Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, né le à et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un sociologue, philosophe, écrivain, scénariste et réalisateur français.
Théoricien de la pensée complexe, il est notamment l'auteur de La Méthode, une somme en six volumes (1977–2004) qui se veut une méthodologie de la transdisciplinarité. Il définit sa façon de penser comme « constructiviste »., en précisant : Having To Be – article en anglais de Ricardo Costa sur la sauvegarde de la Terre mettant en valeur les idées d'Edgar Morin..
Antifasciste libertaire pendant la guerre d'Espagne, puis résistant sous l'Occupation, il devient un fervent militant communiste dans sa jeunesse mais s'éloigne du Parti communiste français (PCF) dès 1949. Observateur passionné des sociétés humaines, il a consacré sa vie à comprendre les mécanismes complexes du monde contemporain et développé, en lien avec son travail de recherche, une pensée politique humaniste qui appelle à intégrer les dimensions écologiques, sociales, économiques et culturelles pour répondre aux défis contemporains.
Il est connu pour son engagement au sein du Collegium international éthique, politique et scientifique et du collectif Roosevelt, qu'il a cofondés.
Edgar Morin a écrit plusieurs ouvrages revenant sur son passé, dont Autocritique en 1959, Vidal et les siens en 1989, Itinérance en 2006, Mon chemin en 2008 et Les souvenirs viennent à ma rencontre en 2019.
Biographie Famille et jeunesse David Salomon Nahoum naît le au domicile de ses parents, 10 rue Mayran à .. Par un jugement rendu le par le tribunal de grande instance de Paris, il sera décidé que les prénoms de David Salomon Nahoum seraient modifiés, et qu’il porterait désormais le prénom Edgar à la place de David Salomon.
Son père est Vidal Nahoum (Salonique, 1894 - La Turbie, 1984), bonnetier en gros puis au détail, séfarade levantin.. Sa mère est Louna Beressi, dont la famille avait vécu un temps sur le territoire égyptien.. Tous deux sont des Juifs grecs originaires de Salonique et de lointaine ascendance italienne.. Edgar Morin est enfant unique et grandit dans un environnement non pratiquant, sa famille étant « moderne et laïcisée depuis trois générations ». Sa mère, qui était née en 1897, meurt en 1931 alors qu'il va avoir dix ans. En 1917, une lésion au cœur lui avait été diagnostiquée et on lui avait en principe interdit d'avoir des enfants, pensant qu'elle ne survivrait pas à l'accouchement..
En 1936, son père se remarie avec Sara Menachem, mais il s'agit d'un mariage arrangé qui se solde par un divorce en 1938. Sara, originaire de Salonique, en Grèce, y rentre et sera assassinée en 1943..
Premiers engagements En 1936, pendant la guerre d'Espagne, son premier acte politique est d'intégrer une organisation libertaire, Solidarité internationale antifasciste, pour préparer des colis à destination de l'Espagne républicaine... En 1938, il rejoint les rangs du Parti frontiste, une petite formation de la gauche pacifiste et antifasciste. Il est membre du Parti communiste français à partir de 1941. Il quitte Paris pour la zone libre où il continue ses études de droit. à la Faculté de droit de Toulouse. Il entre en 1942 dans la Résistance communiste, au sein des Forces unies de la jeunesse patriotique. Il intègre ensuite le mouvement de Michel Cailliau, le MRPGD (Mouvement de résistance des prisonniers de guerre et déportés). En 1943, il est commandant dans les Forces françaises combattantes et est homologué comme lieutenant« Mon chemin », entretiens avec Djénane Kareh Tager.. Son mouvement fusionne avec celui de François Mitterrand, devenant le MNPGD (Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés). Il adopte alors le pseudonyme de Morin : l'anecdote veut que lors d'une réunion de résistants à Toulouse, le jeune Edgar se soit présenté sous le nom d'Edgar Magnin, en référence directe au personnage d'André Malraux dans L'Espoir ; mais une camarade comprit « Morin », et il ne chercha pas à rectifier..
Carrière En 1945, il devient attaché à l'état-major de la française en Allemagne, puis chef du bureau « Propagande » dans le gouvernement militaire français en Allemagne en 1946. Il écrit à cette époque L'An zéro de l'Allemagne, où il dresse un état des lieux de l'Allemagne, insistant sur l'état mental du peuple vaincu, en état de « somnambulisme », en proie à la faim et aux rumeurs. Ce livre arrive au moment du tournant communiste où, après la stigmatisation de la culpabilité allemande, Staline déclare qu'Hitler passe et que le peuple allemand reste.
Maurice Thorez l'invite à écrire dans l'hebdomadaire Les Lettres françaises. Il demande alors au philosophe Martin Heidegger, dont il reprend le concept d'ère planétaire, un texte pour la revue Fontaine de Max-Pol Fouchet, et le de l'été 1946 (L'hymne « Tel qu'en un jour de fête », sur un poème d'Hölderlin, traduit par Joseph Rovan)Les souvenirs viennent à ma rencontre, d'Edgar Morin, 2019.
En 1948 et 1949, il écrit dans la rubrique « Arts et spectacles » du Patriote Résistant, alors bimensuel, édité par la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, avant d'en partir avec Robert Antelme, à la suite de divergences avec le Parti communiste français.. Membre du Parti depuis 1941, il s'en éloigne à partir de 1949 et en est exclu en 1951 à cause de son antistalinisme. et pour avoir écrit un article dans le journal France Observateur : « Ce fut comme un chagrin d'enfant, énorme et très court », dira-t-il.
Avec l'appui de Maurice Merleau-Ponty, de Vladimir Jankélévitch et de Pierre George, il entre en 1950 au CNRS et fait partie du Centre d'études sociologiques, dirigé par Georges Friedmann. Il cofonde la revue Arguments en 1956.
En 1955, il est l'un des quatre animateurs du Comité contre la guerre d'Algérie. Il défend ainsi en particulier Messali Hadj mais, contrairement à Jean-Paul Sartre, André Breton, Guy Debord ou encore ses amis Marguerite Duras et Dionys Mascolo, il ne signe pas la Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, dite Manifeste des 121, publiée en dans la revue Vérité-Liberté. Comme il pense que l'urgence est d'éviter l'installation de dictatures en France et en Algérie, il lance, avec Claude Lefort, Maurice Merleau-Ponty et Roland Barthes, un appel pour l'urgence des négociations.
En 1965, il participe. à une étude transdisciplinaire au sein d'une vaste recherche de la DGRST, mobilisant de multiples disciplines, sur une commune en Bretagne, publiée sous le nom de La Métamorphose de Plodémet (1967), sur la commune de Plozévet (Finistère), où il séjourne près d'un an. Ce fut un des premiers essais d’ethnologie dans la société française contemporaine.
Il s'intéresse très vite aux pratiques culturelles, qui sont encore émergentes et mal considérées par les intellectuels : L'Esprit du temps (1962), La Rumeur d'Orléans (1969).
Durant les années 1960, il part près de deux ans en Amérique latine, où il enseigne à la Faculté latino-américaine des sciences sociales de Santiago au Chili. En 1969, il est invité à l'Institut Salk pour les études biologiques à La Jolla quartier de San Diego en Californie. Il y retrouve Jacques Monod, l'auteur de Le Hasard et la Nécessité et conçoit les fondements de la pensée complexe et de ce qui deviendra sa Méthode.
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De 1973 à 1989, Edgar Morin dirige le Centre d'études des communications de masse (CECMAS), fondé par Georges Friedmann en 1960.
Comme il l'indique en 2009 dans un entretien pour la revue CNRS Le JournalDu 4 septembre 2009, par Francis Lecompte, dans [Le journal du CNRS https://lejournal.cnrs.fr/]., il est avant tout autodidacte, titulaire d'une licence d'histoire, géographie et d'une licence de droit. Il indique avoir suivi des cours de philosophie, d'économie et de sciences politiques, disciplines pour lesquelles il n'a pas obtenu de diplômes. Il indique par ailleurs : « J'ai pourtant fait une carrière au CNRS. J'ai été élu maître de recherche sans avoir écrit de thèse de doctorat »..
Edgar Morin est à l'origine de plusieurs revues : Arguments, la Revue française de sociologie et CommunicationsJean-René Tréanton, Morin Edgar, Sociologie. (compte-rendu), Revue française de sociologie, Année 1985, 26-4, ..
Vie familiale Le , Edgar Morin épouse, à la mairie du arrondissement de Paris, Irène « Violette » Chapellaubeau.. Née le à Hautefort en Dordogne., morte le à Paris., son père est huissier et sa mère institutrice. Tous deux se sont rencontrés en 1940 à Toulouse où ils fréquentaient le cours de philosophie de Vladimir Jankélévitch, et où Irène Chapellaubeau menait des activités dans la Résistance.. De leur union naissent deux enfants : Irène Nahoum-Léothaud, née en 1947, sociologue ; Véronique Nahoum-Grappe, née en 1948, anthropologue. Le couple divorce le . Irène Chapellaubeau se remarie avec le sociologue Pierre Naville..
Le , il épouse, à la mairie du arrondissement de Paris, Marie Berthe Joan Harrell, dite Johanne, sa compagne depuis 1964, dont il divorce en 1981 en restant son ami jusqu'à son décès en 1994..
Le , il épouse, à la mairie du arrondissement de Paris, Edwige Louise Agnès Edmée LannegraceSciences humaines Dossier Edgar Morin : L'Aventure d'une Pensée - Chronologie Hors-série - mai/juin 2013, https://www.scienceshumaines.com/chronologie_fr_30586.html..
Devenu veuf en 2008, il épouse, en quatrièmes noces, le , à la mairie du arrondissement de Paris, la sociologue marocaine naturalisée française Sabah AbouessalamCatherine Goillau, « L'humanisme selon Edgar Morin », Le Point Références , juillet-août 2016, « La Grèce est ses dieux, une leçon de tolérance ? Les textes fondamentaux », ., née le à Marrakech, avec qui il a notamment rédigé le livre L'homme est faible devant la femme (Presses de la Renaissance, 2013), puis en 2020 Changeons de voie - Les leçons du coronavirus (Denoël, 2020). En 2013, Sabah Abouessalam a aussi essayé, avec lui, de réhabiliter une ferme écologique, propriété de sa famille dans la région de Marrakech, en s’inspirant de l'agroécologie de Pierre Rabhi..
Reconnaissance et postérité Il reçoit le prix européen de l'essai en 1987 pour l'ensemble de son œuvre et son essai Penser l'Europe.
Directeur de recherche émérite au CNRS de 1993 à son décès, Edgar Morin est docteur honoris causa de plusieurs universités à travers le monde.. Il crée en 1997 et préside l’Association pour la pensée complexe (APC) qui a pour objet de promouvoir et faciliter le développement des méthodes de la pensée complexe. Son travail exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, notamment dans le monde méditerranéen et en Amérique latine, et jusqu'en Chine, Corée, Japon.
Edgar Morin, avec Michel Rocard et Stéphane Hessel, compte parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association regroupant des scientifiques, intellectuels, anciens chefs d'État ou de gouvernement, qui souhaitent apporter des réponses intelligentes et appropriées à l'échelle mondiale aux nouveaux défis de notre temps. Il sera président d'honneur du Collegium..
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En 2001, il confie ses archives à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine, situé dans l'abbaye d'Ardenne, près de Caen. Ce fonds est consultable en ligne..
Le CECMAS, où il a exercé toute sa carrière, est renommé en 2008 « centre Edgar-Morin ».
Un documentaire lui est consacré en 2015, intitulé Edgar Morin, chronique d'un regard, coréalisé par Olivier Bohler et Céline Gailleurd.
Le , son nom est donné au lycée d'excellence de Douai, qui devient ainsi le lycée d'excellence Edgar-Morin.
Mort, hommages et réactions vignette|redresse|Tombe d'Edgar Morin au cimetière du Montparnasse (division 17). Edgar Morin meurt le , à l'âge de , à l’hôpital américain de Paris (Neuilly-sur-Seine)Edgar Morin, sociologue du temps présent et agitateur d’idées, est mort à l’âge de .. Son décès est annoncé le lendemain par son épouse.