Le Plantier de Costebelle est une maison d’architecture néo-palladienne construite à partir de 1857 par la baronne Hortense Pauline Husson de Prailly. Située dans la commune de Hyères-les-Palmiers, dans le département du Var, sur le versant est du mont des Oiseaux et des collines de Costebelle, la propriété surplombe la rade d'Hyères, la presqu'île de Giens et les îles de Porquerolles et de Port-Cros. Lieu de villégiature dans la deuxième moitié du pour d’éminents ecclésiastiques (le père dominicain Henri Lacordaire et l’évêque d’Orléans, Monseigneur Félix Dupanloup), la « villa des Palmiers » (ainsi baptisée par Hortense de Prailly) accueille également l’écrivain légitimiste Armand de Pontmartin. Mais la plus illustre visite à ce jour reste le passage à la villa des Palmiers, de la reine Victoria accompagnée de la prince Henri de Battenberg, en 1892.

En 1896, le romancier et académicien français Paul Bourget (), auteur du Disciple, achète la propriété qui prend alors son nom actuel, « Le Plantier de Costebelle », et y reçoit de nombreuses personnalités du monde littéraire, tels qu’André Gide, Henry James, Edith Wharton, de la sphère politique (Lady Randolph Churchill, Charles Maurras, Maurice Barrès) ou même militaire (le maréchal Joseph Joffre) et ce, jusqu’à sa mort, en 1935. Le domaine est, à cette date, transmis à l'héritier du romancier, le général Marius Daille.

La maison bénéficie d’une inscription partielle à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, façades et toiture (consulté le ). (consulté le ). par un arrêté du . Son parc botanique est labellisé « Jardin remarquable » (consulté le ). depuis .. Après de nombreuses années de rénovation destinée à restituer l’ensemble architectural et botanique tel qu’il avait été souhaité par Hortense de Prailly au , Le Plantier de Costebelle est aujourd’hui une maison d’écrivain, alliant habitation privée et ouverture au public sous certaines conditions.

Histoire de la propriété

À l’origine de la propriété du Plantier de Costebelle se trouve une vaste campagne appartenant à Louis Jacques Odier, membre du Conseil souverain de la république de Genève, dès 1822. Dominique Honoré Peillon et son épouse, née Marguerite Adélaïde Eydoux, propriétaires hyérois, deviennent les nouveaux maîtres des lieux en 1840. À la suite de l’expropriation du sieur Peillon et lors d’une vente aux enchères, le 1851, le domaine est adjugé à Ernest DesclozeauxArchives départementales de Draguignan, notaire Mille, à Hyères, : 3E47/258. Desclozeaux achète aussi à Arène, le .. La monarchie de Juillet a fait de lui un magistrat. Il est ensuite élu député à Embrun dans les Hautes-Alpes. Mais après la révolution française de 1848, il s’éloigne de la vie politique. . En 1857, Ernest Desclozeaux détache une parcelle de terrain qu’il vend à la baronne de PraillyVente du 7 mai 1857, archives Palenc : vente comtesse de Guichen-Paul Bourget, par devant Maître Patteson. Les Prailly achètent dans un premier temps un hectare, et de terrain. Il y a d’autres achats complémentaires aux Arène, par la suite, pour obtenir un domaine de cinq hectares au total : (notaire Allègre) et (notaire Rouffier).. C’est l’acte de naissance de la propriété du Plantier de Costebelle.

Baronne Hortense Pauline Husson de Prailly, villa des Palmiers vignette|upright=0.5|alt=Papier administratif écrit à l'encre.|dossier de Légion d'honneur du baron de Prailly (Archives nationales). Origines familiales et construction

Hortense Chevandier de Valdrome () a épousé en 1834 le baron Husson de Prailly (), président du Tribunal civil de première instance de Nancy et officier de la Légion d'honneur. Les deux familles sont originaires de Lorraine. Le père de Hortense de Prailly, Jean Auguste Chevandier de Valdrome, qui a été élevé à la dignité de Pair de France sous la monarchie de Juillet, est directeur de la manufacture de glaces de Cirey-sur-Vezouze, grâce à son mariage, sous l’Empire, avec une demoiselle Guaita.

vignette|gauche|upright=1.2|alt=Le Plantier de Costebelle en 1863, le parc encore vierge de plantations, fiacres visibles sur la droite de la maison. Sur la droite de la photographie, un grand pin d'Alep. Les allées en gravillon et une chapelle dans le bois de pins bas sont visibles. Quelques jeunes Phœnix dactiliferas sont plantés.|Le Plantier de Costebelle en 1863 ; on remarque des fiacres sur la droite du bâtiment Photographie prise en 1863 par le comte Alfred Odart de Parigny qui réalise un album photographique sur les villas hyéroises.. Agrandissez cette image vignette|gauche|upright=0.6|alt=Portrait d'un jeune religieux dans le cloître d'un couvent et en tenu de dominicain.|Henri-Dominique Lacordaire au couvent de Sainte-Sabine à Rome, par Théodore Chassériau (1840), musée du Louvre Âgée de , Hortense Chevandier de Valdrome séjourne régulièrement en Italie (Pise, Lucques, Rome) pour des raisons de santé, lettre du .. En , elle effectue un séjour aux Bains de Lucques, célèbre station thermale, lettre du .. Elle se rend à Rome durant l'automne 1840, . Théodore Chassériau est un ami du frère de Hortense de Prailly, Paul Chevandier de Valdrome (). Chassériau peint le portrait célèbre de Lacordaire grâce à l'entremise de la baronne de Prailly qui les met en relation. Mais les rapports entre Lacordaire et Chassériau dégénèrent. Le peintre se brouille aussi avec Paul Chevandier et sa sœur, madame de Prailly avec qui les relations frisaient l’incorrection (il faut entendre par là des propos irrespectueux sur la religion prononcés par Chassériau), voir lettre de Henri Lehmann à Marie d'Agoult, , archives du comte Hautecloque, voir surtout , correspondance. Voir enfin , lettre du ., où elle est entourée d’une société de Français choisisVoir . Voir surtout la notice d’Élisabeth Foucart-Walter sur Chevandier de Valdrome (. et côtoie le père Jandel, prieur du couvent Sainte-Sabine et originaire de Nancy. Elle héberge à Rome son frère, Paul Chevandier de Valdrome, et un ami, Théodore Chassériau. Ce dernier dessine pour elle Deux femmes dans une forêt (1841), une représentation idéale de l'amitié. La notice du évoque une ancienne appartenance à la comtesse de Prailly. À n'en pas douter, il s'agit bien de Hortense, baronne de Prailly. La notice précise aussi que ce dessin est présent ultérieurement dans la collection de ..

C’est le climat rigoureux de leurs terres natales du château de Lettenbach où Hortense de Prailly est née et du domaine paternel de Sainte-Catherine dans les Vosges ainsi que la santé fragile de madame. qui incitent les Prailly à s’établir sur les premières pentes du mont des Oiseaux, à Costebelle, sur les rivages de la mer Méditerranée, les Prailly possèdent à Hyères plusieurs villas.. Dès 1841, la baronne de Prailly loue à Dominique Peillon puis à Ernest Desclozeaux une ferme et les terres attenantes qu'elle achète plus tard, en 1857..

vignette|upright=0.6|alt=Dessin de Hortense Pauline de Prailly portant dans ses bras Berthe, future comtesse de Guichen.|Hortense de Prailly et sa fille Berthe Dessin par Théodore Chassériau durant son séjour à Rome avec la baronne de Prailly : ..

Un dessin à la mine de plomb exécuté à Rome en janvier 1841 par Théodore Chassériau, semble être le seul témoignage qui nous soit parvenu de Hortense de Prailly, alors âgée de . Elle y est représentée, assise, de trois quarts à droite. Après avoir appartenu un temps à la collection de dessins rassemblée par John Postle HeseltineJohn Postle Heseltine () est un collectionneur de dessins qui vivait à Walhampton House (Hampshire) et à Londres, ., ce portrait, alors faussement attribué à Jean-Auguste-Dominique Ingres, entre en 1941, dans les collections de l’Ashmolean Museum d’Oxford où il est depuis exposé.

Après avoir mené à bien l’achat des différentes parcelles à Ernest Desclozeaux et aux ArèneLe château de la Font des Horts ou « Rescence Arène », rappelle grâce à son moulin et à sa résurgence, le passé oléicole du domaine de Louis Arène (1818). Ce dernier, ancien émigré bien que roturier, agrandit et remania cette propriété avec une fortune faite à Naples (parfumeries), et en acheta une partie aux héritiers de la marquise de Monclar (château d’Apt)., la baronne de Prailly y entreprend l’édification d’une villa de type palladien et fait appel à un architecte qui, à cette époque et grâce au maire Alphonse Denis, concentre toutes les grandes commandes publiques dans le but de développer la station de Hyères : Victor Trotobas (). Durant les quelques années que dure la construction, elle loge dans la ferme proche du chantier et qui devient plus tard la maison d’hôtes de la propriété, là-même où Paul Bourget reçoit, à partir de 1896, ses invités.

La villa est baptisée « villa des Palmiers ». La baronne de Prailly prend exemple sur le jardin exotique du Château DenisDu Château Denis ne demeure à la fin du qu’un square public, mais son chef-jardinier Charles Huber devait entre-temps développer une importante pépinière, dont l’activité se poursuivit jusqu’au début du , animée par un autre grand nom de la profession, François Nardy : , cité par dans ., dans le centre de Hyères, et recrée, avec l'aide de Charles Huber., horticulteur hyérois, un parc complanté, au milieu des essences indigènes, de palmiers rares que seul l'acclimateur hyérois commercialise alors dans toute la France : le Phoenix dactylifera.. Elle introduit notamment le Yucca filifera, qui fleurit pour la première fois en France, à la villa des Palmiers en 1876.. Le jardin exotique de la villa des Palmiers est dessiné par les propriétaires à l’image des jardins d’acclimatation qui ont vu le jour sur la Côte d’Azur ainsi que sur toute la Riviera méditerranéenne depuis le milieu du siècle (comme la villa Victoria à Grasse, Hanbury au cap de La Mortola, la villa Thuret au cap d'Antibes, les villas Vigier et Les Tropiques à Nice, les villas Valetta et Camille – Amélie à Cannes, la villa Eilenroc et surtout le domaine des Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat).

Les travaux engagés sont très importants, tant pour l’édification de la villa et de la chapelle que pour l’impressionnant mur d’enceinte voulu par la baronne et qui clôture entièrement le domaine et ses cinq hectares. Il semble d’ailleurs que l’édification de ce mur ait précédé la construction des bâtimentsLettre du du père Lacordaire à Hortense de Prailly, .. Avec leurs voisins immédiats, les Prailly projettent la construction d'une route desservie par omnibus..

Arbre généalogique de la famille Chevandier de Valdrome

Cette arborescence explique de façon synthétique la position de la baronne de Prailly et de sa fille Berthe de Guichen au sein de leur famille, une dynastie de maîtres verriers lorrains et prussiens.

Le Père Lacordaire et Monseigneur Dupanloup

Elle fait également bâtir une chapelle qui jouxte la maison principale et est bénie pour la première foisLa tradition veut que le père Lacordaire ait béni « la première pierre de la chapelle ». Florence Goubert, dans sa Maîtrise, remarque que cela n’a pu avoir lieu qu’en 1859, lorsque le dominicain achète le couvent de Saint-Maximin et y installe ses novices dominicains : . par son directeur de conscience, Lettre de de Prailly au Père Lacordaire, ., le père dominicain Henri Lacordaire, qui, durant les toutes dernières années de sa vie, est un hôte régulier à CostebelleLes lettres de madame de Prailly au Père Lacordaire sont conservées essentiellement aux Archives Lacordaire, Archives dominicaines de France, 45 bis, rue de la Glacière, 75013 Paris.. Voir aussi, ..

vignette|upright=0.6|gauche|alt=La chapelle du Plantier au milieu des pins, photo sombre.|La chapelle du Plantier. vignette|gauche|upright=0.6|alt=Carte postale ancienne avec écriture à l'encre et timbre oblitéré.|Le Plantier de Costebelle vers 1880 - 1910.