(en russe : ), ou précédemment Luna-Glob (, « Globe lunaire »), est une mission d'exploration spatiale russe qui est lancée le à destination de la Lune depuis le cosmodrome Vostotchny, en Extrême-Orient russe. Un problème technique survenu le , lors d'une phase préparatoire à l'alunissage, mène à l'écrasement de la sonde sur la surface de la Lune.
Luna 25 devait se poser à proximité du pôle Sud de la Lune et marquer le retour de la Russie sur la Lune après une interruption de cinq décennies du programme Luna (la précédente mission lunaire de l'URSS était la mission de retour d'échantillons , en 1976). La sonde spatiale, qui devait fonctionner pendant au minimum un an, emportait diverses expériences et démonstrateurs technologiques ainsi qu'une foreuse permettant de collecter des échantillons de sol pour analyse.
Le retour sur la Lune de la Russie avait été décidé en 2012 à la suite de l'échec de la mission martienne Phobos-Grunt. Cependant, la construction de , handicapée par la perte de compétences de l'industrie spatiale russe, a été très lente. devait ouvrir la voie au lancement d'autres missions lunaires, plus ambitieuses, à savoir , et .
Contexte
Les projets lunaires russes avortés (1997-2004)
, lancée en 1976, est la dernière mission spatiale de l'ère soviétique ayant eu pour objectif l'exploration de la Lune. Malgré une tentative avortée de lancer un ultime Lunokhod (mission ), aucun autre projet lunaire soviétique ne verra le jour. Après l'éclatement de l'Union soviétique au début des , l'astronautique russe subit de plein fouet la crise économique qui s'ensuit et l'effondrement des programmes spatiaux dépendant du budget de l'État. Durant cette période de récession, une seule mission lunaire est proposée, en 1997. Ce projet consiste à placer à l'aide d'une fusée Molniya, ou une Soyouz U/Fregat alors en développement, un petit engin en orbite sélénocentrique. Celui-ci emporte trois pénétrateurs de chacun qui sont largués et s'enfoncent sous la surface lunaire. Chacun de ces engins dispose d'un sismomètre et d'un instrument mesurant le flux de chaleur. L'énergie est fournie par des générateurs thermoélectriques à radioisotope. Les données fournies par les trois pénétrateurs permettent de détecter et localiser par relevé trigonométrique la source de l'activité sismique de la Lune. Les caractéristiques du projet sont modifiées à plusieurs reprises au cours des années suivantes mais aucun budget ne lui est affecté. Le projet est rebaptisé Luna Glob (« Globe Lunaire ») allusion à la nature globale du réseau de sismomètres qui doit être mis en place.
Historique du projet
Officialisation du projet (2005)
Au milieu de la décennie 2000, l'exploration de la Lune revient sur le devant de la scène spatiale internationale avec le développement d'orbiteurs par la Chine ( lancé en 2007), l'Inde ( en 2008) et le Japon (SELENE en 2007). Les États-Unis lancent à la même époque le programme Constellation, qui prévoit de ramener des hommes à la surface de la Lune vers 2020. Les responsables russes souhaitent maintenir leur présence dans un domaine où ils ont excellé par le passé. En , le responsable de l'institut Vernadsky GEOKhI, qui tente de trouver des fonds dans le cadre d'une coopération internationale, entame des discussions avec les responsables du projet japonais Lunar-A, qui ont grandement progressé dans la mise au point de pénétrateurs équipés de sismomètres mais ne disposent pas du budget nécessaire au lancement de leur engin spatial. Des discussions sont entamées pour fusionner les projets japonais et russe mais ne débouchent pas, et le projet Lunar-A est abandonné en 2007. En 2006, les officiels de l'Agence spatiale russe de l'Institut Vernadsky GEOKhI et de l'Institut de physique de la Terre dévoilent le projet Luna Glob.
La mission, dont l'architecture a été définie par le constructeur des sondes spatiales soviétiques et russes Lavotchkine, repose sur un vaisseau-mère de environ qui embarque dix pénétrateurs de . Ceux-ci sont largués au-dessus de la mer de la Fertilité et forment, après avoir pénétré dans le sol, deux cercles distincts d'un diamètre respectivement de 5 et avec un espacement de plusieurs kilomètres entre chaque engin. Le vaisseau mère doit ensuite larguer deux autres pénétrateurs plus lourds sur les sites d'atterrissage d' et 12 pour reconstituer le réseau de stations sismiques mis en place en 1969 par la NASA. Enfin, un atterrisseur de se détache du vaisseau mère pour se poser en douceur près du pôle Sud. Cette station polaire emporte un sismomètre et deux spectromètres pour détecter la présence de glace d'eau. Le vaisseau mère sert de relais de communications entre les treize stations lunaires mises en place et la Terre. En cas de succès de la mission, un rover de doit être lancé vers 2015-2016, puis une mission de retour d'échantillons. Cette dernière reprend les principes d'architecture des missions soviétiques similaires des années 1970 tout en allégeant l'ensemble.
Évolution des caractéristiques de la mission vignette|La mission de retour d'échantillons Luna 24, dernière sonde spatiale lancée par l'Union soviétique/Russie vers la Lune (1976).
Le programme spatial russe bénéficie de l'embellie économique du pays au milieu de la décennie 2000. La mission Luna-Glob fait partie des projets spatiaux prioritaires annoncés en aout 2006. Les officiels, après avoir annoncé en 2006 que Luna-Glob serait lancé en 2012, avancent la date en 2009. Les caractéristiques du projet ont été entre-temps revues à la baisse. La sonde spatiale lunaire a désormais une masse de , comprend un orbiteur qui doit mener une mission scientifique de trois ans et emporte quatre pénétrateurs. L'atterrisseur n'est plus à l'ordre du jour. Mais le développement des pénétrateurs eux-mêmes s'avère problématique. Des tests ont démontré que ceux-ci pouvaient résister à une vitesse maximale de percussion de la surface de , or celle-ci est de . Il faudrait donc freiner les pénétrateurs, mais les ingénieurs de Lavotchkine ne parviennent pas à mettre au point le système de freinage reposant sur une fusée à propergol solide et les pénétrateurs sont retirés du projet à une date antérieure à 2010. Un deuxième projet de mission robotique lunaire, baptisé Luna-Resours, s'est développé à compter de 2007 dans le cadre d'une collaboration avec l'Inde. Les deux projets convergent vers 2010 et reposent tous deux sur un atterrisseur développé par Lavotchkine. L'instrumentation principale de l'atterrisseur Luna-Glob (PsM) est centrée sur le prélèvement et l'analyse de carottes du sol prélevées à l'aide d'une foreuse tandis que Luna-Resours transporte un astromobile développé par l'Inde.
Les répercussions de l'échec de Fobos-Grunt (2011) vignette|Mission Fobos-Grunt
Au début des années 2010, le calendrier de lancement des deux missions reste flou : les dates avancées se situent en 2012-2013 sans qu'on sache quelle mission est prioritaire sur l'autre. Fin 2010, la date de lancement de Luna-Glob est reculée à 2014 après celle de Luna-Resours. La sonde spatiale Luna-Glob comprend un orbiteur qui doit emporter d'équipements scientifiques. L'orbiteur a une masse prévue de tandis que celle de l'atterrisseur atteint . La mission martienne Fobos-Grunt, développée par Lavotchkine et lancée en 2011, est un échec total qui met en évidence la perte de compétences de l'industrie russe dans le domaine de l'exploration spatiale ainsi que des problèmes d'organisation particulièrement aigus, qui seront confirmés par des échecs ultérieurs dans le domaine des satellites d'application. En conséquence, les lancements des missions lunaires Luna-Resours et Luna-Glob ne sont plus prévus avant 2016-2017. De plus, la participation indienne au projet est supprimée, et la mission ne décollera non pas sur GSLV Mk II comme envisagé, mais sur Soyouz 2.1b. En , les responsables décident de dédoubler la mission Luna-Glob en séparant l'orbiteur (qui doit voler en 2016) et l'atterrisseur prévu pour 2017. De plus, il sera décidé de revoir entièrement l'architecture de l'atterrisseur, qui était jusqu'alors basée sur celui de Fobos-Grunt.
Le nouveau programme lunaire russe (2014)
est la première mission du nouveau programme d'exploration lunaire russe qui regroupe une série de missions cohérentes dont les caractéristiques ont été figées en 2014. L'objectif de ce programme est de résoudre d'importantes questions scientifiques (origine et évolution de la Lune, caractéristiques des régions polaires, volatils présents, exosphère et rayonnement) et de fournir les éléments indispensables (connaissances du terrain, ressources exploitables) aux futures missions avec équipage. Tel qu'il a été défini en 2016, ce programme prévoit des missions robotiques de complexité croissante tenant compte du niveau de maitrise technique des ingénieurs russes et des contraintes budgétaires. À terme, le programme doit permettre l'installation d'un observatoire de l'espace profond et du système solaire et de laboratoires scientifiques. Pour remplir ces objectifs, les missions robotiques suivantes sont programmées (projection effectuée en 2016) : l'atterrisseur Luna-Glob () est un engin spatial léger qui doit effectuer une première analyse du régolithe lunaire dans les régions polaires jusqu'à une profondeur de 50 centimètres et collecter des données sur l'exosphère. Son objectif principal est toutefois de valider les techniques d'atterrissage et les systèmes de télécommunications qui seront mis en œuvre par les missions lunaires suivantes ; l'orbiteur Luna Resours () doit être placé sur une orbite polaire de 100 km. Sa mission est de cartographier l'ensemble de la Lune, d'analyser l'exosphère et le plasma autour de la Lune, d'identifier des sites d'atterrissage dans les régions polaires et de servir de relais de télécommunications pour les missions au sol. Sa date de lancement est prévue vers 2020 ; l'atterrisseur Luna Resours () est un engin plus lourd qui doit atterrir également dans la région du pôle sud. Il doit effectuer une analyse du régolithe lunaire jusqu'à une profondeur de et collecter des données sur l'exosphère. Sur le plan technologique, il doit valider une technique d'atterrissage de haute précision permettant d'éviter les obstacles au sol. Il doit mettre en œuvre une foreuse capable de conserver la température des carottes de terrain prélevées. Sa date de lancement est prévue vers 2021 ; la mission retour d'échantillon Luna Grunt () a pour objectif de ramener sur Terre des échantillons du sol lunaire dont la température a été préservée.
Construction de la sonde spatiale La précision attendue est de . La charge utile, initialement de , est réduite à pour faire face à des problèmes de dépassement de la masse à vide et comprend une quinzaine d'instruments scientifiques. Le projet prévoit à cette époque d'embarquer un bras télécommandé emportant certains des instruments et un générateur thermoélectrique à radioisotope développé par le centre de recherche nucléaire de Sarov qui vient s'ajouter aux panneaux solaires. Luna-Glob doit précéder la mission Luna-Resours beaucoup plus sophistiquée qui emportera d'instrumentation scientifique. En 2016, le coût de l'atterrisseur Luna-Glob est évalué à de roubles..