vignette|upright=1.6|Les subdivisions administratives autonomes tibétaines de la république populaire de Chine, représentées en jaune

Le , des manifestations pacifiques de moines bouddhistes ont lieu à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet, le jour du du soulèvement tibétain de 1959 et quelques mois avant les Jeux olympiques de Pékin. Les manifestants réclament la libération des moines emprisonnés en .

Le , les manifestations dégénèrent en violentes émeutes dirigées contre les habitants non tibétains et leurs biens. Les forces de l’ordre se replient devant l’assaut des émeutiers, dont des moines, et ne reprennent progressivement le contrôle de la ville que le lendemain, procédant alors à de nombreuses arrestations. Selon les autorités, le bilan humain et matériel est lourd : 19 morts victimes des émeutiers et un millier de commerces et bâtiments publics détruits.

Selon le gouvernement tibétain en exil, au moins 80 Tibétains seraient morts, victimes de la répression chinoise le à Lhassa., bilan que le témoignage des Occidentaux alors présents sur place ne permet pas de corroborer.

Des manifestations se produisent aussi dans d’autres zones de population tibétaine, notamment dans la préfecture autonome tibétaine et qiang d'Aba, où des tirs des forces de l’ordre auraient fait des victimes le ..

Alors que certains médias occidentaux présentent des images de manifestations réprimées en Inde et au Népal comme se déroulant à Lhassa, les médias chinois diffusent, pour leur part, des vidéos montrant les agressions et destructions commises par les émeutiers.

La Région autonome du Tibet, qui avait été fermée aux journalistes et aux touristes le , est de nouveau ouverte très partiellement depuis le . Le , selon les autorités chinoises, les journalistes sont invités à revenir. Selon l'association Reporters sans frontières, les autorisations accordées sont rares.. À l'approche du cinquantenaire du soulèvement tibétain de 1959, l'ensemble des zones de peuplement tibétain sont fermées aux étrangers et aux journalistesEn Chine, les autorités renforcent les contrôles sur les zones tibétaines. Fin février, à l'approche de la nouvelle année tibétaine, les autorités chinoises font annuler tout voyage de touristes dans les zones tibétaines pour plusieurs mois China closes Tibet to foreigners.

Après une compilation exhaustive, le Gouvernement tibétain en exil rapporte un nombre total de morts de 209, pendant les manifestations dans les zones à population tibétaine.

Le gouvernement chinois confirme le nombre de victimes tuées par les émeutiers, mais déplore également la mort d'un policier et d'un suspect au cours d'une fusillade lors d'une arrestation dans la ville de Hongke, seul cas de tibétain tué par la police selon les sources officielles.

Un an et demi après les évènements, le dalaï-lama évoque plus de mille morts et Tibétains emprisonnés. Environ Tibétains sont maintenus en prison, sans jugement et sans que l'on sache vraiment où ils sont, a déploré le chef spirituel des bouddhistes tibétainsLe dalaï-lama appelle à faire la lumière sur les violences au Tibet..

Chronologie des événements

Le , 300 à 400 moines du monastère de Drepung défilent dans les rues de Lhassa, afin de demander la libération de moines emprisonnés en 2007, après qu’ils eurent repeint les murs du monastère en blanc pour fêter la remise de la médaille d'or du Congrès des États-Unis au dalaï-lama.Sylvie Kauffmann, Brice Pedroletti et Bruno Philip (avec Frédéric Bobin) La semaine qui ébranla le Tibet, Le Monde, 4 avril 2008. Les moines, bloqués par un barrage des forces de l’ordre, s’assoient pour un sit-in de quelques heures avant de se disperser. Au crépuscule, des moines et des étudiants se rassemblent au centre-ville sur la place du Barkhor, 6 ou 7 d’entre eux sont arrêtés.

Le , afin de protester contre ces arrestations, plus de 500 moines de Drepung, auxquels se sont joints ceux de Séra, manifestent de nouveau. Fin de matinée, des incidents éclatent quand la police chinoise et la police armée du peuple dispersent les manifestants par la force. Des grenades lacrymogènes sont utilisées, et des moines frappés à coups de matraque. D’après le gouvernement tibétain en exil, d’autres manifestations ont éclaté dans trois autres monastères, dont l’un situé dans la province du Qinghai. Le , un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères déclare que des manifestations « illégales et menaçant la stabilité sociale » ont eu lieu à Lhassa.

Le , la tension monte d’un cran avec les rumeurs de tentatives de suicide de deux moines de Drepung. Selon un témoin, au monastère de Séra, des moines qui ont entamé une grève de la faim sont battus par la police.

Le , de violentes émeutes se déroulent à Lhassa, les plus graves depuis le Soulèvement tibétain de 1959.Jours d’émeutes à Lhassa The Economist 19 mars 2008.. Les premières violences commencent le matin près du temple de Ramoche. Elles feraient suite, selon Le Monde, au passage à tabac de deux moines bouddhistes par les forces de l’ordre, rumeur qui se propage dans Lhassa, ou bien, selon les sources officielles chinoises, à des jets de pierre contre les forces de l’ordre aux alentours du temple de Ramoche vers 1h 10 de l'après-midi. Les émeutiers auraient commencé à se rassembler autour des temples vers 2 h Dalai-backed violence scars Lhasa (Xinhua), sur le site chinadaily.com, 2008-03-15 : ..

L’émeute se propage rapidement à travers les ruelles commerçantes. Des foules, qui se sont rassemblées apparemment de façon spontanée, dévastent les magasins n’appartenant pas aux Tibétains et en répandent les marchandises dans la rue, avant d’y mettre le feu. Pour échapper au saccage, les commerçants tibétains nouent, sur leur devanture, des foulards blancs traditionnels les signalant comme tels. Selon le témoignage d’un touriste suisse qui se trouvait dans la rue principale de Lhassa, il y avait là une foule de 400 à 500 personnes, et des pavés sont lancés à travers la rue pour atterrir dans une rue latérale où une cinquantaine de policiers, mal protégés par leurs boucliers en plastique, finissent par battre en retraite.. Selon les témoins occidentaux, des Chinois isolés, passant à pied ou en véhicule, sont agressés, lapidés ou pris en chasse par des manifestants, dont certains armés de sabres tibétains, de bâtons ou de barres de fer.. Quelques émeutiers scandent « Vive le dalaï-lama ! » et « Tibet libre ! ». Selon le gouvernement chinois, 13 personnes seraient mortes, victimes des émeutiers, la plupart brûlées vives dans les incendies. Pendant des heures, les forces de sécurité interviennent peu.

Selon le témoignage de James Miles, correspondant à Lhassa pour The Economist, des Tibétains ont lancé des pierres sur un garçon de dix ans à vélo. Concernant la répression, Miles n'a pas entendu de rafale de mitraillette, et n'a pas eu le sentiment d'une répression massive comme lors de l'écrasement des manifestations de Tiananmen qu'il a également couvert. Les autorités auraient été paralysées par les risques politiques qu’une vive réaction aurait impliqués.

Georg Blume, journaliste allemand présent sur place, rapporte le témoignage très précis d'un Tibétain sur les événements : ce témoin a pu donner libre expression à sa haine envers la Chine mais admet que les policiers n'ont pas tiré le au plus fort des émeutes; il suppose que les victimes sont essentiellement des Chinois brûlés vifs dans leurs magasins. George Blume pensait au départ que la police militaire était responsable des victimes, mais plus il a recueilli de témoignages, plus il a remis en cause cette hypothèse initiale. Il est clair pour lui que l'on ne peut pas parler de répression sanglante comme le massacre de Tiananmen en 1989. ..

Ursula Rechback, une Slovène qui collabore depuis huit ans à un projet sur le développement de la médecine tibétaine traditionnelle, rapporte avoir vu, le , depuis le toit de son hôtel, de jeunes manifestants armés de grands bâtons et de pierres, hurlant, retournant les voitures, y mettant le feu, brisant et pillant les magasins. Elle est d'avis que l'émeute, du fait de son déclenchement en plusieurs points, « devait être préméditée, sinon préparée »..

Un randonneur canadien, John Kenwood, qui fut le témoin du caillassage de la police anti-émeute dans le quartier tibétain le , rapporte avoir vu trois caisses de pierres qui y avaient été apportées« Il déclara également qu'il avait vu trois caisses de pierres mais sans pouvoir dire qui les avait fournies » ("He also said that he saw three boxes of stones but it was not clear who had provided them"). Cité par Jeremy Page dans l'article Tourists speak of shock and fear at Tibet riots (« Des touristes font état de leur émoi et leur effroi devant les émeutes du Tibet »), Times Online, 19 mars 2008.. Il déclare également avoir vu au moins cinq Chinois attaqués par la foule, dont un motocycliste d'une vingtaine d'années, qui avait été roué de coups, frappé à la tête avec une bordure de trottoir et laissé pour mort (http://english.cri.cn/2946/2008/03/22/[email protected]. Tourists Speak of Shock and Fear at Tibet Riots], site CRIENGLISH.com, 22 mars 2008 ; citation : « He said that he saw at least five Chinese people being attacked by the crowd, including a motorcyclist in his 20s who he thought was beaten to death. « They got him in the head with a large piece of sidewalk », he said. « He was down on the ground and he was not moving. » »..

L'agence Chine nouvelle fait état d'émeutiers qui portaient un sac à dos rempli de pierres et de bouteilles de liquide inflammable 12 policemen gravely injured in Lhasa riot, China View, 15 mars 2008; citation : « Witnesses said vandals came fully prepared and meant great harm. (...) a few were carrying backpacks filled with stones and bottles of inflammable liquids »..

Le témoignage d'un tibétain en exil est rapporté par une dépêche de l’AFP, un reportage de NTD (chaîne de télévision fondée par des chinois émigrés aux États-Unis, hostile au parti communiste chinois)Récits tragiques de maltraitances au Tibet, Site de NTD, et le site Phayul.com (créé et géré par des tibétains en exil).. Selon son témoignage, ce tibétain en exil serait l'un des très rares manifestants tibétains à avoir réussi à s’enfuir du Tibet, après 4 jours de manifestations à Lhassa. Il a témoigné d’actes de violence particulièrement graves des forces de maintien de l’ordre à Lhassa ; ce témoignage n’est cependant corroboré par aucune autre source présente sur place lors des manifestations. Selon lui, des troupes chinoises brandissant des couteaux auraient attaqué les manifestants tibétains le , « Nous manifestations pour marquer le anniversaire (du Soulèvement tibétain de 1959 contre la domination chinoise) lorsque les troupes nous ont attaqués avec de longs couteaux. Nous avons jeté des pierres et les soldats se sont retirés et sont ensuite revenus avec des armes et puis il y a eu de la fumée, des coups de feu et des cris terribles ». Il affirme avoir vu plusieurs Tibétains mourir de balles et de coups de couteau. « Les troupes ont juste jeté (les morts) comme des carcasses dans des fourgons de police ». Ce réfugié serait le Tibétain à avoir pu s’échapper de la région depuis le déclenchement des troubles en Escaped Tibetan rioter tells of Chinese repression .

Le , Radio Free Asia rapporte que les policiers et les membres des forces de sécurité « ont tiré sur les manifestants antichinois alors que ces derniers mettaient le feu à des voitures et envahissaient les rues », le bilan serait d’une centaine de morts.. Des témoins ont indiqué à des agences de presse étrangères que les rues de Lhassa étaient quadrillées par la police, les forces de la Police armée populaire ainsi que par l’armée.