La psychologie fut jusqu'à la fin du une branche de la philosophie consacrée à l'étude de l'âme (en grec : psukhé). Elle est actuellement une science ayant pour objet l'étude des conduites des organismes. La psychologie moderne s'est peu à peu détachée de différents courants de la pensée philosophique. Elle recourt actuellement à la méthode expérimentale, à la statistique et aux modèles mathématiques de la théorie de la cognition/information.
En effet, chaque époque de l'histoire de l'humanité produit une structure explicative de la nature de l'esprit de l'être humain. Il existe au cours de l'histoire, un grand nombre de philosophes et de théories philosophiques qui ont essayé de dégager des concepts pour appréhender l'essence de l'esprit humain.
La psychologie et la psychiatrie ont pris la relève dans ce type d'études. Mais l'émergence actuellement des sciences cognitives représente une remarquable modification dans l'histoire des sciences. Cette révolution qui ne date que de l'après-guerre (la Seconde Guerre mondiale), fut introduite brutalement avec l'apparition des « technologies de la cognition et communication ». En effet, pour la première fois dans l'histoire, la connaissance est devenue liée à des technologies : celles de l'ordinateur et de l'intelligence artificielle...
Les grands courants de la psychologie moderne L'un des courants de la psychologie moderne prend naissance dans l'œuvre de R. Descartes (1596-1650). Le dualisme postulé par Descartes entre l'âme et le corps se trouve à l'origine de deux développements divergents de la psychologie. Une « psychologie spiritualiste », fondamentalement étrangère à l'observation et à l'expérience se réclame que « l'âme, pour être, n'a besoin d'aucun lieu ni dépend d'aucune chose matérielle ». Mais le corps séparé de l'âme, peut faire l'objet d'études empiriques : c'est ce courant matérialiste, issu lui aussi de la pensée cartésienne, que vont développer les médecins philosophes du , pour étudier la psychologie de l’être humain.
Les progrès de la psychologie ont été liés de plusieurs façons à ceux de la physiologie du système nerveux. La physiologie a offert à la psychologie l'exemple d'une discipline se détachant de la spéculation philosophique et adoptant une démarche purement expérimentale. Cette évolution s'est produite dans la deuxième moitié du . G. T. Fechner (1801- 1887) a publié en 1860 Éléments de psychophysique, ouvrage qui sert souvent de jalon pour dater les débuts de la psychologie moderne. Gustav Fechner a mis une solide culture physico-mathématique au service d'un problème métaphysique : celui des rapports entre l'esprit et la matière. Il a cherché à établir une liaison mathématique entre « énergie physique » et « énergie mentale ».
Le deuxième événement fondateur est la naissance du premier Laboratoire de psychologie expérimentale, à Leipzig en 1879, par Wilhelm Wundt (1832-1920). Wundt était un philosophe converti à la physique et à la psychologie. La psychologie qu'il faisait dans son laboratoire était assez élémentaire, tout en étant fort ambitieuse, puisqu'elle avait pour objectif une analyse de l'esprit humain. En fait, en y étudiait la vision, l'audition, le toucher, le goût, le sens du temps, la perception, le temps de réaction, grâce à des appareils qui permettent de préciser les situations et d'enregistrer les réactions.
Le psychologue allemand Otto Selz (1881-1943) est l'un des premiers à formuler une théorie non-associationniste de la pensée. En ce sens, il est parfois considéré comme un précurseur de l'approche cognitive en psychologie pour avoir su analyser scientifiquement les processus mentaux complexes, en utilisant notamment la méthode introspective.
Les grands pionniers de la psychologie moderne Au chapitre des grands pionniers de la psychologie moderne de la première moitié du , on compte Sigmund Freud (1856-1939). La psychanalyse a pour objet l'étude de l'inconscient. Mais si l'on cite Freud, ici, c'est qu'en outre on trouve dans son œuvre la première théorie de la personnalité, issue d'un effort de compréhension du fonctionnement anormal des conduites d’organisme humain adulte. La théorie de Freud est inséparable de sa conception de l'appareil psychique, de son fonctionnement, surtout pathologique, et de son développement dans le temps au niveau de l'individu, et aussi de son évolution au niveau de l'espèce humaine.
Les stades de développement selon Freud (stade oral, stade anal, stade phallique, phase de latence, stade génital) sont communément considérés comme formant le système de stades affectifs le mieux déterminé, le plus représentatif actuellement.
Jean Piaget (1896-1980) a également apporté des contributions importants à l'étude du fonctionnement mental. Il n'est pas exagéré de dire que ce que Freud a réalisé dans le domaine de la description et de la compréhension du développement affectif humain, Piaget l'a fait dans celui du développement des facultés intellectuelles. Son travail a moins affecté la psychiatrie clinique, pour qui les facteurs affectifs ont une importance capitale, que la psychologie cognitive, en particulier celle de l'enfant. On peut dire que les travaux de Piaget sont du domaine de la recherche fondamentale. L'application pratique de tels travaux vient toujours bien après. C'est pourquoi il est trop tôt pour apprécier d'une façon définitive l'importance pour la psychiatrie des travaux de Piaget. Les psychanalystes se sont surtout intéressés à l'influence des besoins affectifs sur le processus de pensée ; Piaget, lui s'est attaché à une étude méthodique de la pensée elle-même et son développement.
Les premiers travaux de Piaget sont publiés dès les années 1920 (son premier livre est publié en 1923)J. Piaget : Le langage et la pensée chez l'enfant, Neuchâtel et Paris, Delachaux et Niestlé, 1923., mais ne seront vraiment redécouverts à l'échelle mondiale, et ne deviendront influents qu'à partir des années 1950, quand ils sont traduits en anglais.
Piaget fut un des premiers auteurs à prendre conscience des limitations de l'approche des problèmes du développement intellectuel par les tests utilisant la fameuse échelle métrique de l'intelligence mesurée par le Quotient Intellectuel : méthode inventée par Alfred Binet (1857-1911).
Jean Piaget a passé plus d'un demi-siècle à étudier l'intelligence de l'enfant. Pourtant, ses travaux dans ce domaine, qui ont véritablement bouleversé la psychologie du développement, ne devaient primitivement constituer qu'un moyen, pour aborder un problème relevant de l'épistémologie : le problème de la connaissance, de son origine et son accroissement ; comment se constituent les connaissances dans l'esprit ? Ce domaine de recherche, que Piaget appelle Épistémologie génétique, relève de la complémentarité de deux disciplines traditionnellement séparées : la théorie de la connaissance et la psychologie en particulier la « psychologie de l'intelligence ».
Le développement dans cette perspective, se fait par des stades, que Piaget décrit minutieusement en montrant comment chaque nouveau stade est à la fois reprise et dépassement du stade antérieur, transposition et réorganisation des structures de conduite par quoi s'affecte l'assimilation du réel, depuis le niveau de régulations sensori-motrices du bébé jusqu'au degré le plus élevé de la pensée hypothético-déductive, en passant par l'accès au symbole puis l'émergence progressive de la pensée rationnelle, que Piaget appelle opératoire.
Il faut mentionner l'essor d'un nouveau courant d'étude du développement/vieillissement cognitif post-piagétien, dans le domaine des réalités sociales et psychologiques, et d'un mouvement contestataire par rapport à l’œuvre de Piaget.
La révolution cognitive et naissance de la psychologie cognitive La psychologie cognitive, c'est ainsi que l'on désigne l'analyse scientifique contemporaine de l'esprit et de la connaissance sous toutes ses dimensions. C'est un domaine transdisciplinaire (c'est-à-dire à la fois multidisciplinaire et interdisciplinaire) encore mal défini, mais il est juste de dire qu'il y eut de tout temps des précurseurs de ce que, aujourd'hui nous appelons les sciences cognitives, dans la mesure où l'esprit humain est la source principale et l'exemple le plus accessible de la cognition et communication.
La technologie, entre autres, agit comme amplificateur. On ne peut pas séparer la psychologie cognitive des « technologies de la cognition et de la communication », sans amputer celles-ci ou celles-là d'un élément complémentaire vital. En d'autres mots au moyen de la technologie, l'exploration scientifique de l'esprit tend à la société un miroir d'elle-même ignoré, bien au-delà du cercle de philosophe ou du psychologue.
La psychologie cognitive est encore jeune, puisqu'elle n’est dotée de techniques et de méthodes sûres qu'à partir de la seconde moitié du . Cependant, elle va hériter toutes les philosophies et les sciences qui se sont intéressées à l'étude de l'esprit. Avec l'apparition des technologies de l'informatique, l'homme commence à être confronté dans ses pratiques quotidiennes à des questions telles que : le cerveau peut-il être considéré comme un ordinateur ? L'esprit est-il une manipulation de symboles ? Ces questions ont une incidence sur la vie des gens, elles ne sont pas que théoriques.
La psychologie cognitive avec ses technologies représentent la plus importante révolution conceptuelle de la deuxième moitié du , ayant un impact à long terme à tous les niveaux de la société. Il est naturellement impératif de bien connaître les thèses importantes et les résultats produits par le grand courant de sciences cognitives des auteurs américains, mais nous ne pouvons admettre, avec VarelaF.J. Varela : Connaître. Les sciences cognitives, tendances et perspectives, Éditions du Seuil, Paris 1989., que cela représente la seule approche valable. Cela est particulièrement sensible en Europe où, au début du XXe siècle, ont été apportées d'importantes contributions à la structure conceptuelle de ce que l'on appelle aujourd'hui psychologie cognitive, et qui le plus souvent ignorées. Nous pensons en particulier aux perspectives ouvertes par Jean Piaget en psychologie de l'intelligence et en épistémologie génétique. Ces disciplines explorent des questions cognitives fondamentales. Malheureusement elles ont été presque complètement absentes de l'orthodoxie cognitiviste et les idées qu'elles ont apportées sont même parfois réintroduites comme des nouveautés. La redécouverte de la notion d'intentionnalité en psychologie cognitive est un parfait exemple : clairement formulée par plusieurs penseurs européens de la phénoménologie depuis le début du XXe siècleVoir Denis Fisette : La phénoménologie face aux sciences cognitives, Dossier sur la phénoménologie, magazine littéraire N°403, novembre 2001., elle fut ignorée du grand courant cognitiviste jusqu'en 1980.
Ainsi, comme le dit Varela, pour participer de plain-pied au développement de la nouvelle science de l'esprit, il est essentiel de demeurer ouvert à la diversité des idées et de garder ses distances avec les courants dominants actuellement des sciences cognitives.
Développement d'une nouvelle « science de l'esprit » On peut dire que la phase décisive de la naissance de la psychologie cognitive contemporaine date de 1956. Cette année-là, lors de deux conférences tenues l'une à Cambridge et l'autre à Darmouth, de nouveaux auteurs se firent entendue, comme Herbert Simon, Noam Chomsky., Marvin Minsky et John McCarthy, qui avancèrent des idées dont la psychologie cognitive et les « sciences cognitives » en général allaient faire les grands axes de leur développementVoir : H . Gardner : The Mind's New Science : A History of the cognitive Revolution, New York, Basic books, 1985..