Les Mabinogion ou les Quatre Branches du Mabinogi () sont quatre récits médiévaux (des ou , mots qui signifient contes), écrits en moyen gallois (gallois du ), qui font référence à la mythologie celtique de l'Antiquité. Traditionnellement s'y ajoutent d'autres contes relevant de la légende arthurienne. Le mot Mabinogion est le pluriel de Mabinogi. Diverses explications sur le sens du mot ont été avancées, mais il pourrait venir du nom du dieu Mabon (Maponos en Gaule) qui figure dans le conte Kulhwch et Olwen, et qui fait partie de la même collection. Les s'intitulent : , , et .

Manuscrits thumb|Les premières lignes du Mabinogi, du Livre Rouge de Hergest, scannées par la bibliothèque Bodléienne Les Mabinogion ont été élaborés à partir de deux manuscrits, le Llyfr Gwyn Rhydderch (Livre blanc de Rhydderch), dont la rédaction s'étale de 1380 à 1410, et le Llyfr Coch Hergest (Livre rouge de Hergest), qui est daté approximativement de 1350. Rappelons que dans le monde celtique, la poésie était la spécialité des bardesChristian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 205, « La louange et le blâme. La satire et ses conséquences ».. Les thèmes développés se retrouvent dans la tradition irlandaise, ce qui atteste de leur antiquité. On peut citer, à titre d'exemple, les rapports du druide (ou magicien) et du roi, les obligations de la Souveraineté, l'Autre Monde (le Sidh des Tuatha Dé Danann, en Irlande), la guerre, la pratique des fonctions artisanales. C'est l'illustration de l'idéologie trifonctionnelle des Indo-Européens, telle qu'elle a été exposée par Georges Dumézil. Tout comme pour les textes mythologiques irlandais, un vernis chrétien a ultérieurement recouvert et modifié des récits pré-chrétiens.

La rédaction tardive indique une longue tradition orale, ces mythes se sont transmis de génération en génération, à travers les siècles, de ce fait il n'est pas possible d'en préciser l'origine (voir l'article consacré aux druides).

Dans la vague de celtomanie du , une première publication expurgée en anglais a été faite par Lady Guest entre 1838 et 1849, dont certaines parties ont été traduites en français par Théodore Hersart de la Villemarqué. Mais c'est Joseph Loth qui va établir la première édition française intégrale, avec notes sur la signification des noms et sur des éléments culturels celtes susceptibles d'éclairer la lecture.

Les quatre branches Pwyll, prince de Dyved Ce conte a pour sujets l'origine, le fondement et la légitimité de la royauté. Le contrat passé avec un roi de lAutre Monde indique clairement l'origine divine. Le mariage de Pwyll avec la déesse RhiannonLe nom de Rhiannon est issu de Rigantona, il signifie « Grande Reine ». « Elle est un aspect de la grande divinité celtique » de la mythologie galloise. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 415. est conforme à la mythologie celtique puisque la Souveraineté est un concept féminin. La justice et la générosité du roi sont deux qualités fondamentales et indispensables de la fonction.

L’échange des royaumes Pwyll, prince de Dyved, quitte sa résidence d’Arberth pour aller à la chasse à Glynn Cuch. Il lâche sa meute et aperçoit un cerf poursuivi puis tué par une autre . Ayant distribué la viande à ses propres chiens, arrive le propriétaire de l’autre meute, Arawn le roi d’Annwvyn, qui lui reproche de s’être approprié le gibier. Pwyll accepte de réparer et Arawn propose qu’ils échangent leurs places et identités pour une année, au terme de laquelle Pwyll devra se battre contre , un ennemi d’Arawn.

L’accord étant conclu, Arawn accompagne Pwyll jusqu’à sa résidence où il est accueilli, sous l’apparence d’Arawn. Après le repas de la cour, il va dormir avec la reine, mais il ne la touche pas et ne la touchera pas durant son séjour. Il occupe cette année .

L’année passée, c’est l’heure du duel au « milieu du gué ». Pwyll tue Havgan au premier coup donné. Le vainqueur et règne sur les deux royaumes, Pwyll est surnommé « prince d’Annwvyn ». Puis, il se rend à Glynn Cuch et y retrouve Arawn ; ils reprennent leurs identités et aspects respectifs. Le soir, Arawn retrouve sa femme et lui fait l’amour ; dans la conversation qui suit, il se rend compte que Pwyll n’a pas touché sa femme. Il se félicite de son allié et raconte la vérité à sa femme. Pwyll retourne en Dyved, on le rassure sur la façon dont son royaume a été administré en son « absence » et il raconte la vérité aux nobles.

Pwyll et Rhiannon Le tertre Gorsedd Arberth (« le siège d’Arberth ») est réputé pour les sortilèges. Après un festin, Pwyll prince d’Annwvyn y voit arriver une cavalière dont la monture avance d’un pas lent et régulier. Il envoie quelqu’un lui demander qui elle est, mais l’homme à pied ne parvient pas à la rattraper. À cheval non plus, plus il le force, plus la cavalière s’éloigne sans qu’elle ait changé d’allure. Au troisième jour, Pwyll lui-même se lance à la poursuite et, ne pouvant lui non plus la rejoindre, il l’appelle et elle s’arrête immédiatement. La voyant, il est conquis par sa beauté.

Elle lui dit qu’elle est venue pour le rencontrer et qu’elle se nomme Rhiannon, fille d’Eveydd le Vieux. Elle explique à Pwyll qu’on veut la marier contre son gré, mais qu’elle est amoureuse de lui et veut l’épouser. Il accepte et le mariage est décidé pour dans un an, à la cour d’Eveydd. L’année suivante, lors du banquet de mariage, un homme fait une requête à Pwyll, que celui-ci accepte d’avance : il lui demande sa future épouse et les provisions pour les noces. Il s’agit de Gwawl, à qui Rhiannon avait été promise et qu’elle avait éconduit. Ne pouvant revenir sur son accord, Rhiannon imagine un stratagème pour ne pas épouser Gwawl.

Le jour venu, Pwyll, muni d’un sac magique, arrive avec cent cavaliers. Il entre habillé comme un mendiant et demande que l’on remplisse le sac de nourriture. Le sac magique ne peut se remplir et Pwyll demande à Gwawl de tasser la nourriture avec son pied et il le met dans le sac, qu’il ferme avec les lacets. Pwyll sonne du cor pour faire venir ses chevaliers et tous frappent le sac. Gwawl demande grâce et Pwyll rentre en Dyved avec Rhiannon. Son règne est caractérisé par l'équité, la justice et la générosité.

L’enlèvement de Pryderi Quatre ans plus tard, Pwyll et Rhiannon ont un fils qui leur est enlevé la nuit même de sa naissance. Les six femmes chargées de garder l’enfant accusent Rhiannon d’infanticide. Il est décidé que sa pénitence sera de rester sept ans dans la cour d’Arberth, assise près du « montoir aux cavaliers » ; elle devra raconter son histoire aux passants et leur proposer de les amener dans la cour sur son dos.

Teirnon Twrv Vliant, seigneur de Gwent-Is-Coed, avait une jument qui poulinait chaque année le mai (jour de Beltaine), mais invariablement le poulain disparaissait. La nuit venue, Teirnon surveille la jument qui met bas et voit une griffe passer par la fenêtre pour prendre le poulain ; d’un coup d’épée il coupe la griffe et sort de la pièce mais ne peut voir ce qui se passe à cause de l’obscurité. Quand il rentre, il trouve un enfant qu’il donne à sa femme et qu’on baptise sous le nom de Gwri Wallt Euryn (c’est-à-dire « à la chevelure dorée »). L'enfant grandit rapidement. À l’âge d’un an il en paraît trois ; à quatre ans, il cherche à monter à cheval et on lui donne le poulain né le jour où on l’a trouvé.

Teirnon, qui a eu vent de l’infortune de Rhiannon, comprend que l’enfant est le fils de Pwyll. Avec sa femme, ils décident de restituer l’enfant. Arrivés à Arberth, Rhiannon leur propose de les porter sur son dos jusqu’à la cour, ce qu’ils refusent. À la fin du banquet auquel ils ont été invités, Teirnon raconte son histoire et présente son fils à Rhiannon. On décide de l’appeler Pryderi (« souci »).

Pryderi est élevé par Pendaran Dyved. À la mort de Pwyll, Pryderi lui succède et agrandit le royaume. C’est un bon roi, aimé de tous ses sujets. Il épouse Kigva.

Le Mabinogi de Branwen Le second conte des Mabinogion traite des relations difficiles entre les nations celtes. La guerre est le thème central, et on voit une glorification du guerrier héroïqueVoir Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, introduction de Pierre-Yves Lambert au Mabinogi de Branwen, page 57.. La guerre, les razzias sont d'ailleurs des notions récurrentes dans la civilisation celtique. Bran est un géant, dont le nom signifie « corbeau », animal emblématique des divinités associées à la mort.

L’histoire de Matholwch représente trois infractions à chacune des fonctions indo-européennesVoir l’article Fonctions tripartites indo-européennes. Selon Georges Dumézil, les mythes et les sociétés s'organisent selon trois fonctions primordiales : la fonction sacerdotale, la fonction guerrière et la fonction productrice. : la violation du traité de paix (nature juridique) est une faute qui relève de la première fonction ; le piège tendu par Matholwch pour massacrer les « Bretons » est une faute contre l’éthique de la fonction guerrière ; la disgrâce de Branwen est une atteinte à la fonction de productionPhilippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, page 113 et suivantes..

Le mariage et la disgrâce de Branwen Matholwch, le roi d'Iwerddon (l’Irlande), débarque dans l’île de Bretagne avec une flotte de treize navires. Il se rend à Harlech, à la cour de Bran le BéniBran le Béni est aussi appelé Bran Vendigeit., le géant fils de Llyr, pour lui demander la main de sa sœur Branwen, et ainsi conclure un traité de paix. Après délibérations, le conseil décide d'agréer la demande et tous se rendent à Aberffraw pour célébrer le mariage Aberffraw : l’estuaire de la Ffraw, résidence royale. Voir Les Quatre branches du Mabinogi note 10 de Pierre-Yves Lambert, page 358. pour les noces. La nuit même, Matholwch et Branwen dorment ensemble.

Evnissyen, le demi-frère de la jeune fille, furieux de ne pas avoir été consulté, coupe les lèvres, les oreilles, les paupières et la queue des chevaux des Irlandais, dans l’espoir de rompre l’accord. Devant l’affront, Matholwch va repartir pour l’Irlande, mais l’offense est réparée par le don de nouvelles montures, d'une baguette d’argent, d'une plaque d’or et d’un chaudron magique, venant du Llynn y Peir (Le lac du Chaudron) en Irlande, qui a le pouvoir de ressusciter les guerriers morts au combat. Matholwch emmène sa nouvelle épouse en son royaume, où elle est bien accueillie ; l’année se passe dans la « gloire » et la « célébrité » et Branwen donne naissance à un fils Gwern.

L’année suivante, des rumeurs circulent à propos de l’affront subit par Matholwch et, en guise de vengeance, on exige que Branwen soit chassée du lit royal et condamnée à faire la cuisine dans la cour, où chaque jour le cuisinier vient lui donner une gifle. De plus, toutes les relations sont interdites entre l’Irlande et le pays de Galles. Ce traitement va durer pendant trois ans, pendant lesquels elle élève un étourneau. Elle envoie l’oiseau, porteur d’un message, à son frère Bran.

L’invasion de l’Irlande