Le nom de seconde bataille de Swat désigne au sens large les opérations militaires qui se sont déroulées du au dans cinq districts de la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa, essentiellement dans le district ou vallée de Swat. Elles opposaient l'armée pakistanaise à des mouvements islamistes armés, dont le plus important était le Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM), qui avait progressivement repris le contrôle du district de Swat depuis environ deux ans, et qui avait étendu son contrôle à d'autres régions environnantes. La zone de conflit correspondait à la division de Malakand, ancienne subdivision administrative qui englobait tous les districts dans lesquels les combats se sont déroulés.

L'offensive se déroula en deux étapes : l’opération Black Thunderstorm, lancée à partir du dans plusieurs districts périphériques du district de Swat, d'abord dans le district du Bas-Dir et le district Buner puis dans ceux de Shangla et de Malakand. Ensuite, la sous-opération Rah-e-Rast se concentra dans le district de Swat, principal fief des insurgés. Les opérations auraient mobilisé dont la moitié dans la vallée de Swat, dans une région peuplée de plus de cinq millions d'habitants et auraient causé près de et plus de trois millions de déplacés.

L'opération est considérée comme un tournant de l'insurrection islamiste au Pakistan, marquant un retournement de la stratégie d'Islamabad qui avait conclu à peine quelques mois auparavant un accord de paix avec le TNSM et qui établissait officiellement la charia dans la région. Face aux exactions commises par les islamistes et à la dégradation de la sécurité dans tout le pays, l'armée lança l'une des plus importantes batailles de ce conflit et remporta une victoire décisive.

Contexte Extension de l’insurrection islamiste

Le conflit qui oppose l'armée pakistanaise à des mouvements islamistes armés, débute par la bataille de Wana le . Au cours des années suivantes, une série d'accords de paix sont signés avec plusieurs mouvements, malgré des résultats très mitigés puisque des combats réguliers se poursuivent et que les militants islamistes étendent leur influence. Les autorités entendent alors éviter une rébellion des tribus pachtounes de la région, traditionnellement hostiles au pouvoir fédéral. Les islamistes en profitent pour étendre progressivement leur influence, surtout dans les régions tribales frontalières avec l'Afghanistan, la proche province de Khyber Pakhtunkhwa et même jusque dans la capitale fédérale. Ainsi, l'assaut de la Mosquée rouge d'Islamabad occupée par des militants talibans armés, le , relance brutalement le conflit pakistanais.

L'armée semble alors brutalement changer de stratégie face aux mouvements islamistes qui avaient fait partie de leurs alliés avant 2001, provoquant leur radicalisation. Le numéro 2 d'al-Qaïda, Ayman Al-Zaouahiri, appelle notamment les musulmans pakistanais à la vengeance et à la guerre sainte. En , une quarantaine de mouvements armés s’agrègent au sein du nouveau Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), qui devient le principal groupe opposé aux autorités pakistanaises.

Opérations militaires de 2007-2008

vignette|Saidu Sharif, capitale administrative du district de Swat.

À la suite de l'assaut de la Mosquée rouge de , les combats et les attentats-suicides se multiplient dans tout le pays, et pour la première fois l'armée et les services secrets sont directement visés par ceux qu'ils ont financés, armés et formés dans le cadre de la guerre civile afghane, avant les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Une partie de la mouvance talibane s’unit alors dans le but affiché de renverser le gouvernement pakistanais, désormais considéré comme hérétique et allié des États-Unis. Ainsi, des attentats spectaculaires frappent, le , des usines de production militaire à Wah faisant 70 morts et, le , l’hôtel Marriott d'Islamabad est visé par une bombe qui tue 54 personnes .

En réaction, l'armée pakistanaise lance le une première opération militaire (baptisée Rah-e-Haq) dans le district de Swat pour le reprendre aux divers groupes qui l'occupent, dont le plus important est le Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM) allié au TTP. Les mobilisés parviennent à reprendre les principales villes et les routes stratégiques en deux mois. Alors que l'armée peine à stabiliser la région, un accord de cessez-le-feu est conclu avec le TNSM en par le nouveau gouvernement issu des élections législatives de février 2008 . Toutefois, en et , l'armée est contrainte de renouveler deux opérations militaires d'envergure afin de maintenir ses acquis et de sécuriser la région alors que les forces aériennes commencent à intervenir de façon plus intensive. Dans le même temps, l'armée lance l'opération Sherdil dans l'agence de Bajaur le , une subdivision des régions tribales frontalière avec l'Afghanistan , une région importante pour le mouvement TNSM89.

Accords de paix contre-productifs

vignette|gauche|Slogan du TNSM en 2007 dans le district de Swat, près de Matta, fief du TNSM. Il est écrit « le Coran et la Sunna sont notre loi ».

Malgré les opérations militaires, le pouvoir politique semble hésiter sur la stratégie à adopter alors que les moyens militaires déployés sont incapables de rétablir la sécurité et de reprendre le contrôle total de la région (trois quarts de la zone seraient sous contrôle islamiste fin 2008). Les militants islamistes, selon leur interprétation de la charia, imposent la barbe pour les hommes, la prohibition de la musique et des films ainsi que l'interdiction pour les femmes et filles de sortir du domicile familial sans être accompagnées par un homme de leur famille. Des opposants à certaines règles sont notamment décapités, et à Mingora, les corps reposent sur la place principale afin d'être visibles de tous. Les écoles pour filles sont interdites et les fonctionnaires du gouvernement pourchassés ou tués, principalement des policiers, des enseignants et des médecins, ainsi que des journalistes7. C'est dans ce contexte que Haji Adeel, vice-président du Parti national Awami au Sénat, élu de la région et partenaire de coalition du gouvernement, déclare que .

À partir de 2008, des négociations débutent et le fondateur du TNSM, Soofi Mohammed, est libéré le après environ six années passées en prison. Cependant, c'est Maulana Fazlullah, son beau-frère, qui contrôle alors le mouvement. Un premier cessez-le-feu est conclu en avec ce dernier, mais les combats reprennent dès le mois de juillet. En février et , le gouvernement négocie puis conclut un accord appelé « Nizam-e-Adl » avec le TNSM qui échange d'un côté un cessez-le-feu et la réouverture des écoles pour filles contre l'établissement officiel de la charia dans la « division de Malakand » qui comprend le district de Swat ainsi que l'établissement de tribunaux pour son application6.

vignette|Hôtel de la station de ski détruit par les insurgés.

Rapidement, les deux parties s'accusent de ne pas appliquer les dispositions de leur accord. Soofi Mohammed le dénonce le , critiquant une mauvaise application de la mise en place des juridictions islamiques. Le mouvement reprend la lutte et étend son influence dans la région. Il déclare aussi la Constitution et la démocratie incompatibles avec l'islam. Après avoir pris le contrôle des grandes villes, dont Mingora, la plus peuplée de la région, il s'empare des districts Shangla et Bas-Dir. Le , les combats atteignant le district de Buner, il se rapproche jusqu'à moins de de la capitale fédérale Islamabad . Cet évènement est perçu comme un choc au Pakistan ainsi qu'au niveau international. Les autorités poursuivent pourtant leurs négociations et un porte-parole du TNSM annonce peu après que les combattants se retirent de Buner. Le , les autorités annoncent que les insurgés se sont complètement retirés alors que seulement 300 soldats sont présents dans le district de Buner. Le , les autorités accusent les insurgés de poursuivre leur implantation dans la région et réagissent les jours suivants en annonçant une vaste contre-offensive inédite par son ampleur depuis le début du conflit en 2004.

Déroulement des opérations Opération Black Thunderstorm : reprise de la périphérie

L'armée engage quelque dans les opérations, dont la moitié pour le seul district de Swat. Ils combattent des insurgés islamistes estimés à environ . La stratégie consiste à d'abord reprendre les régions périphériques à la vallée de Swat avant d'encercler progressivement les insurgés dans leurs principaux fiefs, dans le but d'éviter toute fuite en coupant les routes .

L'armée s'engage d'abord contre les insurgés islamistes dans les régions qu'ils ont prises quelques jours auparavant et dans lesquelles ils ont coupé l'accès des autorités aux routes. Elle commence à mener une offensive terrestre appuyée par des hélicoptères d'attaque le dans le district du Bas-Dir, faisant plus de 50 morts et en deux jours 40 militants sont tués à Lower Dir alors que les offensives continuent, Dawn.com. Consulté le 5 novembre 2010. .

À partir du , l'armée commence à frapper les positions des talibans dans le district de Buner, arrivés dans cette zone quelques jours auparavant. Leurs forces sont alors estimées à 500 hommes. Le lendemain, les forces spéciales de l'armée (le Special Service Group), appuyées d'hélicoptères, reprennent la capitale du district, Daggar, après que des parachutistes de la aéroportée ont sauté sur la ville vers une heure du matin depuis les C-130 de la force aérienne pakistanaise . Du au , l'armée revendique avoir tué près de 100 combattants et libéré 18 policiers captifs. Elle met plusieurs semaines à parfaire son contrôle dans ce district bien que les insurgés auraient fui la zone depuis le .

Le , l'armée s'engage contre les islamistes dans le district de Shangla, petit district à l'est du district de Swat. Le , elle annonce que le district du Bas-Dir est « nettoyé » des talibans, puis que le district de Buner l'est aussi le .

Bataille de Swat : attaque du cœur de l’insurrection Début des opérations vignette|gauche|Un soldat sur le point culminant de la vallée (Baine Baba Ziarat), repris le 12 mai 2009.

À partir du , l'armée étend ses opérations au district de Swat où les insurgés sont bien implantés68. Cette vaste « sous-opération » est appelée « opération Rah-e-Rast ». Tandis que l'armée continue les combats dans le district de Buner, elle avance lentement vers Mingora, plus importante ville de la vallée de Swat, peuplée de . Le , des combats éclairs sont menés avec des hélicoptères de combat et des troupes au sol parachutées dans le district de Shangla contre des camps d’entrainement : 150 insurgés sont tués contre seulement deux soldats, selon l'armée. Le , des hélicoptères de l'armée commencent à bombarder le nord du district de Swat. Dans le même temps, les troupes de l'armée pakistanaise remontent le district de Swat du sud vers le nord, et de nombreux talibans se réfugient dans la ville de Mingora, située dans le sud. L'armée commence alors à encercler la ville pendant que les talibans se préparent à de violents combats urbains : des tranchées et des mines auraient notamment été mises en place .

Le , les troupes aéroportées se déploient autour de Peochar (à au nord-ouest de Mingora) et découvrent de vastes caches d'armes et de munitions ainsi que des ateliers de production de bombes et des centres d'entrainement. L'armée encercle alors les insurgés de Swat grâce à quatre fronts différents dans le but de prévenir toute fuite, puis se rapproche de Matta et de Mingora dans le centre du district de Swat, l'un des principaux fiefs des islamistes160. Puis, elle engage les insurgés dans les villes de Kanju et Matta, à quelques kilomètres de Mingora. Le , elle annonce avoir sécurisé ces deux villes et repris le contrôle d'un pont stratégique dans la région le .

Bataille pour Mingora vignette|Déplacés faisant la queue pour chercher des aides alimentaires à Swabi.