Le est une teinture alcoolique d'opium très addictive.. La préparation à base d'alcaloïdes issue du pavot somnifère (Morphine, Codéine etc.) est surtout prescrite dans le traitement symptomatique des diarrhées aiguës et chroniques, résistantes à tout autre traitement médicamenteux. Cette teinture d'opium, quelquefois adoucie par du sucre, est aussi appelée vin d'opium. vignette|Pot de gauche : Laudanum, Népenthès, Quirinacium (Italie, 1771-1830).
Inventé au par le médecin suisse Paracelse, ce remède à base d'opium pour lutter contre la douleur, se prépara sous diverses formes, avant que le médecin anglais Thomas Sydenham (1624-1689) n'en propose une formule efficace et simple à produire, qui se généralisa jusqu'au .
Le laudanum de Sydenham est une teinture d'opium safranée introduite et expérimentée par Sydenham, au cours des épidémies de dysenterie des années 1669-1672, à Londres. Jusqu'à la généralisation de l'usage du chlorhydrate de morphine, ce remède demeurera l'analgésique le plus utilisé.. C'est un breuvage calmant opiacé dont la composition est : Poudre d'opium officinal ..110 gSafran incisé ...................50 gAlcool à 30° ..................... 920 g
En France, le laudanum était disponible sous forme de gouttes ; il n'était délivré en principe que sur prescription médicale à partir du . Il n'existe plus aujourd'hui en France de formes commercialisées de cette teinture.
Au Royaume-Uni, la vente libre du laudanum facilita le passage de la consommation thérapeutique à la consommation hédonique. Le poète Thomas de Quincey lança la mode de la recherche d'expériences sensorielles ineffables chez les , mode qui se répandit par la suite dans les milieux artistiques et littéraires européens. Toutefois, dans ce , la montée de la consommation addictive de laudanum dans les milieux populaires anglais créa de sérieux problèmes de santé.
Historique
Étymologie Laudanum est un néologisme forgé par Paracelse, sans qu'on sache précisément sa motivation. Il pourrait dériver du latin laudo, inf. laudare « louer, vanter » ou de ladanum « suc de ciste ».. En 1620, l'apothicaire Jean Béguin dira clairement que (Les Elements de Chymie).
Antiquité et Moyen-Âge Les effets soporifiques du pavot à opium étaient connus du médecin grec du , Dioscoride (De materia medica IV,64.) ainsi que de l'encyclopédiste romain Pline qui indique que la plante était cultivée et servait à fabriquer un « breuvage narcotique » (Histoire naturelle., XX, 198). Au , Galien, dont la doctrine domina la pensée médicale européenne jusqu'au , attribuait aux remèdes à base d'opium des propriétés rafraîchissantes et desséchantes.. Il le recommandait comme analgésique, ou bien comme antidote dans sa fameuse thériaque où l'opium dominant était associé à la chair de vipère et à de nombreux autres ingrédients. La thériaque était prescrite pour les morsures de serpents et tous les poisons. Les médecins du monde musulman, comme al Razi, prescrivirent eux aussi, l'opium comme sédatif et anesthésique.. Paracelse vignette Mais ce n'est qu'au qu'une des préparations du médecin suisse Paracelse, connue sous le nom de « laudanum », devint très célèbre et suscita d'abondantes polémiques. Dans son premier livre, Neun Bücher Archidoxis (Neuf livres Archidoxes., 1525-1526, non publié de son vivant), il expose comment extraire la médication efficace des composantes impures de minéraux, cristaux, gemmes, métaux, plantes, et racines, etc. Il appelle « spécifiques anodins », la classe des remèdes à base d'opium, ambre, musc, perle et or, qui {| style="border:1px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center"
|« Recette : prends une drachme d'opium thebaici, six onces d'ambre arantarium et six onces d'ambre citoniorum, une demi-once de cannelle et autant de girofle. Mélange et pile bien tout cela puis mets-le dans un vaisseau de terre muni d'un couvercle transparent. Laisse digérer au soleil ou au fumier pendant un mois. Exprime alors le tout que tu replaceras dans un vaisseau. Laisse digérer avec les ingrédients suivants : un scrupule et demi de musc ; quatre scrupules d'ambre ; une demi-once de safran ; enfin de l'ambre corallien et du magistère de perle, un scrupule et demi de chaque. Mélange après avoir, derechef, laissé digérer un mois. Prends alors un scrupule et demi de quintessence d'or, mélange à nouveau et tu obtiendras le spécifique anodin grâce auquel toutes les douleurs seront enlevées, à l'intérieur comme à l'extérieur. En outre, aucun autre membre ne sera plus touché. » (Archidoxes, p.96, ouvrage posthume) |} Dans le seul ouvrage médical substantiel publié de son vivant, la Grande chirurgie (Grosse Wundarznei, 1536), Paracelse recommande contre les morsures de serpents, de faire prendre au patient de l'huile d'olive, avec du corail rouge et de l'électuaire de pierres précieuses. Si une fort grande soif survient, , (Grande chirurgie., p. 117). Quelle est donc la recette secrète du laudanum de Paracelse ? Pour le médecin spagyriste Angelo Sala (1576-1637), le « laudane » de Paracelse n'est autre que l' (Opiologia, chap. VIII).
L'imprimeur Oporinus, qui fut un temps l'assistant de Paracelse à Colmar, mentionne le laudanum avec appréhension car il ne fut, semble-il, jamais initié au secret de sa fabrication par son maître. Il indique que Paracelse .. Un autre éditeur, le médecin paracelsien Michael Toxites, parla d'un Laudanum TheophrastiParacelse est un nom de plume que le médecin suisse prit après 1528. La forme abrégée de son premier prénom, Theophrast, semble avoir été la forme employée de son vivant., non toxique, sans opium, qui pouvait guérir toute maladie, hormis la lèpre, et était le meilleur moyen pour préserver la vie.. Un autre médecin de l'époque, Theodor Zwinger confirme l'essentiel de ces témoignages. Il écrivit en 1564 ..
Oswald Crollius, un des premiers disciples de Paracelse, publia en 1609 dans Basilica chymica, la recette du Laudanum tres-renommé de Paracelse, faite d'opium thébaïque, de suc de jusquiame, d'ambre, mumie, sel de perles et de corail, liqueur de succinum [ambre] blanc tiré par esprit de vin, os de cœur de cerf [cartilage du cœur dit croix de cerf], lapis Besouard, corne de Licorne [un fossile], musch..
Le suscita de nombreuses polémiques dans le monde médical. On reprocha à cette prescription d'avoir un effet purement temporaire, les symptômes de la maladie réapparaissant après cessation du traitement. On incrimina aussi les effets rafraîchissants de l'opium qui avaient pour conséquence de priver le malade de sa chaleur innée et de le conduire à la mort. Malgré les mises en garde de certains médecins, le laudanum connaîtra un franc succès durant plusieurs siècles. Il fut considéré comme un remède important dans toutes les pharmacopées chimiques jusqu'au , et on le retrouve même dans les pubs anglais au .
Les médecins paracelsiens des s thumb|upright=0.75|Opiologia, 1614, d'Angelo Sala. Les médecins et apothicaires paracelsiens, tous adeptes des préparations chimiques (par distillation, calcination...), firent grand usage de laudanum à base d'opium « élaboré par le feu ». D’innombrables procédures d'extraction furent développées au cours des s. Dès 1614, le médecin Angelo Sala remarque dans Opiologia qu'.. Par tâtonnement, il fallait trouver les moyens d'exploiter les possibilités de purifications données par la grande solubilité des alcaloïdes morphinanes dans l'éthanol et leur insolubilité dans l'eau. Les quatre Laudanes principaux aux yeux de Sala, sont le spécifique anodin de Paracelse, le laudane de Quercetanus, celui de Oswald Crollius et le sien Nepenthes aurea.
La recette de Crollius a été évoquée ci-dessus. Quercetanus, à savoir Joseph du Chesne (1546-1609), donne une recette du vray Laudanum ou Nepenthes obtenu par une série de distillations en milieu acide (de vitriol, de Lune calcinée [argent], vinaigre) d'opium..
Jean Béguin (1550-1620) utilise une extraction à l'éthanol des alcaloïdes de l'opium pour faire son Laudanum ou Nepenthes plus excellent que celuy d'Homere à partir d'opium et de jusquiame , de la teinture de safran et de corail, de l'ambre (Tyrocinium chymicum., 1610).
Au , Moïse Charas propose un laudanum plus simple à préparer. Il fait fermenter à chaleur modérée dans une cucurbite de l'opium, du suc de coing, du sel de tartre [] et du sucre. Il obtient ainsi alors qu' (Pharmacopée., 1676).
Toutefois, des dizaines de préparations imaginées par les chimistes au début du , seules deux ou trois survécurent : le laudanum de Sydenham, le laudanum de Rousseau (en France) et le laudanum anglais ou gouttes noires (en Angleterre). À la fin du en France, le nom de laudanum était réservé seulement aux seuls Laudanum de Sydenham et de Rousseau.
La formule la plus célèbre du laudanum est ainsi celle du médecin anglais Thomas Sydenham (1624-1689). Le succès de sa préparation tient certainement à sa simplicité se résumant à une infusion dans du vin : {| style="border:1px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center"
||: (Œuvres, Chap. III, years 1670, 1671, 1672.)
vignette|« Pour le choléra : 30 gouttes de laudanum », v. 1850. De la pilule solide de laudanum de Paracelse, on passa à la forme liquide de la teinture d'opium safranée du médecin anglais. Le docteur Sydenham recommandait quelques gouttes de laudanum liquide pour calmer les patients qui souffraient de diarrhées, vomissements, douleurs violentes, fièvres, autant de symptômes douloureux incontrôlables qu'il avait pu observer lors des épidémies de dysenteries des années 1669-1672. Il proposait une posologie précise pour les patients souffrant de dysenterie, variole, pleurésie, choléra, fièvres intermittentes ou stationnaires, convulsions, calculs rénaux, etc... Sydenham avait voulu simplifier la formule et la rendre d'un emploi facile.
C'est le seul remède conseillé notamment à Théophile Gautier contre les premiers symptômes lors de l'épidémie de choléra sévissant à Paris en 1865, qui à son tour le conseille à ses sœurs..
Le laudanum de Sydenham (ou œnolé d'opium safrané, vin d'opium composé) finit par être largement accepté en Europe, puis ailleurs dans le monde (USA, Russie, Chili, etc.). Sa formule est donnée dans la plupart des cours de chimie et des traités de pharmacie des (Lémery, la Pharmacopae Wirtenbergica 1760, Baumé 1777, Rivet 1803, etc.). Au , les Codexle code des médicaments ou Codex medicamentarius gallicus. de 1818, 1837 et 1866 l'adoptèrent, aux unités de mesure près.. Elle est demeurée dans la Pharmacopée française (nouveau nom du codex) jusqu'à la édition de 1976.. Elle a longtemps été considérée par les médecins comme préférable aux autres opiacées dans les flux diarrhétiques.
En s'échappant des officines, le laudanum de Sydenham sera même à l'origine de la toxicomanie de nombreux artistes et écrivains romantiques., sans parler de larges parties de la population anglaise au .
Le laudanum de Rousseau (ou vin d'opium par fermentation) a été conçu par l'abbé Rousseau, médecin de Louis XIV.. On dissout dans de l'eau chaude, de l'opium, du miel (et de la levure de bière) et on laisse la fermentation se faire à la température de . On distille le liquide fermenté et on retire une certaine quantité de liqueur spiritueuse qu'on ajoute au produit d'évaporation.. Mais ce produit d'odeur vireuse a une très faible activité. C'est pourquoi sur les conseils de Baumé, on filtre la liqueur fermentée, on la fait réduire et on rajoute de l'alcool.
Les buveurs de laudanum aux s vignette|« Apothicaire peu scrupuleux vendant de l'arsenic et du laudanum à une enfant » venue avec sa bouteille. En Europe, les s furent incontestablement les siècles de l'opium où la drogue devint l'objet d'enjeux internationaux complexes, de monopoles fiscaux considérables et, parfois, l'objet d'une fascination toxicomaniaque.