Claude Jean-Baptiste Jallier de Savault est un architecte français né à Château-Chinon (Nièvre) le Archives départementales de la Nièvre, 4 E 62 art. 6 (Registres paroissiaux de Château-Chinon ville, 1739-1752), Acte de baptême de Jean-Claude Jallier, 28 mai 1739. et mort à Paris le Archives nationales, MC ET LXX 760 (Minutes de Auguste Herbelin, novembre 1806), "Procès verbal tendant à l’inventaire du Jallier", 5 novembre - 23 décembre 1806..
Élève de Jacques-Germain Soufflot, puis collaborateur d'Ange-Jacques Gabriel à la direction des Bâtiments du Roi, il fut actif en Suisse et dans l'Est de la France. Ses principales réalisations conservées sont le château de Montvillers à Bazeilles dans les Ardennes (1770) et le phare de Cordouan pour lequel il conçut, comme architecte conseil du ministère de la Marine, conjointement avec l'ingénieur Borda, le projet de surélévation approuvé en 1786 et exécuté deux ans plus tard. Il est également connu pour un projet de place Louis-XVI à créer à Brest (1784).
Biographie thumb|upright=1.2|right|Château de Montvillers, 1770 Jallier de Savault étudia l'architecture auprès de Jacques-Germain Soufflot et fut inscrit à l'Académie royale d'architecture sous le patronage de Louis-Adam Loriot. En 1758, alors qu'il était âgé de dix-huit ans, il fut lauréat d'un concours exceptionnellement brillant puisque l'Académie – qui n'avait décerné aucun prix l'année précédente – distingua quatre candidats : tandis que Mathurin Cherpitel et Jean-François Chalgrin se partageaient le premier prix, il partagea le second prix avec Jacques Gondouin. Il obtint encore un second prix en 1760. Le , le marquis de Marigny lui attribua un brevet exceptionnel de pensionnaire du Roi à l'Académie de France à RomeArchives nationales, O1 1093, Ordres du Directeur général des Bâtiments du Roi (1758-1761), folio 397 et suiv.(alors située au Palais Mancini) où il séjourna dans le courant de l'année 1762.
Avant son départ pour Rome, il avait effectué un relevé partiel de Notre-Dame de Dijon qui servit à Soufflot lorsqu'il s'attacha à faire revivre le système structurel de l'architecture gothique. À son retour, il travailla avec son maître puis, en 1764, il entra dans l'atelier d'Ange-Jacques Gabriel à Versailles et mit à son service Michel Gallet, Les architectes parisiens du siècle, p. 272.
Il fit partie, aux côtés de Charles De Wailly et de François-Joseph Bélanger, de l'équipe qui travailla sur l'aménagement intérieur de l'Opéra royal du château de Versailles. Le programme tracé en 1769 était celui d'un espace polyvalent susceptible d'accueillir aussi bien des représentations lyriques que des concerts, des bals et des banquets. Le Premier machiniste du Roi, Blaise-Henri Arnoult, imagina un dispositif qui permettait de réunir de plain-pied la scène et la salle. Le menuisier Absyle construisit une maquette qui explicitait le mécanisme tandis que Jallier dessinait des coupes sur la scène, la salle et le foyerConservées parmi les papiers de Pierre-Adrien Pâris à la bibliothèque municipale de Besançon, cotées carton R I et 38 et ; elles ont été publiées par Alain-Charles Gruber : « L'Opéra de Versailles est-il l'œuvre de Gabriel ? », Revue de l'art, 1971.
En Suisse, Jallier donna de nombreux projets tels ceux pour un château à Crans pour le banquier Antoine Saladin, l'un des gros actionnaires de Saint-Gobain (1764), pour le Théâtre de Neuve à Genève (1783, non réalisé), pour une maison de campagne au pays de Vaudprojet signé de son nom et conservé parmi les dessins de l'architecte Érasme Ritter zu Grünstein (Michel Gallet, Les architectes parisiens du siècle, p. 273). non réalisé..
thumb|upright=1.2|right|Projet de place Louis XVI à Brest, 1784. Paris, musée du Louvre. thumb|upright=1.2|right|Élévation du phare de Cordouan, rehaussé sur les plans de Borda et Jallier, 1786-1788. En France, il soumit divers projets pour des commandes publiques, par exemple pour la Comédie-Italienne (1772, en collaboration avec Bélanger). Lorsque Necker et Calonne développèrent la Caisse d'Escompte, installée dans des bureaux modestes de la rue Vivienne, les architectes rivalisèrent d'imagination pour lui construire un siège digne de son importance nouvelle et on dut organiser un concours public qui attira l'élite de la profession. Jallier obtint le premier prix en 1789 devant Denis Antoine et Alexandre-Théodore Brongniart, mais la Révolution française entraîna l'abandon du projetLe projet de Jallier est passé en vente publique à Paris le et à nouveau aux États-Unis en 1997 par les soins de Christie's : Projet de construction pour une Caisse d'Escompte, prise sur l'angle de la rue Sainte-Anne et d'une rue neuve. (Michel Gallet, Les architectes parisiens du , p. 274).
Architecte consultant du ministère de la Marine, il présenta en 1784 un projet d'aménagement de la ville de Brest qui devait lui permettre d'installer dignement la statue de Louis XVI que cette ville avait obtenu l'autorisation d'éleverLe , les États de Bretagne ayant décidé d'élever une statue de Louis XVI, Brest posa sa candidature qui fut agréée par le Roi le ., sur une succession d'esplanades encadrées de bâtiments palatiaux dominant le port, Le projet définitif, exposé en 1789, est conservé au cabinet des dessins du musée du Louvre..
En 1786, lorsque les autorités maritimes décidèrent de surhausser le fameux phare de Cordouan, construit sous le règne d'Henri IV au large de Royan, le chevalier de Borda donna un projet que Jallier mit au point et qui fut exécuté en 1788 par l'ingénieur Joseph Teulère avec l'appui de l'architecte bordelais Louis Combes.
Jallier joua un certain rôle aux débuts de la Révolution française. Collègue de Jacques Cellerier au département des Travaux publics, il tenta de s'opposer, au nom de l'archéologie et de l'histoire, à la démolition de la Bastille. Il fit également un rapport sur le donjon de VincennesBnF 4° b40 141. Architecte des Bâtiments civils sous le Directoire, il fut chargé du Conservatoire national des arts et métiers et de la bibliothèque de l'Arsenal. Michel Gallet, Les architectes parisiens du , p. 274.
ibidem.
Réalisations et principaux projets Château et parc de Crans, sur le lac Léman, Suisse (1764, projet non retenu) : Pour le compte d'Antoine Saladin, Jallier travailla sous la supervision de son maître Soufflot. Michel Gallet, Les architectes parisiens du siècle, pp. 272-273 Château de Montvillers à Bazeilles, Ardennes (1770) : Construit pour Jean-Abraham Poupart de Neuflize, drapier à Sedan. Selon Michel Gallet, c'est Michel Gallet, Les architectes parisiens du siècle, p. 273 thumb|upright=1.2|Projet pour l'hôtel de Thellusson. Sceaux, musée de l'Île-de-France. Hôtel de Thellusson, Paris (projet non réaliséprojet conservé dans la collection du commanditaire. Une vue perspective est conservée au musée de Sceaux.) : Pour le banquier genevois résident à Paris Georges-Tobie de Thellusson (1728-1776), Jallier proposa un projet d'hôtel particulier à bâtir à l'angle de la rue Louis-le-Grand et du Boulevard. La rotonde, comparable à celle du château de Montvillers, aurait équilibré celle du Pavillon de Hanovre, construit vingt ans auparavant par Jean-Michel Chevotet à l'angle adjacent du carrefour. Si ce projet ne fut pas mis à exécution, il revint curieusement à Jallier de superviser en 1782 la fin des travaux du célèbre hôtel Thellusson, construit pour la veuve du banquier sur des plans donnés en 1778 par Claude-Nicolas Ledoux. Projet pour la Comédie-Italienne (1772, en collaboration avec François-Joseph Bélanger, projet non réalisé). Projet d'aménagement de la ville de Brest, Finistère (1784, projet non réalisé) : Le projet comprenait, au bas de la rue du Château, une place d'armes de forme ovale, plantée d'arbres. Allant de cette place jusqu'à l'extrémité du Parc-au-Duc, la rue Royale, une large rue permettait de se trouver sur la place Louis XVI aménagée face à la rade, dominée par la statue royale (une aquarelle et encre sur papier au musée des Beaux-Arts de Brest). Le projet faisait raser le château de Brest, vénérable témoin de quatorze siècles d’histoire. Selon l'architecte : Le projet fut approuvé par le Conseil du roi à Versailles le Pierre Lavedan, Jeanne Hugueney et Philippe Henrat, L'Urbanisme à l'époque moderne. , Genève : Droz, 1982, p. 135, mais en , le comte d'Hector, commandant la Marine, le déclara inconciliable avec les travaux que la Marine envisageait sur le terrain du Parc-au-Duc, qui venait d’être concédé par le département de la Guerre. Le projet de Jallier de Savault a pu inspirer Jean-François Thomas de Thomon à Saint-Pétersbourg, sur un site comparablePierre Lavedan, Jeanne Hugueney et Philippe Henrat, L'Urbanisme à l'époque moderne. , p. 107. Projet de rehaussement du phare de Cordouan (1786-1788, en collaboration avec le chevalier de Borda)Les dessins de Jallier, approuvés par le comte de Montmorin, Secrétaire d'État de la Marine, sont conservés à la bibliothèque de la Marine (Nivard 70 A et B) et à l'École nationale supérieure des beaux-arts. Son mémoire explicatif est aux archives du port autonome de Bordeaux..
Notes et références
Voir aussi Sources Michel Gallet, Les architectes parisiens du siècle, Paris, Éditions Mengès, 1995
Bibliographie Esteban Castaner Munoz, « L'exhaussement du phare de Cordouan : Un chantier des lumières (1786-1789) », Bulletin monumental, 2006, vol. 164, M.K. Deming, in : Les Architectes de la Liberté : 1789-1799, Paris : École nationale supérieure des beaux-arts, 1989 Waldemar Deonna, Les Arts à Genève des origines à la fin du siècle, Genève : musée d'art et d'histoire, 1942 René Faille, Cordouan, les Baleines, Chassiron : les trois plus anciens phares de France, La Rochelle : Quartier Latin, 1974 ; nlle. éd. : Chauray : Patrimoines et médias, 1993 Monique Fontannaz et Monique Borie, « Le Château de Crans, une œuvre genevoise », Genevana, 1989 Michel Gallet, Claude-Nicolas Ledoux, Paris : Picard, 1980 G. Gayot, « La manufacture du Dijonval et la draperie sedanaise », Cahiers de l'Inventaire, 1984 J. Guillaume, « Le Phare de Cordouan, “merveille du monde” et monument monarchique », Revue de l'art, 1970 B. Lossky, « Le Projet d'une place Louis XVI à Brest par Jallier de Savault », Bulletin de la société d'histoire de l'art français, 1976, pp. 255-260 Claude Pris, La Manufacture royale des glaces de Saint-Gobain, une grande entreprise sous l'Ancien Régime, Lille : Service de reproduction des thèses de l'université, 1975 Paul Robiquet, Le Personnel municipal de Paris pendant la Révolution, Paris : D. Jouaust : C. Noblet : Maison Quantin, 1890 Werner Szambien, « Les architectes parisiens à l'époque révolutionnaire », Revue de l'art, vol. 83, 1989, pp. 36-50
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