vignette|Caricature représentant un magnétiseur en charlatan Le magnétisme animal, aussi appelé mesmérisme, est un ensemble d'anciennes théories et pratiques thérapeutiques qui se développèrent de la fin du à la fin du en Occident et qui eurent d'importantes conséquences sur le développement de la médecine, de la psychologie et de la parapsychologie* Adam Crabtree, Animal magnetism, Early Hypnotism & Psychical research, 1766-1925, an annotated Bibliography, 1988.
Le médecin allemand Franz-Anton Mesmer, qui postulait l'existence d'un fluide magnétique universel dont on pouvait faire une utilisation thérapeutique, introduisit l'expression « magnétisme animal » en 1773. Il avait l'ambition de donner une interprétation rationnelle à des phénomènes que l'on peut décrire sous le terme général de « transe » et qui, tels quels, semblent désigner l'irrationnel ou la magieIsabelle Stengers, L'Hypnose entre magie et science, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002.. Alors qu'il se voulait fondateur de science, ramenant ce qui relevait jusque-là du surnaturel à l'étude des propriétés d'un fluide naturel, il est devenu l'archétype du charlatanIsabelle Stengers, L'Hypnose, entre magie et science, 2002, . et le magnétisme animal l'archétype d'une pseudo-science« Magnétisme animal: propriété occulte […] », Petit Larousse illustré, Montréal, 2000, .
Véritable phénomène de société, le magnétisme animal a fait l'objet de nombreuses polémiques, notamment en France, où la faculté de médecine a condamné cette pratique pour les médecins dès 1784. Cela n'a pas empêché le magnétisme animal de continuer à se répandre sous diverses formes, certains magnétiseurs continuant à attribuer ses effets au fluide de Mesmer, d'autres les attribuant à la volonté ou à l'imagination du magnétiseur et du magnétisé. Ces derniers sont à l'origine de théories sur l'hypnose développées par des médecins comme James BraidJean-Michel Oughourlian, « L'hypnose, révélation du rapport interindividuel » in Résurgence de l'hypnose, 1984. ou Ambroise-Auguste Liébeault. D'autres encore expliquent les phénomènes magnétiques par un contact privilégié avec des « esprits ».
Origines de la médecine magnétique La médecine magnétique du vignette|Paracelse, portrait peint par Quentin Metsys (1466-1530) Les représentants de la médecine magnétique du , qui se présente comme un courant de sagesse médicale, ont, pour la plupart, subi l'ascendant des pères fondateurs du courant de la magie naturelle, tels le médecin suisse ParacelseSaïd Hammoud, « Magnétisme » in Jean Servier, Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF, 1998., Marsile Ficin, Roger Bacon ou Pietro PomponazziBertrand Méheust, Sommnambulisme et Médiumnité, 1999, .. Ils présentent la santé comme un état d'harmonie entre le microcosme individuel et le macrocosme céleste, contenant des fluides, des aimants et des influences occultes de toutes sortes. Pour Paracelse, la puissance interne de l'âme peut se déployer à l'extérieur de l'organisme qu'elle anime et agir sur le corps, la volonté et les représentations d'autruiBertrand Méheust, Sommnambulisme et Médiumnité, 1999, .. Pour lui, l'imagination est la force magique par excellence, qui représente ce pouvoir d'agir sur autruiAlexandre Koyré, Mystiques, spirituels, alchimistes du allemand, Paris, Gallimard, 1971, ..
Le médecin anglais Robert FluddAlfred Binet et Charles Féré, Le Magnétisme Animal, 1887., influencé par Paracelse, pratique la médecine à distance dont il attribue les effets à l'« onguent de sympathie ». On compte aussi parmi les représentants de ce mouvement le savant allemand Rudolf Goclenius le Jeune, dit Gockel, qui considère que la nature est régie par une force agissante, partout présente mais discrète, consistant dans la loi de l'attraction et de la répulsionRudolph Goclenius, Tractatus de magnetica curatione vulnerum, Marbourg, 1609.. Le médecin belge Jan Baptist van Helmont développe des idées semblables à celles de GockelJan Baptist van Helmont, De magnetica vulnerum naturali et legitima curatione (Le traitement magnétique des plaies), 1621.. Pour Gockel et pour Van Helmont, le magnétisme, par sa dimension tant théorique que pratique, fait partie du domaine de la magie. Van Helmont écrit : . Pour lui, tout homme est capable d'influencer ses semblables à distance si un accord entre l'opérateur et le patient a été créé et si la sensibilité du patient a été exercéeBertrand Méheust, Sommnambulisme et Médiumnité, 1999, ..
Le jésuite allemand Athanasius Kircher, connu pour ses expériences sur des animaux, considère lui aussi que le magnétisme intervient comme un principe explicatif de tous les phénomènes naturels. Il explique le « magnétisme de l'amour » comme une loi fondamentale cosmique d'attraction entre les êtres vivants, attraction qui est la source aussi bien des liens érotiques que de la guérison des maladies par cure magnétiqueAthanasius Kircher, Magnes sive de arte magnetica opus tripartum, Rome, 1643..
Parmi les représentants plus tardifs de ce courant, on compte le médecin écossais William MaxwellWilliam Maxwell, De Medicina Magnetica, 1679. et Ferdinand SantanelliFerdinand Santanelli, Geheime Philosophie oder magish-magnetische Heilkunde, 1723..
L'invention du magnétisme animal vignette|Franz-Anton Mesmer. Le médecin allemand Franz-Anton Mesmer, qui publie en 1766 à Vienne De l'influence des planètes sur le corps humain, fut fortement influencé par les théories sur le magnétisme de ses prédécesseurs du Alexandre Bertrand, Du magnétisme en France et des jugements qu'en ont porté les sociétés savantes, Paris, Baillière, 1826.. Dans son livre, Mesmer s'inspire également des écrits du médecin anglais Richard MeadRichard Mead, De imperio solis ac lunae in corpora humana et morbis inde oriundis, Londres, 1704... Ce n'est qu'à partir de 1773, à la suite d'une polémique avec le père jésuite Maximilian Hell à propos de l'utilisation thérapeutique de plaques aimantées inventées par ce dernier, que Mesmer commence à utiliser le terme de « magnétisme animal » qu'il distingue du fluide magnétique minéral.
En 1775, le prince-électeur Maximilien III Joseph de Bavière nomme une commission pour enquêter sur les exorcismes du père Johann Joseph Gassner. Cette commission invite Mesmer à Munich. Le , il se montre capable de provoquer chez les malades l'apparition et la disparition de divers symptômes sans utiliser l'exorcisme. Le lendemain, en présence de la Cour et de l'académie, il déclare que Gassner guérissait ses malades par le magnétisme animal sans s'en rendre compteHenri F. Ellenberger, À la découverte de l'inconscient, SIMEP, 1974.. Selon cette perspective, on peut considérer la relation entre le magnétiseur et le magnétisé comme la sécularisation de la relation qui existait entre l'exorciste et le possédé.
En 1777, Mesmer quitte Vienne, à la suite d'un échec thérapeutique avec la célèbre pianiste aveugle Maria Theresia von Paradis et en raison de la réaction hostile de ses confrères médecins qui le considèrent comme un charlatan. Il arrive à Paris en , s'installe au numéro 16 de la place VendômeMaurice Colinon, « Place Vendôme », Guide de Paris mystérieux, Paris, Éditions Tchou, 2001, . et tente sans succès de se faire reconnaître par l'Académie des sciences, la Société royale de médecine et la Faculté de médecine de l'université de Paris.
Retiré dans le village de Créteil, il publie son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal en 1779 avec le soutien de son premier converti important, le médecin Charles Deslon. Les thèses principales de ce Mémoire sont les suivantes : un fluide physique subtil emplit l'univers, servant d'intermédiaire entre l'homme, la terre et les corps célestes, et entre les hommes eux-mêmes ; la maladie résulte d'une mauvaise répartition de ce fluide dans le corps humain et la guérison revient à restaurer cet équilibre perdu ; grâce à des techniques, ce fluide est susceptible d'être canalisé, emmagasiné et transmis à d'autres personnes, provoquant des « crises » chez les malades pour les guérir.
Selon Mesmer, le magnétisme animal est la capacité de tout homme à guérir son prochain grâce au fluide naturel que le magnétiseur serait capable d'accumuler et de retransmettre grâce à des « passes »., dites « passes mesmériennes », sur tout le corps. Le magnétisme animal est aussi pour Mesmer une théorie unitaire permettant de décrire l'intrication de l'homme et de l'univers.
Mesmer est vivement attaqué par la Faculté de Médecine qui publie des pamphlets et des articles au vitriol dans le Journal de médecine et la Gazette de Santé, mais il obtient des clients influents, tels le Marquis de La Fayette, le juriste Nicolas Bergasse et le banquier Guillaume Kornmann. En outre, dans son Précis historique des faits relatifs au magnétisme animal, publié en 1781, Mesmer réplique à ses opposants sur le ton de l'innocence blessée.
Le baquet et les crises magnétiques vignette|Gravure représentant un « baquet » En 1780, ayant plus de patients qu'il n'en peut traiter individuellement, Mesmer introduit la méthode de traitement collectif dite du « baquet » par laquelle il peut traiter plus de trente personnes à la foisAlfred Binet et Charles Féré, Le Magnétisme Animal, 1887, .. Les patients, reliés entre eux par des cordes, sont assis autour d'une caisse circulaire en bois de chêne, dont le couvercle est percé de trous et de laquelle sortent des tiges en métal qui peuvent être en contact avec différentes parties malades du corps William Ramsey, The life and letters of Joseph Black, 1918, .. Au fond de la caisse, sur une couche de verre pilé et de limaille de fer, reposent des bouteilles remplies et rangées symétriquement, certaines pointant vers le centre, d'autres vers la périphérie. Mesmer, dans un habit de soie lilas, et ses aides, qu'il choisissait jeunes et beaux, sont armés d'une baguette de fer de dix à douze pouces dont ils touchent les parties malades du corps des patientsAlfred Binet et Charles Féré, Le Magnétisme Animal, 1887, .. Mesmer accompagne habituellement ses séances de magnétisme en jouant du piano-forte ou du glassharmonica, harmonica de verre inventé par Benjamin Franklin en 1762. vignette|Le baquet de Mesmer, par Georges Méliès (1905).
Lors de ces traitements collectifs autour du baquet se manifestent des phénomènes contagieux de « crises magnétiques », au cours desquelles les femmes de la meilleure société perdent leur contrôle, éclatent d'un rire « hystérique », se pâment, sont prises de convulsions… Un témoin décrit une crise en détail : Rapport des commissaires chargés par le roi de l'examen du magnétisme animal, Paris, 1784.. Mesmer considère que ces convulsions ont une vertu thérapeutique en ce qu'elles indiquent que le fluide, renforcé par les passes magnétiques, surmonte l'obstacle qui s'opposait à sa circulation dans le corps du malade. Pour les cas de convulsions violentes, les patients sont emmenés dans une chambre matelassée appelée « chambre des crises ». L'un des quatre baquets de Mesmer est réservé aux pauvres mais les places aux trois autres doivent être réservées longtemps à l'avance et lui rapportent quelque 300 louis par mois.
En , probablement influencée par des courtisans mesméristes, Marie-Antoinette prie Maurepas de négocier avec Mesmer. Le gouvernement lui offre une pension à vie de et une autre de pour ouvrir une clinique s'il veut accepter la surveillance du gouvernement. Mesmer refuse l'offre car elle ne lui paraît pas assez généreuse et parce qu'il refuse d'être jugé par ses élèves.