Jetsün Milarépa (tibétain : ; Wylie : Rje-btsun Mi-la-ras-pa), dit Milarépa (né Mila ThöpagaThö-pa-Ga : « Bonne-Nouvelle » ou « Celui qu'on écoute avec délices » ., 1052-11351052 pour la naissance, année « Dragon mâle de fer » (Iron-Male-Dragon), 1135 pour la mort, année « Lièvre femelle d'eau » (Water-Female-Hare), voir aussi in (lire en ligne) ; ; Encyclopaedia Universalis, 2009, article . Les dates alternatives parfois proposées 1052-1135, qui conservent l'âge de 84 ans pour la mort, sont issues du Namthar et ne sont généralement pas retenues dans les ouvrages encyclopédiques et historiques.), est un magicien, yogi et poète tibétain, devenu un maître de renom du bouddhisme tibétain. C'est, avec Padmasambhava, un des deux grands saints typiques du Tibet.

Il est le disciple et successeur de Marpa le Traducteur (lui-même disciple de Naropa) qui au participa à la deuxième et plus importante diffusion du bouddhisme au Tibet (sarmapa). Milarépa est considéré comme un des principaux maîtres historiques de la tradition Kagyüpa, qui comprend encore aujourd’hui de nombreuses lignées spirituelles dans ce pays. C'est au Tibet le patron des acteurs et des saltimbanques ambulants. Ses disciples les plus célèbres sont Gampopa et Rechung Dorjé Drakpa.

Le Namthar (« Vie de Milarépa ») et le Gourbum (« Cent Mille Chants »), ouvrages hagiographiques aux allures de légendes, content sa vie et son enseignement. Leur importance au sein du bouddhisme tibétain les a fait comparer aux Évangiles.

Milarépa dans la culture tibétaine Dans le bouddhisme tibétain, Milarépa est considéré comme un grand yogi, poète et saint du Tibet. Selon certains récits rapportés dans ses biographies, il aurait appris la sorcellerie dans son jeune âge et, par vengeance, utilisé la magie noire à l'encontre de ses ennemis. Pourtant, poussé par le remords, purifié par les épreuves infligées par Marpa dont il demande à devenir le disciple, il réussit, grâce à l'enseignement qui lui est transmis et à sa vie d'anachorète, à atteindre l'éveil. Son parcours inspira de nombreuses personnes au cours des sièclesSogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort, et Marie-José Lamothe, Milarépa, œuvres complètes, la vie, version numérique, Éd. Points, 2001..

Les sources Milarépa est principalement connu en Occident au travers des différentes traductions de deux ouvrages réputés : la Vie de Milarépa (1488) et les Cent Mille Chants. Il existe d'autres documents tibétains à valeur historique et biographique auxquels font référence certaines études. Il y a aussi une tradition orale, celle-là même qui débuta au Tibet avec Marpa et son disciple Milarépa, mais il s'agit d'un enseignement spirituel, doctrinal et technique, réputé ésotérique sur lequel les informations sont raresFrancis Vincent Tiso, Liberation in One Lifetime: Biographies and Teachings of Milarépa, Isernia, A Colle Croce Book, 2010..

Le Namthar ou « Vie de Milarépa » Le Namthar, « la plus célèbre des Vies de Milarépa » L'auteur écrit : Rnam-thar., est la principale source scripturale biographique publiée en Occident. Son nom se traduit selon les auteurs par « la vie », « la biographie », « l'histoire d'une vie », « le récit d'une vie »Ce mot, qui s'applique à une biographie en général, correspond à un genre littéraire traditionnel du Tibet : , à ainsi écrit un Namthar de Tilopa et J. Bacot parle du Namthar de Marpa (écrit par Tsang Nyön Heruka), ce genre est comparé ou assimilé à celui de l'hagiographie.. Son sens exact est « complète réalisation »Signifiant par là qu'une vie exemplaire et complète mène à une totale réalisation spirituelle : « Le dessein premier d'une biographie (tibétaine) tient tout entier dans sa qualité libératrice. Car le Namthar tibétain expose toujours une pratique liée à l'expérience bouddhique » .. Ce texte est parfois aussi nommé Jetsum Kabhum, « Les Cent Mille Mots du Vénérable (Milarépa) », de la même façon les « Cent Mille Chants » ou GourboummGur-'gum chez . est le titre du recueil de ses poèmes« cent mille » ne faisant pas référence à un nombre précis mais voulant souligné l'immense importance et la portée métaphysique de ces textes..

Contenu Ce récit concerne principalement l'enfance, la quête spirituelle et la mort de Milarépa. Il n'aborde qu'en un seul chapitre les trente dernières années de sa vie passées à enseigner et qui font l'objet des « Cent Mille Chants ». Le Namthar est divisé en un prologue et deux parties comprenant douze « Grands Actes » ou « Hauts Faits ». Un parallèle est ainsi créé avec le récit de la vie du Bouddha historiqueÀ propos de ce rapprochement, M.-J. Lamothe, écrit : « Le Bouddha historique, Shakyamouni, naquit en Inde. Représentatif de l'Inde, son parcours spirituel est archétypal de l'Inde. Milarépa incarne le Bouddha tibétain. Son histoire, son chemin vers l'Éveil, son Éveil même n'auraient pu se jouer ailleurs qu'au Tibet ».. La première partie comprend trois actes : naissance, jeunesse et vengeance. La seconde partie est divisée en neuf actes, sept concernent son repentir, ses épreuves et les « austérités terribles » auxquelles il se livre pour obtenir l'éveil, le huitième donne sous forme d'une énumération les lieux, grottes et ermitages, où, pendant trente ans, il rencontre et convertit ses disciplesC'est « l'Acte par lequel il s'est rendu utile aux êtres et à la Doctrine grâce au fruit de sa méditation mystique », d'après le colophon de l'œuvre, .. Il prépare ainsi le Gourboum. Enfin, le dernier acte, douzième du Namthar et neuvième de la deuxième partie, concerne sa mort et son nirvāna.

Caractéristiques et genèse de l'ouvrage Le texte tibétain est écrit de bout en bout sans structuration, rien ne sépare les questions de disciples des réponses de Milarépa ou des poèmes, rien n'individualise les deux parties ou les douze actes. Les différents traducteurs ont donc incorporé, plus ou moins arbitrairement, des chapitres et une mise en page afin d'en améliorer la lisibilitéon lira sur ce point les introductions des traductions de et de .. Ces chapitres reprennent généralement la division des « Hauts Faits » mais varient d'un auteur à l'autre.

À l'exception du dernier chapitre - la mort - et de l'avant-dernier - annonce du Gourboum - le texte du Namthar est écrit sous la forme du récit de sa vie que fait Milarépa lui-même dans une grotte proche du glacier Lapchi à l'ouest du Tibet près du mont Everest. Le Maitre, ayant déjà accompli l'état de bouddha, est entouré d'un important groupe de disciples, humains et non-humains, et répond aux questions que lui pose son principal élève Retchungpa, narrant de façon « vivante une expérience vécue ». Certains anciens traducteurs de cette œuvre, comme Jacques Bacot et Walter Evans-Wentz, l'ont ainsi tout d'abord considérée comme une authentique autobiographie transcrite par Retchungpa et remontant au ..

Les travaux plus récents, telle l'étude « Histoire et Philologie tibétaine » de l'universitaire Ariane Spanien où est aussi cité l'avis concordant de Rolf Stein., montrent que le véritable auteur du texte tel que nous le connaissons est en fait Tsang Nyön Heruka (1452 -1507), un moine bouddhiste, maitre de la tradition Kagyüpa qui rédigea aussi la biographie de Marpa le Traducteur. Le Namthar fut donc composé et achevé, sous forme de xylographie, à La-stod Lho en 1488, soit « 365 ans après la mort de Milarépa ».

Pour A. Spanien il ne fait aucun doute que le matériel utilisé pour cette œuvre provient principalement de documents écrits antérieurs : « Pour nous […] la Vie de Milarépa de Gtsang-smyon […] s'appuie évidemment sur des sources antérieures, mais d'après la littérature tibétaine que nous avons lue, il s'agit en majorité de sources écrites, et non d'une tradition orale », et « il [Heruka] n'était pas le premier à avoir composé un récit dont Milarépa était le héros central ». que l'auteur du Namthar a remis en forme sous l'influence d'un maître spirituel « apparu en vision pure »Tsang Nyön Heruka déclarant : « Bien qu'il existe au Tibet de nombreuses biographies (de Milarépa) et des recueils de ses chants, comme la lignée de transmission de ce Rnam-thar (sorti de la bouche du maître) ésotérique était coupée, je l'ai fait connaître (littéralement « rendue claire ») en la composant pour le bénéfice de mes disciples dotés d'un bon karma ». A. Spanien remarque à propos de cette « vision pure » qu'elle est « la forme usuelle donnée à l'inspiration créatrice par les Tibétains »... La forme autobiographique serait, quant à elle, une fiction adoptée par Heruka. M.-J. Lamothe, dans son récent travail, suit cette attribution ainsi que l'importance des sources écrites plus anciennes« Pour composer son œuvre, Tsang Nyön Heruka bénéficia bien sûr de chapitres isolés, de versions ou de compilations des chants déjà effectués par des disciples personnels de Milapépa et qui circulaient dans le pays depuis cette époque. Le propos n'est pas d'énumérer toutes les versions répertoriées à ce jour et qu'il faudrait lire afin d'en noter les différences ». ., mais elle laisse toujours entendre que ce travail n'a fait que respecter une autobiographie plus ancienne rédigée par Retchungpa« C'est lui (Retchungpa) dit-on, qui transcrira la biographie de Milarépa, avant qu'elle ne soit plus tard codifiée par Nyön Heruka »..

Valeur En tant que grand maître de la tradition Kagyüpa, Heruka, en qui certains disciples auraient voulu voir une incarnation de Retchung-pa, a conféré à sa version du Namthar une importance religieuse et mystique qui la distingue des versions antérieures..

Les différents traducteurs et historiens ont tous fait ressortir l'aspect légendaire et hagiographique de cette vie de Milarépa. Ils ont différemment apprécié la valeur historique de ce document dans certaines de ses parties : « Est-ce une œuvre d'historien ? certes pas. » ; ou : « la Vie de Milarépa ne fait pas à proprement parler partie de la littérature historique tibétaine, comme on avait naturellement tendance à le penser, mais de la littérature romanesque » ; a contrario : « Une partie de l'enfance de Milarépa à quelque chose qui ne suggère pas le doute » ou encore : « Cette biographie […] peut-être regardé comme un récit fidèle des faits et gestes de Jetsün »… « Sa valeur historique est peut-être aussi exacte que celle des Livres du Nouveau Testament, sinon plus. », laissant parfois au lecteur le choix d'apprécier la véracité des faits qui y sont relatés : « Le lecteur pourra faire lui-même la part du vrai en le limitant au vraisemblable », ou encore : « Quant à la valeur historique des faits, chaque lecteur doit en juger par lui-même après avoir accordé la juste part aux apports de la tradition et de la foi populaire ». L'aspect légendaire, voir mythique, de ce texte et du héros qu'il décrit étant une des caractéristiques souvent mise en avant par les différents auteurs ayant abordé le sujetMagazine littéraire, numéros 328 à 333, 1995, recension de Milarépa, la vie, Tsang Nyon Heruka, : . Interviews & Talks, 1964-1979 New Directions Publishing, 1980, Gary Snyder, William Scott McLean, , « Regardez Milarépa : les chants sont comme des récits folkloriques dans le registre de la légende ou du mythe P. T. Mistlberger, Pitfalls, and Hard Truths of the Spiritual Path, O Books, 2012, : « (les histoires) ne rapportent pas l’existence d’une entité que l’on appelle une personne mais plutôt un message immortel (…) que le messager soit factuel ou fictif. Milarépa, indépendamment du fait que sa légende puisse être purement mythique, n’est ni plus ni moins réel que vous ne l’êtes. »)Certains récits au sujet de Milarépa sont identiques à des légendes du des chamans Gurung au Népal Lamas and Gurung Shamans in Nepal par Stan Mumford, University of Wisconsin Press, 1989, « La légende de Milarépa et du chasseur [chap. 26 du Gourboum] partage le même noyau mythologique que le récit du chasseur Gurung qui poursuit le cerf dans l'autre monde. ».

Le Gourboum ou les « Cent Mille Chants »