Alphonse Desjardins, né à Lévis (Québec, Canada) le , mort dans la même ville le , militaire, journaliste, éditeur, fonctionnaire sténographe et fondateur québécois du mouvement coopératif des caisses populaires qui porte son nom. Il est allé au collège de Lévis.
Biographie
Enfance et formation Gabriel-Alphonse Desjardins naît le dans une petite maison de la rue Carrier à Lévis (Québec). Son père se nomme François Roy dit Desjardins (1810-1875) et sa mère Clarisse Miville dit Deschênes (1827-1896). Il est le huitième d’une famille de originaire de Saint-Jean-Port-Joli (Québec). Des ennuis de santé forcent son père à vendre sa ferme et expliquent le déménagement de la famille à Lévis en 1853.
Sa famille connaît la pauvreté : son père est journalier et sa mère travaille comme femme de peine auprès de gens aisés de la ville. Les enfants sont mis à contribution du revenu. Trois sœurs et quatre frères d'Alphonse Desjardins décèdent au berceau. Les enfants de la famille qui comme lui atteignent l'âge adulte sont Clarisse (1844-1908), Charles (1847-1904), Louis-Georges (1849-1928), les jumeaux Joseph (1860-1936) et Étienne (1860-1909), Albert (1863-1939) et Napoléon (1870-1953).
Alphonse est baptisé à l'église Notre-Dame-de-la-Victoire de Lévis sous le patronyme « Desjardins » et non « Roy dit Desjardins » contrairement à ses aînés.
Élevé dans la foi catholique par sa mère Clarisse, il prend l'habitude de dire son chapelet de la Sainte-Vierge tous les soirs dès l'âge de dix ans.
Comme ses six frères, Alphonse poursuit des études secondaires au collège de Lévis, fondé en 1853 par le curé Joseph-David Déziel. De 1864 à 1870, il est élève externe de cet établissement, qui prodigue un enseignement bilingue : en français dans l'avant-midi et en anglais dans l'après-midi. Il complète son cours commercial, mais les difficultés financières de sa famille le forcent à abandonner le collège, à l'été 1870, à l'âge de , avant d'avoir terminé son cours de latin.
Le docteur Joseph-Goderic Blanchet, homme politique conservateur influent, fondateur du Bataillon d'infanterie de Lévis en 1863, agira comme mentor auprès du jeune Alphonse et de son grand-frère Louis-Georges.
Militaire À l'été 1869, il s'enrôle dans la milice volontaire et commence son entraînement lors d'un camp militaire annuel de six jours et demi tenu près du fort 1 à Lauzon (Québec). Son frère Louis-Georges détient alors le grade d'adjudant dans le Bataillon d'infanterie de Lévis. Les deux seront appelés à servir en 1870, 1871 et 1872 dans le contexte de campagnes visant à repousser les raids que mènent les révolutionnaires de la Fraternité républicaine irlandaise dits « Féniens » aux frontières du Canada à partir des États-Unis.
En 1870, il fréquente l'École militaire de la ville de Québec, qui lui décerne les certificats de seconde () et première classe (). Il détient le grade de sergent-major au moment de sa participation au camp annuel de la milice du 3 au . Il est l'un des 212 miliciens de renfort envoyés en 1871 au Fort Garry (Manitoba) pour contrer toute tentative d'invasion des Féniens. Son engagement dans cette expédition militaire sera d'une durée totale de , soit du au . Les premiers biographes d'Alphonse ont cru à tort qu'il avait participé à une expédition militaire contre les Métis de l'Ouest canadien, mais des recherches ont montré que les dates ne concordent pas.
Journaliste De retour à Lévis, il commence une carrière de journaliste à L'Écho de Lévis, alors dirigé par l'avocat Isidore-Noël Belleau. Il exerce sa plume pour ce journal d’allégeance conservatrice de la fin de 1872 jusqu'à sa fermeture en . Il couvre notamment la vie parlementaire et, en 1873, séjourne à Ottawa (Ontario), la capitale fédérale, à titre de correspondant. Il passe ensuite au journal Le Canadien de Québec, alors propriété de son frère Louis-Georges et de Joseph-Israël Tarte. Il se lie d'amitié avec le journaliste Jules-Paul Tardivel, entré dans le bureau de rédaction de ce quotidien quelques années avant lui en 1874. Parce qu'il est déjà rompu à la sténographie, on lui confie la chronique de la vie parlementaire québécoise, une responsabilité qui lui permet de fréquenter plus étroitement les milieux influents de la politique et des affaires.
Mariage
Le , Alphonse Desjardins, , épouse Dorimène Roy-DesjardinsLes arrière-grands-pères d'Alphonse et de Dorimène étaient cousins germains. Guy Bélanger, Alphonse Desjardins, 2012, ., , à l'église de Saint-Pierre de Sorel (Québec). Née à Sorel le , elle est le cinquième enfant de Joseph Roy-Desjardins et de Rosalie Mailhot. À un très jeune âge, elle est confiée à la garde de sa tante maternelle Louise-Clarisse Mailhot, qui réside à Lévis. Cette tante et son mari Jean-Baptiste Thériault sont aisés, sans enfant et l'élèvent comme leur propre fille. Dorimène fait ses études au pensionnat du couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces de Lévis, conduit par les sœurs de la Charité de Québec. Par le contrat de mariage qu'il signe devant notaire le , Alphonse accepte le régime matrimonial de séparation de biens, fait don à son épouse de tous ses meubles et consent à un douaire de .
De cette union naîtront six garçons et quatre filles : Raoul (1880-1951), Anne-Marie (1881-1929), Edgar (1882-1944), Alice (1884-1892), Alphonse (1886-1892), Adrienne (1888-1965), Albertine (1891-1968), Paul-Henri (1893-1958), Léon (1897-1904) et Charles (1902-1973).
Éditeur des Débats En 1879, l'année de son mariage, il abandonne le journalisme pour entreprendre l'édition des débats parlementaires du Québec. C'est en que paraît le premier de 21 volumes des Débats de la Législature provinciale de la province de QuébecG.-Alphonse Desjardins, Débats de la Législature provinciale de la Province de Québec, Québec, 1879. (en ligne). Chaque volume de cet ouvrage de type « Hansard » présente une sélection des discours que l'éditeur juge les plus importants « pour l'intelligence de la lutte des partis sur les questions politiques qui agitent notre province » parmi tous les discours de l'Assemblée législative et du Conseil législatif. Les discours retenus sont révisés par les députés eux-mêmes avant leur publication. À compter de 1882, il touche une subvention publique qui lui permet de couvrir les frais d'impression des Débats.
En , Alphonse apprend que le gouvernement libéral d'Honoré Mercier cesse de subventionner son entreprise éditoriale. Une controverse entoure cet épisode, qui demeure obscure même après des années de recherche de la part des historiens.
L'Union canadienne Âgé de , Alphonse reprend la plume et fonde, à Lévis, le , le journal L'Union canadiennehttps://news.google.com/newspapers?nid=3bvyWxjaHKcC, qui connaît une existence de trois mois seulement. L'épigraphe du journal est « Franc et sans dol. Avant tout soyons Canadiens » et c'est le frère d'Alphonse, Louis-Georges, qui agit comme correspondant parlementaire à Ottawa.
La presse francophone d’allégeance conservatrice accueille L'Union Canadienne avec enthousiasme, à l'exception du Quotidien de Lévis, dont le propriétaire, Joseph-Édouard Mercier, voit d'un mauvais œil l'arrivée d'un nouveau concurrent médiatique dans sa ville. Les deux hommes appartiennent par ailleurs à des factions rivales au sein du Parti conservateur, ce qui n'améliore guère les choses.
Les ennuis de santé du fondateur sont à l'origine de l'abandon de la publication du journal, le . L'atelier typographique subsiste quelque temps avant d'être fermé lui aussi.
Sténographe à Ottawa Le , Alphonse est nommé au poste de sténographe de langue française à la Chambre des communes du Canada, à Ottawa, en remplacement d'Ernest Marceau, décédé peu de temps auparavant. Pendant , de 1892 à 1917, il séjourne six mois par an dans la capitale fédérale canadienne, à quelque de Lévis, où demeure sa famille.
En plus de pratiquer la sténographie à Ottawa, il enseigne les méthodes de cet art au collège de Lévis : régulièrement de 1893 à 1900 et irrégulièrement par la suite.
Caisse populaire de Lévis
Le , Alphonse assiste à un débat de la Chambre des Communes fédérale qui survient dans le contexte du dépôt, par Michael Quinn, député de la circonscription de Sainte-Anne, d'un projet de loi visant à contrer les conséquences néfastes de l'usure. En appui à son projet de loi, le député Quinn cite entre autres une affaire dans laquelle un Montréalais s'était vu condamné par la justice à payer de frais d'intérêts sur un emprunt initial de . Les « tristes révélations » qu'Alphonse entend lors de ce débat l'incitent à entreprendre l'étude minutieuse des problèmes d'épargne et de crédit des « classes laborieuses » et des moyens d'y répondre durablement.
Durant quelque trois ans de recherches soigneuses consacrées à ces problèmes, il découvre les associations coopératives d'épargne et de crédit de l'Europe, notamment en lisant le livre People's Banks de Henry William Wolf. L'auteur, qui est président de l'Alliance coopérative internationale fondée en Angleterre en 1895, met Alphonse en correspondance avec Friedrich Wilhelm Raiffeisen et Hermann Schulze-Delitzsch, fondateurs des premières caisses de crédit populaires en Allemagne, Luigi Luzzatti, introducteur des banques populaires en Italie, et de nombreux autres représentants européens de coopératives d'épargne et de crédit : Charles Rayneri (Banque populaire de Menton), Louis Durand (Union des caisses rurales et ouvrières françaises), Alfred Micha (Fédération belge des banques populaires), Maurice Dufourmantelle (Centre fédératif du crédit populaire de France), Léon Dumarc (Banque urbaine et rurale de Bordeaux) et Albert Yersin (Banque populaire suisse).
C'est dans la salle de la Société des Artisans canadiens-français de sa ville natale de Lévis, que le , à 19h30, un groupe de plus de 130 citoyens participent à la fondation de la première caisse populaire d'épargne et de crédit en Amérique du Nord. Alphonse préside l'assemblée qui vote en faveur des statuts et des règlements préparés par un comité d'initiative et d'organisation, entre septembre et , en vue d'établir une « société coopérative d'épargne et de crédit, à capital variable et à responsabilité limitée ». Les signataires du pacte social fondateur de la caisse populaire de Lévis souscrivent 483 parts sociales à 5,00 $ CAD l'unité et élisent les premiers dirigeants bénévoles du conseil d'administration, de la commission de crédit et de la commission de surveillance.
Les activités de la Caisse populaire de Lévis ne démarrent véritablement que le . Au terme de cette journée, 12 sociétaires y déposent la somme de CAD. Le lieu des activités initiales de l'établissement n'est pas clairement identifié : tout indique qu'Alphonse se rend lui-même au domicile des déposants ou alors qu'ils viennent le voir dans le bureau personnel qui est aménagé à son domicile familial. Plus tard, les sociétaires pourront effectuer des dépôts les lundi, mercredi et samedi soir à la salle de la Société des Artisans canadiens-français de Lévis. À la fin de , la caisse populaire compte et gère un actif de .
Étant à Ottawa six mois par année, Alphonse confie à sa femme Dorimène la gérance de la caisse de Lévis durant de longues périodes. À compter de 1902, elle consacre quelque trente semaines par année à ce travail sans titre et sans salaire. Depuis la mise en évidence de ce fait par la recherche historique des années 1990, Dorimène est mise de l'avant par le Mouvement Desjardins comme cofondatrice du mouvement des caisses populaires aux côtés de son mari.
La caisse de Lévis sera le prototype de toutes les autres caisses populaires fondées par la suite. De son vivant, Alphonse participe à la fondation de 136 caisses, dont 19 en Ontario et 9 aux États-Unis.
Vers une loi des coopératives