Antoine Barcelo, né à Palma de Majorque le et mort le , est un marin et militaire espagnol du originaire des îles Baléares. Il commence sa carrière comme messager maritime de la marine marchande, mais son expérience et son habileté lui valent de servir dans l'Armada royale de la maison Bourbon d'Espagne, d'où il se retire à un âge avancé avec le grade de lieutenant général, soit l'équivalent d'amiralEn 2010, le ministère de la Défense espagnol publie une biographie officielle rédigée par Ramón Codina Bonet, Don Antonio Barceló. Almirante de la Real Armada y corsario del Rey (Don Antoine Barcelo. amiral de la Marine royale et corsaire du Roi), Publicaciones de Defensa, 2010..
Il est également connu, en français, comme don Antonio (de) Barcelo, en castillan, comme don Antonio Barceló y Pont de la Terra et, en catalan, comme don Antoni Barceló i Pont de la Terra; voire en françaisPrudence-Guillaume de Roujoux et Alfred Mainguet, Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 2, C. Hingray, Paris, 1844-1845, page 482René Bouyac, Histoire de Bône, Imprimerie du Courrier de Bône, Bône, 1891, page 103, anglais Samuel Ancell, A circumstantial journal of the long and tedious blockade and siege of Gibraltar : from the of September, 1779 to the 23rd day of February, 1783, Charles Wosencroft, 1784, Liverpool, pages 50 à 56, castillanAnonyme, Recuerdos de un viage por España: Aragon, Cataluña, Valencia, Andalucía, Estremadura, Castilla la Nueva, Volume 2 de Recuerdos de un viage por España, Establecimiento de Mellado, Madrid, 1863, page 283 et italienR. Deputazione napoletana di storia patria, Archivio storico per le province napoletane, Volume 31, Società napoletana di storia patria, Presso gli editori Detken & Rocholl e F. Giannini, 1906, page 80, comme général ou amiral « Barcello / Barcelló » ou, plus rarement, comme amiral ou don Antoine « Barcélo »Victor Adolfe Malte-Brun, La France illustrée, géographie - histoire -administration - statistique, Volume 4, J. Rouff, 1883, Achille Fillias, Histoire de la conquête et de la colonisation de l'Algérie, 1830-1860, Arnauld de Vresse, Paris 1860, Pierre C. Briand, Histoire d'Espagne, depuis la découverte qui en a été faite par les Phéniciens, jusqu'à la mort de Charles III, tome 4, Elibron Classics, 2005 (réplique de l'édition de Léopold Colin, Paris 1808) John Adams Briand, Histoire d'Espagne depuis la découverte qui en a été faite par les Phéniciens jusqu'à la mort de Charles III, Collins, 1808, page 293.
Les marines espagnole et américaine lui ont rendu hommage aux en nommant plusieurs navires d'après son patronyme. L'amiral a également donné son nom à plusieurs rues de villes d'Espagne, dont Madrid et BarceloneLas calles de Barcelona: origen de sus nombres, sus recuerdos, sus tradiciónes y leyendas, Victor Balaguer, S. Manero, 1865, page 106, et inspiré des proverbesBoletin de la Real Academia de la Historia. Tome CLXXIII. Nunméro II. Année 1976, Real Academia de la Historia, p.188p. et un couplet: « Si le roi d'Espagne en trouvait quatre comme Barceló, Gibraltar appartiendrait à l'Espagne et non aux Anglais« Si el Rey de España tuviera cuatro como Barceló, Gibraltar fuera de España, que de los ingleses, no. » in El porqué de los dichos de José María Iribarren et José María Romera, édité en 2005 par l'Institución Príncipe de Viana, page 181. »
Dans son Dictionnaire historique ou Histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom publié en 1797, le jésuite belge François-Xavier de Feller, qui a rapporté les actions de l'amiral dans la presse francophone de l'époque, le surnomme « Barcelo, le Jean-Bart de l'Espagne »François-Xavier de Feller, Dictionnaire historique ou Histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom par le génie, les talens, les vertus, les erreurs, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, tome 10, Paris, 1797, p. 457.
Famille 250px|thumb|left|Armoiries authentiques de don Antoine Barcelo. Le blason est constitué d'un navire voguant (au centre), entouré d'une couronne de laurier (au centre). Sont également représentés une ancre (en bas à droite) et un canon (au centre) croisés, des lances (en haut à gauche et à droite), un drapeau de la régence d'Alger (à gauche), un turban (à droite), des boulets de canon (en bas), une tête de Maure avec un sabre d'abordage qui l'embroche (en bas), une couronne (en haut).
Il ne faut pas confondre Antoine Barcelo avec un homonyme contemporain, le capitaine Barcelo de Dunkerque, commandant du lougre L'Épervier de l'armateur Lefebvre (du an III [] au 15 pluviôse an IV []) et du cutter Le Sans Peur armé par Degravier (du 23 floréal an IV [] à une date inconnue - présumé perdu corps et biens)Paul Foucart et Jules Finot, La défense nationale dans le Nord, de 1792 à 1802. Tome 2, Lefebvre-Ducrocq, Lille, 1890-1893, . Ce corsaire français donna son nom à la goélette Le Barcelo « armée en course et en marchandises » par Victor Hugues (en l'an V) et active contre la marine des États-Unis dans la mer des Antilles sous le DirectoireAnne Pérotin-Dumon, La ville aux Îles, la ville dans l'île : Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1650-1820, Karthala Éditions, 2000, p. 253.
Antoine Barcelo, marin des Baléares qui a obtenu l'un des plus hauts rangs hiérarchiques de l'armada espagnole, est lui né à Puig de Sant Pere, quartier de pêcheurs et de marins situé à Palma. La demeure dans laquelle il est né, en 1716 ou 1717 selon les sources, située au Carrer des Vi (« rue du Vin »), est désormais le collège San Alfonso des théatins (ordre catholique de clercs réguliers)« 10.College of the Theatin Fathers », Ministère du Tourisme du Gouvernement des îles Baléares. La façade du ne mentionne guère l'établissement scolaire privé mais comporte, depuis 1967 (régime franquiste), une plaque commémorative à la mémoire de son illustre habitant.
thumb|Plaque commémorative sur la façade de la maison natale d'Antoine Barcelo à Palma de Majorque:« Dans cette maison vécut et mourut l'Excellentissime Monsieur Don Antoine Barcelo y Pont de la Terra, le capitaine Antoni, lieutenant-général de la marine espagnole qui, dans les voyages de ses navires invaincus, supprima la piraterie en Méditerranée et forgea, dans l'infinitude bleutée des mers, un poème héroïque à l'Espagne immortelle.L'Excellentissime municipalité de Palma de Majorque au fils illustre de la ville pour perpétuer la mémoire de ses vertus militaires et de ses exploits glorieux. 20 janvier 1967. » (traduction de l'espagnol)
Antoine Barcelo est descendant de Pedro (), alias Pierre Bar, majorquin natif de la seigneurie de MontpellierCarlos Domínguez Regueira de Gabinete HeráldicoHeraldica y Genealogia, 37, Diccionario de appellidos qui a participé à la Reconquista des Baléares avec Jacques d'Aragon.
En 1737, Antoine Barcelo épouse Francisca Bonaventura, fille de don Joan Jaume, de Calviá. Le père d'Antoine, Onofre Barcelo, était lui-même un marin, patron d'un chébec transméditerranéen affecté au transport de marchandises entre les îles Baléares et la Catalogne.
Le frère cadet d'Antoine, don Joseph Barcelo (ou José Barcelo), est lui aussi marin : il est commandant du chebec nommé, en castillan, San Antonio Juan Llabres, « Historias de la Mar », dans Revista General de Marina, octobre 1972, ou, en catalan, Sant Antoni de Pàdua (en français Saint-Antoine de Padoue) Cronologia breu referida a Mallorca entre els anys 1750-1800, . Il a participé à l'opération anti-corso du , comme l'atteste le tableau ex-voto de la même date sur lequel il est représenté avec son navire. Il décède à Carthagène (Murcie) le .
Le neveu d'Antoine, Onofre Barcelo-Potgi (décédé en 1806 à Palma), est également marin, patron de courrier chébec à MajorqueRamon Piera i Andreu, Dades dels Països Catalans (Barb - Barcelo). En 1775, il rejoint la flottille des chébecs royaux de don Antoine Barcelo, puis est nommé aspirant (alférez de fragata) en 1776. Il prend part à la guerre de course contre les barbaresques, aux expéditions d'Alger et de Melilla, au siège de Gibraltar et à la conquête franco-espagnole de Minorque dirigée par le duc de Crillon en 1782, et est promu lieutenant de vaisseau (Teniente de navío). En 1794, il commande le Sant Blai (Blaise de Sébaste) durant les opérations navales contre la France et est nommé capitaine. Il termine sa carrière en tant que commandant de marine à Mahón (Minorque).
Son autre neveu, don Franciso Barcelo, est un marin de l'Armada royale Maximilien Sébastien Foy, History of the war in the Peninsula, under Napoleon, Treuttel and Würtz, Treuttel, jun. and Richter, Londres, 1829, et s'illustre durant la guerre d'Espagne (1808-1814) qui oppose l'empire de Napoléon aux Espagnols et aux Britanniques. Son principal fait d'armes a lieu en durant le siège de Gérone, le neveu a alors le grade de lieutenant de vaisseau (Teniente de navío), soit capitaine de navire, et dirige la prise du château de Montgat en Catalogne. Le réduit fortifié était alors occupé par une compagnie napolitaineAlphonse de Beauchamp, Collection des mémoires relatifs aux Révolutions d'Espagne, volume 3, Louis Gabriel Michaud, 1823, de la division LechiJean-Claude Lorblanchès, Les soldats de Napoléon en Espagne et au Portugal, 1807-1814, Éditions L'Harmattan, 2007, depuis la prise de la place par le général Guillaume Duhesme. L'opération s'est déroulée avec le concours des capitaines de croiseurs britanniques mouillant à El Masnou et de catalans ou « territoriaux » (les somatenes) des communes d'Alella, Tiana, Taya, El Masnou, Vilassar et Premia Victor Balaguer, Las calles de Barcelona : origen de sus nombres, sus recuerdos, sus tradiciónes y leyendas, S. Manero, 1865, .
Carrière Messagerie royale (1733-1738) 300px|thumb|left|Antoine Barcelo, avec son chébec courrier, repousse deux galiotes algériennes. (1738). Huile sur toile d'Angel Cortellini-Sanchez conservée au Musée naval de MadridAntonio Barceló, con su jabeque correo, rechaza a dos galeotas argelinas (1738). En cette époque, l'activité de marin aux Baléares était périlleuse du fait des fréquentes incursions barbaresques, des pirates algériens, tunisiens et berbères écumant les côtes de la Méditerranée occidentale. La vitesse de croisière et les garanties que donnait Onofre Barceló lui permirent d'obtenir la concession du trafic de la Messagerie royale avec la Péninsule.
Dès qu'il est assez âgé, le jeune Antoine embarque sur le navire de son père, d'abord comme simple mousse puis comme matelot et enfin comme troisième pilote (il a alors 16 ans). Peu après, son père Onofre meurt d'un vieillissement prématuré causé par ses périples prolongés en mer, et Antoine, qui n'est âgé que de 18 ans, doit prendre la succession.
L'année suivante, il fait la route Palma de Majorque-Barcelone. Il essuie ses premières attaques barbaresques, les pirates sévissant alors partout sur les côtes du Levant espagnol.
thumb|L'Excellentissime Monsieur Don Antoine Barcelo, lieutenant-général de la marine royale de Sa Majesté Catholique. (1783) Sa réputation de bravoure croît parmi les gens de mer et s'accroît après un combat l'opposant à deux galiotes algériennes. Son action déterminée parvient aux oreilles de la Cour, tant et si bien que le roi Philippe V lui confère le rang d'enseigne de frégate le (Antoine est alors âgé de 21 ans). Ce titre honorifique ne donne droit à aucune rémunération.
La lettre patente royale lui accordant sa nomination est rédigée en ces termes :
Por cuanto en atención a los méritos y servicios de Antonio Barceló, patrón del jabeque que sirve de correo a la Isla de Palma de Mallorca y señaladamente al valor y al acierto con que defendió e hizo poner en fuga a dos goletas argelinas que le atacaron en ocasión que llevaba de transporte a un destacamento de Dragones del Regimiento de Orán y otro de Infantería de Africa Vengo a nombrar a Don Antonio de Barceló,