Du au , la guerre de Corée oppose la république de Corée (actuelle Corée du Sud), soutenue par les Nations unies (Taïwan compris), à la république populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), soutenue par la république populaire de Chine et l'Union des républiques socialistes soviétiques. Elle résulte de la partition de la Corée à la suite d'un accord entre les Soviétiques, ayant libéré la Mandchourie et le nord de la Corée de l'emprise du Japon, et les Alliés victorieux de la guerre du Pacifique contre le Japon également, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est un des premiers conflits de la guerre froide. Il inclut la participation de la Chine communiste, qui vient de conquérir Hainan de mars à . Celle-ci profite du conflit pour organiser son expansion et sa stabilisation avec l'annexion du Tibet le , la répression de révoltes anticommunistes dans le Guizhou et une campagne contre les archipels tenus par les nationalistes chinois de Chiang Kai-shek, réfugiés à Taïwan après 1952.

La péninsule coréenne était occupée par l'empire du Japon depuis 1910. Après la reddition du Japon en , les États-Unis et l'Union soviétique se partagèrent l'occupation de la péninsule le long du parallèle, avec au sud des forces américaines d'occupation et au nord des forces soviétiques d'occupation.

L'échec de la tenue d'élections libres dans la péninsule en 1948 aggrava la division entre les deux côtés ; le Nord met en place un gouvernement communiste, tandis que le Sud met en place un gouvernement pro-américain. Le parallèle devint une frontière politique entre les deux États coréens. Bien que les négociations pour la réunification eussent continué dans les mois précédant la guerre, les tensions s'intensifièrent. Des escarmouches et des raids interfrontaliers persistèrent. La situation se transforma en guerre ouverte lorsque des forces du Nord envahirent le Sud le . En 1950, l'Union soviétique boycottait le Conseil de sécurité des Nations unies en raison de la non-reconnaissance de la république populaire de Chine par celui-ci, la république de Chine (Taïwan) ayant alors son siège au conseil. En l'absence d'un veto de l'Union soviétique, les États-Unis et d'autres pays votèrent une résolution autorisant une intervention militaire en Corée. Les États-Unis fournirent 88 % des internationaux qui représentèrent les forces du Sud, complétées par l'assistance de vingt autres pays. Si elle n'amena pas directement de troupes sur le terrain à l'exception de pilotes d'avion, l'Union soviétique fournit une aide matérielle considérable aux armées chinoise et nord-coréenne.

Le conflit se déroula en quatre phases principales : mal préparées, face aux soldats nord-coréens bien équipés par les Soviétiques, les forces du Sud accusèrent de lourdes pertes durant les deux premiers mois et, à la mi-, elles se retrouvèrent acculées dans le Sud-Est de la péninsule, repliées sur le périmètre de Pusan ; une rapide contre-offensive des forces de l'ONU, dirigées par le général MacArthur, avec un débarquement le à Incheon, non loin de Séoul, repoussa en les Nord-Coréens bien au-delà du parallèle, presque jusqu'au fleuve Yalou, à la frontière chinoise ; la république populaire de Chine entra en guerre aux côtés de la Corée du Nord. de « volontaires chinois », commandés par Peng Dehuai, forcèrent les Sud-Coréens et les troupes de l'ONU à se replier derrière le parallèle à la veille de Noël en 1950. En , les communistes reprirent Séoul, reconquise par l'ONU en ; au printemps 1951, ce sont les troupes onusiennes qui gagnèrent peu à peu du terrain au Nord, et le front s'établit de nouveau aux alentours du parallèle, revenant « peu ou prou » aux positions d'avant le début du conflit.

Les négociations reprirent alors et la guerre ouverte s'acheva le , lorsqu'un cessez-le-feu fut signé. L'accord restaurait la frontière entre les deux Corées près du parallèle et créait la zone coréenne démilitarisée, une zone tampon fortifiée entre les deux nations coréennes. Les deux pays étant encore officiellement en guerre, des incidents continuent de se produire dans les années 2020.

Du point de vue militaire, la guerre de Corée a combiné les stratégies et les tactiques des deux guerres mondiales : elle commença par une rapide campagne offensive d'infanterie suivie de bombardements aériens, mais devint une guerre statique à partir de .

On estime que le conflit a fait plus de parmi les militaires coréens, nordistes et sudistes et parmi les militaires des forces de l'ONU. Le nombre de victimes civiles est estimé à et le nombre de réfugiés à . La péninsule a été dévastée par les combats et les bombardements ; Séoul fut ainsi détruite à plus de 70 %.

Partition de la péninsule

Sous l'ère Meiji, de 1868 à 1912, le Japon entame une expansion militaire en Asie, en s'emparant des îles Ryūkyū en 1879, de Taïwan et ses îles environnantes, les Pescadores, la presqu'île du Liaodong après le traité de Shimonoseki mettant fin à la première guerre sino-japonaise en 1895, la péninsule du Liaodong (comprenant Port-Arthur et Dalian), et la moitié méridionale de l'île Sakhaline en 1905, en conclusion de la guerre russo-japonaise puis de l'annexion de la péninsule de la Corée en 1910.

Dès la conférence du Caire en 1943, la libération de la péninsule de la Corée figure parmi les buts de guerre alliés, décision entérinée lors de la conférence de Potsdam en 1945.

À la conférence de Yalta (du au ), Staline avait promis à Roosevelt que l’URSS entrerait en guerre contre le Japon trois mois après la capitulation de l'Allemagne. Lors de la conférence de Potsdam, en juillet-, les Alliés avaient convenus qu’en Corée les forces japonaises stationnées au nord du parallèle se rendraient aux Soviétiques et celles qui occupaient le sud aux Américains. Les Soviétiques intervinrent dans le Nord le , le lendemain même de la déclaration de guerre au Japon. Pour leur part, les Américains débarquèrent le suivant, au surlendemain de la proclamation à Séoul d'une éphémère « République démocratique » par les partis de gauche à majorité communiste qui avaient été actifs dans la résistance à l'occupation japonaiseVoir l'article détaillé Histoire de la Corée du Sud.

Après les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, l'offensive soviétique de la Mandchourie balaye le Japon du territoire libérant ainsi le nord de la péninsule.

Le , le Japon capitule. La division de la Corée en deux zones le long du 38e parallèle, l'une soviétique, l'autre américaine, est adoptée afin d'organiser le désarmement des forces japonaises présentes dans la région.

Cependant, ni les États-Unis, ni les Soviétiques, ni a fortiori les Coréens eux-mêmes ne considéraient comme définitive la partition de facto de la péninsule coréenne qui découlait de la double présence américaine et soviétique : en effet, une commission mixte américano-soviétique se mit en place dès , mais ses travaux n'aboutirent pas en raison de la tension croissante entre les deux superpuissances. En , les Américains portèrent la question coréenne devant les Nations unies. L’Assemblée générale de l'organisation désigna alors une commission chargée d’organiser et de superviser des élections libres en tant que préliminaires à la formation d’un gouvernement national. Toutefois, les Soviétiques, qui considéraient les Nations unies comme une organisation liée aux États-Unis (avant la décolonisation, la plupart de ses membres appartenaient au bloc occidental), refusèrent d’admettre la commission dans leur zone d’occupation.

Les partis de gauche de tout le pays, ainsi que des organisations nationalistes antiaméricaines, se réunirent à Pyongyang en et décidèrent le boycottage de ces élections. Celles-ci ne furent finalement organisées que dans la zone occupée par les États-Unis, sous la surveillance de l'ONU ; elles portèrent au pouvoir le vieux leader nationaliste et anticommuniste Syngman Rhee, qui avait été le chef du gouvernement coréen en exil constitué en 1919. Le , la république de Corée fut proclamée à Séoul qui devint sa capitale. En réaction, des élections non surveillées par l'ONU furent organisées dans la zone d’occupation soviétique ; elles donnèrent la majorité aux partis de gauche dominés par les communistes. En même temps, des élections clandestines se déroulèrent dans le Sud : les délégués ainsi élus vinrent siéger à Pyongyang, où l'Assemblée populaire suprême proclama la république populaire démocratique de Corée. Tout comme la république de Corée, celle-ci prétendait représenter l'ensemble de la péninsule. L'homme fort du nouveau régime nord-coréen était Kim Il-sung, secrétaire général du Parti du travail de Corée et ancien résistant à l'occupation japonaise. Leader d’un petit groupe de partisans coréens à partir de 1930, Kim avait en effet dirigé plusieurs raids contre les avant-postes japonais en Corée à partir de la Mandchourie où, enfant, il s’était réfugié avec ses parents. En 1941, il quitta la Mandchourie, devenue un état fantoche du nom de Mandchoukouo, et reçut un entraînement militaire en Union soviétique. Il retourna en 1945 dans son pays en tant qu’officier de l’Armée rouge.

Syngman Rhee et Kim Il-sung désiraient tous deux réunifier la péninsule, mais chacun selon sa propre idéologie politique. Avec la conscription rétablie en 1947 dans le Nord, qui provoqua une certaine résistance armée dans une partie de la population (voir UNPIK), l'armée nord-coréenne appelée Armée populaire de Corée, équipée en chars et en armes lourdes d'origine soviétique, était davantage en mesure de prendre l'initiative, tandis que l’armée sud-coréenne, en raison d’un soutien américain plus limité après le retrait des troupes d'occupation ( et ), était en état d’infériorité, matérielle (aucun char et pas d'avion de combat), mais surtout numérique.

Origines L'historien français Bernard Droz affirme en 1992 que la responsabilité américaine et sud-coréenne apparaissait peu crédible : cf. Liens externes : Extraits des archives soviétiques (5 mars 1949 - 14 novembre 1962).. D'après des documents d'archives soviétiques, Kim Il-sung décida d'envahir la Corée du Sud au plus tard début , alors qu' Staline considérait toutefois que pour le moment une telle initiative n’était opportune ni militairement, ni politiquement, ni économiquement. Il s'inquiéta notamment de l'impréparation de l’armée nord-coréenne ainsi que d'une possible intervention américaine et interdit en conséquence une entreprise dont le plein succès n’était pas assuré. En effet, par un télégramme daté du , le Politburo chargea l’ambassadeur soviétique à Pyongyang, le général Chtykov, d’informer Kim Il-sung qu’aux yeux des dirigeants soviétiques l’ et que par conséquent une telle attaque n’était pas Cf. Liens externes : Extraits des archives soviétiques (5 mars 1949 - 14 novembre 1962).. Par la suite, les Nord-Coréens renforcèrent leur armée et la transformèrent en un formidable instrument offensif sur le modèle des forces blindées de l'Armée rouge soviétique. Ainsi, en 1950, la Corée du Nord avait désormais un avantage certain dans toutes les catégories d'armement. La république populaire de Chine était d'abord réticente, car une guerre en Corée déstabiliserait toute la région. Mao Zedong estimait par ailleurs qu'un tel conflit encouragerait les Américains à intervenir en Extrême-Orient et interférerait avec la conquête prévue de Taïwan, où s’étaient retranchées les forces du Kuomintang de Tchang Kaï-chek. Néanmoins, la Chine n'accepterait pas la présence de troupes ennemies à ses frontières, ce qui laissait présager une intervention chinoise au cas où elle estimerait son territoire menacéCf. André Fabre, Histoire de la Corée, L'Asiathèque, Paris, 2000..