La prison Saint-Lazare, qui deviendra l'hôpital Saint-Lazare, était située dans les anciens bâtiments de la maison-mère de la congrégation de la Mission ou maison Saint-Lazare, à Paris, au 107 de la rue du Faubourg-Saint-Denis, dans l'ancien enclos Saint-Lazare.
thumb|upright=1.1|L'enclos Saint-Lazare, en 1705.
Origines
Une léproserie administrée par les Hospitaliers et placée sous l'invocation de saint Lazare avait été fondée le long de la route de Paris à Saint-Denis à la limite de la zone marécageuse de l'ancien lit de la Seine au . Elle est cédée en à saint Vincent de Paul et à la Congrégation de la Mission.
Dès le , Saint-Lazare sera « la prison des fils de famille », Chapelle y sera interné en 1646 et laissera des textes sur Saint-Lazare, qu'on peut lire dans les Œuvres de Chapelle et de BachaumontŒuvres de Chapelle et de Bachaumont, texte établi et annoté par Tenant de Latour, 1854 dont la Lettre à Monsieur Moreau et la Description de Saint-Lazare, puis une prison spéciale pour épouses et jeunes débauchés enfermés sur la demande de leur famille, aliénés, prêtres indisciplinésHistoire de Saint-Lazare (1122-1912) ( / Eugène Pottet, 1912, (22){pdf} Histoire de Paris par J. A. Dulaure - 1853 (331).
En , Beaumarchais y sera enfermé quelques jours et juste avant la Révolution Sylvain Maréchal y fera quatre mois de prison pour son Almanach des Honnêtes Gens. Étienne Antoine Boulogne y fut pour sa part incarcéré trois mois.
En 1792-1793, sous la Révolution, les Lazaristes sont dispersés à la suite du décret de la Convention sur la suppression des Ordres religieux et en 1794 un autre décret de la Convention reconnaît Saint-Lazare comme prison.
La prison Saint-Lazare sous la Révolution et la Terreur thumb|Appel des dernières victimes de la terreur dans la prison de saint Lazare.7, 9 thermidor 1794, par Charles Louis Müller.
Sous la Terreur, Saint-Lazare connaitra ce qu'on appelle la conspiration des prisons avec un bilan de 165 exécutions les 6, 7 et 8 thermidor an II pour la seule prison Saint-Lazare.
Le peintre Charles-Louis Muller (1815-1892) a réalisé un tableau intitulé Appel des dernières victimes de la terreur à la prison Saint-Lazare à Paris les 7-9 Thermidor an II sur lequel on distingue le poète André Chénier. La plus grande composition de ce tableau, d'une longueur de , est exposée au musée de la Révolution françaisehistoire-image.org, Appel des dernières victimes de la Terreur à la prison Saint Lazare.
Le , Hubert Robert, peintre, graveur et professeur de dessin reçoit un ordre d’arrestation, pour motif : « suspect pour son incivisme reconnu, ses liaisons avec les aristocrates ». Il est détenu à la prison Sainte-Pélagie puis à Saint-Lazare. Il craint pour sa vie et peint alors sur tous les supports à sa portée (notamment sur des assiettes), il exécute plusieurs scènes de la vie quotidienne des détenus de la prison Saint-Lazare. Hubert Robert est délivré le .
Dès la fin de la Terreur, la prison Saint-Lazare est affectée aux femmes sur proposition de Pierre Paganel L'Abeille de la Nouvelle-Orléans - 1913 - Prison Saint-LazareLes prisons de l'Europe — Bicêtre, la Conciergerie, la Force, la Salpêtrière, le For-l'évêque, Saint-Lazare, le Châtelet, la Tournelle, l'Abbaye, Sainte-Pélagie, Pierre en Cize, Poissy, Ham, Fenestrelles, le château d'If, Château Trompette, le Mont Saint-Michel, Clairvaux, les îles…, Volume 8 (171).
Prisonniers célèbres pendant la Révolution
thumb|upright=0.9|Jean-Antoine Roucher à la prison Saint-Lazare.
Louis-Pierre Anquetil, historien français François-Joseph Bélanger, architecte François Rose Barthélémy de Bessejouls de Roquelaure, colonel, mort guillotiné Louis Jean Népomucène François Camus de La Guibourgère, conseiller de la Grand'chambre du parlement de Paris, mort guillotiné Albert de Bérulle, magistrat et homme politique, mort guillotiné André Chénier, poète, qui ne sortit de Saint-Lazare que pour monter sur l'échafaudDictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments par Félix Lazare… et Louis Lazare… 1844-1849 (370) Aimée de Franquetot de Coigny, duchesse de Fleury puis comtesse de Montrond, sous la Terreur elle fut la muse d’André Chénier qui l’immortalisa sous le nom de la Jeune Captive Charles Alexandre Créqui de Montmorency, mort guillotiné Jean-Baptiste Dossonville, policier français et agent provocateur, membre de la police politique du Comité de sûreté générale de l'an II Comtesse Madeleine Henriette Louise de Flavigny, morte guillotinée Comtesse Elisabeth Dubois de Courval Joly de Fleury, morte guillotinée Jean Lambert Joseph Fyon, général de la Révolution française Charles de Hesse-Rheinfels-Rotenburg, prince de la maison de Hesse-Cassel et général de division Philippe Le Bas, encore nourrisson et écroué quelques semaines avec sa mère dans différentes prisons parisiennes dont Saint-Lazare Marie-Louise de Laval-Montmorency, quarante-troisième, et dernière abbesse de Montmartre Marquis Gratien de Montalembert, capitaine au régiment du Roi infanterie Jean Gravier de Vergennes, magistrat et diplomate, mort guillotiné Charles Gravier de Vergennes, intendant, père de Claire Élisabeth de Vergennes, mort guillotiné Étienne-Denis Pasquier, dit le chancelier Pasquier, homme politique Hubert Robert, peintre, graveur, professeur de dessin, créateur de jardins et conservateur au futur musée du Louvre, libéré le 4 aout 1794, après la chute de Robespierre. Jean-Antoine Roucher, receveur des gabelles, poète, représenté de nombreuses fois par Hubert Robert, mort guillotiné Marquis de Sade, écrivain et libertin Joseph-Alexandre de Ségur, militaire et homme de lettres Baronne Catherine Louise Sylvine de Soyécourt veuve d'Hinnisdal, morte guillotinée Joseph-Benoît Suvée, peintre Thomas de Treil de Pardailhan, ci-devant baron et député de Paris à l'Assemblée législative Charles-Louis Trudaine, conseiller au Parlement, et son frère Charles-Michel
La prison des s thumb|upright=1|left|Le chemin de ronde, en 1913. thumb|upright=1|Les cryptes, en 1913.
La prison Saint-Lazare est cédée au département de la Seine par un acte du Vie et histoire du arrondissement - éditions Hervas - (54).
C'est une prison et un « hôpital-prison », intimement liée au développement de la prostitution. En effet, alors qu'est instituée en 1802 la visite médicale obligatoire des prostituées et que le nombre de maisons closes s'accroit rapidement, les prostituées sont étroitement contrôlées par la Brigade des mœurs : les filles de rue sont dites « en carte » et celle des maisons closes « à numéro ». À Paris, les « insoumises » sont incarcérées dans la seconde section de Saint-Lazare, lieu d'internement administratif et hôpital pour les prostituéesLes Prisons de Femmes - Albert Letellier et Robert Debled (aperçu en ligne) (56,64,67). L'internement est possible sur simple avis médicalLa médecine anecdotique, historique, litteraire : recueil a l'usage des medecins, chirurgiens et apothicaires erudits, curieux et chercheurs (1902) (280 à 292) jusqu'à la loi Marthe Richard du qui ferme les maisons closes.
À l'occasion de la démolition de l'église Saint-Lazare, qui menaçait ruine, en 1823 l’administration pénitentiaire décide de réorganiser l’ensemble des bâtiments. thumb|150px|La chapelle, square Alban-Satragne L'ancien édifice de la prison est rasé vers 1824 La chapelle de l’ancien hôpital Saint-Lazare (Paris) Agnès Chauvin, Documentaliste-recenseur, Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France (2), la construction de la nouvelle chapelle, qu'on peut voir au fond du square Alban-Satragne, et de l’infirmerie est alors confiée à Louis-Pierre Baltard par le comte de Chabrol, préfet de la Seine La chapelle de l’ancien hôpital Saint-Lazare (Paris) Agnès Chauvin, Documentaliste-recenseur, Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France (3).
On fait également élever des murs et un chemin de ronde.
L'architecte y construit en 1834 l'« infirmerie spéciale », qui ouvre en 1836 pour soigner les prostituées atteintes de maladies vénériennes (syphilis, blennorragie, chancres) de la prison Saint-Lazare.
Pour l'année 1837 c'est un total de « femmes et jeunes filles » qui sont passées par Saint-LazareRevue de Paris - Louis Désiré Véron - 1839 (179).
À partir de 1838, à l'initiative du baron Delessert, alors préfet de police de Paris, la garde des détenues est assurée par des femmes, ce sont les Sœurs de Marie-Joseph, dites Sœurs des prisons, qui assurent cette tâche à partir de 1849 ou 1850Mémoires de Monsieur Claude, chef de la police de sûreté sous le Second… (1881) (n51).
Vers 1857 la prison Saint-Lazare, placée sous l'administration de la préfecture de police, renferme une population générale de détenues environ, elle est divisée en trois sections principales, la première contient les prévenues et condamnées, la seconde est à la fois un lieu de punition et un hôpital pour les prostituées, la troisième est affectée aux jeunes filles renfermées soit par application des articles 66 et 67 du Code pénal, soit par voie de correction paternelleDe la prostitution dans la ville de Paris : considérée sous le rapport de l'hygiène publique, de… (1857) (n42) La prison Saint-Lazare.
Au il y a 48 jeunes filles mineures détenues à Paris, dont 33 à la prison Saint-Lazare par voie de correction paternelleÉléments de droit pénal : pénalité, juridictions, procédure - Joseph Louis Elzéar Ortolan - 1859 Effectifs des prisons (706).
Toujours vers 1857, la durée de traitement dans la seconde section est 45 jours pour les « filles publiques inscrites » et 3 mois pour les « insoumises », la sortie de l'hôpital-prison n'est possible qu'après une contre-visite assurée par la préfectureDe la prostitution dans la ville de Paris : considérée sous le rapport de l'hygiène publique, de… (1857) (n44).
Pour l'année 1885 c'est un total de « femmes et jeunes filles » qui sont passées par Saint-LazareJournal d'hygiene (1888) (n36).
En 1913, les anciennes cryptes du existaient toujoursSaint-Lazare, la crypte : photographie de presse / Agence Rol 1913La Ville lumière : anecdotes et documents historiques, ethnographiques, littéraires, artistiques, commerciaux et encyclopédiques (1909) (556), elles feront l'objet d'une demande de classement, en 1971 le parking souterrain « Magenta Alban Satragne » occupera l'espace.
La prison Saint-Lazare a émis de la monnaie de nécessité qui n'est hélas pas datée, Monnaies de Nécessité et Jetons. En France c'est la période de 1914 à 1926 qui constitue l'âge d'or de la monnaie de nécessité. La monnaie de nécessité de Saint-Lazare comportait des pièces de , , , , et même .
La prison Saint-Lazare est le cadre de la chanson d'Aristide Bruant À Saint-Lazare . Cette chanson sera reprise par de nombreux artistesTexte de : À Saint-Lazare : Eugénie Buffet, Germaine Montero, Lina Margy, Patachou, Barbara, Véronique Sanson, le groupe de punk rock Parabellum, Marc Ogeret, etc.
La prison Saint-Lazare ferme en 1927Itinéraire d'un pénitentiaire sous les Trente Glorieuses, par Lucien Lemoisson (52).
Le portrait de Joseph Cange, gardien à la prison Saint-Lazare pendant la Terreur, qui aida financièrement la famille d'un détenu au péril de sa vie et que la nation honorera après la chute de Robespierre, est conservé au musée de la Révolution française.
Prisonnières célèbres Hélène Brion, institutrice, féministe, syndicaliste CGT et pacifiste, auteur de La voie féministe Germaine Berton, militante anarchiste française Marie Bourette, l'empoisonneuse, elle causa la mort de Jules Godart en 1909 Henriette Caillaux, femme du ministre Joseph Caillaux Amélie Élie, dite « Casque d'Or » Fernande d'Erlincourt, anarchiste Félicie Gimet, militante communarde Marthe Hanau, femme d'affaires impliquée dans un important scandale financier ; elle est surnommée « la banquière des années folles »