La classe Kongō est une série de quatre croiseurs de bataille de la Marine Impériale japonaise, conçue par l'architecte naval britannique , avant la Première Guerre mondiale. Le Kongō fut le dernier grand navire de guerre japonais à être construit en dehors du Japon. Il a servi de modèle pour les trois autres unités de la classe, qui ont été construites dans des chantiers japonais. Ils ont subi des transformations importantes entre les deux guerres mondiales, et ont eu l'activité militaire la plus importante des grands navires porte-canons japonais, leur vitesse supérieure à celle des cuirassés japonais des classes suivantes, Fusō et Nagatō, les ont amené à accompagner les porte-avions de Pearl Harbor à Midway. Aucun n'a survécu à la Seconde Guerre mondiale, deux ont été perdus devant Guadalcanal, en , et les deux autres ont été détruits entre et .
Contexte et conception Au début des années 1910, dans le cadre d'une course aux armements navals entre le Royaume-Uni et l'Empire allemand, s'oppose deux conceptions du croiseur de bataille.
Les premiers à réaliser de tels bâtiments ont été les Britanniques, sous la houlette de l'amiral Fisher, Premier Lord de la Mer de 1904 à 1911, à partir de l'idée que « la vitesse tient lieu de blindage » (« Speed is armour ») : les trois navires de la mis en chantier en 1906 immédiatement après le , sont entrés en service en 1908. D'un déplacement de plus de à pleine charge soit de plus que le célèbre cuirassé, ils portent quatre tourelles de 12 pouces () au lieu de cinq. Plus longs d'une dizaine de mètres, avec un ratio longueur/largeur un peu supérieur (7,2 contre 6,4) et une puissance installée de au lieu de , ils filent 5 nœuds de plus. Mais pour compenser les plus grandes dimensions de coque et l'appareil moteur plus puissant avec au lieu de 18, l'épaisseur de la ceinture cuirassée n'est que de au lieu de 11 () et le blindage des tourelles n'est que de au lieu de 11 (). Ces navires qui recevront en 1911 la désignation officielle de croiseurs de bataille ne sont dès lors plus intégrés aux escadres de croiseurs, mais constituent une de croiseurs de bataille. Conçus pour surclasser les croiseurs cuirassés, ils sont grâce à leur vitesse en situation d'éviter le combat avec les cuirassés. vignette|gauche|Le croiseur de bataille HMS Invincible inaugura le concept britannique du croiseur de bataille, immédiatement après la mise en service du HMS Dreadnought. La Marine impériale allemande avait commandé en 1904 la première unité de la d'un déplacement de , filant , armés de huit canons de , avec un blindage de ceinture atteignant et sur les tourelles. En 1907, les crédits budgétaires furent alloués, en même temps que pour les deux premiers « dreadnoughts » allemands de la , pour un « croiseur E » nettement plus puissant que la . Il devait déplacer , filer , être armé de douze canons de , son blindage atteignant en ceinture et sur les tourelles. Le but était de répondre à ce qui allait devenir la que l'on savait en construction, pensant, sur la foi d'une information publiée dans le Jane's Fighting Ships, qu'il s'agissait de grands croiseurs cuirassés armés de six à huit pièces de . Lorsqu'il apparut qu'il s'agissait de navires encore beaucoup plus puissants, armés de huit canons de , il n'était plus possible de modifier les plans de ce qui allait devenir le lequel, pour des raisons de secret sur ses caractéristiques, devait rester classé croiseur cuirassé. La Marine impériale allemande s'attacha alors à définir le « croiseur F » qui deviendra le mis sur cale en 1908 et qui sera le prototype des « grands croiseurs » (en est la désignation officielle des croiseurs de bataille de la Marine Impériale allemande). vignette|Le SMS Von der Tann, premier « croiseur de bataille » de la Marine impériale allemande, était beaucoup mieux protégé que ses équivalents britanniques. L'amiral von Tirpitz penchait pour un homologue du avec une forte artillerie et un blindage limité, pour pouvoir repousser les croiseurs cuirassés ennemis, pour l'éclairage de la Flotte. L'Empereur et le Reichsmarineamt (le Bureau de la Reichsmarine, qui avait la responsabilité de la planification des constructions) étaient partisans d'un navire qui puisse prendre place ensuite dans la ligne de bataille. Ce fut cette option qui fut retenue, d'où un blindage de ceinture atteignant d'épaisseur, soit de plus que le . Dans le même esprit, bien qu'un calibre de ou eût été suffisant pour percer le blindage des croiseurs de bataille britanniques de l'époque, le choix se porta pour l'artillerie principale, sur quatre tourelles doubles de , du type déjà utilisé pour les cuirassés de la , sans aller, pour des raisons d'économies budgétaires, jusqu'aux canons de , qui équiperont les cuirassés à partir de la . L'artillerie secondaire est importante, avec dix canons de . Déplaçant environ, le est le premier grand bâtiment de guerre allemand équipé de turbines, développant , pour une vitesse prévue de , mais furent atteints aux essais et en croisière d'endurance. vignette|gauche|Le croiseur de bataille japonais Kongō a été construit par Vickers à Barrow-in-Furness. On remarquera les trois cheminées d'égale hauteur et les pièces de sur les tourelles Les croiseurs de bataille mis ensuite en service, avant la Première Guerre mondiale, dans la Royal Navy aussi bien que dans la Marine impériale allemande, furent, pour chaque classe, un peu plus puissants, mieux armés et plus rapides, que la classe précédente, mais en respectant le concept initial de chaque marine. Les deux marines sont restées fidèles à leur conception d'origine, pour le concept du croiseur de bataille : les croiseurs de bataille britanniques ont été dotés d'un blindage de ceinture d'une épaisseur égale à 50 % du calibre de leur artillerie principale pour la , et à 67 % sur la classe Lion, moins que sur les cuirassés dreadnoughts sur lesquels on trouve 92 % pour le HMS Dreadnought et 88 % pour la . Pour les grands croiseurs allemands le ratio correspondant est 89 % pour le et 107 % pour le , très proche de ce qu'il était sur les cuirassés, soit 107 % pour la et 98 % pour la .
Les Japonais, avec la mise sur cale en 1911 de la première unité de la , adoptent le concept du croiseur de bataille sur le modèle britannique. Construit chez Vickers, à Barrow-in-Furness, déplaçant près de , le Kongō est armé de quatre tourelles doubles de 356 mm/45, calibre inégalé à l'époque (les premiers cuirassés à porter ce calibre ne sont mis en service qu'en 1914, dans l'U.S. Navy), mais son blindage de ceinture est seulement de , alors qu'il est de sur la dont l'artillerie principale a un calibre de .
Il est réputé avoir influencé la conception de la quatrième unité qu'on peut rattacher à la , le , dans la mesure où celui-ci porte quatre tourelles doubles, superposées deux à deux à l'avant et à l'arrière, comme le Kongō, et non quatre tourelles doubles, dont une tourelle axiale centrale dont le champ de battement est limité par les superstructures avant et arrière, comme le reste de la .
La deuxième unité de la classe Kongo, le , est construite à l'arsenal de Yokosuka, mais 30 % du matériel nécessaire est encore fourni par les Britanniques. Les deux dernières unités, et , sont les premiers grands bâtiments de la Marine impériale japonais commandés à des chantiers navals privés, respectivement Mitsubishi de Nagasaki et Kawasaki de Kobe.
À la mise en service Longs de , avec un maître bau de , les unités de la classe Kongo déplaçaient, à leur mise en service, (standard) et ,à pleine charge. Armement et protection L'artillerie principale au calibre de Navweaps Japan 14"/45 de ces bâtiments en a fait les croiseurs de bataille les plus puissamment armés, jusqu'à la mise en service de la . Tous les autres bâtiments construits avec une artillerie de ont été des cuirassés, donc avec une vitesse moindre et une cuirasse plus épaise, d'abord un cuirassé chilien construit par Armstrong Whitworth, qui a été incorporé dans la Royal Navy sous le nom de , équipé de dix canons de ()/45 calibres Navweaps Britain 14"/45, construits par Elswick Ordnance Company, ensuite les cuirassés américains de la jusqu'à la , enfin les cuirassés japonais des classes Fuso et Ise. vignette|gauche|Le Kirishima amarré à Sasebo en décembre 1915 Les canons de / 45 Vickers “Mark A” des croiseurs de bataille japonais pesaient , ils tiraient des obus de perforation pèsant , avec une vitesse initiale de , à la cadence de . La portée était de avec une élévation des canons de 20°. Les tourelles de la classe Kongo “à deux canons” (selon leur désignation officielle) pesaient . L'élévation maximale des pièces était de 25° sur le et 20° sur les autres unités . La vitesse d'élévation des canons était de 5°/s et la vitesse de rotation des tourelles de 3°/s.
L'artillerie secondaire était constituée de huit pièces simples de / 50 Vickers “Mark M”Navweaps Japan 6"/50 sous casemates de chaque bord, tirant des obus de à , à l'élévation de 15°, avec une vitesse initiale de , à la cadence de .
La Défense Contre Avions reposait sur des pièces simples de Navweaps Japan 3"/40_mk1, installées sans protection sur les tourelles et le pont principal. Le Kongo en a porté seize, les autres huit.
Ces croiseurs de bataille portaient aussi huit tubes sous-marins lance-torpilles de .
S'ils étaient les plus puissamment armés, leur protection étaient parmi les plus légères, sous le rapport épaisseur maximale de la ceinture/calibre de l'artillerie principale. Leur ceinture cuirassée était de au centre du navire et à l'avant et à l'arrière , ce qui aboutissait à un ratio de 57 %, intermédiaire entre la et la . Les tourelles portaient de blindage, les barbettes et le blockhaus , le pont blindé avait une épaisseur de .
Propulsion La propusion était assurée par 36 chaudières marines Yarrows à charbon et mixtes (à charbon avec pulvérisation de fuel) alimentant deux groupes de turbines Parsons (sauf sur le où c'étaient des turbines Brown-Curtis) qui entrainaient quatre hélices. Les chaudières étaient installées dans huit compartiments. Les turbines étaient installées dans deux salles séparées par une cloison longitudinale centrale, situées entre les tourelles arrière. Les deux groupes de turbines comprenaient des turbines à basse pression entrainant les hélices intérieures, assurant la marche en vitesse de croisière, et des turbines à haute pression entrainant les hélices extérieures, pour les pointes de vitesse. La capacité des soutes était de de charbon et de de mazout, donnant un rayon d'action de à 14 nœuds. La puissance maximale développée prévue de , devait assurer une vitesse de 27,5 nœuds qui fut dépassée aux essais, le Hiei atteignant avec une puissance de .
Modernisations et refontes vignette|Le Kongo avec son capot de cheminée caractéristique dans le milieu des années 1920 Dès 1918, les pièces de DCA de ont été enlevées. À partir de 1923, de nouvelles pièces de DCA ont été installées, du même calibre de mais désignées comme de “8 cm/40 cal. Type année”Navweaps Japan 8cm/40_3 au lieu de “3 pouces/40 cal. Type année”. Le Kongo et le Hiei sont équipés d'un haut capot sur la première cheminée.
Première modernisation (1927-1931) Une première modernisation importante est intervenue à la fin des années 1920, pour le Kirishima de à , pour le Haruna de à , pour le Kongo de à . L'élévation maximale des pièces de l'artillerie de a été portée à 33° de sorte que la portée maximale a atteint plus de . Deux des quatre tubes lance-torpilles ont été, en revanche, supprimés. Deux hydravions ont été embarqués, sans qu'une catapulte soit installée. vignette|gauche|Le Kongo, après sa première reconstruction