L’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu (en latin Ordo Hospitalarius Sancti Ioannis de Deo) a été fondé à Grenade (Espagne) en 1539, par Jean de Dieu, pour le soin des pauvres et des malades.Il s'est développé notamment à Paris avec la création en 1601 de l'ordre hospitalier des Frères de Saint-Jean-de-Dieu (plus couramment appelés Frères de la charité sous l'Ancien Régime) et continue d'être présent en France et dans 53 pays.
C’est un ordre de frères laïcs, dans lequel certains membres accèdent au sacerdoce pour les besoins pastoraux des œuvres.
Les Frères de la charité desservaient l'hôpital de la Charité de Paris, et celui de Charenton. Cet ordre, supprimé en 1790, a été rétabli depuis, sous le nom de l'ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu.
Fondation
Les historiens s'accordent pour dire qu'il n'était pas dans les intentions de Jean de Dieu de fonder une nouvelle congrégation religieuse. Pourtant, ses intuitions de soignant et le rayonnement de sa vie de foi ont rapidement attiré des compagnons à sa suite.
Ainsi, à sa mort en 1550, Jean a confié la direction de son hôpital à l'un d'entre eux, Antoine Martin.
En 1571, la Famille de Jean de Dieu compte plusieurs hôpitaux en Espagne : à Grenade, bien sûr, mais aussi, à Madrid, Tolède, Cordoue et Lucena.
Érigés officiellement en congrégation religieuse, le , par le pape Pie V, les Frères continuent leur développement. En 1586, en outre l'Espagne, ils sont implantés en Colombie, au Mexique, au Pérou et en Italie.
Saint Jean de Dieu, qui fut le véritable « saint de la charité », entre parmi les modèles de « charité sociale ». Il a été, par définition du grand psychiatre et criminologue athée Cesare Lombroso, créateur de l'hôpital moderne. Jean de Dieu, touché par l’Esprit à l’âge de quarante ans, se consacra tout à tous en donnant vie à un nouvel hôpital dans la ville de Grenade, alors que cette même ville en comptait déjà au moins six.
L'Ordre hospitalier de Saint-Jean de-Dieu en France Arrivée des Frères en France C'est de Florence que les premiers Frères partent aux environs de 1601 pour gagner Paris ou ils s’établissent en 1602Charles Le Maire : Paris ancien et nouveau Tome 3 Page 157 (141). Ils y ont été appelés par la reine Marie de Médicis qui en Toscane avait été touchée par leur témoignage et leur charité.
Ils reçoivent pour mission de la part d'Henri IV et de l'archevêque de Paris, d'y fonder un couvent-hôpital pour soigner les malades pauvres.
Jusqu'à la Révolution
Grâce à l'hôpital de la Charité construit rue des Saints-Pères dans la première moitié du , Paris devient rapidement le centre névralgique de l'ordre des Frères en France. Cet hôpital de la Charité reçoit plus de souffrant de fièvres putrides et malignes, et de maladies chirurgicales. Parmi les médecins qui y exercent leur art, certains connaissent un grand renom : Mareschal, premier chirurgien de Louis XVIII, Desault et surtout Frère Élisée Talachon qui deviendra le chirurgien de Louis XVIII.
Si les religieux y exercent des fonctions d'infirmiers, d'apothicaires, de chirurgiens, la Charité de Paris est aussi un lieu où la vie spirituelle est soutenue : les homélies dominicales et la beauté de la liturgie sont appréciées y compris par des membres de la Cour. Saint Vincent de Paul vient visiter les malades, et « les Filles de la charité », nom qu'il donne à l’ordre des religieuses qu'il fonde pour le soulagement des malades, n'est pas sans rappeler celui des Frères de Saint-Jean-de-Dieu, connus dans la France de l'Ancien Régime sous le nom de . Molière aussi rend souvent visite aux malades pauvres de la Charité. Il fait même partie de la confrérie Notre-Dame de la Charité, sorte de tiers-ordre des Frères de Saint-Jean-de-Dieu. À la Charité, les novices sont formés aussi bien à la vie religieuse qu’à la médecine et à la chirurgie, disciplines pour lesquelles les cours durent trois ans.
Au , les Frères fondent une quarantaine d'établissements hospitaliers : trente-quatre en France métropolitaine (couvrant à peu près l'ensemble du territoire) et neuf dans les possessions coloniales (au Canada et aux Antilles notamment). Les fondations se font au gré des demandes. Elles émanent du roi, de l'armée, des évêques ou des aristocrates locaux. La province religieuse ainsi constituée comporte trois types d'établissements : Des hôpitaux urbains assez importants (60 à 200 lits) comme à Paris et à Grenoble où sont adjointes des écoles de chirurgie. Des hôpitaux destinés aux militaires, comme à Saintes ou à La Rochelle. Et enfin des petits hôpitaux, proches de dispensaires ruraux, d'une dizaine de lits.
Au Québec, un fonds d'archives de l'ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu est conservé au centre d'archives de Montréal de la Bibliothèque et Archives nationales du QuébecFonds Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu (P797) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)..
Dans la France de l'Ancien Régime, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu se distinguent également en annexant à certains de leurs hôpitaux (Cadillac, Pontorson ou Château-Thierry etc.) des pensionnats où ils reçoivent et soignent les . Ils fondent deux établissements particulièrement destinés au soulagement des aliénés : à Senlis et surtout à Charenton. Ainsi, le docteur Regnault, mandaté en 1790 par l'Assemblée nationale pour visiter cet hôpital, écrit : .
Paul de Magallon
Paul de Magallon, né à Aix-en-Provence en 1784, est une des grandes figures spirituelles de l'ordre de saint Jean de Dieu. Après avoir restauré l'Ordre en France, il est nommé assistant général de l'Ordre à Rome, et fréquente alors la cour pontificale. Il meurt à Lyon, le .
Paul de Magallon est touché par la situation dramatique des malades mentaux qu'il visite à la prison Saint-Joseph de Lyon. Avec Xavier Tissot, il se lance alors dans la fondation d'hôpitaux qui leur seront destinés : à Lyon (1824), à Lille-Lomelet (1825) et Dinan (1836)Les Frères Paul de Magallon et Xavier Tissot ouvrent des asiles d’aliénés.
Au cours de l'élaboration de la Loi de 1838 dont le but est d'introduire l'assistance aux aliénés dans l'appareil de l'État, le Père de Magallon intervient à la Chambre des pairs.
Apostolats fondés au par les Frères français
L'œuvre du Père de Magallon et des Frères de Saint-Jean-de-Dieu à l'époque ne se limite pas à l'essor de la médecine mentale (même si elle en constitue l'action principale).
En 1843, ils acquièrent l'Hôtel Plumet, qui devient progressivement une clinique chirurgicale. Le maréchal Joffre y est mort le . Initialement spécialisée en urologie, elle accueille aujourd'hui toutes les spécialités chirurgicales. À nouveau présents à Paris, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu renouent ainsi avec leur histoire.
En 1852, c'est au tour de Marseille : le Père de Magallon acquiert une bastide à Saint-Barthélemy, grâce à l'aide de son ami, saint Eugène de Mazenod, alors évêque de la ville. Cette maison devient un asile pour vieillards pauvres. Au fil des années, c'est aujourd'hui une grande maison de retraite médicalisée.
En 1858, les Frères prennent possession d'un enclos, rue de Vaugirard à Paris. Ils y fondent un hospice pour jeunes garçons infirmes (victimes de poliomyélite, de tuberculose osseuse notamment). Aujourd'hui le Centre Saint-Jean-de-Dieu de la rue Lecourbe<ref>L'œuvre Sainte-Germaine et le centre Saint-Jean de Dieu". Résumé d'un article de Micheline Chauvancy et Paulette Lambert in Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris – n° 6".</ref> accueille des enfants handicapés au sein d'un IEM (souffrant pour certains de myopathie), des enfants polyhandicapés et une Maison d'accueil spécialisée pour adultes. Cette maison de la rue Lecourbe est également à l'origine du Centre Saint-Jean-de-Dieu du Croisic (en Loire-Atlantique) en 1893. Initialement destiné aux enfants scrofuleux, ce centre reçoit aujourd'hui des jeunes adultes handicapés au sein d'un foyer de vie et d'une maison d'accueil spécialisée.
Au fil des décennies, les fondations vont se poursuivre y compris au-delà des frontières de l'hexagone : à Leuze (en Belgique) avec la fondation d'un hôpital psychiatrique, à Scorton (en Angleterre) mais aussi en Irlande et au Canada (1865).
En 1897, à l'initiative du Père Arbogast Ménétré, alors supérieur provincial, les Frères reprennent l'asile de nuit de la rue de Forbin à Marseille, fondé par un laïc, François Massabo, quelques années plus tôt. Renouant là encore avec une intuition profonde de saint Jean de Dieu, les Frères sont toujours présents dans ce vaste accueil aujourd'hui totalement rénové Article du 26 septembre 2015 sur l'inauguration du centre rénové, et reçoivent quotidiennement 230 personnes sans domicile fixe. Forts de cette expérience, les Frères ont également été présents dans une structure analogue à Nice pendant une trentaine d'années et aujourd'hui encore à Digne-les-Bains au Foyer d'accueil Saint-Benoît-Labre.
Apostolat au Lorsque l'expulsion des congrégations est décidée en 1903 par la République, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu furent une des cinq congrégations catholiques masculines autorisées à poursuivre leur activité en FranceVoir l'article : Histoire des congrégations chrétiennes en France..
Dans l'entre-deux-guerres, une nouvelle série de fondations est lancée pour répondre à de nouveaux besoins. C'est d'abord la création d'un centre pour jeunes handicapés à Lavilletertre, dans l'Oise, puis une structure analogue à Nantes. Enfin en 1935, les Frères s'établissent à Sentheim, en Alsace, où ils ouvrent une maison de convalescence. Celle-ci est aujourd'hui gérée par la Fondation du Diaconat de Mulhouse.
Si les bouleversements de la psychiatrie dans les années 1970 ont amené les Frères à se retirer de leurs hôpitaux (à l'exception de Dinan et de Paris), ils ont alors décidé de s'aventurer dans l'océan Indien.
Ils ont ainsi fondé un Centre d'aide par le travail à La Réunion qui aujourd'hui n'appartient pas à l'Ordre, une maison de retraite à l'île Maurice, où les Frères sont toujours présents, et plusieurs projets sociaux en cours à Madagascar, où ils sont arrivés en 2008.
Apostolat et organisation au
En 2012, les Frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu de France ont confié la gestion de leurs établissements à la Fondation Saint-Jean-de-Dieu (sauf les centres de Madagascar et de l'Ile Maurice, directement gérés par les Frères), reconnue d'utilité publique le et qui accueille chaque année plus de handicapées, âgées, malades ou démunies.
Aujourd'hui, le gouvernement général de l'Ordre est assuré par un supérieur général, élu tous les six ans, assisté de quatre conseillers qui se réunissent régulièrement en définitoire général. En 2024, le supérieur général élu est le Frère Pascal Ahodegnon, né en avril 1971 au Savé, au Bénin. La Curie générale se trouve à Rome. Un conseil général élargi se tient tous les ans à Rome.
En France, on compte une province, celle de Saint-Jean-Baptiste, dirigée par le Frère Paul-Marie Taufana, entouré de quatre conseillers. La province comprend huit communautés : deux à Marseille (centre d'hébergement d'urgence et de stabilisation pour les hommes isolés sans-abris à Marseille CHRS Forbin, 35 rue de Forbin, 13002 Marseille et maison de retraite médicalisée à Marseille EHPAD Saint-Barthélemy, 72 avenue Claude Monnet, 13014 Marseille), une au Croisic (centre pour adultes handicapés Centre médico-social du Croisic, avenue Saint-Goustan, 44490 Le Croisic), une à Paris (centre pour jeunes et adultes handicapés physiques à Paris Centre médico-social Lecourbe), deux à Madagascar (foyer de vie et de réinsertion pour malades psychiatriques ouvert en 2015, et dispensaire Centre Saint-Jean-de-Dieu à Madagascar), une à l'Ile Maurice (hospice pour personnes âgées) et une à la Réunion.