Le Bataillon Dombrowski ( en polonais) est une unité de volontaires ayant pris part à la guerre civile espagnole au sein des Brigades internationales. Son nom vient de l'officier polonais Jarosław Dombrowski qui participa entre autres à la Commune de Paris.
Parmi ses combattants, plusieurs milliers de mineurs polonais en France, milieu où des milliers de salariés avaient par ailleurs été renvoyés chez eux dans les cinq années qui ont suivi le krach de 1929, parfois pour fait de grève. Entre 1945 et 1949, environ 62000 Polonais de France sont revenus en Pologne via une "reemigracja" d'abord spontanée puis organisée, parmi lesquels 5000 à 6000 mineurs du Nord-Pas-de-Calais, dont de nombreux résistants communistes qui souhaitaient reconstruire leur pays, ce qui a rendu plus difficile la connaissance de l'histoire des polonais ayant participé à la Guerre d'Espagne puis à la résistance en France. Débuts En , au début de la guerre civile espagnole, Willy Münzenberg, chef de la propagande du Komintern pour l'Europe occidentale, propose à Staline d'aider la République espagnole en armant des civils de toute l'Europe, communistes, mais aussi anarchistes, socialistes ou simples compagnons de route.
Un mouvement de solidarité s'organise en Pologne, via les partis politiques les plus à gauche, en premier lieu les communistes. Un petit millier de Polonais partent en Espagne combattre aux côtés des républicains. L'hostilité de leur gouvernement oblige nombre d'entre eux à sortir du pays clandestinement. Parmi eux, environ 800 personnes réussissent à entrer en Espagne.
Le premier groupe arrive à Barcelone en : ce sont les "mitrailleurs Dombrowski" commandés par Franciszek Palka. Ils sont intégrés au bataillon Commune de Paris pour aller combattre sur le front d'Aragon.
Puis les Brigades internationales se constituent officiellement. Ils deviennent alors le "Bataillon Dombrowski", à Albacete le : 600 hommes placés sous le commandement de , intégrés à la Brigade Internationale puis en décembre à la . Ces volontaires se déploient entre les villes de Tarazona de la Mancha, Mahora, Villanueva de la Jara et Quintanar del Rey et se répartissent entre les bataillons "Louise Michel", "Tchapaiev", "Henri Vuillemin" et une organisation de combattants venus des Balkans.
Le commandement est confié à l'Allemand Wilhelm Zaisser "Gómez" avec son compatriote Albert Schindler comme chef d'état-major et le Polonais Suckanek comme commissaire"SOUVENIRS DE LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE" 14 octobre 2009 . Effectifs Le "Bataillon Dombrowski", en fait plusieurs unités disséminées dans les brigades internationales, regroupant des combattants se coordonnant grâce à l'usage commun de la langue polonaise, est intervenu très rapidement car ses hommes venaient pour l'immense majorité de France. D' à l’été 1938, de 32000 à 40000 combattants non-espagnols ont participé aux brigades internationales, selon les estimations de différents historiens. Parmi eux, près d’un tiers étaient Français soit environ 10000, dont 3000 tués lors des combats. C'est la plus nombreuse de la cinquantaine de nationalités représentées"Prosopographie et histoire du communisme : une identité plurielle" par CONSTANCEMARGAIN le 12 décembre 2013 dans la revue Paprika . La moitié avait de 26 à 34 ans, mais aussi plusieurs centaines de vétérans de la Guerre de 14-18. Un sur deux vient de la région parisienne, le reste surtout du Nord Pas-de-Calais, les trois grandes régions socialistes, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine, ne pesant que 5 %. Une grande partie sont en fait d'origine polonaise et parlent encore la langue d'origine ou sont bilingues, d'où leur incorporation dans les bataillons dit "polonais".
Les "Polonais" ont constitué plus de 14% de tous les brigadistes internationaux pendant la Guerre d'Espagne, leur effectif comptant de à , dont 3000 issus de l’immigration demeurant en France. D'autres estimations parlent de mineurs polonais travaillant en France. L'expérience acquise pendant deux ans de combats en Espagne, fait qu'un nombre important d’anciens de la 13e BI « Dąbrowski » se voient ensuite qui ont permis à la Résistance de s'enhardir, comme lors de la grande grève des mineurs de mai-juin 1941.
Environ 300 étaient des polono-américains, quelques centaines seulement provenaient d'autres pays d'Europe. Seulement 800 venaient de Pologne même.
En analysant les archives du Komintern pour sa thèse, l'historien Rémi Skoutelsky a découvert qu'ils étaient « ouvriers dans leur écrasante majorité ». Parmi ces derniers, nombre de "L'espoir guidait leurs pas", par Rémi Skoutelsky, en 2014 .
Composition Leaders syndicaux Le départ en Espagne est souvent un exemple donné par les militants les plus respectés, polonais ou pas. Juste avant de partir en Espagne, Albert Senez, mineur de Lourches, secrétaire général du syndicat unitaire des mineurs du bassin d’Anzin au début des années 1930, qui regroupait près de 2400 adhérents, et fut du au , élève de l’École léniniste internationale, sous le nom de Jules Lenoir, comme Georges Wallers de la même promotion. A son retour en France en 1939, le premier s’installa définitivement dans les Bouches-du-Rhône, rencontrant comme beaucoup son épouse en EspagneBiographie Le Maitron d'Albert Senez, .
Proportion prépondérante d'immigrés Des documents, rédigés en en français et en espagnol par une «Commission de cadres (étrangers) du Comité central du Parti communiste d’Espagne », répertoriant 3805 noms des volontaires polonais, ne permet pas de dénombrer les Polonais mais de connaitre la part parmi eux de l'immigration polonaise en France: plus de la moitié, soit 1 967 volontaires sont venus de France, 507 seulement de Pologne, et 67 de Palestine. Seulement 570 ont moins de 24 ans, et 1087 entre 25 et 30 ans"Polonais d’origine juive volontaires de la guerre civile en Espagne (1936-1939)" par Gaby Ersler Sichon, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps en 2004 Statistiques.
Un cinquième des volontaires polonais des Brigades internationales étaient juifs, selon l’historien polonais Gabriel Ersler Sichon et le contingent polonais, majoritairement composé de communistes et communisants était à 85% issus des immigrations polonaises, près des trois-quarts de ces immigrés venant de France et de Belgique"La compagnie dite juive Naftali Botwin, une clef de lecture exemplaire des Brigades internationales comme un projet politique plutôt que militaire", article dans la revue Cirq, de Édouard Sill .
Il montre que seulement 38 Polonais se trouvaient en Espagne au moment de la rébellion franquiste, 633 arrivant en 1936, puis 994 en 1937 et 379 en 1939, la date d’arrivée de 1761 brigadistes étant impossible à déterminer. Un autre dossier B liste 474 "Polonais" morts ou disparus en Espagne, mais il a été établi huit mois avant la fin des combats, à Barcelone le .
Parmi les 1300 combattants "Belges", environ 800 sont en fait des étrangers résidant en Belgique, selon les travaux terminés vers 1987 par l'historien belge Rudi Van Doorslaer, et 180 à 200 étaient des juifs. Cet historien n'a cependant pu établir la nationalité que de 169 juifs partis en Espagne : il a découvert que 117, soit 69 % étaient Polonais, 25 (15 %) Hongrois, 10 (6 %) Roumains. Combattants juifs
La plupart des combattants juifs des brigades internationales ont intégré des groupes de langue de leur pays d'origine, mais il a aussi été créé un peu plus tard, en 1938, une unité combattante pour ceux s'exprimant en yiddish. Au sein de la communauté juive française, les milieux qui s'étaient déjà mobilisés pour le Front populaire ont organisé des collectes en faveur de la « Compagnie Naftali Botwin », de langue yiddish, formée au début de 1938 de 120 Juifs, polonais, hongrois ou tchécoslovaques, intégrée au bataillon Dombrowski"Comment sont-ils devenus résistants ? - Une nouvelle histoire de la résistance (1940-1945)" par Robert Gildea, aux Éditions Les Arènes en 2017 . Cette compagnie « Botwin » est en grande partie décimée durant l'offensive en Extremadure de . Emanuel Mink en sera le dernier commandant.
La compagnie a publié un journal en yiddish appelé Botwin.
Combats En novembre, ils participent à la défense de Madrid, dans laquelle le bataillon perd les deux tiers de ses hommes.
En , sous le commandement de , le bataillon constitué de trois compagnies polonaises est rejoint par une compagnie espagnole, et affronte les franquistes à la bataille de Jarama, où il perd un tiers de ses effectifs.
En , est fondée une "Brigade Dombrowski", sous le commandement de Fernando Gerassi, formé par l'ancien bataillon Dombrowski, un bataillon franco-belge et un bataillon hongrois.
Dans le but de couvrir les pertes du front d'Aragon en mai, est aussi intégré un nouveau bataillon polono-espagnol, le José Palafox.
En , le bataillon franco-belge est remplacé par le bataillon Adam Mickiewicz. À cette période, nombre de Polonais ayant été tués, 60 % de la brigade est composée d'Espagnols, et en sus des Polonais était présent un petit nombre de Hongrois.
En , cette unité opère en Extremadure pour essayer d'empêcher l'arrivée de renforts franquistes en Aragon, mais en mars, devant une grande offensive franquiste, il doit regagner l'Aragon. Cependant, il y arrive trop tard, puisqu'en pleine retraite des républicains. Il réussit néanmoins à rallier la Catalogne et se réorganise pour participer à la bataille de l'Ebre.
Ensuite, après la décision du gouvernement Negrín de retirer les forces internationales du conflit, la brigade est démobilisée le .
Retraite de l'hiver 1938-1939 Au total, un millier de Brigadistes internationaux polonais, soit plus du quart du contingent polonais ayant combattu dans la Guerre d'Espagne, furent contraints à fuir à l'hiver 1938-1939 au delà des Pyrénées et internés dans les camps du sud-ouest de la France et en Afrique du Nord. Les Polonais représentaient un sur six des Brigadistes internationaux de ces camps, qui accueillaient aussi des Espagnols.
À partir de l’été 1940, sur fond de pacte germano-soviétique, qui sera romptu en , des négociations débutent, organisées par l'entremise de l'ambassadeur d'URSS en France Alexandre Bogomolov. Elles aboutissent à transférer en Union soviétique en les Polonais de ces camps qui avaient automatiquement acquis la nationalité soviétique, en vertu des nouvelles frontières du , l'URSS ayant mordu sur le territoire polonais.
D’autres furent transférés à Djelfa, en Afrique du Nord, en 1941 et 1942 et seront au centre, après et le débarquement américain dit "opération Torch", d’intenses tractations entre alliés: après six mois d'attente, certains furent incorporés dans les armées alliées et d'autres envoyés en URSS. Certains intègrent l’Armée Rouge et d'autres l’Armée polonaise formée en URSS par Staline, confiée au général Berling en lien avec les ZPP (Union des Patriotes Polonais).
Au total, le tiers de ces Polonais des camps du sud-ouest de la France est revenu en Pologne avec l’Armée Rouge et l'Armée Berling au moment de la prise de pouvoir par les communistes. Lieutenant-colonel dans l'Armée d'Anders, Zygmunt Berling s'était entendu avec les Britanniques pour lancer la Division d'infanterie polonaise, avec Wanda Wasilewska, visant à franchir la Vistule pour tenter, sans succès, de secourir l'Insurrection de Varsovie, avec le feu vert de Moscou en sur fond de refroidissement entre Staline le gouvernement polonais en exil. Władysław Anders, parti d'URSS en 1942 pour rejoindre les Britanniques par l'Iran, y avait vu une "désertion" Wladyslaw Anders, Mémoires, 1939-1946, La Jeune Parque, Paris 1948, p. 198.
Ossature des FTP-Moi de la Résistance Renouvellement à la direction en 1936-1940