vignette|Chars israéliens dans les rues de Jénine (Cisjordanie) en avril 2002, au cours de la seconde Intifada. Une guerre asymétrique est une guerre qui oppose la force armée d'un État à des combattants irréguliers, inférieurs matériellement. Les guerres asymétriques englobent notamment les guerres d'indépendance, le terrorisme ou la guérilla et se distinguent des guerres entre États.vignette|Soldats estoniens de la coalition internationale en Irak en train d'effectuer une patrouille dans les rues de Bagdad en .Le conflit asymétrique avait eu lieu lors de la guerre d'Indochine (1947-1954), la guerre d'Algérie (1954-1962) puis a médiatiquement émergé avec l'occupation de l'Irak, qui a confronté les Occidentaux à une opposition difficile à débusquer puisque mêlée à la population la plupart du temps.

Le concept de guerre asymétrique fut analysé et détaillé par Sun Tzu au , dans L'Art de la guerre.

Le concept fut ensuite répandu par Wesley Clark, général américain lors de l'intervention de l'OTAN au Kosovo, dans un article traitant de la seconde Intifada, écrit pour Time Magazine.

vignette|Chars israéliens à Rafah en 2023 pendant la guerre à Gaza. D'une façon générale, une guerre asymétrique est une guerre du faible au fort, avec une cible collatérale faible et sans défense, comme le fils pour le père ou la population et l'administration civile pour une autorité contestée avec ses forces policières et militaires ; ce qui la différencie d'une guerre dissymétrique, du fort au faible, avec des cibles militaires dans des opérations militaires.

La guerre asymétrique est mieux représentée par le couple terrorisme et propagande.

Ce sont soit les institutions gouvernementales et leurs représentants qui sont visés (comme la Résistance en France durant l'occupation allemande), soit dans certains cas, la population civile visant le pays en position de supériorité militaire (comme les Palestiniens en Israël).

Les guerres asymétriques ne sont pas forcément délimitées à la surface d’un État, mais peuvent englober le monde entier, partout où le pays visé est représenté.

Le phénomène des conflits asymétriques serait moins lié à la distinction des guerres entre États et autres puissances que par le recours au relais médiatique de l'un des acteurs du conflit.

Historique Les guerres asymétriques opposent un État fort à un ennemi faible disposant de très peu de moyens. Les principales formes de guerres asymétriques sont le terrorisme et la guérilla.

Terrorisme

Au premier siècle sont apparus des mouvements terroristes destinés à lutter contre l’occupant romain. Les sicaires, en Judée, ont pour pratique de trancher la gorge de l’ennemi. Ils ne s’appliquent pas à fuir et méprisent les conséquences de leur geste : capture, torture, exécution. Leur acte s’effectue selon des référents religieux. Le mouvement des zélotes, dont le centre était à Massada au bord de la Mer Morte, a lieu à la même époque et leur est comparable, voire commun. À la fin du , les Assassins sont un mouvement chiite ismaélien opposé à Bagdad. Ce mouvement n’a pu être éradiqué que par les cavaliers mongols au . Les Assassins ne craignaient pas la mort et prenaient tous les risques pour exécuter ceux que leur chef a condamnés.

Le terrorisme moderne peut être divisé en cinq grandes phases. La première phase est le terrorisme anarchiste à partir des années 1880. Il est dirigé essentiellement contre les empires et les monarchies. Il a pour objectif principal de renverser les gouvernements. Il est généralement de courte durée. La seconde phase est un terrorisme anticolonial qui apparaît avec la fin de la Première Guerre mondiale. Il est violent et capable de se maintenir dans le temps. C’est le cas du terrorisme en Irlande du Nord. La troisième correspond au terrorisme dit « moderne ». C’est un terrorisme idéologique souvent internationaliste né après la Seconde Guerre mondiale. Il vise des intérêts jugés bourgeois (gouvernements, entreprises). Le terrorisme contemporain apparaît à la fin des années 1960 caractérisé surtout par l’internationalisation de ses activités. À partir du milieu des années 1990, il profite des grandes mutations du système international comme la mondialisation, la circulation des biens et des individus et les technologies de l’information.

Guérilla

Les premières guérillas sont attribuables à la Révolution française lorsque les paysans vendéens se sont soulevés. Pour étouffer la rébellion, le général Hoche a dû adapter ses unités à ce nouveau type de guerre. Les guérillas se sont surtout développées lors des guerres napoléoniennes en Espagne et en Russie. Elles ont duré tout le long du en Amérique du Sud dans les luttes pour l’indépendance. Pendant la Première Guerre mondiale, les populations arabes y ont recouru dans leur soulèvement contre l’Empire ottoman. En 1914-1918, le général allemand P. von Lettow-Vorbeck a engagé une guérilla contre les Britanniques en Afrique de l’Est et les a contraints à mobiliser 137 généraux et pendant toute la durée de la guerre. Il ne disposait que de 200 soldats allemands et et s’est rendu le . Il possédait alors 40 mitrailleuses et presque tous britanniques. En Chine, Mao Zedong a largement utilisé la guérilla. En 1945, les partisans yougoslaves parvinrent à chasser les Allemands. En 1959 à Cuba, avec quelques hommes et après une lutte de plusieurs années, Fidel Castro a renversé la dictature. Les guérillas se maintiennent encore à travers le monde, notamment avec L'Armée de libération nationale (ELN) en Colombie, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) au Mexique, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou la Nouvelle Armée populaire (NPA) aux Philippines.

Contexte Fin du bipolarisme La gestion bipolaire des États-Unis et de l’Union soviétique offrait aux pays du tiers monde la possibilité de choisir leur camp. Chacun des deux Grands maintenait l’ordre dans sa zone. La fin du bipolarisme s’est traduite par le désengagement des grandes puissances envers le tiers-monde. Les conflits ethniques ou politiques autrefois maîtrisés se sont exprimés. Les institutions internationales ont imposé des solutions qui ne tenaient pas compte de la culture, de la religion et de l’évolution sociale des populations. Les aspirations déçues des peuples se sont exprimées de façon violente, désordonnée, spontanée et difficile à maîtriser.

Mondialisation Les surfaces de contact entre le Nord et le Sud se sont multipliées. C’est le long de ces bordures que se sont affrontés modernité et tradition, valeurs économiques et valeurs morales. Les notions d’identité culturelle, religieuse, morale se sont substituées à la politique et à l’idéologie. Les réflexes identitaires se sont développés en opposition à la domination des normes occidentales. En Occident, ces réflexes se manifestent à travers le nationalisme. En Afrique et au Moyen-Orient, l’Islam est devenu progressivement un élément central de l’identité et un point de référence culturel, social et sociétal. La mondialisation n’a pas profité à tout le monde. Les inégalités se sont aggravées entre le Nord et le Sud. Les déçus du nouvel ordre mondial n’ont eu d’autre solution que de combattre avec les outils simples des luttes asymétriques.

Objectifs Déstabiliser La guerre asymétrique est une forme de guerre qui se fonde sur des principes nouveaux. Il ne s’agit pas de conquérir des territoires. La motivation est d’origine politique, ethnique ou sociale. Ce qui est recherché, c’est l’effondrement d’un système, souvent colonialiste ou capitaliste. La guérilla ou le terrorisme cherchent à déstabiliser les gouvernements en faisant appel à l’opinion publique. Au Vietnam, les Américains l’emportaient sur le terrain mais les opinions publiques en Europe et sur les campus universitaires américains ont contraint les gouvernements à mettre fin à la guerre. Le terrorisme cible les opinions publiques pour déclencher des modifications politiques. La destruction n’est pas recherchée en tant que telle. Le succès du terrorisme n’est pas associé à un nombre de morts mais à la réaction provoquée par la destruction.

Communiquer Dans une guerre asymétrique, l’information et la communication occupent une place primordiale. Pour les guérilleros ou les terroristes, la conquête d’une opinion publique qui leur soit favorable est fondamentale. Elle leur procure un soutien politique, moral, voire logistique, généralement indispensable. Grâce à sa bienveillance, les terroristes et les guérilleros peuvent se fondre dans la population. La guérilla peut venir s’approvisionner. Internet est devenu un puissant canal de communication. L'armée zapatiste de libération nationale l’a utilisé pour faire connaître sa cause et obtenir des soutiens tant au Mexique que dans le monde entier. Le gouvernement mexicain a dû en tenir compte. Les zapatistes ont organisé au Chiapas, en 1996, la Rencontre Internationale pour l’Humanité et contre le Néolibéralisme. Y ont participé venues de 42 pays. La popularité du zapatisme a été considérable et a profité à la reconnaissance des populations indiennes en général. De même, les terroristes ont besoin de légitimité pour valoriser leur cause et durer. Sans ancrage populaire, le terrorisme ne peut se maintenir. Ainsi, la bande à Baader et Action directe ont fini par être éradiquées après quelques années. Par contre, les Brigades rouges ont pu commettre 59 actes de nature terroriste entre 1972 et 1988 grâce à l’appui de la classe ouvrière à leur cause. L’information et la communication servent également à déstabiliser l’adversaire. C’est à travers leurs opinions publiques que les pays visés peuvent être déstabilisés. La peur s’affirme comme le levier du terrorisme et la publicité est sa marque de fabrique. Ainsi, l’effondrement de l’armée irakienne à Mossoul, tombée aux mains de l’État islamique (EI) en , a pu être attribuée à la puissance propagandiste de l’EI. Près de irakiens avaient fui face à 800 djihadistes. Ceux-ci avaient diffusé une vidéo exhibant l’étendue de leur cruauté à l’égard des forces ennemiesLe Monde du 11 septembre 2016. Les scènes de violence et de mise à mort, sur internet, attirent certains jeunes dépourvus de vocation dans l’existence recherchant être acteurs de leur destin et de celui des autres.

Fonctionnement Moyens limités Les guérilleros et les terroristes disposent de peu de moyens. Ceux-ci sont très variables. Plus ils sont simples, plus ils sont indécelables. Les besoins financiers sont faibles. L’utilisation de moyens rudimentaires suffit pour atteindre le but recherché. Les stratégies asymétriques n’ont pas pour objectif de maximiser la violence mais de provoquer une sur-réaction en jouant sur l’image et l’impact émotionnel. Les effets obtenus sont disproportionnés. Le guet-apens dans lequel sont tombées les forces spéciales américaines le à Mogadiscio a déclenché leur retrait de Somalie. Bruce Hoffmann, expert américain du terrorisme, s’interroge sur la modicité des destructions causées par les terroristes. Jacques Baud voit dans cette remarque la perception occidentale attachée à des critères quantitatifs alors que dans les guerres asymétriques le succès tient à la réaction et non aux destructions.

Surprise L’imprévisibilité est un élément substantiel dans les guerres asymétriques. Elle crée un effet de surprise favorable à l’attaquant. L’ignorance par l’adversaire quant au lieu d’affrontement est un atout aux mains des guérilleros. À ce facteur s’ajoute pour les terroristes l’anxiété créée par l’incertitude d’une réitération des actes. L’anxiété est encore accrue lorsque les terroristes alternent les cibles.