Frederick Douglass, né Frederick Augustus Washington Bailey en 1817 ou 1818, et mort le à Washington, est un orateur, abolitionniste, éditeur et fonctionnaire américain. Esclave depuis sa naissance, il réussit à s'instruire et s'enfuit à l'âge de 20 ans. Communicateur éloquent, il devient agent de la , et écrit son autobiographie : Récit de la vie de Frederick Douglass, un esclave américain, écrite par lui-même. La célébrité met sa liberté illégale dans les États non esclavagistes du Nord en danger et il se réfugie en Europe, où ses nouveaux amis obtiennent sa manumission, et finalement un financement pour qu'il fonde le journal The North Star à son retour.
Il se distancie de ses premiers collaborateurs de l'American Anti-Slavery Society (Société anti-esclavage américaine), et de son mentor William Lloyd Garrison, après l'évolution positive de son opinion sur la valeur de la Constitution des États-Unis, pour se rallier aux abolitionnistes plus conservateurs, dont l'action était axée sur la politique plutôt qu'essentiellement sur une réforme morale de l'opinion publique. Son association avec Gerrit Smith, un important contributeur du Parti de la liberté fondé par James G. Birney, est concrétisée par la fusion de leurs journaux respectifs.
Douglass a été le septième homme dans ce que les historiens ont appelé le groupe secret des six, en transmettant de l'argent et en recrutant des acolytes au Capitaine John Brown, pour un complot avec l'objectif d'une insurrection générale contre l'esclavage.. Après le déclenchement de la guerre de Sécession, Douglass a été parmi les premiers à suggérer au gouvernement fédéral d'employer des troupes formées d'hommes noirs. Conférencier populaire à partir de 1866, Douglass a occupé entre 1871 et 1895 diverses fonctions de nature administrative dans le gouvernement.
Frederick Douglass croyait fermement à l'égalité de tous, y compris les descendants d'Africains, les femmes, les Amérindiens, les immigrés, et évidemment tous les autres Américains d'ascendance européenne. Certains commentateurs et historiens ont dit de Douglass qu'il est tombé dans l'autopromotion, mais s'il a pu faire la promotion d'un programme séparé pour les Afro-Américains, par exemple dans les écoles ou à cause d'un journal éphémère à Washington en 1869, ses qualités personnelles sont indéniables.
Enfance et jeunesse Né esclave et orphelin Frederick Augustus Washington Bailey. est né esclave dans le comté de Talbot (Maryland), à une date que lui-même ignorait précisément, qu'il estimait être 1818, et que d'autres situent « probablement en »Douglass, Frederick. The Encyclopaedia Britannica. New York; The Encyclopaedia Britannica Company, 1910 ( Ed.), Vol. VIII, .. Sa mère, Harriet Bailey, est réputée avoir été d'une grande intelligence et son père « était un blanc », du moins lui-même a cru qu'il s'agissait du propriétaire de sa mère en ce temps-là.. Il fut séparé de sa mère alors qu'il n'était encore qu'un nourrisson, une pratique courante des esclavagistes envers leurs « possessions » ; il ne la vit que quatre ou cinq fois et elle mourut quand il avait sept ans. Il aurait eu deux sœurs et un frère mais, dit-il, « la disparition prématurée de [sa] mère avait presque effacé de [leur] mémoire la réalité de [leur] parenté »..
Il passe ses premières années sous les soins de sa grand-mère. À six ans, il est envoyé dans la plantation nommée , gérée par le capitaine Aaron Anthony, et dont le propriétaire était le colonel Edward Lloyd, un des hommes les plus riches de l'État, qui possédait près de selon les estimations de Douglass. Il y découvrit la violence des rapports entre Blancs et esclaves, et il assista pour la première fois à une séance de châtiment corporel, qui le marqua à jamais : sa tante fut suspendue par les bras et fouettée à de nombreuses reprises par le régisseur, pour avoir été aperçue avec un homme dont il lui avait interdit la fréquentation.
Espoir naissant de la liberté Vers l'âge de douze ans, il fut envoyé à Baltimore chez Hugh Auld, dont le frère Thomas avait épousé la fille du capitaine Anthony. Le séjour de Douglass chez le frère du gendre de son propriétaire s’avéra une bénédiction dans sa vie, sans laquelle il n'aurait peut-être jamais pu espérer devenir libre... En effet, Madame Auld, Sophia, se montra très gentille envers lui et, à l'insu de son mari, ainsi qu'au mépris de la loi qui lui interdisait de le faire, elle apprend au petit Frederick les rudiments de la lecture'..
Le mari apprit le « complot » et sermonna sa femme sur le fait que l'apprentissage de la lecture par un esclave le porterait immanquablement à ne plus se satisfaire de sa condition ; « Le savoir gâterait le meilleur nègre du monde. Si tu enseignes à ce nègre à lire, il n'y aura plus moyen de le tenir. Cela le rendra à jamais inapte à l'esclavage », se souvient d'avoir entendu dire de lui Douglass... C'est pour lui comme une révélation et dès lors il mit tout en œuvre pour poursuivre son éducation. Auld se soumit aux injonctions de son mari, mais Douglass obtint des leçons de la part de jeunes enfants blancs pauvres en échange de pain et lisait en secret ce qu'il pouvait trouver à lire chez ses maîtres.
Auto-apprentissage Avec de l'argent gagné en vendant des bottes sur le marché noir, il réussit à acheter son premier livre, Columbian Orator. Ce livre, paru à Boston en 1797, est un recueil de discours qui était utilisé pour l'enseignement de la rhétorique ; il y trouve notamment un dialogue entre un maître et son esclave dans lequel sont démontés tous les arguments des esclavagistes, ainsi qu'un discours de Richard Brinsley Sheridan traitant du catholicisme qui est à l'origine de sa conversion religieuse.Columbian Orator est considéré comme un classique du genre et il est encore réédité de nos jours.. Il apprend aussi à écrire des laissez-passer pour les esclaves fugitifs. Par sa persévérance dans ses lectures, Douglass se forge graduellement une bonne compréhension de ce qu'est l'institution de l'esclavage, et élabore sa propre version de son opposition aux préjugés raciaux, et sa conception de la liberté et des droits de l'homme.
Périodes d'esclave loué À la mort du Capitaine Anthony en 1833 et à la suite d'une dispute entre les frères Hugh et Thomas à son sujet, Douglass est renvoyé chez ce dernier qui, insatisfait de son comportement, le loue pour une année au fermier Edward Covey, « qui avait la réputation de discipliner les esclaves ». Douglass est régulièrement fouetté chez son nouveau maître, mais il survit sans que son esprit ne soit brisé.
Lors d'une confrontation, Douglass riposta aux coups de Covey. Il se battit avec Covey pendant deux heures. La bagarre n'eut pas de vainqueur. Pour Covey, le plus important était de conserver sa réputation de « briseur » d'esclaves et, plutôt que d'ébruiter qu'un de ses esclaves avait osé lui tenir tête, il laissa Douglass s'en sortir sans que celui-ci soit inquiété.
Douglass est par la suite loué à William Freeland, qui possédait une grande plantation près de St-Michael, au Maryland. Ce nouveau maître le traite bien. Douglass donne alors aux autres esclaves des cours de lecture, en s'appuyant sur le Nouveau Testament. Freeland tolère cette école du dimanche, à laquelle assistent une quarantaine de personnes, mais les voisins esclavagistes s'y opposent, et l'expérience prend fin.
Fuites et début de la liberté illégale En 1836, Douglass veut s'échapper, mais son projet est révélé et il se retrouve en prison pendant une semaine. Ses juges manquent de preuves contre lui et il est renvoyé de chez Freeland pour être retourné chez Hugh Auld. Durant ce deuxième séjour à Baltimore, qui dure une année, il apprend le métier de calfat (qui consiste à étancher les joints de navire).
C'est durant cette période qu'il fait la connaissance de Anna Murray, une Afro-américaine libre, qui deviendra plus tard sa femme.
Le , déguisé en marin et muni de papiers d'identité obtenus d'un marin noir libre, il s'enfuit par le train de Baltimore se rendant à Havre de Grace dans le Maryland, traverse la rivière Susquehanna à bord du traversier, continue en train jusqu'à Wilmington dans le Delaware, atteint Philadelphie par bateau et arrive finalement à destination de New York ; un très long voyage, mais qui dure en tout moins de vingt-quatre heures...
Pour des raisons de sécurité, il se retire à New Bedford dans le Massachusetts et se fait appeler « Frederick Douglass » plutôt que « Frederick Augustus Washington Bailey » (il a choisi le nom de Douglass sur la suggestion d'un ami qui aimait Lady of the Lake de Scott). Il a travaillé à cet endroit comme ouvrier agricole pendant trois années, dans la clandestinité.
Vie publique Débuts comme orateur et abolitionniste vignette|Le jeune Frederick Douglass.
Sorti des griffes de son propriétaire, Douglass fréquente des membres de la communauté noire et abolitionniste à New Bedford (Massachusetts). Sa conscience politique se développe avec la lecture du journal édité par William Lloyd Garrison, The Liberator, qui « occupait dans son cœur la seconde place, juste après la Bible ».. William Coffin, un libraire dans les cercles quaker, le presse de venir raconter son histoire dans une convention interraciale d'hommes et de femmes abolitionnistes sur l'île de Nantucket ; c'était pour plusieurs la première fois qu'ils entendaient un esclave fugitif parler de lui-même en public. L'audience est fascinée, charmée et touchée au cœur. Il devient bientôt un agent de la ..
Lors d'un déplacement en train en , Douglass et John A. Collins sont victimes de ségrégation et de violence. Les abolitionnistes enquêtent sur le respect des droits humains des noirs dans les compagnies de chemin de fer, et publient leurs résultats dans le Liberator, tout en réévaluant régulièrement la situation. Confrontées aux effets de la mauvaise publicité, les quelques compagnies qui avaient des politiques ségrégationnistes se voient forcées de les retirer afin de pouvoir se présenter de manière aussi favorable que leurs concurrents..
En 1843, Douglass et Collins font une tournée de six mois à travers l'Est et le Midwest américain, à Syracuse (New York) dans le Comté d'Onondaga, dans le cadre du projet dit des « Cents conventions », organisé par la Société anti-esclavage américaine.
Autobiographie Douglass est continuellement appelé à raconter son histoire, et certains l'accusent d'être un imposteur. En 1845, il écrit et publie sa biographie, Récit de la vie de Frederick Douglass, écrit par lui-même (Narrative of the life of Frederick Douglass, written by himself), qui est imprimée sur les presses du Liberator. Son livre se vend rapidement, d'abord à les premiers cinq mois, puis à en cinq ans ; il est réimprimé neuf fois dans les trois années qui suivent sa publication, et également traduit en français et en néerlandais.
L'ouvrage est malicieusement dénigré par les tenants des préjugés raciaux, sur lesquels sont fondés l'esclavage ; on prétend que « l'ensemble n'est que la somme d'une falsification, du début à la fin »A.C.C Thompson dans le Delaware Republican. Cité dans Ibid, appendice d'Alexandre Thibault, ., qu'un noir n'est pas capable d'une telle éloquence Néanmoins, le récit de sa vie par Douglass a contribué de manière importante à éclairer, et donc humaniser, une partie de l'opinion publique américaine par rapport aux conditions d'existence des esclaves. Dans ce processus de conscientisation graduelle des masses, la vie de Douglass a également eu un impact considérable de manière indirecte, à partir de 1851, en fournissant à Harriet Beecher Stowe une partie des éléments factuels dont elle s'est servie pour son roman réaliste La Case de l'oncle Tom..