqu'à la rencontre des premières pentes du Cemmène du côté du Rhône, lesquelles forment un angle droit avec la ligne en question. Lire en ligne. », de dimensions similaires.
Un second constat est celui d'un découpage territorial assez différent de celui connu au Haut-Empire pour les provinces de Lyonnaise et de Belgique. En effet, tandis que, dans la période postérieure à Auguste, Lyonnaise et Belgique se partagent la région comprise entre la Loire, la Narbonnaise et le Rhin selon un axe nord-ouest / sud-est, chacune des deux provinces disposant d'une fenêtre maritime, le découpage augustéen rapporté par Strabon montre une répartition du territoire selon un axe est-ouest. La Gaule belgique d'Auguste contrôle toute la façade maritime depuis l'estuaire de la Loire jusqu'aux bouches du Rhin ; la Lyonnaise contrôle elle un territoire uniquement continental. Cette première frontière augustéenne entre Lyonnaise et Belgique est difficilement restituable de manière précise sur une carte contemporaine, seule semble être acquise une section de cette frontière à mi-chemin du cours du Rhin et que conservera plus tard la frontière séparant Germanie Inférieure et Germanie Supérieure, créées par Domitien.
Administration La Gaule lyonnaise était une province impériale administrée par un légat d'Auguste propréteur de rang prétorien installé à Lugdunum (Lyon). Elle eut notamment pour gouverneur Septime Sévère, le futur empereur d’origine nord-africaineAnne Daguet-Gagey,Septime Sévére, , Payot, 2000, .. Le rôle privilégié de Lugdunum fut renforcé par la présence d’un atelier monétaire impérial puis du Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, dédié au culte de Rome et Auguste.
En 68, ce fut la première de toutes les provinces à se soulever contre Néron. Toutefois, les habitants de Lugdunum ne suivirent guère le mouvement. Le Gaulois Caius Julius Vindex, gouverneur, proclama Galba empereur avant d’être vaincu.
Division en cités au Haut-Empire À partir du règne (81-96) de Domitien, soit avec la création des provinces de Germanie supérieure et de Germanie inférieure, constituées sur une partie des territoires de Gaule lyonnaise et de Gaule belgique, le territoire de la Gaule lyonnaise se compose des cités gallo-romaines suivantes :
Abrincates, capitale Legedia / Avrincae / Abrincae (Avranches) (Confédération armoricaine) Ambarres, des deux côtés de la Saône (Ambérieu) Andécaves, capitale de cité Juliomagus (Angers) Aulerques Cénomans, capitale de cité Vindunum (Le Mans) Aulerques Diablintes, capitale de cité Noviodunum (Jublains) Aulerques Éburovices, capitale de cité Mediolanum (Évreux) Bajocasses, capitale de cité Augustodurum (Bayeux) (Confédération armoricaine) Calètes, capitale de cité Juliobona (Caletum) (Lillebonne) (voir Gaule belgique) Carnutes, capitale de cité Autricum (Chartres) Coriosolites, capitale de cité Fanum Martis (Corseul) (Confédération armoricaine) Eduens, capitale de cité Augustodunum (Autun) Lexoviens, capitale de cité (Lisieux) (Confédération armoricaine) Meldes, capitale de cité Iantinum (Meaux) Namnètes, capitale de cité Condevincum (Nantes) Osismes, capitale de cité Vorgium (Carhaix-Plouguer) Parisii, capitale de cité Lutetia (Paris) Riedones, capitale de cité Condate Riedonum (Rennes) Ségusiaves, capitale de cité Forum Segusiavorum (Feurs) (intégrés à Lugdunum ?) Sénons, capitale de cité Agedincum (Sens) Tricasses, capitale de cité Augustobona (Troyes)