« Haute société protestante », en abrégé HSP, est une expression française, née au , qui désigne un ensemble de familles fortunées de religion protestante, auxquelles on prête une solidarité mutuelle et un pouvoir en partie occulte au sein d'une élite et d'une société française majoritairement catholique. L'expression s'applique donc essentiellement aux membres des familles de la grande bourgeoisie protestante composée de grands industriels, banquiers, négociants et armateurs. dont les fortunes et les réseaux d'influence remontent au Joséphine Bataille, Y a-t-il encore un pouvoir huguenot ?, site lavie.fr, 22/10/2009..
Les familles fréquemment citées dans ce cadre sont notamment les familles André, Bethmann, Courvoisier, Davillier, , Dietrich, Dollfus, Feray, Frerejean, Guerlain, Hermès, Hottinguer, Japy, Kaltenbach, Kléber, Koechlin, Laederich, Mallet, Marchegay, , Mirabaud, Monod, Nègre, Odier, Oberkampf, Peugeot, Poupart de Neuflize, de Pourtalès, Raoul-Duval, Renouard de Bussière, , Sabatier, Say, Schlumberger, Seydoux, Vernes. Manipulé par quelques polémistes antiprotestants, le concept de HSP n'en est pas moins reconnu et utilisé en sociologieVoir par exemple cet article : . (Citation p.117 "toute enquête globale est rendue difficile étant donné le caractère extrêmement diversifié du protestantisme en France (il y a le protestantisme alsacien et le protestantisme cévenol, le protestantisme luthérien et le protestantisme réformé, le protestantisme de la H.S.P (Haute Société Protestante) et le protestantisme populaire, etc.").
Origine de l'expression Selon l'historien et généalogiste Éric Bungener : « autour des régents de la Banque de France sous l’Empire s’est construit le mythe d’une HSP, “haute société protestante”, constituée d’un tout petit nombre de familles, très riches, et qui se mariaient entre elles »En effet, explique Éric Bungener dans l'article cité de La Croix, en 1800, les Mallet participent à la création de la Banque de France, puis de la Société générale et du Crédit foncier. Les Delessert rejoignent l’aventure de la Banque de France et participent à celle de la Caisse d’épargne. Les Schlumberger, qui sont déjà de grands industriels, inventent dès 1920 les prémices des Sicav. Éric Bungener est l'auteur de Filiations protestantes, éditeur : Familiales, 1997, ..
Évolution sociologique À Paris Bon indicateur de la composition de l'élite protestante du début du , l'analyse des origines et des professions du consistoire de l’Église réformée de Paris indique, outre que ses membres sont pour moitié d'origine étrangère, que les deux professions principales y sont celles de banquier et de négociant. En outre, certains protestants font au des carrières politiques importantes, bien caractérisées par les ministres Guizot ou WaddingtonFrançois Boulet, Être parisien et protestant aux , in : Claude Gauvard & Jean-Louis Robert, Être parisien, Éditions de la Sorbonne, 2005, , pp.325-332.. C'est au sein de cette société fortunée que vont se recruter nombre d'adeptes du Réveil, particulièrement ceux qui vont fréquenter la chapelle de la rue Taibout, et qui vont financer nombre d’œuvres protestantes à caractère social ou religieux, pp.48-49..
Il est important de préciser, à ce stade, que la HSP ne représente qu'une minorité des protestants parisiens. Il existe, chez les réformés comme chez les luthériens, d'une part, une petite et moyenne bourgeoisie et, d'autre part, un peuple ouvrier et paysan, à la fois à Paris intra muros et en banlieue.
En 1903, la HSP parisienne conserve une structure socioprofessionnelle très particulière comprenant, dans l’ordre décroissant, des professeurs, des médecins, des pasteurs et des banquiers. Son importance se réduit après la Première Guerre mondiale, et sa discrétion la rend peu visible. Toutefois en 1935, la liste des « deux cents familles » protestantes les plus influentes indique que les professions bancaires et de chefs d'entreprises, essentiellement parisiennes, continuent à dominer le classement des activités. On relève aussi que l'implication de ces familles dans la direction des Églises protestantes reste forte. Vers 1950, la haute société protestante représente environ personnes adultes, concentrées à Paris dans les paroisses de Passy, de l’Étoile et de Pentemont, avec des ramifications familiales en Suisse et dans les pays anglo-saxons.
Aujourd’hui, la concentration des entreprises a fait disparaître bon nombre des entreprises familiales qui faisaient l'originalité du tissu social de la HSP parisienne. Sa structure sociale est à présent parfaitement similaire à celle de la grande bourgeoisie française en général : chefs d’entreprise, ingénieurs, avocats, médecins, cadres supérieurs, hauts fonctionnaires et universitaires. La sécularisation de la société retire aussi une partie de sa pertinence à la notion de HSP, qui apparaît aujourd'hui beaucoup plus diluée qu’à la fin du , ce malgré les décomptes de personnalités du monde économique d'origine protestante produits à l'occasion par certains auteursVoir par exemple J.-P. Richardot, Le peuple protestant français aujourd’hui, éditions Robert Laffont, Paris, 1992,, pp. 327-334 ; ; Jean-Luc Mouton, « Que reste-t-il du pouvoir protestant ? », Historia, n° 615, mars 1998. p. 68-72 ; Guy-Olivier Faure, Le Groupe et son idéologie. Étude d’un segment de la Société protestante en France, thèse de doctorat, 1973 ; Jean-Noël de Bouillane de Lacoste, Deux paroisses protestantes de Paris : Passy et Saint-Denis, thèse de , Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1957..
Dans les villes de province Certaines grandes villes françaises, notamment celles situées dans les terroirs protestants traditionnels, ont aussi eu leur haute bourgeoisie protestante : c'est le cas par exemple de Strasbourg, Mulhouse, Bordeaux, Lyon, Montpellier ou Nîmes.. L'évolution de ces groupes sociaux est de même nature que celle de la HSP parisienne. Par exemple à Lyon, la HSP représenterait au début du au plus une trentaine de familles et elle a pratiquement cessé d'exister à la fin des années soixante, « quand a cessé l’ostracisme envers les protestants de la bourgeoisie catholique lyonnaise ».
Utilisation de l'expression dans la polémique antiprotestante À la fin du , le journaliste royaliste et antisémite Ernest Renauld dénonce « l'oligarchie huguenote », faisant référence à certains hauts postes de la fonction publique occupés par des protestantsL’antiprotestantisme pendant l’Affaire, site Akadem.. Pour Renauld, il y a une surreprésentation du protestantisme en certains lieux de la société. Il soutient de plus que si « un protestant s'en va ; un autre vient à sa place », d'où sa dénonciation d'un « péril protestant », qui est le titre de son ouvrage paru en 1899Le protestantisme dans la littérature contemporaine, par Philippe Vassaux, site theolib.com.. Le terme de « haute société protestante » est repris par les polémistes, car il évoque des sous-entendus conspirationnistes, analogues aux « Deux cents familles » ou au « complot judéo-maçonnique ». Il n'est plus guère utilisé au , l'anti-protestantisme primaire à la Barrès ayant quasiment disparu, malgré la parution de quelques pamphlets encore assez acidesNotamment celui du journaliste Robert Beauvais, "Nous serons tous des Protestants" (1976), où il dénonce la tendance à la généralisation de l'esprit protestant en France dans le monde occidental. Voir sa "radioscopie", entretien avec Jacques Chancel diffusé le 19 octobre 1976 sur France Inter..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Protestantisme en France White Anglo-Saxon Protestant
Liens externes « Les forces de l'esprit », sur lepoint.fr, le .
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