Le Fine Gael (littéralement : « le clan des Gaels », au sens de Celtes, prononcé en irlandais) est un parti politique irlandais de centre droit affilié au Parti populaire européen. D'inspiration démocrate chrétienne, il est conservateur en matière de maintien de l'ordre et de fiscalité et libéral concernant l'économie. Historiquement aussi conservateur sur le plan social, le parti possède une aile plus progressiste qui a pris de l'importance depuis les années 1960.
Il est fondé en 1933 autour du Cumann na nGaedhael, le parti des défenseurs du traité anglo-irlandais, pour regrouper les opposants au Fianna Fáil. Il est traditionnellement considéré comme la deuxième force électorale du pays derrière celui-ci.
Le Fine Gael a devancé le Fianna Fáil pour la première fois de son histoire lors des élections locales et européennes de 2009, et lors des élections générales de 2011. Il a connu de longs passages comme principal parti d'opposition entrecoupés de périodes d'alternance à partir de 1948, où il est alors la force centrale des coalitions au pouvoir. Dans le cadre du système politique irlandais principalement bipartite, celles-ci se forment grâce au soutien de petits mouvements de centre gauche, dont notamment le Parti travailliste. Depuis les élections générales de 2020, il gouverne avec le Fianna Fáil dans une grande coalition sans précédent.
Histoire Origine : le camp pro-traité (1921-1933) Le Fine Gael est l'héritier direct du camp favorable au traité anglo-irlandais du au sein de la famille nationaliste irlandais, qui s'est opposé au Sinn Féin et à l'IRA d'Éamon de Valera durant la guerre civile irlandaise de 1922 à 1923. Après que de Valera a décidé de sortir de la clandestinité et de former avec d'autres républicains anti-traités le Fianna Fáil, les pro-traités s'opposent aux positions fortement anti-britanniques défendues par ce dernier.
Le parti considère Arthur Griffith (premier dirigeant du Sinn Féin de 1905 à 1917 et chef de la délégation irlandaise lors des négociations du traité de 1921, décédé le ) et Michael Collins (un des négociateurs du traité de 1921, premier président du gouvernement provisoire de l'État libre d'Irlande et commandant en chef de l'Armée nationale irlandaise, assassiné par les anti-traités le ) comme leurs pères fondateurs et des symboles de sa philosophie politique « Michael Collins Inspiring an Inspired Fine Gael Leader to ‘Success’ », Irish election, 21/08/2006. L'anniversaire de l'assassinat de Michael Collins, chaque , donne lieu à d'importantes commémorations organisées par les dirigeants et militants du Fine Gael « Lenihan addresses Collins commemoration », RTE News, 23/08/2010.
Fondation du Fine Gael et maintien dans l'opposition (1933-1948) thumb|upright|William T. Cosgrave. Le Fine Gael - The United Ireland Party est fondé le par la fusion de trois organisations opposées au Fianna Fáil, celui-ci étant arrivé au pouvoir l'année précédente : le Cumann na nGaedhael, principal mouvement pro-traité fondé en 1923 par W. T. Cosgrave, successeur de Collins et Griffith et premier président du Conseil exécutif de l'État libre d'Irlande de 1922 à 1932, le petit Parti du centre national fondé en 1932 par Frank MacDermot et James Dillon sur une base centriste, agrarienne et démocrate chrétienne, et qui se veut l'héritier de l'ancien Irish Parliamentary Party (IPP), mouvement qui a représenté le nationalisme irlandais au Parlement britannique de 1882 à 1921 et qui se battait plus pour l'obtention d'une forte autonomie interne (le Home Rule) plutôt que pour une indépendance réelle. la National Guard, dont les membres sont plus connus sous le nom de Blueshirts, ou « Chemises bleues », une organisation paramilitaire nationaliste et anticommuniste formée par Eoin O'Duffy pour s'opposer à l'IRA.
Ce nouveau mouvement appelle à mettre un terme à la guerre commerciale anglo-irlandaise (qui dure de 1932 à 1938), à améliorer les relations avec le Royaume-Uni et à aboutir à une Irlande unifiée dans le cadre du Commonwealth. Le général Eoin O'Duffy, ancien dirigeant et fondateur des Blueshirts, devient le premier président du Fine Gael alors qu'il n'est pas parlementaire (W. T. Cosgrave exerce ainsi dans le même temps les fonctions de « chef parlementaire »).
Le mouvement mène alors une campagne antisémite contre la communauté juive irlandaise.
Toutefois, les prises de positions extrémistes de O'Duffy (admirateur de Benito Mussolini et du fascisme) et le fait qu'il s'avère être plus un meneur militaire que politique embarrasse son parti. Il démissionne de la présidence dès et fonde quelques mois plus tard le Parti national corporatiste d'inspiration ouvertement fasciste. W. T. Cosgrave le remplace à la tête du Fine Gael qui ressemble de plus en plus à l'ancien Cumann na nGaedhael. Sous la direction de Cosgrave, le parti peine ainsi à se montrer combatif face à un Fianna Fáil et un Éamon de Valera aux idées républicaines très populaires. Le Fine Gael s'oppose au projet de Constitution républicaine préparé en 1937 par le gouvernement de Valera et assez largement adopté par la population irlandaise (qui vote en sa faveur lors d'un référendum par 56,5 % des suffrages pour et une participation de près de 76 %). Il ne cesse de voir ses résultats électoraux baisser : alors qu'il réussit à réunir 34,8 % des voix et sur 138 (contre 45,2 % et 68 élus au Fianna Fáil) en 1937, il retombe à 33,3 % et (51,9 % et 76 TD pour le Fianna Fáil) en 1938, à 23,1 % et (41,8 % et 66 élus au Fianna Fáil qui perd toutefois sa majorité absolue, les deux partis ayant souffert d'une avancée importante du Parti travailliste qui a réuni 15,7 % des suffrages et obtenu 17 élus) en 1943 et à seulement à 20,5 % et (le Fianna Fáil retrouvant la majorité absolue avec 48,9 % des voix et ) en 1944. À la suite de ces échecs répétés et ce long maintien dans l'opposition, William T. Cosgrave, jusque-là principal opposant historique d'Éamon de Valera, se retire de la présidence du parti et de la politique en 1944.
Il est remplacé par le général Richard Mulcahy, ancien chef d'État-major de l'IRA durant la guerre d'indépendance irlandaise puis commandant de l'Armée nationale irlandaise (de l'État libre d'Irlande et pro-traité) durant la guerre civile. Étant membre du Seanad Éireann, la chambre haute de l’Oireachtas, il est secondé par Thomas F. O'Higgins qui est chef parlementaire au Dáil Éireann. Contrairement à son prédécesseur, Mulcahy s'attache à faire du Fine Gael un mouvement plus actif sur le terrain, parcourant le pays sur un vélomoteur, et à rajeunir ses cadres. Il adopte également une position moins pro-Commonwealth et plus pragmatique, se fixant désormais pour principal objectif de faire partir du pouvoir le Fianna Fáil en se rapprochant des autres partis d'opposition : le Parti travailliste de William Norton, le Clann na Poblachta (petit parti républicain, nationaliste et social-démocrate créé en 1946 comme une alternative au Fianna Fáil) de Seán MacBride et le mouvement agrarien Clann na Talmhan de Joseph Blowick.
Premiers gouvernements de coalition (1948-1951 et 1954-1957) Lors des élections générales du , tant le Fianna Fáil que le Fine Gael perdent en voix au profit des petits partis : le FG se maintient à la deuxième place derrière le FF, avec 19,8 % des suffrages (- qu'en 1944) et (un de plus que quatre ans auparavant) sur 147. Le Clann na Poblachta tout particulièrement fait une percée avec 13,3 % des votes et 10 élus. Le Parti travailliste améliore son score de 1944 avec 11,3 % (+) et (6 supplémentaires), à quoi s'ajoutent les 2,6 % et 5 TDs du Parti travailliste national (mouvement dissident issu essentiellement de conflits entre les syndicats, créé en 1944). Le Clann na Talmhan pour sa part retombe à 5,5 % (-) et à 7 élus (-2). Quoi qu'il en soit, ces quatre partis s'allient au Fine Gael et à 7 indépendants, malgré leurs différences de point de vue, afin de ravir la majorité au Fianna Fáil qui n'a obtenu que 67 des à pourvoir. Ils forment ainsi le « Premier gouvernement inter-parti ». Le poste de Taoiseach doit alors revenir naturellement au FG en tant que principale composante de cette coalition, mais les républicains du Clann na Poblachta s'opposent à ce qu'il soit confié à Richard Mulcahy en raison du rôle passé de ce dernier comme commandant des forces pro-traité durant la guerre civile. C'est alors une personnalité moins connue et plus consensuelle du parti, John A. Costello (qui fut Procureur général, ou ministre de la Justice, de 1926 à 1932), qui est choisie comme chef de gouvernement. Mulcahy pour sa part prend en main le ministère de l'Éducation, le dirigeant travailliste William Norton est Tánaiste et ministre des Affaires sociales et Seán MacBride ministre des Affaires étrangères.
Malgré le caractère hétéroclite de cette coalition (unissant des personnalités assez jeunes et d'autres plus âgées, des républicains et des pro-Commonwealth, des sociaux-démocrates et des conservateurs), elle se maintient pendant trois ans grâce essentiellement aux qualités de John A. Costello en tant que Taoiseach et à l'importante marge de manœuvre laissée à chaque ministre. Ce premier gouvernement inter-parti est à l'origine du Republic of Ireland Act, loi votée en 1948 et entrée en application en 1949 afin d'établir officiellement le régime républicain en abolissant l’External Relations Act de 1936 (celle-ci laissait au souverain britannique la signature des lettres de créance acréditant les ambassadeurs irlandais et des traités au nom de l'Irlande, deux compétences qui reviennent désormais au président de l'Irlande) et en décidant le retrait du pays du Commonwealth. Les autres mesures phares prises alors par cette coalition incluent : la création en 1949 de l'Autorité du développement industriel, la construction d'un nombre record de logements, le développement de l'industrie touristique et la lutte efficace du ministre de la Santé Noël Browne contre la tuberculose.