L’île de Blå Jungfrun est située en mer Baltique au sud-est de la Suède. Sa nature est remarquable avec ses roches rouges. Un parc national suédois fut créé sur l'île en 1926.
D'après la légende, c'est sur cette île que les « sorcières du Nord » se réunissaient au Moyen Âge pour le sabbat.
Blå Jungfrun est constituée d'un granite rougeâtre, avec une texture assez rugueuse Kalmar läns museum - Le musée du comté de Kalmar, information Blå Jungfrun (PDF).. L'île est habitée seulement pendant l'été par le personnel surveillant le milieu de l'île et par du personnel lié au tourisme.
Toponymie Le nom de l'île apparaît pour la première fois en 1410 sous la forme Blaakulla, en graphie moderne . En 1555, Olaus Magnus, dans son ouvrage mentionne l'île comme le lieu où les sorcières se réunissent. Il explique aussi que pour éviter d'attirer la malchance, il est préférable d'utiliser le nom , la vierge, le nom devenant tabou. L'adjectif blå (bleu) est ajouté plus tard, probablement en référence au nom original.
Si le nom correspond parfaitement aux mots suédois signifiant colline () bleue (), cette étymologie n'est pas certaine. Premièrement, le mot pouvait autrefois se référer à la couleur noire. Une autre théorie serait que le mot dérive du Blót, un lieu de sacrifice dans la mythologie nordique. Enfin, il est possible que le nom soit simplement une adaptation suédoise du nom de la colline allemande Blocksberg, qui est aussi associée aux sorcières.
Géographie Localisation L'ile de Blå Jungfrun est située dans la commune d'Oskarshamn, dans le comté de Kalmar, au sud-est de la Suède. L'île est au milieu du détroit de Kalmar (), et fait partie de l'archipel d'Oskarshamn. C'est une île très isolée, située à environ de la côte suédoise et un peu moins de de l'île d'Öland et de Furö respectivement à l'est et à l'ouest de Blå Jungfrun.
La superficie de l'île est de et celle du parc national est .
Topographie vignette|Surplomb rocheux dans le sud de l'île.
Blå Jungfrun ressemble à une coupole. Elle a une forme circulaire, légèrement étirée selon un axe nord-sud, mesurant environ de long et de large. Le profil de l'île est relativement symétrique, le terrain s'élevant rapidement depuis la côte et atteint d'altitude en son centre, si l'on compte depuis le fond de la mer. Cette altitude en fait le plus haut point à des kilomètres à la ronde, et fait que par temps clair, l'île peut être aperçue à très grande distance. Au nord de l'île, la topographie est irrégulière, avec de nombreuses crevasses, tandis que le sud est plus doux et a une altitude plus faible. En revanche, la partie sud est riche en blocs dont certains de grande taille.
L'île est aussi connue pour ses grottes, en particulier et qui sont constituées de fractures dans la roche de l'île.
Géologie L'île est constituée majoritairement d'un granite rougeâtre appelé granite de Jungfru, une variété de granite rapakivi. Ces granites sont datées d'environ et forment une intrusion dans les granites plus anciens du Småland. Quelques autres intrusions similaires existent non loin, autour du lac Götemar (granite de Götemar) par exemple. Ces roches contrastent fortement avec la géologie du reste de la région, le fond du détroit de Kalmar étant couvert de grès cambrien et l'île d'Öland de roches calcaires, tandis que la côte autour d'Oskarhamn est constituée de granites de la province ignée transcandinave (âge approximatif ). À l'aube du cambrien, plus précisément il y a environ , le relief de la région était essentiellement plat, formant une surface appelée la pénéplaine subcambrienne. L'actuelle Blå Jungfrun était alors un inselberg, une colline isolée dominant la plaine. Une importante transgression marine durant le Cambrien met la pénéplaine et Blå Jungfrun sous la mer, et l'accumulation de sédiment commence, d'abord du grès puis des schistes et calcaires, formant les roches du détroit et d'Öland. Après émergence, ces couches sédimentaires sont érodées, tandis que le granite de Blå Jungfrun, plus resistant, survit et apparaît donc à nouveau comme une proéminence dans le paysage.
Les glaciations quaternaires continuent ce travail d'érosion, réduisant continuellement l'épaisseur sédimentaire, et polissant les roches, l'île constituant en quelque sorte une grande roche moutonnée. Les glaciers laissent aussi les grands blocs erratiques dans la section sud de l'île. L'inlandsis qui recouvrait la Scandinavie disparaît il y a environ . L'île se retrouve alors au moins partiellement sous les différents antécédents de la mer Baltique (entre autres lac Ancylus et mer à Littorines), émergeant peu à peu à la faveur du rebond post-glaciaire. Les vagues vont alors retirer tous les restes de moraines ou autre sédiments qui reposaient sur le granite, laissant ce dernier à nu dans l'ensemble de l'île. Çà et là, les vagues laissent aussi des galets, même à haute altitude, prouvant que la ligne de côte était alors plus haute qu'aujourd'hui. Près des côtes actuelles, l'action conjuguée des vagues et de galets va former quelques marmites du diable.
Climat Du fait de sa situation dans la mer Baltique éloignée des terres, le climat de l'île a une composante océanique très prononcée, avec des hivers et étés doux. En revanche, les précipitations sont plutôt faibles et l'ensoleillement est l'un des plus élevés de toute la Suède. Il n'y a pas de station météorologique sur l'île, mais le climat est très similaire à celui de la pointe nord d'Öland, et le relevé climatique de cette station est présenté ci-dessous.
Milieux naturels Flore vignette|Les pins prennent souvent une forme tortueuse sur les terrains rocheux de l'île.
Malgré sa petite taille, l'île de Blå Jungfrun comprend des écosystèmes variés. Le nord de l'île est dominé par une forêt primaire de pin sylvestre (), couvrant environ un tiers de sa surface, et souvent très éparse du fait de la fine ou inexistante couche de sol. Dans les crevasses et dépressions, qui contiennent souvent une épaisseur de sol plus importante et un meilleur accès à l'eau, les pins côtoient l'épicéa commun (), le bouleau pubescent (), et localement des concentrations importantes de sorbier des oiseaux (). Les sols rocheux sont couverts principalement de mousses et lichens, avec de la callune () et de la canche flexueuse ().
Mais le milieu le plus unique de l'île est sa dense forêt de feuillus, couvrant elle aussi environ un tiers de la superficie de l'île, mais concentrée dans le sud. Il s'agit aussi d'une forêt primaire, c'est-à-dire jamais exploitée, en tout cas à grande échelle, et est pour cette raison unique en Suède. La principale entrave au développement naturel de la forêt semble être la pâture, en particulier de chèvres, pratiquée au moins au , et l'introduction de lapins de garenne () au milieu du avant leur disparition un siècle plus tard. Quelques arbres ont aussi été abattus localement au début du en lien avec l'exploitation de carrières. La forêt de feuillus est dominée par le chêne pédonculé () et le chêne rouvre (), mais avec souvent aussi du tilleul à petites feuilles (), de l'érable plane (), du tremble () et du sorbier des oiseaux. Plus rarement, on trouve aussi quelques spécimens de frêne élevé (), d'alisier de Suède (), d'if commun () ou de noisetier (). Le sol étant là aussi très mince, de nombreux arbres restent très petit même adultes, en particulier près des côtes, prenant un profil déformé. La végétation au sol est souvent pauvre sauf au sud-est de l'île, où se développe des tapis de anémones hépatiques (), gaillet odorant (), gesse printanière (), gesse noire (), cardamine bulbifère (), mélique à une fleur () et sceau de Salomon odorant (), ainsi qu'une importante concentration de lierre grimpant (). Les lichens ont été spécifiquement étudiés dans les forêts de feuillus de l'île, et ont été ainsi inventoriées, avec plusieurs espèces rares ou menacées en Suède, reflétant une richesse exceptionnelle à l'échelle de la Suède.
Enfin, sur le littoral, on trouve quelques fleurs caractéristiques des milieux côtiers, tels que l'angélique officinale (), la salicaire commune (), la gesse des bois () et la valériane officinale ().
vignette|centre|upright=2.0|La dense forêt de feuillus du sud de l'île.
Faune Du fait de son isolation, l'île ne compte aucun mammifère en dehors des chauves-souris. Au début du siècle, des lapins domestiques avaient été introduits sur l'île mais ont disparu l'hiver 1940, probablement à cause de l'hiver rigoureux et de la présence accidentelle d'un renard roux () cette année là. Durant un autre hiver froid, en 1956, le détroit de Kalmar fut entièrement pris par les glaces, permettant à une petite population de lièvre variable () d'arriver sur l'île, ce qui a eu un impact très néfaste sur la végétation, mais semble maintenant avoir disparu à son tour.
En revanche, l'île compte plusieurs espèces d'oiseaux. En particulier, le pipit maritime (), le faucon crécerelle (), le pygargue à queue blanche (), l'eider à duvet (), le harle huppé (), la macreuse brune () et le pinson des arbres () nichent sur l'île. Le guillemot à miroir () était jadis très commun sur l'île, avec 250 couples en 1946, mais seulement 74 en 1978 et quelques couples ces dernières années. Les raisons de cette évolution sont incertaines. Ils nichent principalement dans l'ancienne carrière.
En ce qui concerne les reptiles et amphibiens, l'île compte quelques orvets (), couleuvres à collier () et crapauds communs ().
Si l'île n'est dans l'ensemble pas particulièrement riche en vertébrés, elle est intéressante en termes d'insectes, en particulier les coléoptères. Ceci est en particulier lié à la forêt primaire de feuillus, où la plupart des espèces ont été inventoriées. Au total, 190 espèces ont été inventoriées dont 23 classées comme menacées en Suède.
Histoire Mythes et légendes vignette|upright=0.8|Le vol pour le Sabbat de sorcières.
L'île a une place centrale dans une des traditions les plus populaires en Suède, le mythe de la sorcière de Pâques (). Ce mythe semble remonter au moins au . Il raconte que durant le Jeudi saint, les sorcières volent vers un endroit appelé ou selon les traditions Blaakolden ou encore Bloksbjerg, pour rejoindre le diable pour une nuit d'orgie (Sabbat). Avant de voler vers Blåkulla, les sorcières capturent des enfants afin de les offrir au diable. Ce lieu magique est souvent associé à l'île de , qui s'appelait initialement .
Ces légendes ont eu une place centrale dans un la grande chasse aux sorcières de 1668-1676 en Suède, qui commence en particulier avec le procès des sorcières de Mora. Les femmes visées sont accusées de l'enlèvement et torture d'enfants sur l'île, avec souvent le témoignage des enfants comme preuve. Au total, près de 300 personnes, principalement des femmes, sont exécutées durant cette courte période.
L'île est aussi attachée à d'autres superstitions. Par exemple, les marins déposaient souvent des offrandes sur l'île afin d'obtenir la protection d'une figure féminine surnaturelle qui y aurait habité. Il était aussi dit qu'il était interdit de cueillir les fruits de l'île sous peine de s'attirer une malédiction. Une croyance similaire explique que la malchance s'abat sur quiconque prend des pierres de l'île, et fréquemment, la mairie d'Oskarhamn reçoit des pierres que des visiteurs ont prises sur l'île mais veulent retourner afin de briser cette malédiction.
Histoire vignette|gauche|Le mystérieux labyrinthe sur l'île.