Le grand collier de la Légion d'honneur est, depuis la , le signe distinctif du grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur, le président de la République française. Auparavant, il pouvait être remis aux dignitaires de l'ordre.
Histoire Le (), Dominique Vivant Denon proposa à un modèle de collier destiné aux grands officiers ou à l'ornement des armoiries impériales, formé d'une alternance d'enseignes romaines – en latin – surmontées d'un aigle, et de trophées évoquant les disciplines d'excellence des membres de la Légion d'honneur. Ce collier fut intégré, entourant l'écu, au blason de l'Empire diffusé dès et fut repris dans la version définitive du contre-sceau de l'État fixée par décret le ().
Sans qu'aucun décret ne soit venu l'officialiser, le grand collier, imaginé par Dominique Vivant Denon et réalisé par l'orfèvre Martin-Guillaume Biennais, apparut pour la première fois le lors de la cérémonie du sacre de à Notre-Dame-de-Paris, remis par le maréchal Bernadotte au souverain.. De ce collier d'or émaillé formé de attachées ensemble par de doubles anneaux d'or, il n'existe plus que la description par son fabricant, l'orfèvre, et des représentations iconographiques. Il fut certainement fondu pour fabriquer un collier d'un modèle différent.
De fait, dès le début de , l'Empereur commanda à Biennais la réalisation d'un collier dit du « second type », composé de seize médaillons symbolisant les disciplines d'excellence des membres de la Légion d'honneur, et de seize aigles symbolisant les cohortes, unités territoriales administratives de l'institution, le tout bordé d'une double chaînette alternant abeilles et étoiles, éléments majeurs de la symbolique napoléonienne.
Il n'était pas statutaire : Sa Majesté impériale et royale fit fabriquer plusieurs exemplaires de ce bijou et le distribua à son bon vouloir aux princes et grands dignitaires de l'Empire français. Sa symbolique illustrait les activités d'excellence de la Nation.
Napoléon se fit également réaliser au début de par le joaillier Marguerite un collier du second modèle garni de diamants. Démonté sous la Restauration, il ne reste plus de ce bijou que le mémoire de fourniture et des représentations iconographiques, dont la plus célèbre est le portrait de sur le trône impérial peint par Dominique Ingres.
vignette|redresse|Calque de Biennais en vue de la réalisation du grand collier de Cambacérès ().
Appelé à être décoré du grand collier, Cambacérès demanda à Biennais de lui fabriquer sa décoration. Biennais exécuta un calque (voir ci-contre) conservé aujourd'hui à l'Université Kokugakuin au Japon. Le , l'empereur lui remit sa décoration au cours d'une cérémonie officielle au palais des Tuileries, où fut également promu le prince Borghèse.
Tombé en désuétude sous la Restauration et la monarchie de Juillet, le collier réapparut sous le Second Empire. En , reprit l'usage du grand collier de la Légion d'honneur (modèle « second type » du Premier Empire) ainsi que des regalia de son oncle.
En , alors que la , en place depuis le , organisait ses fastes, l'idée d'un collier de la Légion d'honneur, attribut du président de la République, grand maître de l'ordre, à porter sur l'habit (le frac), se fit jour. La crée donc un nouveau collier directement inspiré du premier et en fait l'emblème du président de la République, dont le nom est gravé au revers des maillons. Le dessin original d'un nouveau collier, dérivé du « Empire » fut approuvé par le président Grévy. L'exécution du projet fut confiée à la maison Lemoine et Fils. Chaque médaillon du bijou porte au revers le nom d'un président de la , d'Adolphe Thiers à Albert Lebrun, dont deux fois pour ce dernier ainsi que Jules Grévy, tous deux réélus.
Le nouveau chef de l'État, le maréchal Philippe Pétain, nommé grand-croix en , fait graver son nom sur le dernier médaillon vierge en , avec la date du (jour il où se désigna chef de l'État en vertu des pleins pouvoirs constituants qu'il avait reçu la veille) sur le grand collier en or, moulé dans un lingot, que l'on remet aux présidents de la République. Son nom et sa date d'entré en fonction en tant de chef de l'État sont enlevés du maillon en , et sont par la suite remplacés par le nom de Charles de Gaulle et de la date du 13 novembre 1945 (jour où la Ire Assemblée nationale constituante vota sa reconduite à la présidence du gouvernement).
Le dernier président à l'avoir reçu est Vincent Auriol, en , première année de son mandat. Son nom n'y fut pas gravé, tous les maillons étant occupés.
En , à l'initiative du musée de la Légion d'honneur, la maison Arthus-Bertrand, , réalisa un nouveau collier sur des dessins du ferronnier d'art Raymond Subes et de l'architecte et décorateur André Arbus.
Il fallut attendre le Code de la Légion d'honneur de pour le voir cité officiellement par un texte comme insigne du grand maître.
Aujourd'hui, la présentation de ce collier par le grand chancelier de l'ordre marque symboliquement la première étape de la cérémonie d'investiture du président élu qui se déroule après la passation des pouvoirs.
Lors de cette cérémonie d'investiture, le président de la République acquiert la qualité de grand maître par le grand chancelier de l'Ordre qui prononce :
Comme l'indique le site de la Légion d'honneur., le collier est l'. Le président de la République nouvellement élu est automatiquement décoré () de la grand'croix de la Légion d'honneur et en reçoit les insignes lors de la cérémonie d'investiture.. Il conserve cette décoration avec cette distinction après la fin de son mandat.
Jusqu'à Georges Pompidou, les présidents de la République portèrent le collier sur l'habit. Depuis, Valéry Giscard d'Estaing simplifia le cérémonial.. Le collier n'est plus porté : il est présenté sur un coussin rouge par le grand chancelier au président de la République. Le collier est ensuite déposé au musée de la Légion d'honneur, où il est conservé (avant , il restait en dépôt au palais de l'Élysée). Procès-verbal est dressé.
Quatre exemplaires sont visibles au musée de la Légion d'honneur : celui du maréchal Berthier (modèle « Premier Empire ») donné par le prince de La Tour d'Auvergne-Lauraguais en , celui donné à l'État par le prince Napoléon en 1979 (modèle « Premier Empire »), celui de la , datant de , et enfin le collier utilisé lors de la cérémonie d'investiture. De son côté le musée de l'Armée conserve le collier de Napoléon donné par Joseph Bonaparte aux Invalides en ..
Attributions
Premier Empire Selon les usages de l'Ancien Régime (ordre de Saint-Michel, ordre du Saint-Esprit) le port du collier était réservé à une élite et non au seul grand maître.
L'Empereur attribua treize colliers : il fut offert au roi de Rome, aux princes français de la famille impériale (Joseph, Louis, Jérôme et au cardinal Fesch, oncle de l'Empereur). Les princes adoptifs ou par alliance le reçurent également : Eugène de Beauharnais, Joachim Murat, Camille Borghèse et Félix Baciocchi. Les seuls autres bénéficiaires furent les grands dignitaires de l'Empire français Cambacérès, Lebrun, ainsi que Talleyrand et Berthier.
Second Empire En , reprend le grand collier de la Légion d'honneur ainsi que les regalia de .
Depuis Le grand collier est depuis la réservé au président de la République, grand maître de l'ordre. Il est modifié et modernisé au cours des , et .
Description
Colliers de Napoléon Le dessin dû à (qui ne fut jamais réalisé), présentait en ligne descendante seize vexilla portant en chiffres romains les numéros des seize cohortes de la Légion séparés par des insignes scientifiques, artistiques, culturels ou militaires symbolisant les activités de la France.
Il y en eut, sous le Premier Empire, sans tenir compte de variantes en soi minimes, deux types essentiellement différents dont le premier servit incontestablement lors du sacre (voir les tableaux de Napoléon en costume du sacre par Robert Lefèvre et le baron Gérard). Par la suite, les princes de la famille impériale, Cambacérès et Talleyrand firent frapper les mêmes colliers dans le bronze. Aucun de ces colliers ne subsiste.
Premier type L'orfèvre Martin-Guillaume Biennais le décrivait ainsi. :
Nous connaissons, par des tableaux, la même version de ce modèle enrichie de diamants :
Deuxième type Les aigles en ligne descendante, comme on peut les admirer sur le collier qui repose dans la crypte des Invalides, les attributs des Lettres, Sciences et Arts, placés à l'intérieur d'un médaillon détouré dont la couronne de lauriers est émaillée au naturel, sont reliés entre eux par des aigles au vol abaissé empiétant un foudre. Ils sont cravatés de rouge avec une étoile émaillée de blanc portant au centre les numéros des seize cohortes. Comme précédemment, les aigles ont la tête tournée vers l'intérieur du collier, donc tantôt normales tantôt contournées. Leur chaîne est bordée à l'intérieur comme à l'extérieur par de petites étoiles à cinq rais entourées d'un anneau, alternant avec des médaillons oblongs qui présentent en relief un autre symbole impérial, l'abeille. Le motif central est constitué par un vaste « N » entouré de deux couronnes de palmes et de lauriers concentriques, avec en bout une grande étoile surmontée d'une couronne à aigles contournées.
Récipiendaires du grand collier
Nom Portrait Armoiries ,Grand-maîtreet fondateur de l'ordre, empereur des Français... 100px 100px ...et roi d'Italie 100px empereur des Français, roi de Rome, duc de Reichstadt 100px 100px Joseph Bonaparte roi de Naples puis roi d'Espagne 100px Le grand collier de la Légion d'honneur n'apparaissait pas sur les armoiries de Joseph Bonaparte Louis Bonaparte roi de Hollande 100px Jérôme Bonaparte roi de Westphalie 100px 100px Joseph Fesch cardinal, Grand aumônier de l'Empire 100pxLes statuts de l'ordre précisent que les personnalités ecclésiastiques doivent porter l'ordre en sautoir. 100pxEugène de Beauharnais Prince français Vice-roi d'Italie Prince de Venise Grand-duc de Francfort Duc de Leuchtenberg Prince d'Eichstätt 100px 100px Joachim Murat roi de Naples 100px 100px Camille Borghèse 100px 100px Félix Baciocchi 100px 100px Jean-Jacques-Régis de Cambacérès 100px 100px Charles-François Lebrun 100px 100px Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord 100px 100px Louis-Alexandre Berthier 100px 100px En , « s'appropria » le grand collier de la Légion d'honneur ainsi que les regalia de son oncle. président de la République française, empereur des Français 100px100px 100px
Collier de la Depuis , le grand collier est le signe distinctif des présidents de la République, grands maîtres de l'ordre de la Légion d'honneur. À porter sur l'habit, le bijou comprend illustrant les activités de la Nation, alternant avec seize monogrammes « HP » stylisés. Chaque médaillon porte au revers le nom d'un président de la (excepté pour le dernier médaillon vierge, où fut gravé le nom du premier président élu du gouvernement provisoire de la république française par l'Assemblée nationale constituante).
Adolphe Thiers (le ) ; Patrice de Mac Mahon (le ) ; Jules Grévy (le ) ; Jules Grévy (le ) ; Sadi Carnot (le ) ; Jean Casimir-Perier (le ) ; Félix Faure (le ) ; Émile Loubet (le ) ; Armand Fallières (le ) ; Raymond Poincaré (le ) ; Paul Deschanel (le ) ; Alexandre Millerand (le ) ; Gaston Doumergue (le ) ; Paul Doumer (le ) ; Albert Lebrun (le ) ; Albert Lebrun (le ) ; Charles de Gaulle (le 13 novembre 1945).
Lors de son investiture le , le président Vincent Auriol a reçu le collier de la , sans son nom gravé au revers, tous les maillons étant occupés.
Collier de vignette|Grand Collier actuel de la Légion d'honneur de .