Claire Bretécher (prononciation : ) est une autrice de bande dessinée humoristique et illustratrice française née le à Nantes et morte le à .
Après avoir collaboré aux principaux titres de la presse jeunesse franco-belge dans les (Record, Tintin et Spirou), Bretécher participe à l'émergence de la bande dessinée adulte francophone en rejoignant Pilote en 1969 puis en cofondant L'Écho des savanes en 1972. De 1973 à 1981, elle publie dans l'hebdomadaire d'information généraliste Le Nouvel Observateur une série de gags en une ou deux pages moquant les comportements de la bourgeoisie intellectuelle urbaine française, sous le titre Les Frustrés, première bande dessinée francophone à succès fondée sur la critique sociale. Ensuite, tout en travaillant ponctuellement pour la presse, elle continue à se faire la sociologue des classes moyennes supérieures urbaines en consacrant des albums à la maternité, à la médecine, au tourisme, puis à l'adolescence avec sa deuxième œuvre phare, la série Agrippine (1988-2009).
Seule femme à avoir collaboré aux principaux périodiques franco-belges classiques, Claire Bretécher jouit d'une notoriété dès le début des , qui va s'accroissant tout au long de la décennie grâce à sa collaboration au Nouvel Observateur. Régulièrement invitée dans les médias et traduite dans de nombreuses langues, cette autrice majeure de la bande dessinée francophone a reçu plusieurs prix importants, dont en 1982 un grand prix d'Angoulême spécial remis par les lauréats précédents. En 2015, elle a fait l'objet d'une exposition rétrospective à la Bibliothèque publique d'information du centre Beaubourg, à Paris.
Parallèlement à ses bandes dessinées, Bretécher a beaucoup travaillé pour la publicité et réalisé une œuvre peinte qui a fait l'objet de plusieurs recueils. C'est par ailleurs une pionnière de l'auto-édition d'albums de bande dessinée, qu'elle pratique de 1975 au milieu des . Les Frustrés (en 1975) et Agrippine (en 2001) ont été adaptés en dessin animé.
Biographie Jeunesse et formation Claire Marie Anne Bretécher naît le à Nantes. dans une famille catholique bourgeoise, d'un père juriste et d'une mère femme au foyer. Durant toute son enfance, elle passe ses vacances à Saint-Gilles-Croix-de-Vie puis à Belle-Île-en-Mer. et grandit à la Confrérie des Ursulines de Jésus. Elle commence très tôt à dessiner et suit des cours pendant une année. aux Beaux-Arts de Nantes durant son adolescence. Désireuse de quitter une ville qu'elle n'aime pas et un père violent, elle part s'installer à Paris à dix-neuf ans..
Débuts dans la presse jeunesse Claire Bretécher s'établit rue Gabrielle, dans le quartier de Montmartre, alors malfamé, 6 min 35.. Dès son arrivée, elle tente de placer ses travaux dans diverses rédactions ; en parallèle, elle garde des enfants pour gagner sa vie.. En 1960, elle enseigne le dessin en lycée durant neuf mois. mais cette expérience n'est pas concluante. Après avoir réussi à placer quelques illustrations dans Le Pèlerin, elle collabore avec les éditions Bayard qui publient ses dessins dans plusieurs de leurs magazines. Dans la seconde moitié des années 1960, elle exerce également pour Larousse, Hachette et pour la publicité.
Bretécher débute dans la bande dessinée en illustrant une histoire de René Goscinny, Facteur Rhésus, parue en 1963 dans L'Os à Moelle, que Pierre Dac vient de relancer. Bretécher éprouve de grandes difficultés à répondre aux attentes de Goscinny et la série est arrêtée après quelques mois. En 1964, elle commence à collaborer au mensuel Record et y publie plusieurs illustrations ou histoires courtes. De 1965 à 1967, elle travaille également pour l’hebdomadaire Tintin où elle crée le personnage humoristique dHector. En 1967, le rédacteur en chef Yvan Delporte accepte son histoire Des navets dans le cosmos puis Bretécher dessine pour le journal Spirou, qui publie à partir de décembre Les Gnangnan, série humoristique mettant en scène des bébés aux dialogues très adultes. En 1968, elle crée le duo comique de Huns : Baratine et Molgaga pour Record. La même année commencent dans Spirou les séries Les Naufragés, sur des textes de Raoul Cauvin, puis Robin les foies, pourtant élaborée avant les deux précédentes.
De Pilote au Nouvel Observateur : une autrice majeure des années 1970 À partir de 1969, elle participe au journal Pilote ; elle y crée le personnage de Cellulite et déploie un . Dans ce même journal, elle doit réaliser des histoires courtes inspirées de l'actualité, ce qui l'enthousiasme peu ; toutefois, avec l'assentiment de René Goscinny, elle peut ensuite y injecter l'aspect satirique qu'elle désirait y mettre : ces actualités deviennent alors une série de gags en une planche intitulée Salades de saison. Elle publie également de nombreuses histoires courtes qu'elle scénarise presque toujours et, entre avril et juillet 1970, elle achève Tulipe et Minibus, récit de 28 pages que Hubuc, mourant, n'avait plus la force de dessiner. Seule femme de la rédaction, elle y apprécie cependant l'atmosphère. Fin 1971, les cinq récits de Fernand l'orphelin qu'Yvan Delporte avait écrits pour elle sont publiés sous le titre dans le magazine néerlandais Pep.
Au dernier trimestre 1972, tout en continuant à travailler pour Pilote, Bretécher participe également à la création avec Gotlib et Mandryka de L'Écho des savanes, à la demande de ce dernier. Bien que Goscinny ne lui refusait jamais d'histoire dans Pilote, elle se réjouit de pouvoir traiter dans L'Écho n'importe quel sujet. Cette première expérience dans la presse pour adultes est suivie d'une collaboration au nouveau mensuel écologique Le Sauvage, qui publie dès son premier numéro en mai 1973 Le Bolot occidental., première incursion de Bretécher dans la presse généraliste..
vignette|Claire Bretécher en train de dessiner en 1973. Elle est ensuite engagée par l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, qui publie chaque semaine à partir du numéro du une planche dans la rubrique sociétale « Notre époque », titrée « La Page des Frustrés ». Dans la lignée des Salades de saison, elle y critique une certaine classe aisée urbaine de gauche donneuse de leçons et nombriliste.. Accaparée par son travail pour Le Nouvel Observateur, bien qu'elle ne s'implique pas dans la vie de la rédaction, elle cesse fin 1974 de collaborer aux revues de bande dessinée, excepté pour une histoire dans Fluide glacial début 1975 et quatre récits courts de Cellulite publiés dans Pilote mensuel entre 1975 et 1977 .
Le succès des Frustrés et le désir d'autonomie la décident à se lancer dans l'auto-édition pour en publier le premier recueil en 1975. Cet album reçoit le prix du scénariste français du festival d'Angoulême 1975) et les quatre suivants connaissent , traduits en plusieurs langues. L'autrice se transforme en éditrice et auto-édite l'ensemble de ses créations. Une adaptation animée est diffusée à la télévision française en 1975., tandis qu'en 1976 sa grande amie Dominique Lavanant ainsi que Josiane Balasko créent la première de nombreuses adaptations théâtrales, 41 min.. Dès le milieu de la décennie, Bretécher est reconnue .
En 1976, elle recueille dans Le Cordon infernal une grande partie de ses planches publiées dans L'Écho des savanes et publie en 1980 un album consacré à sainte Thérèse d'Avila, intitulé La Vie passionnée de Thérèse d'Avila, dont la prépublication dans Le Nouvel Observateur choque certains chrétiens, alors que d'autres n'y voient rien d'irrévérencieux.. En 1977, elle rencontre Bertrand Poirot-Delpech., qu'elle épouse deux ans plus tard.. Au début de l'année 1981, elle cesse sa collaboration hebdomadaire avec le Nouvel Observateur, tout en réservant à la revue la prépublication de ses histoires suivantes.
Des Frustrés à Agrippine : les années 1980 et 1990 En 1982, alors que nombre de ses amies sont enceintes, Bretécher publie Les Mères, album consacré à la maternité. ; elle-même n'a cependant pas encore eu d'enfants.. En juin de la même année, l'organisation du Festival d'Angoulême demande aux premiers lauréats du grand prix de la ville d'Angoulême d'élire un Grand Prix spécial pour présider, en janvier 1983, la dixième édition du festival avec Paul Gillon, élu Grand Prix par le jury.. Ceux-ci choisissent rapidement Claire Bretécher. Pour ce dixième festival en janvier 1983, son ami Dominique Bréchoteau organise la première exposition d'ampleur consacrée à Bretécher.. Quelques mois plus tard, Bretécher explore de nouveau la thématique de la maternité avec Le Destin de Monique, récit consacré aux mères porteuses .
La même année, les éditions Denoël publient pour la première fois une sélection de ses peintures, accompagnée d'un avant-propos d'Umberto Eco et des commentaires de Daniel Arasse..
C'est également en 1983 qu'elle rencontre le juriste Guy Carcassonne, de onze ans son cadet et déjà père de deux filles, Marie et Nuria.. Ils ont un fils, Martin, qu'ils élèvent avec les deux filles de Guy. Bretécher et Carcassonne restent en couple jusqu'à la mort de celui-ci en 2013.
En 1985 et 1986, Bretécher publie deux volumes de Docteur Ventouse, bobologue, où elle pose un regard moqueur sur les milieux médicaux parisiens. En 1988, elle s'intéresse au monde de l'adolescence avec Agrippine. L'année suivante, elle raille l'appétence de la bourgeoisie intellectuelle pour les voyages lointains et dépaysants dans Tourista.. Comme Les Frustrés, la plupart de ces albums sont immédiatement traduits en plusieurs languesVoir plus bas la section « Une auteure majeure célébrée au-delà du champ de la bande dessinée »..
Le succès d’Agrippine conduit Bretécher à y aborder tous les thèmes qui l'intéressent : après 1989, elle ne publie ainsi qu'une seule bande dessinée hors de cet univers : Mouler démouler, en 1996, un recueil d'histoire courtes dans la lignée des Frustrés. Agrippine et l'Ancêtre, cinquième volume d'''Agrippine, obtient l'Alph-Art humour au festival d'Angoulême 1999. En 2001, Canal+ diffuse 26 épisodes d'une adaptation en dessin animé de la série, dans laquelle Bretécher s'est peu investie.
Parallèlement à ses activités d'autrice de bande dessinée, Bretécher travaille beaucoup dans les années 1980 et 1990 pour la publicité, notamment pour les yaourts BA de Besnier en 1993.. ou les supermarchés 8 à Huit entre 1995 et 1999.. ; en outre, elle peintVoir plus bas la section « Peinture et dessin ». et elle illustre de nombreux ouvragesVoir plus bas la section « Illustration » et l'article détaillé Œuvres de Claire Bretécher#Illustration.. Elle soutient également en 1999 un mémoire de maîtrise en psychologie à l'université de Nantes intitulé Existence d'un amorçage différencié selon la nature de l'humeur..
Fin de l'auto-édition et ralentissement de la production au début des années 2000 À partir de 2006, après plus de trente ans d'auto-édition, Bretécher confie à Dargaud la gestion de son catalogue. Dargaud publie une version en couleurs du Destin de Monique sous le nouveau titre Une saga génétique en 2006, un recueil d'inédits en 2007 et des intégrales des Frustrés puis dAgrippine.. Glénat publie également en 2006 un recueil des bandes dessinées de jeunesse de l'autrice dont il avait conservé les droits. tandis que Dupuis propose Les Naufragés en 2008 dans une collection consacrée aux œuvres de jeunesse de Raoul Cauvin..
En 2009, Dargaud publie Agrippine déconfite, huitième tome de la série Agrippine. et dernier album de bande dessinée de Bretécher. Celle-ci continue cependant à illustrer des ouvrages, dont un tarot divinatoire en 2011.. En mai 2013, la mort soudaine de son mari alors qu'ils voyageaient à Saint-Pétersbourg la marque fortement.. En 2016, elle illustre un recueil de perles d'écoliers réunies par Dominique Resch..