Oliver Cromwell, en français Olivier Cromwell, né le Le calendrier julien reste en usage en Grande-Bretagne jusqu'en 1752, date à laquelle il est remplacé par le calendrier grégorien, en vigueur depuis le 20 décembre 1582 (date grégorienne) dans les pays catholiques. Les autres dates de la page sont données dans le calendrier julien, en retard de 10 jours sur le calendrier grégorien. à Huntingdon et mort le à Londres, est un militaire et homme d'État anglais, particulièrement connu pour l'instauration en 1649 du gouvernement républicain de l'Angleterre, et l'avoir officiellement dirigé à partir de 1653, avec le titre de lord-protecteur.
En tant que principal commandant de la New Model Army (« Armée d'un nouveau genre » ou « Armée remodelée ») des Britanniques (Anglais et Écossais) révoltés contre le roi , il est vainqueur des royalistes et, après l'exécution du roi en 1649, se hisse au premier plan dans le « Commonwealth anglais », conquérant l'Irlande et l'Écosse.
Issu de la gentry, il bénéficie de revenus très modestes jusqu'à ce qu'il reçoive en héritage le patrimoine de son oncle. En même temps que ce retournement du sort, il se convertit au puritanisme, un mouvement provenant de l'Église anglicane qui entend faire une plus grande différenciation avec le catholicisme et "purifier" la nouvelle église protestante. Il en fait une partie essentielle de sa discipline de vie et de son univers mental. Il est alors élu au Parlement par la circonscription de Cambridge au cours des Short et Long Parliaments, puis est impliqué dans la guerre civile anglaise aux côtés des Roundheads, littéralement « Têtes rondes », ou parti parlementaire, opposé à celui des royalistes.
Soldat compétent, il est promu de simple chef d'une troupe de cavalerie à commandant de l'armée entière. Cromwell se trouve aussi parmi les signataires de l'arrêt de mort prononcé contre le roi en 1649, et membre du Rump Parliament (« Parlement croupion »), qui siège de 1649 à 1653. Ce même parlement envoie Cromwell conquérir l'Irlande, ce qu'il fait de 1649 à 1650, pour se tourner ensuite contre l'armée écossaise de 1650 à 1651. Le , se sentant suffisamment maître de la situation, il dissout par la force le parlement, et établit pour un court laps de temps le Barebone's Parliament, également nommé « Assemblée des Saints », en raison de la stricte doctrine puritaine de ses membres. Cette dernière assemblée s'auto-dissout peu avant que Cromwell soit fait lord-protecteur d'Angleterre, du pays de Galles, d'Écosse et d'Irlande le de la même année. À sa mort, il est d'abord enterré à l'abbaye de Westminster, mais lorsque les royalistes reviennent au pouvoir, ils déterrent son corps, l'enchaînent et le décapitent.
Cromwell est l'une des figures les plus controversées de l'histoire des îles Britanniques. Alors que le poète et essayiste John Milton, ainsi que les historiens Thomas Carlyle et Samuel Rawson Gardiner voient en lui un héros de la liberté, d'autres tels David Hume, Winston Churchill et David Sharp en font un tyran, dictateur régicide. Au sein de la population, les sentiments exprimés sont tout aussi mitigés et passionnés, puisque pour les uns, il s'agit de l'un des plus grands héros nationaux de la patrie anglaiseIl fut ainsi retenu parmi les Top ten Britons of all time dans un sondage mené par la BBC., alors que pour d'autres ses mesures prises contre les catholiques irlandais étaient presque génocidaires ; il est donc généralement détesté en Irlande. À l'international, certains historiens le comparent parfois à Maximilien Robespierre et Vladimir Ilitch Lénine, puisqu'ils sont considérés comme les principaux responsables de régicides, tout en se rendant ultérieurement responsables de pratiques répressives et d'expériences dictatoriales voire proto-totalitaires éloignées des idéaux de libertés affichés lors des révolutions menées.
Biographie Naissance et famille Il y a peu de sources relatant les quarante premières années de sa vie. Il naît à la maison Cromwell à Huntingdon, le , fils de Robert Cromwell (1567 – 1617) et d'Elizabeth Steward (décédée en 1654). Son grand-père, , était également une figure marquante, fait chevalier sous , et ayant siégé à la Chambre des communes en tant que chevalier pour le comté de Huntingdonshire. L'arrière-grand-père d'Henry Cromwell, William ap Tevan (1493-1531), était marié à Joan Tudor (1453-1469) que Myfanwy verch Dafydd (1436-1485) affirme sans preuve être la fille illégitime de Jasper Tudor et la petite-fille de Owen Tudor et de Catherine de France. Joan Tudor est morte en mettant au monde les jumeaux John Williams, père de , baron of Thame, et Morgan Williams marié en 1499 avec Katherine Cromwell (1482- ), sœur de Thomas Cromwell, parents de qui est le père d'Henry Williams, alias Cromwell (1537-1604).
Malgré cette ascendance, les Cromwell n'étaient alors que des membres de la gentry. Le patrimoine de Robert Cromwell se limitait à une maison à Huntingdon et à un domaine foncier dans les environs, le tout ne générant au plus que de revenu par an, les plaçant ainsi dans la tranche inférieure de la gentryPeter Gaunt, Oliver Cromwell, Blackwell, ..
Jeunesse et éducation De ses jeunes années, nous trouvons encore dans les archives de l'établissement des preuves du passage du jeune Oliver Cromwell, vers 1610, à la Huntingdon Grammar School, à la suite de quoi il étudie au Sidney Sussex College à Cambridge, alors une institution nouvellement créée professant une stricte doctrine puritaine. Il doit cependant la quitter dès 1617 sans avoir obtenu de diplôme, son père étant décédé. Plusieurs biographes notent qu'il doit fréquenter ensuite la Lincoln's Inn, une des Inns of Court, écoles de droit de Londres. Cependant, nous ne retrouvons plus dans les archives de la Lincoln's Inn de traces de son passage. La solution à cette énigme diverge selon les biographes. Selon Antonia Fraser, il est très vraisemblable qu'il ait tout de même fréquenté cette institution, alors que son grand-père, son père et deux de ses oncles l'ont fait avant lui, et qu'il y enverra de même son fils Richard en 1647Antonia Fraser, Cromwell: Our Chief of Men, 1973, Weidenfeld and Nicolson, .. Au contraire, avance que le jeune Cromwell dut demeurer à Huntingdon alors que sa mère veuve avait à charge ses sept sœurs non mariéesJohn Morrill, John, « The Making of Oliver Cromwell », dans Morrill, John (éd.), Oliver Cromwell and the English Revolution (Longman), 1990 , ..
Mariage et famille C'est en 1620 qu'il épouse Élizabeth Bourchier, le à l'église St Giles-without-Cripplegate, celle-ci se situant à Londres, ce qui constitue un indice de plus suggérant que Cromwell a bel et bien fréquenté l'une des Inns of Court de la capitale. Le père d'Élizabeth Bourchier, Sir James Bourchier, est un marchand de cuir londonien qui possède un important domaine foncier dans l'Essex et entretient des liens nombreux avec les membres de la gentry puritaine locale. Il entre également en contact, grâce à ce mariage, avec Oliver St-John et d'autres membres influents de la bourgeoisie londonienne, ainsi qu'avec les comtes de Warwick et de Holland. Ces liens avec des personnalités importantes de la capitale joueront un rôle crucial dans le futur rôle que tiendra Cromwell.
Le couple Cromwell a neuf enfants, dont Richard Cromwell qui succédera à son père en tant que lord-protecteur du Commonwealth, et Henry Cromwell, qui deviendra Lord Deputy d'Irlande. Sa troisième fille, Mary, épouse Thomas Belasyse, Fauconberg.
Crise et héritage vignette|Charles Ier entame un règne personnel après avoir dissous le Parlement. Lorsque le Parlement est dissous en 1629, il retourne gérer la fortune paternelle. Député de l'université de Cambridge au Long Parlement (1640), il s'y fait remarquer par ses déclamations contre le papisme et la royauté telle que l'incarnait , à savoir éloignée des préoccupations d'un peuple de plus en plus revendicateur, exerçant un despotisme outrancier et méprisant. Lorsque la guerre civile éclate, en , il est convaincu que c'est le signe de Dieu pour la lutte contre l'épiscopalisme et la monarchie détachée des affaires puritaines.
Il vit comme fermier-gentilhomme, membre de la gentry jusqu'au début de la première guerre civile anglaise en 1642 quand il mène ses ouvriers (en fait une armée recrutée par ses soins) au service du Parlement. Il se signale par son habileté et sa bravoure, mais aussi par ses actes de cruauté. Après son service militaire, il devient un homme politique remarqué, et il est le seul apparemment capable de gouverner après la mort du roi .
Les relations supposées entre Cromwell et la franc-maçonnerie ont donné naissance à des hypothèses jugées minoritaires et fantaisistesAlbert Mackey, The History of Freemasonry, : Oliver Cromwell and freemasonry..
Soutien dans la petite noblesse d'épée Olivier Cromwell devient alors le chef d'une révolte de la petite noblesse d'épée de la province"La révolution anglaise de Cromwell. Une nouvelle interprétation" parHugh Trevor Roper, dans la revue des Annales en 1955 , devenue révolutionnaire car peinant à joindre les deux bouts, révoltée par l'ostentation d'une Cour où elle est écartée, beaucoup s'étant ruinés dans les toutes premières entreprises coloniales, dont ils sont souvent écartés depuis les années 1630 et qui vibrent à la . Dénonçant une bureaucratie londonienne privilégiée, leur philosophe, James Harrington, qui publia La Communauté d'Oceana en 1656, livre qui a inspiré un siècle et demi plus tard des révolutionnaires français"The Commonwealth of Oceana de James Harrington : un modèle pour la France révolutionnaire ?" par Rachel Ammersley, dans la revue Annales historiques de la Révolution française en 2005 , proposait que ces hobereaux se succèdent à tour de rôle au Parlement, et que la propriété foncière agricole soit plafonnée. Le livre dénonce l'éloignement des colonies d'Amérique des Antilles et suggère qu'elles ne pourront rester dans le giron anglaisJames HarringtonAn Intellectual Biography par Rachel Hammersley aux Editions Oxford University Press en 2019 .
Carrière militaire et politique à son apogée vignette|Pièce de monnaie représentant Cromwell. À l', il lève à ses frais (il a hérité en 1638 d'une riche propriété) une troupe de cavalerie organisée selon des principes démocratiques (officiers élus par la troupe, discussions idéologiques…) : les Ironsides (« côtes de fer »). En 1643, le Parlement le promeut de capitaine à colonel, de manière inexplicable. Sous les ordres de lord Thomas Fairfax, il s'illustre à la bataille de Marston Moor le et à celle de Newbury en octobre. Le Parlement le nomme lieutenant-général de cavalerie.
En 1645, le Parlement le charge de réorganiser l'armée sur le modèle de ses propres troupes (c'est la New Model Army). Il bat les royalistes à la bataille de Naseby le de la même année.
Le , le roi se rend aux Écossais, qui le livrent au Parlement anglais le .
L'armée parlementaire est divisée en deux camps : les Indépendants constitués par les officiers, et les Niveleurs composés par la troupe. Ceux-ci prônent un régime égalitaire. Cromwell est d'abord conquis par leurs idées. En 1648, s'enfuit sur l'île de Wight, mais il est bientôt ramené à Londres. Le Parlement étant peu enclin à juger son souverain légal, Cromwell organise la purge dans ses rangs. Le procès a lieu du au , et est décapité à la hache le .
C'est Edward Whalley, un des plus proches conseillers de Cromwell, et général en chef de ses armées, qui signe l'arrêt de mort de .
vignette|Caricature hollandaise représentant Oliver Cromwell en monarque.