La bataille de Wissembourg également appelée bataille du Geisberg ou encore bataille de Wissembourg-Geisberg est la première bataille de la guerre franco-prussienne de 1870 qui eut lieu le , sur la frontière nord de l'Alsace au même endroit que les première et deuxième batailles de 1793Estampe de la bataille de Wissembourg du 4 août 1870.. Les combats de l'avant-veille autour de Sarrebruck n'avaient engagé que de faibles contingents. C'est un combat de rencontre où le commandement français, par manque d'information, se laisse accrocher par un ennemi supérieur en nombre.

La réoccupation de Wissembourg Au début du conflit, le général Ducrot, commandant la militaire (Strasbourg), fait évacuer les places de Wissembourg et de Lauterbourg qui se trouvent sur la frontière et les lignes de la Lauter. Il ne veut pas disséminer les forces tout le long de la frontière ; mais, à la suite des protestations du sous-préfet Hepp de Wissembourg, le ministère, par dépêche, fait savoir qu’il n’approuve pas cette mesure.

Il ordonne le , d’envoyer la d’infanterie (général Abel Douay) à Haguenau. Aussitôt l’intendance fait savoir qu’elle n’est pas en mesure d’assurer l’approvisionnement des et d’infanterie si la petite cité frontalière n’est pas réoccupée, car elle y dispose d’une partie de ses approvisionnements.

Afin de protéger la voie de chemin de fer Strasbourg-Haguenau-Bitche-Metz, le maréchal de Mac Mahon qui commande le de l'armée du Rhin remonte l’ensemble de son dispositif autour de Haguenau et donne, le , l’ordre : à la (général Ducrot) de quitter le ses positions pour aller s’établir à Lembach afin d’assurer la liaison avec le du général de Failly, à la (général Douay) d’occuper Wissembourg, Weiler et les positions environnantes ainsi que le col du Pigeonnier par lequel elle se reliera à la division, et à la de cavalerie de couvrir la sur sa droite jusqu’à Schleithal (en France).

Le général Ducrot, connaissant le terrain de Wissembourg, est chargé de coordonner l’action de ces différentes unités et même d’indiquer les emplacements à assigner aux divers corps de la division Douay.

Dès qu’il reçoit cet ordre, le général Ducrot le modifie par des instructions qu’il adresse au général Douay : Il indique que « suite aux reconnaissances effectuées par le colonel commandant le régiment d’infanterie, il ne pense pas que l’ennemi soit en force dans les environs pour entreprendre quelque chose de sérieux dans l’immédiat ». Il demande au général Douay de rester sur les hauteurs sud dominant la vallée de la Lauter : le plateau du Geisberg à l’est et celui du Vogelsberg à l’ouest et de ne faire occuper la cité de Wissembourg que par un bataillon. En outre, le général Douay doit relever le d’infanterie qui tient le col du Pigeonnier et le village de Climbach ; c’est la limite gauche du dispositif de la d’infanterie. Quant à la limite droite, elle n’est pas précisée parce qu’il n’y a pas de troupes amies sur son flanc droit ; c’est pour cela que la de cavalerie a été mise à la disposition du détachement. Le général Ducrot précise quant à son emploi : « Il est bien entendu que cette brigade de cavalerie est placée sous vos ordres immédiats et que vous l’utiliserez pour vous éclairer soit en avant de Wissembourg, soit à droite dans la direction de Lauterbourg ». Il indique enfin le véritable but de la présence de la à Wissembourg : « Aussitôt que Wissembourg aura été occupé, je vous prie […] d’organiser des brigades de boulangers, avec les ressources qui peuvent se trouver dans vos régiments. Je crois que la dimension des fours permet de fabriquer en 24 heures, mais à la condition que le service soit bien organisé. […] car c’est de Wissembourg que nous devons tirer la majeure partie de nos subsistances. »

thumb|right|300px|Organigramme de la division Douay. Le général Ducrot accompagne cette lettre d’un plan sur lequel les points importants et les lignes de retraite sont indiquées. Le général Robert, le chef d’état-major de la d’infanterie, affirme que la division a bien été mise sous les ordres du général Ducrot en ce qui concerne les positions à occuper et les opérations de guerre ; cela lui semblait d’autant plus normal : que les deux grandes unités étaient isolées (à une journée de marche des renforts possibles), que le général Ducrot était plus ancien que le général Douay, et que le général Ducrot connaissait parfaitement la région. La d’infanterie est renforcée par la brigade légère de cavalerie de la division de cavalerie du corps d’armée. Au total, le général Douay ne peut compter que sur ses , alors qu’une division d’infanterie en comprend normalement . Ceci est dû à la mauvaise organisation de la mobilisation ; toutes les unités n’ont pas atteint leur effectif de guerre.

La division arrive le au soir à Wissembourg au plus fort d’un violent orage ; rien n’est prévu pour l’hébergement de la troupe. Des sentinelles sont placées sur le Geisberg qui domine Wissembourg au sud de la Lauter. Le du R.I. est envoyé occuper Wissembourg. Les autorités locales préviennent le général Douay de la présence d’importants éléments ennemis dans les environs. Le général Douay ne dispose d’aucune information (emplacement, type d’unité, direction de marche…) sur les troupes ennemies. Dès son arrivée, le R.I. repart dans la nuit pour Climbach relever le R.I. de la division, comme prévu par les directives du général Ducrot.

Wissembourg

Wissembourg est le point de jonction des routes de Landau, Bitche et Strasbourg.. Depuis 1867, cette ville n'est plus classée comme place de guerre, mais ses remparts forment encore une enceinte complètement fermée, à l'abri de l'escalade, entourée de fossés d'une largeur de 20-30 pieds, dans lesquels on peut mettre six pieds d'eau. Sur le front nord, le mur d'enceinte commande de le fond du fossé. Les portes de Haguenau et de Landau sont voûtées ; la porte de Bitche est une simple coupure dans le corps de place.

En avant de ces deux dernières issues, se trouvent de petites lunettes avec des murs crénelés. Des deux côtés de la ville s'étendent les épaulements connus dans les guerres passées sous le nom de « Lignes de Wissembourg ». La Lauter, qui traverse la ville et qui est difficilement franchissable dans son voisinage immédiat, constitue ainsi un obstacle très-propre à la défense et dont la valeur est encore notablement augmentée par les hauteurs dominantes de la rive droite. En effet, tandis que sur la rive gauche les derniers contreforts des Vosges ne dépassent pas Wissembourg, sur la rive droite, au contraire, ils s'allongent à plus de deux kilomètres à l'est de la ville, où ils se terminent par les hauteurs d'un difficile accès sur lesquelles est construit le château de Geissberg.

L'ensemble de ce site forme donc une position qui domine au loin le pays vers le nord et qui est susceptible d'être vigoureusement défendue avec peu de monde. Les montagnes à gauche, le Bien-Wald à droite, empêchent qu'elle ne soit aisément tournée.

Dispositions allemandes Le , à 4 heures de l'après-midi, le commandant en chef de la armée prenait les dispositions suivantes :

« Quartier général de Landau, le .

Mon intention est de porter, demain matin, l'armée jusque sur la Lauter, et de franchir cette rivière avec les troupes avancées. À cet effet, on traversera le Bien-Wald par quatre routes.

L'ennemi devra être refoulé partout où on le trouvera. Les diverses colonnes marcheront dans l'ordre ci-après :

La division bavaroise , formant l'avant-garde, se dirigera sur Wissembourg et cherchera à s'en emparer. Un détachement suffisant flanquera sa droite par Böllenborn et Bobenthal ; la division quittera ses bivouacs à 6 heures du matin. Le reste du corps Hartmann, y compris la division Walther, rompra à 4 heures et viendra sur Ober-Otterbach, en contournant Landau par Impflingen et Bergzabern. Les trains de ce corps se porteront, dans le courant de la matinée, jusqu'à Appenhofen. La division de cavalerie sera réunie au sud de Mörlheim pour 6 heures du matin, et marchera, par Insheim, Rohrbach, Billigheim, Barbelroth et Capellen, jusqu'à l'Otterbach, à 4 000 pas à l'est d'Ober-Otterbach. Le corps partira, à 4 heures du matin, de ses bivouacs de Billigheim et viendra, par Barbelroth et Nieder-Otterbach, sur Gross-Steinfeld et Kapsweyer.  Il aura son avant-garde particulière, qui passera la  Lauter à Saint-Remy et à Wooghäusern et établira ses postes sur les hauteurs de la rive opposée. Les trains demeureront à Billigheim. Le corps quittera Rohrbach à 4 heures du matin et se dirigera, à travers le Bien-Wald, par Steinweiler, Winden et Schaidt, sur les « Bienwalds-Hütte ». Il aura son avant-garde particulière, qui poussera au-delà de la Lauter et placera ses avant-postes sur les hauteurs de l'autre rive. Les trains resteront à Rohrbach. Le corps Werder marchera sur Lauterbourg, par la grande route ; il cherchera à se rendre maître de cette localité, et établira des avant-postes sur la rive droite. Les trains demeureront à Hagenbach. Le corps Von der Tann quittera ses bivouacs à 4 heures du matin, et, suivant la grande route, viendra par Rülzheim sur Langenkandel, où il bivouaquera à l'ouest de la ville. Les trains resteront à Rheinzabern.

Le quartier général du corps d'armée se transportera à Langenkandel.

Je me tiendrai, dans la matinée, sur les hauteurs entre Kapsweyer et Schweigen, et j'établirai probablement mon quartier général à Nieder-Otterbach.

signé : Frédéric-Guillaume, Prince Royal.

Comme, d'après les nouvelles parvenues le 3, une rencontre sérieuse pouvait se produire dès le 4, le commandant en chef ajoutait verbalement à ces ordres que, le cas échéant, toutes les colonnes auraient à se soutenir mutuellement. »

Appréciation de la situation de la Division Douay par l'état major allemand Depuis quelques jours déjà, le maréchal Le Bœuf avait avisé le maréchal Mac Mahon de la réunion de forces ennemies considérables dans le Palatinat et l'avait invité à rassembler les troupes sous ses ordres sur les routes qui mènent de la basse Alsace vers Bitche. Dans la matinée du , les forces directement disponibles se trouvaient aux points suivants :

La division Abel Douay, avec la brigade de cavalerie Septeuil, à Wissembourg.

La division Ducrot, établie depuis plusieurs jours autour de Reichshoffen, en marche sur Lembach.

La division Raoult à Reichshoffen.

Le quartier général du corps d'armée et la division Lartigue à Haguenau.

La brigade de cavalerie Nansouty occupait Seltz, sur le Rhin, tandis que la division de cavalerie Bonnemains et la brigade de cuirassiers Michel étaient en arrière, à Brumath.

La division Conseil-Dumesnil, du corps, n'avait pas encore quitté Colmar. La situation de la division Douay était donc assurément fort hasardée. De plus, elle n'avait sur place que 8 bataillons, et 8 escadrons, car son bataillon de chasseurs et un bataillon du de ligne étaient attachés à la brigade de cavalerie Nansouty, à Seltz, pendant que le régiment avait été dirigé sur Climbach, au matin du , pour y relever le de la division Ducrot. On pouvait donc tout au plus compter, dans le courant de la matinée, sur le concours de ces deux derniers régiments, le reste du corps se trouvant à une marche et au-delà sur les derrières. Les rapports français relatifs à cet engagement ne permettent pas de préciser si toute la brigade Septeuil avait déjà rallié la division Douay au début du combat, ou si son gros n'arriva que pendant le cours de l'affaire.

Déroulement des combats Le , à la pointe du jour, le général Douay envoie une reconnaissance au-delà de la Lauter ; les escadrons de cavalerie reviennent vers six heures sans avoir décelé une présence ennemie. Le général Douay ignore toujours où se trouve l’ennemi bien que les autorités locales (sous-préfet et maire) lui indiquent que Prussiens ont quitté Landau. Il reçoit du maréchal Mac Mahon un télégramme lui demandant : s’il dispose de renseignements pouvant faire croire à un rassemblement nombreux,