Marc Ferro, né le dans le et mort le à Maisons-Laffitte, est un enseignant-chercheur et historien français. Directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales, il est spécialiste de la Russie, de l'URSS et de l'histoire du cinéma.
Biographie Jeunesse marquée par la Seconde Guerre mondiale Marc Roger Ferro, né le , au rue du Rocher dans le , est issu d'une famille émigrée, italo-grecque par son père et juive ashkénaze par sa mère.
Son père, Jacques Ferro, né en 1887 à Corfou (Grèce) et mort en 1930 à Argelès-Gazost (département des Hautes-Pyrénées), est agent de change. En 1924, il épouse, dans le , Oudia Fridmann, née en 1897 à Novohrad-Volynskyï (Empire russe, actuelle ville de Zviahel en Ukraine), couturière, se remarie après le décès de son époux.
En 1941, Marc Ferro habite Paris avec sa mère et son beau-pèreSon père est mort en 1930. Entretien de Marc Ferro, « La guerre de Marc Ferro », L'Histoire, , décembre 2013, .. Il est élève au lycée Carnot. Il est menacé par la politique antisémiteTémoignage de Marc Ferro dans Hiver 42/43 - L'espoir change de camp (Allemagne, 2012, ) WDR, réalisateurs : Mathias Haentjes, Nina Koshofer. du régime de Vichy en raison de son origine juive par sa mère. Son professeur de philosophie au lycée Carnot, Maurice Merleau-Ponty, recommande aux lycéens d'origine juive de se cacher en zone libreL'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "Dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale, Marc Ferro devra d'avoir la vie sauve à son professeur de philosophie au lycée Carnot, Maurice Merleau-Ponty. Un jour, en pleine classe, il a recommandé à ceux qui avaient un père ou une mère israélite de se cacher en zone libre". Un ami de sa mère, André Bordessoule, pourtant rédacteur en chef d'un journal antisémite, lui propose de traverser la ligne de démarcation dans le coffre de sa voiture pour rejoindre Saint-Yrieix, la ville dont il est maire... Parvenu en zone non occupée, Marc Ferro se rend à Grenoble où il poursuit ses étudesL'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : ". Sa mère est détenue à la caserne des Tourelles à Paris, puis déportée, par le convoi , en date du , de Drancy vers AuschwitzVoir, Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld : Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms. FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012., où elle meurt le Arrêté du 23 avril 2013 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès, JORF , 14 juillet 2013, , texte , sur Légifrance : .. Toute sa vie, il refusera de connaître les circonstances de la mort de sa mèreL'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "Marc Ferro n'a jamais voulu connaître les circonstances exactes de cette fin tragique. Aujourd'hui encore, il s'interdit de lire les livres sur le génocide, ou de questionner des survivants. "La douleur me submergerait" avoue-t-il.".
C'est à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Grenoble que Marc Ferro prépare sa licence d'histoire-géographie. Âgé de 19 ans en 1944, il est sous la menace d'une réquisition par le Service du travail obligatoire (STO). Une amie communiste, Annie Kriegel, anime un réseau de résistants à Grenoble. Elle le recrute en raison de sa connaissance de la langue allemande. Il est chargé d'identifier des cibles potentielles pour le réseau parmi les soldats qui stationnent aux portes de la ville. Mais une partie du réseau est arrêtée et Marc Ferro, à partir de début juillet 1944, part rejoindre la Résistance dans le maquis du Vercors. Sa capacité à lire les cartes d'état-major décide de son affectation. Il reçoit pour mission de pointer avec précision sur les cartes les mouvements des forces en présence.. Il est aussi chargé de transmettre les ordres du lieutenant-colonel François Huet, alias Hervieux, commandant la défense du Vercors. Quelques jours à peine après l'arrivée de Marc Ferro, l'armée allemande prend d'assaut le massif du Vercors pour réduire entièrement le bastion de la résistance. Marc Ferro effectue de périlleux ravitaillements. Le réseau reçoit l'ordre de se disperser. Marc Ferro retourne alors à Grenoble. Il participe à la libération de Lyon, alors déserté par les AllemandsL'Histoire n°188, mai 1995, p.20 : "L'historien se souvient de tout : la progression prudente le long des maisons d'une ville désertée par les Allemands.", le , puis reprend ses études et devient ensuite professeur malgré sept échecs successifs à l'agrégation d'histoire...
Après la guerre, il épouse le Yvonne France Blondel (1920-2021) à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime).
Carrière universitaire Il enseigne à Oran au lycée Lamoricière entre 1948 et 1956. Il y déclencha l'hilarité générale lorsqu'il annonça à ses élèves qu'ils allaient étudier ensemble la culture arabe. . . Il découvre l'Algérie française de l'époque et prend conscience du fait colonial. Après les événements violents de la Toussaint en 1954, il participe à la fondation de Fraternité algérienne, un mouvement progressiste dit de la troisième voie, hostile à la fois au système colonial en cours et à la guerre radicale menée par le FLN.
Bien que très attaché à cette terre, il la quitte, car il est nommé professeur à Paris, aux lycées Montaigne, puis Rodin. Après avoir enseigné à l'École polytechnique, il est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) , président de l'Association pour la recherche à l'EHESS et codirecteur des Annales, où il est nommé par Fernand Braudel en 1970. Il est un utilisateur régulier de la bibliothèque de la Fondation Maison des Sciences de l'homme créée par ce dernier. Ancien directeur de l'Institut du monde soviétique et de l'Europe centrale, il est également membre élu de l'Academia Europaea..
Étude de la Révolution russe Concomitamment à son professorat, il travaille à sa thèse. L'historien contemporanéiste Pierre Renouvin lui propose de la consacrer à la Révolution russe de 1917.
Ainsi il se spécialise au début des dans l'histoire soviétique, domaine dans lequel il a tenté de porter un discours non idéologique et de montrer par les archives audiovisuelles et écrites que la révolution prolétarienne est faite non par la classe ouvrière, mais par des femmes, des soldats et des paysans. Ses études dans le domaine de l'histoire sociale tranchent avec les analyses alors dominantes de l'« école » du totalitarisme..
Selon lui, l'insurrection d'Octobre ne se réduit pas au coup d'État bolchevique, car elle est indissociable du mouvement révolutionnaire et populaire en coursLa Révolution de 1917, Aubier, Paris, 1967.. Il analyse également le processus de bureaucratisation-absolutisation du pouvoir à partir du sommet, mais aussi de la baseDes Soviets au communisme bureaucratique : les mécanismes d'une subversion, Gallimard et Julliard, Paris, 1980.. Il n'en consteste pas moins dans deux ouvrages Marc Ferro, Nicolas II, Seuil 1990 ; La vérité sur la tragédie des Romanov Paris, Tallandier 2012 et un article"La deuxième mort de Nicolas II" dansLes tabous de l'Histoire, Editions Nils 2002 le massacre de la famille impériale russe à Ekaterinbourg en . D'après ses analyses et l'examen d'archives inédites, seul le tsar russe Nicolas II a été fusillé, quand sa famille d'ascendance germanique a été épargnée et transférée à Perm pour un échange avec l'Allemagne.
Engagement politique Il s'affirme de gauche non communiste.. En , lors de la campagne présidentielle française, il signe avec un appel à voter pour la candidate socialiste Ségolène Royal, , pour après avoir soutenu en 2002, la candidature de Jean-Pierre Chevènement..
Autres engagements vignette|Marc Ferro dans les années 1970. En , il fait partie des de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson.. Il est plus tard l'un des auteurs de la pétition Liberté pour l'histoire.
Mort Marc Ferro meurt dans la nuit du à Maisons-Laffitte, .....
Apport à la connaissance historique Marc Ferro a lancé la réflexion sur le cinéma et l'histoire.. Il utilise le cinéma comme instrument de connaissance de l'histoire des sociétés, considérant que le cinéma livre un témoignage au même titre que des sources traditionnelles.. Il a présenté à la télévision, d'abord sur la Sept à partir de 1989, puis sur Arte à partir de 1992, une émission historique de visionnage d'archives avec un décalage de 50 ans, nommée Histoire parallèle : son démarrage correspond à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec l'analyse d'actualités cinématographiques des différents camps, puis d'archives moins anciennes pour pouvoir comparer les époques.. En 1993, il est co-scénariste du film Pétain de Jean Marbœuf..
Publications Classement secondaire par date de première publication.
Communisme, Union des républiques socialistes soviétiques et Russie La Révolution de 1917, Paris, Aubier, coll. « Collection historique », Paris, 1967, 2 vol. (1 : La chute du tsarisme et les origines d'Octobre, ; 2 : Octobre : naissance d'une société, ). ; rééd. Albin Michel, Paris, 1997, Les Grands Révolutionnaires, : Les Révolutionnaires communistes à la conquête du pouvoir : l'espoir d'un siècle (Marc Ferro, Jean Rous et Jean-Marcel Bichat), Martinsart, Romorantin, 1978, – Des Soviets au communisme bureaucratique : les mécanismes d'une subversion (avec la collaboration d'Hélène de Chavagnac), Paris, Gallimard et Julliard, coll. « Archives », 1980., . L'Occident devant la révolution soviétique : l'histoire et ses mythes, Bruxelles, Complexe, coll. « La Mémoire du siècle », 1980, . 50 idées qui ébranlèrent le monde : dictionnaire de la glasnost (Iouri Afanassiev et Marc Ferro, dir., Galina Kolosova, réd., traduit du russe par Tamara Kondrateva, Marie-Hélène Mandrillon, Macha Tournié), Paris, Payot, coll. « Documents Payot », 1989, . Culture et Révolution (Sheila Fitzpatrick et Marc Ferro, dir.), Paris, Éditions de l'EHESS, 1989., De la Russie à l'URSS – Histoire de la Russie de 1850 à nos jours (René Girault et Marc Ferro), Paris, Nathan, 1989, Les Origines de la Perestroïka, Paris, Ramsay, coll. « Essais », 1990, . Nicolas II, Paris, Payot, 1990., ( en 2011 avec une nouvelle préface consacrée à l'affaire Romanov). L'État de toutes les Russies, Paris, La Découverte, 1993. L'Internationale : d'Eugène Pottier et Pierre Degeyter, Paris, Noêsis, coll. « L'Œuvre », 1996, . Naissance et effondrement du régime communiste en Russie, Paris, Librairie générale française, coll. « Le Livre de Poche. Références », 1997., (réunit des cours donnés au Collège universitaire français de Moscou). Nazisme et Communisme. Deux régimes dans le siècle (Marc Ferro, éd.), Paris, Hachette, Pluriel, 1999, Russie, peuples et civilisations (Marie-Hélène Mandrillon et Marc Ferro, dir.), Paris, La Découverte, coll. « La Découverte-poche. L'État du monde », 2005, . . La Vérité sur la tragédie des Romanov, Paris, Tallandier, 2012. Les Russes, l'esprit d'un peuple, Paris, Tallandier, 2017..
Monde arabe et colonisation Suez, Bruxelles, Complexe, coll. « La Mémoire du siècle », 1982, . Histoire des colonisations : des conquêtes aux indépendances (), Paris, Le Seuil, coll. « L'Univers historique », 1994., . Le Choc de l'Islam (), Paris, Odile Jacob, coll. « Histoire », 2002., . Le Livre noir du colonialisme : , de l'extermination à la repentance, Paris, Éditions Robert Laffont, 2003., . La Colonisation expliquée à tous, Paris, Le Seuil, 2016, .
Première Guerre mondiale La Grande Guerre : 1914-1918, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1968, 384 Frères de tranchées (avec Malcolm Brown, Rémy Cazals et Olaf Mueller), Paris, Perrin, 2005, 268 – .
Seconde Guerre mondiale Pétain, Paris, Fayard, 1987., 789 ; réédition : 1993, 1994. Adapté au cinéma, par Jean Marbœuf, 1995. Questions sur la Guerre mondiale, Paris, Casterman, coll. « », 1993, 191 ; rééd. André Versaille, 2010 .