Le royaume d'Arles (ou royaume des Deux-Bourgognes ou second royaume de Bourgogne) a existé de 933 à 1366 et fut incorporé au Saint-Empire romain germanique à partir de 1032.
Limites géographiques Le royaume d'Arles incluait :
Le comté de Bourgogne La moitié ouest de la Suisse actuelle jusqu'à l'Aar La Vallée d'Aoste Le Lyonnais, La Bresse et la Dombes Le Bugey et le pays de Gex La Savoie Le Vivarais Le Dauphiné français Le Dauphiné « italien » : Le val de Suse Le val Cluson Le val Varaita Châteaudauphin La haute vallée de la Varache La Provence avec le comté de Nice Le nord-est du Gard avec Uzès et Alès
Historique Le traité de Verdun de 843 donne naissance, à l’ouest de la Saône, à une Bourgogne française (ou Bourgogne franque, préfigurant la future Bourgogne ducale), et à l’Est de cette même rivière, à une Bourgogne impériale, lot de l’empereur qui constitue en 982 l'essentiel de la Bourgogne comtale). Les héritiers mâles de (, , Charles de Provence) décèdent sans héritiers mâles. Les descendants de Lothaire Ier par les femmes d'une part, et ses frères Louis et Charles d'autre part, se disputent l'héritage.
Au , la Bourgogne impériale voit naître, en son sein, deux royaumes : le premier, au sud, touchant les rives de la Méditerranée, prend le nom de royaume de Provence appelé aussi Basse-Bourgogne ou Bourgogne cisjurane (la Cisjurane correspond au duché de Lyon-Vienne prolongé par le Dauphiné, la Maurienne, la Savoie propre et la Bourgogne provençale autour de Valence et Die) (royaume créé en 855 à la mort de l'empereur Lothaire pour le plus jeune de ses fils, Charles de Provence (mort en 863), Lothaire étant lui-même l'aîné des petits-fils de Charlemagne. Après Charles de Provence, Charles II le Chauve s'empare de ses territoires (863-877). Mais sa disparition affaiblit la monarchie franque et favorise la naissance des principautés féodales. C'est un neveu par alliance de Lothaire Ier Boson, proclamé roi par une assemblée de grands laïcs et ecclésiastiques en 879, puis le fils de ce dernier, Louis l'Aveugle, en 890) qui font renaître le royaume
le second, appelé royaume de Bourgogne transjurane, ou Haute-Bourgogne, situé à l'origine en Helvétie (on l'appelle aussi simplement Bourgogne jurane) à l'est des monts du Jura ; royaume fondé en 888 à la mort de l'empereur Charles III le Gros), intègre rapidement d'autres domaines, dont les terres Outre-Saône du comté de Bourgogne, le nord-est de la Savoie et la vallée d'Aoste, .
En 933 (entre 928 — mort de l'empereur Louis III l'Aveugle — et 947 — mort d'Hugues d'Arles), sous le règne du roi de Bourgogne transjurane (petit-fils maternel du roi Boson et neveu de Louis III l'Aveugle), le royaume de Bourgogne et le royaume de Provence s'unissent. Le royaume ainsi formé prend le nom de royaume des Deux-Bourgognes et se place sous la suzeraineté des souverains germaniques.
La succession de Louis III l'Aveugle (930-942) et l'annexion au royaume de Bourgogne transjurane (942-1032) thumb|upright|Le souverain franc Raoul de France appartenait à la famille royale de Vienne.|gauche
En 928, à la mort de Louis III l'Aveugle (fils de Boson et petit-fils maternel de l'empereur d'Italie), la souveraineté sur le royaume de Provence fut très disputée. Les négociations entamées dans le courant de l'année entre Raoul de France (fils du duc de Bourgogne Richard le Justicier, il était aussi le neveu paternel du roi Boson de Provence et donc le cousin germain de feu Louis l'Aveugle) et Hugues d'Arles, qui tentait alors d'évincer Charles-Constantin (fils de Louis l'Aveugle), restèrent sans effet.
Vers 933, le roi de Bourgogne transjurane (régnant alors sur l'Helvétie et l'Alsace méridionale : Bâle et l'Ajoie ; avec des prétentions sur la Souabe et le Brisgau, dont il obtint concrètement l'Aargau ; roi d'Italie entre 922 et 926), en compétition avec Hugues d'Arles pour la couronne d'Italie, aurait obtenu de ce dernier la cession de l'ancien royaume de Provence en échange de l'abandon de ses ambitions italiennes. L'historien Poupardin cite Liutprand de CrémoneLiutprand de Crémone, Antapodosis, l. III, c. 48. : « Quand le roi Hugues l’apprit, il lui envoya des députés, et donna à Rodolphe toute la terre qu’il avait tenue en Gaule avant de monter sur le trône, en même temps qu’il recevait de lui le serment qu’il ne rentrerait jamais en Italie ». Cet accord, dont l'existence (ou du moins sa date) est discutéeCarlrichard Bruhl, Naissance de deux peuples : Français et Allemands, , Fayard, 1995, 387 p., aurait écarté définitivement Charles-Constantin de Vienne de la succession de son père Louis l'Aveugle, et l'aurait conduit à faire appel au roi des Francs Raoul.
Malgré l'intervention de Raoul de France, qui apparaît à Anse dès juin 932Cart. de Cluny, . Lire en ligne.Jean Dufour, Recueil des actes de et de Raoul, rois de France (922 – 936), Paris 1978, et 18., Charles-Constantin ne parvint à conserver que le gouvernement de Vienne et du Viennois. Celle d' de Germanie contre Hugues d'Arles, qui tenta un dernier retour à la mort de en 937 en épousant sa veuve Berthe de Souabe, permit finalement au jeune , fils de Berthe et Rodolphe, d'accéder au trône.
La paix revenue après 940, un accord tripartite entre Français, Ottoniens et Bosonides conforta la position du nouveau roi de Bourgogne par une série de mariages royaux : Conrad le Pacifique épousa en 964 Mathilde, la sœur du roi de France Lothaire (fils du successeur du roi Raoul, ), et Otton maria en 951 Adélaïde, la sœur de Conrad. Parallèlement, le puissant marquis-comte de Provence Hugues le Noir, aussi duc de Bourgogne et frère cadet du roi Raoul, apparaît alors comme le gardien de l'héritage bivinide aux marges du royaume de France et du royaume de Conrad.
Par l'accord de Visé-sur-Meuse en 942, rétrocéda l'ancien duché de Lyon-Vienne et donc le nord de l'ancien royaume de Provence (la Cisjurane) à Conrad le Pacifique de Bourgogne Étienne Fournial, « Les origines du comté et les premiers comtes de Forez », « La souveraineté du Lyonnais au », dans Le Moyen Âge, t. 62, (1956). . Lire en ligne..
Par la suite le titre comtal de Charles-Constantin de Vienne, pour lequel il dut rendre hommage au jeune souverain de Bourgogne, réapparaît ponctuellement, au gré des stratégies matrimoniales de l'aristocratie régionale, donnant vraisemblablement naissance aux maisons comtales qui émergent un peu avant l'an mil (comtes d'Albon/de Viennois et comtes de Savoie. ; le comté de Vienne proprement dit est annexé par les archevêques, puis ressuscité de manière honorifique en faveur des comtes anscarides de Mâcon puis de leurs descendants par les femmes de la maison de Vienne, de la fin du / moitié du à 1263) ; autour de l'an mil, l'affaiblissement du royaume d'Arles s'accompagne aussi de l'émergence des comtes de Lyon et de Forez, des comtes anscarides de Bourgogne, des comtes de Genève, de Provence, de Montbéliard et de Ferrette, etc.).
Mainmise du Saint Empire Sous le règne de Rodolphe III, la tutelle germanique se fait plus pesante et finit par étouffer son autorité.. À la mort de l'empereur , la mère de ce dernier, Adélaïde de Bourgogne, s'impose.. Elle est également la tante de . La Bourgogne devient alors un territoire sur lequel le pouvoir impérial va tenter de s'imposer et exercer une forme de tutelle.. L'Empereur se pose en protecteur de l'Église en terre bourguignonne. En 997, il oblige ainsi le roi à rendre des terres à l'évêque de Lausanne.
Face à l'intervention impériale, le roi Rodolphe veut réagir et tente de réduire cette influence en s'appuyant notamment sur les évêques. .. Il se lance ainsi dans un (Coutaz, 2008) en faveur du pouvoir ecclésiastique (Tarentaise en 996., Sion en 999, Lausanne en 1011, Vienne en 1023). L'historien blege Henri Pirenne (1900) a souligné que .. Le médiéviste René Poupardin insiste cependant sur le fait que ces donations offrent plus de droits aux récipiendaires qu'elles n'impliquent de devoirs envers leur suzerain.
Après l’an mil, le roi Rodolphe ne maintient plus la tradition de réunir en conciles les évêques de ses États. Les prélats bourguignons se tournent donc vers un autre pôle de souveraineté, l'empereur. Dès 1007, les archevêques de Lyon et de Tarentaise, les évêques de Genève et de Lausanne participent au concile de Francfort.. Profitant de l'affaiblissement de la royauté, les prélats acquièrent une nouvelle indépendance.
Par la suite, pour se concilier l'appui du clergé contre les nobles, le roi fait plusieurs donations importantes aux évêques de Bâle, de Sion et de Lausanne. À ce dernier, il cède en 1011 le « comté de Vaud », c'est-à-dire la charge de comte et les droits régaliens (droits publics exercés à l'origine par le roi) sur les routes, les péages, les forêts, la monnaie, les marchés, les mesures, les eaux, les criminels, dans l'étendue du comté. Le , à la demande de ses familiers, donne, ou plutôt rend à l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune les fiefs de Sciex, de Lully, de Commugny, la moitié de Pully, Oron, la pauté (?) de Vuadens, Bouloz, le plaid de Vevey, Lutry, Vouvry, Ollon, Villy, Naters, quelques droits à Saint-Maurice et l'ensemble des alpages du Chablais.
vignette|Le royaume d'Arles entre le royaume de France le Saint-Empire romain germanique en 1030.|gauche En 1032, à la mort sans postérité du fils de Conrad le Pacifique, , , duc de Franconie et empereur romain germanique, neveu par alliance de Rodolphe, hérite du trône de Bourgogne qui est alors annexé au Saint-Empire, suscitant la révolte de l'aristocratie de la région, au profit de , plus proche héritier. Après une guerre de deux ans, le parti Blésiste est vaincu et le royaume rentre dans l'orbite Impériale définitivement.
Le royaume d'Arles au sein du Saint-Empire La royauté d'Arles effectivement assurée par les empereurs (1032-1250) L'empereur prend possession du royaume de Bourgogne et d'Arles et le royaume devient un membre du Saint-Empire romain. Dès lors, les Empereurs se regardent constamment comme roi d'Arles, en vertu de la donation de Rodolphe. Mais leur domination est plus nominale que réelle. Ils y firent de temps à autre des actes de souveraineté.
Les empereurs et se fit couronner roi d'Arles en 1038., son fils, sont successivement couronnés rois de Bourgogne et d’Arles en 1033 à Payerne et en 1038 à Soleure.
→ Au , Lothaire de Supplinbourg (1075-1137), successeur de la maison de Franconie, prend le titre de roi d'Arles et nomme Conrad, duc de Zähringen, gouverneur/vicaire du royaume d'Arles. vignette|Partage de la Provence en 1125 Le successeur de Lothaire, , confirme à son fils (le fondateur de Fribourg) le titre de recteur de Bourgogne et lui donne un caractère héréditaire, charge à lui de faire respecter son droit. La maison de Zähringen restera rectrice d'Arles jusqu'à la disparition sans descendance de (le fondateur de Berne), en 1218. En 1125, le marquisat de Provence se détache du comté de Provence pour passer au comté de Toulouse. Au , les comtes de Provence et de Toulouse, même s'ils sont censés tenir respectivement le comté et le marquisat de Provence de l'Empire, consentent à grand-peine à rendre hommage à l'Empereur. Par des empiétements successifs, le royaume est réduit à sa plus simple expression : quelques châteaux en Provence et dans le Comtat.