Le massif du Tibesti est un massif montagneux du Sahara central, situé principalement à l'extrême Nord du Tchad, avec une petite extension dans le Sud de la Libye. Son point culminant, l'Emi Koussi, se trouve au sud du massif et constitue avec d'altitude à la fois le plus haut sommet du Tchad et du Sahara. Le Bikku Bitti est pour sa part le sommet le plus élevé de Libye. Le tiers central du massif est d'origine volcanique et se compose notamment de cinq volcans boucliers majeurs surmontés de vastes caldeiras : l'Emi Koussi, le Tarso Toon, le Tarso Voon, le Tarso Yega et le Tarso Toussidé. D'importantes coulées de lave ont formé de vastes plateaux qui surmontent des grès du Paléozoïque. Cette activité volcanique, apparue lors de la mise en place d'un point chaud durant l'Oligocène, s'est prolongée par endroits jusqu'à l'Holocène et se traduit encore par des fumerolles, des sources chaudes, des mares de boue ou encore des dépôts de natron et de soufre. L'érosion a formé des aiguilles volcaniques et entaillé des gorges au fond desquelles coulent des cours d'eau temporaires qui se perdent rapidement dans les sables du désert.
Le Tibesti, dont le nom signifie « lieu où vivent les habitants des montagnes », est le domaine des Toubous. Ils vivent essentiellement le long des ouadis, dans quelques rares oasis où ils cultivent quelques céréales sous les palmiers qu'ils ont plantés en exploitant l'inféroflux des vallées. Pour leurs caravanes et leurs troupeaux en nomadisation, ils profitent de quelques cuvettes naturelles, les gueltas, plus ou moins remplies lors d'événements orageux dont la fréquence varie fortement d'une année voire d'une décennie à l'autre. Les céréales spontanées des plateaux permettent d'y faire paître les animaux en hiver et de récolter des graines en été. Les températures sont élevées, même si l'altitude rend le massif moins désertique que le Sahara. Les Toubous, qui sont apparus dans le massif vers le , se sont adaptés à ces conditions et ont fait du massif une forteresse naturelle, qu'ils ont peuplée en plusieurs vagues successives, en s'y réfugiant en temps de conflit et en se diffusant en temps de prospérité, non sans des luttes internes parfois intenses. Ils ont notamment eu des relations avec les Carthaginois, les Berbères, les Touaregs, les Ottomans, les Arabes puis les colons français qui pénètrent dans le massif, de force, à partir de 1914. L'attitude des Toubous et la situation géopolitique régionale a compliqué l'exploration du massif et l'ascension de ses sommets. Gustav Nachtigal est le premier Européen à avoir laissé une description de son séjour au Tibesti en 1869. Les tensions se sont poursuivies après l'indépendance du Tchad et de la Libye, avec prises d'otages et luttes armées, sur fond de conflits sur le partage des ressources naturelles. Cette situation ainsi que le manque d'infrastructures compliquent l'émergence du tourisme.
Même si une flore saharomontagnarde et une faune, dont les représentants sont notamment la Gazelle leptocère et le Mouflon à manchettes, se sont adaptées dans le massif, le climat n'a pas toujours été aussi rude et une plus grande biodiversité a pu exister, comme le prouvent les nombreuses représentations rupestres et pariétales datant de plusieurs millénaires, précédant pour la plupart l'apparition des Toubous. L'isolement du Tibesti a ainsi marqué l'imaginaire culturel, dans l'art et la littérature.
Toponymie En langue kanuri, signifie « montagne » ou « rocher » et les « habitants ». Le terme toubou (ou tubu) désigne l'ethnie principale occupant ces montagnes. Elle est également connue sous les variantes de tebu ou tibu, qui a donné Tibesti, c'est-à-dire le lieu où vivent les habitants des montagnes Adrian Room, Placenames of the World, édition, McFarland & Co Inc, 2005 , page 375 John A. Shoup, Ethnic Groups of Africa and the Middle East: An Encyclopedia, ABC-CLIO, 2011 , page 284. L'hypothèse selon laquelle tibu signifierait « oiseau », soit parce que les membres de cette ethnie communiquent en sifflant soit parce qu'ils courent rapidement, semble beaucoup moins probable. En outre, Toussidé signifie « qui a tué les Tous », autrement dit les Toubous, et indique bien le caractère encore actif de son volcanismeDominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Tchad, édition, Petit Futé, 2006 , page 22.
La plupart des toponymes du massif sont dérivés de l'arabe et des langues tedaga-dazaga. Le terme ehi se rapporte aux pics et aux collines rocheuses, emi aux larges montagnes et ehra aux caldeiras. Le terme tarso désigne un haut plateau ou le versant peu pentu d'une montagne. Ainsi, l'Ehi Mousgou est un stratovolcan de d'altitude surmonté d'une petite zone sommitale, près du Tarso Voon ; l'Era Kohor est aussi appelé « Trou au Natron du Koussi », à son sommet, mais porte à confusion avec la caldeira du même nom au Toussidé. M. J. Salem, Omar S. Hammuda, Bahlul A. Eliagoubi, The Geology of Libya, Elsevier, 1991 , page 1155 M. A. Sola, D. Worsley, Muʼassasah al-Waṭanīyah lil-Nafṭ (Libya), Jāmiʻat Sabhā, Geological exploration in Murzuq Basin, Elsevier, 2000 , page xi.
Géographie Situation thumb|Image de synthèse du massif du Tibesti vu depuis le sud avec l'Emi Koussi dans le coin inférieur droit.
Le massif du Tibesti se trouve à la frontière entre le Tchad au sud et la Libye au nord, respectivement à cheval sur les régions de Borkou et Tibesti et les chabiyat de Mourzouq et Al-Koufrah, à environ au nord-nord-est de Ndjamena et au sud-sud-est de Tripoli. Il jouxte le Niger et se situe approximativement à mi-distance de la mer Méditerranée et du lac Tchad, juste au sud du tropique du Cancer. Le rift est-africain naît à l'est et la ligne du Cameroun est à au sud-sud-ouest. Le massif s'étend sur de longueur pour de largeurP.J. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel, W.P. Heinrichs, Encyclopédie de l’Islam, Brill, 2005 . et .., dessinant un vaste triangle de de côtés dont les sommets sont orientés au sud, au nord-ouest et au nord-est au cœur du Sahara, ce qui en fait le plus grand massif de ce désert Information about Chad, Ramsar, pages 1-3. Il est donc légèrement plus étendu que le Massif central, dont il partage quelques caractéristiques géomorphologiquesCollectif, Grande Encyclopédie de la Montagne, tome 8, éditions Atlas - Transalpin - Erasme, 1977-1979, pages 2262.
Topographie thumb|left|Image satellite du massif du Tibesti.
Le sommet le plus élevé du massif du Tibesti, également point culminant du Tchad et du Sahara avec d'altitude, est l'Emi Koussi, à son extrémité méridionale. Parmi les autres sommets se trouvent le pic Toussidé () et le Timi () dans sa partie occidentale, le Tarso Yega (), le Tarso Tieroko (), l'Ehi Mousgou (), le Tarso Voon (), l'Ehi Sunni () et l'Ehi Yéy () dans sa partie centrale.. Le Mouskorbe () Mouskorbe, peakery.com et le Kegueur Terbi () Kegueur Terbi, peakery.com sont également deux sommets notables par leur altitude dans la partie nord-est du massif. Le Bikku Bitti (), point culminant de la Libye, se situe à proximité de ces derniers, de l'autre côté de la frontière. L'altitude moyenne du massif est d'environ et 60 % de sa superficie dépasse .
thumb|Image de synthèse de l'Emi Koussi vu du sud, mettant en évidence sa forme de volcan bouclier surmonté d'une vaste caldeira, et prolongé vers le nord par le Tarso Ahon.
Le massif est constitué de cinq volcans boucliers dont le diamètre peut atteindre , avec une base large mais des sommets plus pentus surmontés de vastes caldeiras : l'Emi Koussi, le Tarso Toon qui s'élève à d'altitude, le Tarso Voon, le Tarso Yega et le Tarso Toussidé qui culmine au pic du même nom Alain Beauvilain, Pages d'histoire naturelle de la terre tchadienne, Centre national d'appui à la recherche, Centre d'appui à la formation et à l'évaluation, août 1996, pages 15-24.. Le Tarso Yega possède la plus vaste caldeira, avec un diamètre de vingt kilomètres et une profondeur d'environ ; celle du Tarso Voon est la plus profonde, avec environ pour un diamètre de douze à treize kilomètres.. Ils sont complétés par quatre vastes dômes de lave complexes, hauts de à et larges de plusieurs kilomètres à plusieurs dizaines de kilomètres, tous dans la partie centrale du massif : le Tarso Tieroko, l'Ehi Yéy, l'Ehi Mousgou et le Tarso Abeki qui culmine à d'altitude. Ces édifices volcaniques sont généralement éteints mais quatre sont considérés comme actifs ou l'ayant été au cours de l'Holocène par le .. Ainsi, le Tarso Toussidé est un volcan actif ayant émis des coulées de lave au cours des deux derniers millénaires et d'où s'échappent encore des fumerolles visibles lorsque l'évaporation est faible. Son Trou au Natron, de huit kilomètres de diamètre et de profondeur, est situé en contrebas du pic Toussidé d'environ . Sur le versant nord-ouest du Tarso Voon se trouve le champ géothermique de Soborom où sont présentes des mares de boue et des fumerolles d'acide sulfurique. Le soufre et le fer ont coloré les sols en teintes vives Soborom geothermal field and Yerike hot spring. Des fumerolles s'échappent également à la source de Yi Yerra à l'Emi Koussi. Enfin, le Tarso Tôh est indiqué d'âge Holocène. L'ensemble du volcanisme se concentre au Tchad, sur environ un tiers de la superficie totale du massif ; il est responsable d'un volume de roches de à ..
Le reste du massif est constitué de plateaux volcaniques tabulaires, appelés « tarsos » en langue tedaga, situés entre et d'altitude, ainsi que de champs de lave et de dépôts d'éjectas. Les plus nombreux et les plus vastes se situent à l'est : le Tarso Emi Chi avec , le Tarso Aozi avec , le Tarso Ahon avec environ au nord de l'Emi Koussi et le Tarso Mohi avec . Au centre se trouve le Tarso Ourari avec environ . Dans les environs du Tarso Toussidé, à l'ouest, se trouvent les petits Tarso Tôh et Tarso Tamertiou, avec respectivement 490 et . Ces plateaux sont surmontés par des aiguilles volcaniques et sont séparés par des canyons qui ont été modelés par les enneris au débit très irrégulier Information about Chad, Ramsar, pages 18-20. Le massif est strié dans sa partie centrale par un réseau de vallées sèches dont les versants nord et est sont ensablés par les vents dominants. Après les pluies, toujours violentes, elles accueillent des torrents éphémères et ravageurs. Les versants sud-ouest, sud et ouest du massif sont en pente régulière alors que son versant nord est une falaise dominant le grand reg sub-libyen, ou serir Tibesti..
Hydrographie Cinq cours d'eau de la moitié septentrionale du massif s'écoulent vers la Libye et font donc partie du bassin méditerranéen, tandis que la moitié méridionale appartient au bassin endoréique du lac Tchad. Cependant, aucun des cours d'eau ne parcourt de longues distances puisqu'ils se perdent dans le désert et soit leurs eaux s'évaporent soit elles s'infiltrent dans le sol. Elles peuvent toutefois être drainées sur des étendues relativement importantes dans les aquifères et former des nappes souterraines.