Chaim Weizmann ou Haim Weizmann (), né le à Motal (actuelle Biélorussie) et mort le à (Israël), est un chimiste et homme d'État russe, britannique puis israélien.
Inventeur d'un procédé de fabrication de composants d'explosifs mis en œuvre par l'industrie britannique pendant la Première Guerre mondiale, il prend la tête de l'Organisation sioniste mondiale, assumant la responsabilité de président par deux fois, de 1920 à 1931, puis de 1935 à 1946.
Il est le fondateur en 1934 de l'Institut Weizmann des sciences et le premier président de l'État d'Israël de 1949 à sa mort.
Biographie Chaim Weizmann nait dans le petit village de Motal (Motyli) près de Pinsk en Russie blanche, alors province de l'Empire russe. Il est diplômé de chimie de l'université de Fribourg en Suisse en 1899, puis enseigne à l'université de Genève de 1901 à 1903 puis à l'université de Manchester à partir de 1904. À cette date, il s'installe en Grande-Bretagne.
En 1906, il épouse à Zoppot, en Prusse, Vera Chatzman. Ils ont deux fils, Benjamin (1907-1980), et Michael (1916-1942), qui sert en tant que pilote de la pendant la Seconde Guerre mondiale « Weizmann, Michael Oser », sur cwgc.org..
Devenu sujet britannique en 1910, Chaim Weizmann s'investit dans l'effort de guerre du Royaume-Uni durant la Première Guerre mondiale. Il effectue un stage dans le laboratoire d'Auguste Fernbach où il apprend la fermentation bactérienne. À son retour en Angleterre, il améliore le processus et en 1916, met au point un mécanisme de fermentation bactérienne permettant de produire de grandes quantités de substances, telles que l'acétone, essentielles à la fabrication d'explosifs pour les Alliés. Au total, le procédé Weizmann a fourni 9,6 % de la production totale d'acétone par les Britanniques durant la Première Guerre mondialeHenry Laurens, La Question de Palestine, tome premier 1799-1922 : L'Invention de la Terre sainte, Fayard, 1999, , p. 340..
Le sionisme
vignette|gauche|Pièce de , pièce commémorative à l'effigie de Chaim Weizmann.Chaim Weizmann se rallie au sionisme dès les débuts du mouvement. Il participe en au premier congrès sioniste de Bâle aux côtés de Théodore Herzl, devenant ainsi l'un des chefs de file du mouvement Walter Laqueur : Le sionisme, t. I, éd. Gallimard, Tel, 1994, .
En 1903, il fonde à Genève son parti, la Fraction démocratique, qui milite en faveur du « sionisme pratique », et qui sera une des bases du parti des sionistes généraux, un parti sioniste libéral et modéré, qui sera créé au début des . Au cours de cette période genevoise, il fonde la première maison d'édition sioniste, , puis s'attaque à l'un des projets qui lui tiennent le plus à cœur : la création de l'université hébraïque de JérusalemJean Plançon, Histoire de la Communauté juive de Carouge et de Genève, , De l'Antiquité à la fin du , Slatkine, Genève, 2008, .Si l'idée est officiellement proposée lors du sioniste de Vienne en 1913, et que l'inauguration de l'Université a lieu en 1925 sur le Mont Scopus, une plaque commémorative apposée au siège social de la Communauté israélite de Genève rappelle cependant que c'est bien à Genève, en 1903, que Chaïm Weizmann élabore ce projet..Alors que débute la Première Guerre mondiale, Weizmann est une personnalité importante du mouvement sioniste, qui dispose d'une grande expérience politique. Il siège à la direction de l'Organisation sioniste et il est vice-président de la Fédération sioniste britannique. Il a par ailleurs acquis la nationalité britannique et s'est établi comme un chimiste réputé à ManchesterHenry Laurens, La Question de Palestine, tome premier 1799-1922 : L'Invention de la Terre sainte, Fayard, 1999, , p. 336..
Grâce à sa contribution à la production de l'acétone indispensable à l'effort de guerre des Alliés, il obtient en remerciement (version officielle) par l'entremise de David Lloyd George (alors ) l'appui britannique à la création d'un État pour les juifs Richard Rhodes, , , Lloyd George : ..
Très habile négociateur, Chaim Weizman emploie plusieurs arguments pour rallier le Royaume-Uni à la cause sioniste. Parmi les groupuscules actifs juifs, figurent les nationalistes dits sionistes, les internationalistes proches des mouvements révolutionnaires, et les assimilationistes présents en Europe de l'ouest, surtout en France. Lors du projet de partage de l'Empire ottoman en 1917, les Français plutôt assimilationistes militaient pour un condominium franco-britannique en Palestine. Les Français proposaient comme pour le Liban et la Syrie, la cohabitation pacifique et intégrée des différentes cultures et religions au sein d'un même État. Les Britanniques proposaient plutôt la création de deux États séparés, soutenus en cela par le président américain Wilson, lui-même profondément ségrégationniste. Dans un contexte de concurrence très marquée entre le Royaume-Uni et la France, Weizmann assura les Britanniques du soutien juif à une Palestine strictement sous leur mandat, et présenta son nationalisme comme un antidote à l'internationalisme révolutionnaire juif russe. D'autre part, il garantit aux Britanniques le soutien financier des banques juives américaines dans l'effort de guerre, alors que la défection russe laissait craindre un revirement de la situation militaire. Enfin, il fit planer le spectre du retournement d'alliance russe en faveur de l'Allemagne sous l'impulsion des juifs internationalistes russes. Ainsi Weizmann utilisa-t-il habilement les arguments antisémites habituels à cette époque pour convaincre Balfour de la solution sioniste qu'il proposait. Il écrivit .
Il travaille alors avec Lord Balfour, également très concerné en tant que secrétaire d'État au Foreign Office, à la rédaction d'une déclaration favorable à l'établissement d'un « foyer national juif » en Palestine.
Dès la parution de cette déclaration, le Royaume-uni va être confronté à la ferme opposition de l'ensemble du monde arabe à cette implantation au sujet de laquelle il n'a pas été consulté.
Sous la pression des Britanniques, et afin d'apaiser le monde arabe, le , il signe avec l'émir Fayçal ibn Hussein, futur roi d'Irak, un accord régissant les relations entre Juifs et Arabes au Proche et Moyen-Orient. La même année, il déclare : Chronique du , ..
À partir de 1920, il est à la tête de l'Organisation sioniste mondiale, assumant la responsabilité de président par deux fois, de 1920 à 1931, puis de 1935 à 1946. À ce titre, il rencontre dans l'entre-deux-guerres de nombreux hommes politiques américains et européens, dont Mussolini à trois reprises , Cecil Bloom, midstreamthf.com, janvier/.« Un Duce moins infréquentable, Pierre Milza trace un portrait nuancé de Benito Mussolini », Michel Grodent, lesoir.be, .. Lors de sa seconde rencontre avec Benito Mussolini en 1934, celui-ci déclare que Jérusalem ne peut être une capitale arabe ; Weizman propose de mettre à disposition de l'Italie fasciste une équipe de savants juifsPierre Milza, Mussolini, éd. Fayard, 2007, .Weizmann et son épouse demandent une photo dédicacée de Mussolini..
En 1921, il monte avec Albert Einstein le projet de l'université hébraïque de Jérusalem. En 1929, il devient président de l'Agence juive à sa fondation * Walter Laqueur : Le sionisme, t. II, p. 678, éd. Gallimard, Tel, 1994, . Ils rencontrent divers responsables politiques européens pour les inciter à s'opposer à l'Allemagne nationale-socialiste et à soutenir le sionisme.
Chef de l'État d'Israël Lors d'une rencontre avec le président américain Harry Truman, Weizmann obtient le soutien des États-Unis pour la création d'un futur État d'Israël. Trois jours après la déclaration d'indépendance en 1948, il devient chef de l'État d'Israël en qualité de président du Conseil d'État provisoire.
Il témoigne alors de sa bienveillance à l'égard des minorités israéliennes (Arabes chrétiens, musulmans, Druzes, Bédouins et Tcherkesses) et affirme que la résidence présidentielle leur est ouverte, qu’elle Eléonore Merza, Ni Juifs ni Arabes en Israël. Dialectiques d’identification et négociations identitaires d’une minorité dans un espace en guerre. Le cas des Tcherkesses (Adyghéens) de Kfar Kama et de Reyhaniya, Anthropologie sociale, École des Hautes Études en sciences sociales, 2012. Disponible en ligne, 234..
L'année suivante, à la suite des premières élections législatives, la l'élit premier président de l'État d'Israël, titre purement honorifique et n'ayant pas de réelle fonction politique. Il occupe ce poste du à sa mort.
Auteur d'un grand nombre de publications dans , il fonde l'Institut Weizmann à , un institut de recherche scientifique.
Il est l'oncle d'Ezer Weizman, pilote de chasse, fondateur des forces aériennes israéliennes et septième président d'Israël (entre 1993 et 2000).
Citation
Quand l'historien de l'avenir assemblera la triste histoire de notre temps, il trouvera deux choses incroyables ; premièrement, le crime lui-même, deuxièmement, la réaction du monde à ce crime... Il sera étonné de l'apathie du monde civilisé devant cet énorme et systématique massacre d'êtres humains... Il ne parviendra pas à comprendre pourquoi il aura fallu émouvoir la conscience du monde. Avant tout et surtout il ne parviendra pas à comprendre pourquoi il aura fallu supplier les nations libres, dressées contre une barbarie ressuscitée (...). Deux millions de Juifs ont déjà été exterminés. Le monde ne peut plus prétendre que ces faits horribles sont inconnus ou non confirmés. (1943)Extrait du discours prononcé à Madison Square Garden 1 mars 1943 in Walter Laqueur : Le sionisme, t. II, p.797 & 798, éd. Gallimard, Tel, 1994, Écrits Weizmann, Chaim (1918). . Weizmann, Chaim (1949). . Weizmann, Chaim (1949). . Weizmann, Chaim (). "". .
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie Walter Laqueur : Le sionisme, t. I & II(p.641 & suiv. "L'Ère Weizmann"), éd. Gallimard, Tel, 1994, , . .
Articles connexes Déclaration Balfour de 1917 Liste des présidents d'Israël
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