La dent de Crolles est un sommet du département français de l'Isère s'élevant à d'altitude dans le massif de la Chartreuse, dans les Alpes. Elle domine à l'est la ville de Crolles et la vallée du Grésivaudan, à moins d'une heure de Grenoble. Elle est constituée de calcaire et parcourue par un important réseau karstique, qui attire la curiosité de Henri Ferrand dès le tournant du ; son exploration en fait la cavité naturelle la plus profonde connue au monde de 1944 à 1953. Il est recherché des spéléologues, avec de nombreuses traversées souterraines possibles. La source du Guiers Mort, sur le versant septentrional de la montagne, est l'exsurgence de ce réseau. L'ascension de la montagne, généralement effectuée depuis le col du Coq, ne présente pas de difficulté en randonnée pédestre. Depuis les années 1920, le nombre de voies d'escalade s'est considérablement accru.
La montagne fait partie du parc naturel régional de Chartreuse, d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique et son plateau sommital se situe en limite méridionale de la réserve naturelle nationale des Hauts de Chartreuse classée Natura 2000. Le chamois, dans les parties abruptes au-dessus de la limite des arbres, et le lynx sont notamment présents.
Toponymie Le nom Crolles est issu du bas latin crotalare qui a donné crollar en vieux provençal et signifie « crouler » Balade Le Tournourd - Bec Margain (Ptes Roches) - 7 avril 2009., ou d'une variante latine corotulare qui a donné « croller »Éboulement en face est de la dent de Crolles en 2010.Clair Tisseur, Dictionnaire étymologique du patois lyonnais, Slatkine, 1890, réédition 1970 , page 207., ce qui peut être interprété comme une zone d'éboulement, d'écroulement. Le qualificatif de « dent » est couramment utilisé pour désigner une roche pointue se dressant sur une crête Robert Luft, Vocabulaires et toponymie des pays de montagne, Club alpin français..
Si le village de Crolles figure sur la carte de Cassini, le nom de la montagne n'y est pas mentionné. Sur les cartes d'État-Major du , il est appelé Petit Som, du latin « point le plus haut »Jean-Claude Bouvier, Noms de lieux du Dauphiné, Christine Bonneton, 2002 ., nom qui est resté pour un sommet secondaire du Grand Som.
Géographie Situation thumb|left|alt=Carte topographique.|Carte topographique de la dent de Crolles.
La dent de Crolles est située dans le Sud-Est de la France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l'Isère, à la jonction des territoires des communes de Saint-Pierre-de-Chartreuse au nord, de Saint-Pancrasse au sud-ouest et de Saint-Hilaire. Elle se trouve à trois kilomètres au nord-ouest de Crolles, dix-sept kilomètres au nord-est de Grenoble et à cent kilomètres au sud-est de Lyon. Elle fait partie du massif préalpin de la Chartreuse.
Elle est prolongée au nord-est, sur la bordure orientale du massifParcourir la Chartreuse..., geol-alp.com., par les rochers de Bellefont () et le Grand Manti (), jusqu'au mont Granier (). Elle domine la Scia () au nord, le roc d'Arguille () au nord-ouest, et le bec Charvet () au sud-ouest. Au sud-est s'étend la large vallée du Grésivaudan.
Topographie Le sommet s'élève à d'altitude, ce qui en fait le deuxième du massif de la Chartreuse après Chamechaude (). À ses pieds se trouve le plateau des Petites Roches (environ ) au sud et à l'est, tandis que le col routier du Coq () et le col pédestre des Ayes () sont à l'ouest. Sur le versant septentrional de ce dernier naît le ruisseau de la Rajas, un affluent du Guiers Mort dont l'exsurgence jaillit à l'extrémité septentrionale de la montagne à d'altitude et qui se jette dans le Rhône, alors que sur le versant méridional du col naît le ruisseau des Meunières. Celui-ci est rejoint par le ruisseau de la Gorgette, qui prend sa source dans les falaises occidentales du sommet, pour former le ruisseau de Craponoz, un affluent de l'Isère alimentant au passage le lac du Bois de GramontFiche signalétique : ruisseau de Craponoz à Bernin (code station : 06330160). Plan de prévention des risques naturels prévisibles - Commune de Crolles, octobre 2008.. De même, dans les falaises orientales du sommet naissent les ruisseaux des Fangeats, des Terreaux, du Bouchon et de Combemure qui forment le ruisseau de Crolles dont les eaux sont collectées au sein du canal de la Chantourne.
thumb|alt=Soleil de fin d'après-midi d'hiver éclairant un monolithe rocheux, avec un sommet dépassant d'une mer de nuages en arrière-plan.|Vue depuis le pas de l'Œille sur le monolithe éponyme et Chamechaude en arrière-plan au-dessus d'une mer de nuages.
La cime se trouve à l'extrémité méridionale d'un synclinal perché légèrement incliné vers le nord. Cette configuration donne à la dent de Crolles, vue du sud-sud-est, l'aspect d'une énorme molaire .. Les falaises occidentales sont parcourues, à une centaine de mètres au nord du sommet, par la brèche du pas de l'Œille, nom dérivé de l'aiguille rocheuse accrochée à la paroi. Le trou du Glaz s'ouvre également dans ces falaises, plus au nord, à d'altitude.. Un aven se trouve sur le plateau sommital à d'altitude. Dans les falaises orientales se trouvent également plusieurs grottes dont, du nord au sud, la grotte ou gouffre Thérèse (), la grotte Chevalier () et la grotte Annette ().
Géologie thumb|left|alt=Roches de surface érodées parcourues de cannelures.|Vue de lapiaz dans le calcaire urgonien près du sommet.
La dent de Crolles est composée de calcaires reposant sur des roches marneuses. Le plateau et les falaises sommitales constituent un synclinal perché avec un faciès urgonien caractéristique des PréalpesLa Dent de Crolles, Saint-Pancrasse, geol-alp.com. formé par sédimentation marine dans la Téthys alpine au cours du Crétacé inférieur. Il s'agit de l'extrémité méridionale du synclinal oriental de la ChartreuseOrganisation tectonique : comment les roches du massif sont-elles agencées ?, geol-alp.com.. L'Urgonien comporte des alternances de couches à orbitolines. La partie inférieure des falaises est faite de calcaire du Barrémien. Elle surplombe les talus marno-calcaires du Hauterivien puis les calcaires du Fontanil correspondant à l'étage du Valanginien. Enfin, la base de la montagne est composée de marnes de Narbonne du Berriasien.
Les versants de la montagne sont entrecoupés de failles longitudinales extensives antérieures au plissement et qui ont délimité un graben : la faille de la Gorgette à l'ouest et au nord, la faille du Prayet à l'est. Elles s'amortissent dans les marnes de Narbonne. La faille secondaire du pas de l'Œille coupe l'Urgonien du sud-ouest au nord-est. Le plissement a fait basculer les différents blocs et les a recimentés ; la partie sud-est de la montagne a coulissé d'une quinzaine de mètres vers le bas par rapport au compartiment nord-ouest.
Climat Le massif de la Chartreuse est soumis à un climat océanique montagnard. Il agit comme une barrière face aux vents dominants d'ouest venant de l'océan Atlantique et reçoit ainsi une grande quantité de précipitations, avec un pic au début du printemps et un autre au début de l'automne. Un tiers de ces précipitations se produit sous forme de neige. De ce fait, l'épaisseur du manteau neigeux au col de Porte () avoisine un mètre fin février, mais a atteint des hauteurs record de 200 à pour la même période en 1979, 1982 et 1985. Toutefois, l'enneigement moyen, qui a diminué de moitié depuis cinquante ansL'eau entre mémoire et devenir - Hydrographie et pluviométrie en Chartreuse - Un massif arrosé toute l’année, Amis des parcs naturels régionaux du Sud-Est., est mesuré à cinquante centimètres en moyenne depuis dix ans au cours de l'hiver. Ainsi, depuis les années 2000, la neige se maintient en moyenne par an au col de Porte, soit trente jours de moins que dans les années 1960 ; la présence d'un manteau neigeux supérieur à un mètre a reculé de quinze jours tous les dix ans en moyenne sur la même période. Cette observation coïncide avec une hausse des températures de depuis un demi-siècle sur une période du au Hivers au Col de Porte, Ministère de l'Écologie..
Faune et flore thumb|alt=Huit chamois dans un terrain peu pentu, mi-rocheux mi-herbeux.|Vue d'une harde de chamois à la dent de Crolles.
Parmi les mammifères recensés dans la réserve des Hauts de Chartreuse figurent le chamois, le Lynx boréal et plusieurs espèces de chiroptères : la Barbastelle d'Europe, la Sérotine de Nilsson, l'Oreillard roux, le Murin de Brandt, le Murin de Daubenton, le Murin à moustache, le Murin de Bechstein, le Petit rhinolophe, le Grand rhinolophe. Les oiseaux présents sont en particulier l'Aigle royal, l'Hirondelle de rochers, le Cassenoix moucheté, le Chocard à bec jaune, le Tétras lyre, qui vit en lisière supérieure de forêt, et le Tichodrome échelette. Dans les milieux humides vivent la Salamandre tachetée, le Triton alpestre, l'Alyte accoucheur et le Pélodyte ponctué. Les reptiles sont représentés par le Lézard vert, le Lézard des murailles, la Couleuvre verte et jaune, la Coronelle lisse et la Couleuvre d'Esculape. Les invertébrés sont représentés par trois espèces de libellules ou demoiselles, à savoir le Cériagrion délicat, l'Agrion de Mercure et le Cordulégastre bidenté, par l'espèce de papillon hermite, ainsi qu'un coléoptère, la Rosalie des Alpes.
Différents biotopes couvrent la réserve, et en particulier la dent de Crolles : des lisières xérothermophiles, des prairies à Molinie bleue, des hêtraies neutrophiles, des pessières subalpines, des forêts de Pin sylvestre, des tourbières ou encore des tufières. Ils abritent de nombreuses plantes. Parmi elles, la Buxbaumie verte est une espèce de mousse qui fait l'objet d'une étude renforcée. Les fougères sont représentées par le Polystic à aiguillon, la Cystoptéride des montagnes, le Lycopode des Alpes et l'Ophioglosse des Alpes. Les autres plantes recensées sont l'Aconit anthore, l'Arabette droite, l'Arabette des rochers, l'Arabette à feuilles de serpolet, l'Asperge à feuilles étroites, l'Aster amelle, la Clématite des Alpes, l'Avoine cultivée, l'Avoine soyeuse, le Buplèvre à longues feuilles, la Campanule à larges feuilles, la Carline à feuilles d'acanthe, le Centranthe à feuilles étroites, le Céphalaire des Alpes, la Dorine à feuilles opposées, la Circée des Alpes, le Cirse tubéreux, la Racine de corail, la Crépide rongée, le Cynoglosse d'Allemagne, le Cynoglosse des montagnes, le Sabot de Vénus, l'Orchis de Traunsteiner, le Daphné des Alpes, l'Œillet superbe, l'Épipactis de Müller, l'Épipogon sans feuilles, le Panicaut des Alpes, la Gagée jaune, le Gaillet oblique, la Gentiane d'Allemagne, l'Orchis odorant, l'Épervière de Lawson, le Millepertuis à sous, la Balsamine des bois, l'Inule de Suisse, le Laser odorant, le Laser de Prusse, la Gesse noire, la Listère cordée, la Lunaire vivace, la Minuartie à feuilles capillaires, le Myosotis à petites fleurs, la Bugrane buissonnante, l'Ophrys abeille, l'Orobanche blanche, l'Orobanche du sermontain, la Pédiculaire ascendante, la Grassette à grandes fleurs, la Grassette à éperon étroit, le Pâturin hybride, la Potentille luisante, la Primevère auricule, la Pirole intermédiaire, la Pirole à feuilles rondes, la Renoncule à feuilles de parnassie, la Renoncule de Séguier, l'Orpin rose, la Scorsonère d'Espagne, la Stipe pennée, la Tozzie des Alpes, la Valériane celte, la Valériane des débris, la Pensée du Mont-Cenis et la Gagée de Burnat Réserve naturelle des Hauts de Chartreuse (Identifiant national : 820032148), Inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique, 2014..
Histoire thumb|left|alt=Inscriptions sur la paroi de la galerie d'entrée du Trou du Glaz.|Inscriptions sur la paroi de la galerie d'entrée du Trou du Glaz.