vignette|La carte de Djibouti. vignette|La péninsule arabique et ses environs, selon le Periplus Maris Erythraei.
Djibouti en forme longue la république de Djibouti (en arabe : , ; et ; en afar : ) est un État de la Corne de l'Afrique, situé sur la côte occidentale du golfe d'Aden. Le pays dispose aussi de de côtes sur la mer Rouge, depuis le Bab el Mandeb jusqu'à la frontière avec l'Érythrée. Il est limitrophe de la Somalie (Somaliland) au sud-est, de l'Éthiopie au sud et à l'ouest, de l'Érythrée au nord et a, au travers du détroit Bab-el-Mandeb, une frontière maritime avec le Yémen. Sa population en 2022 est estimée à environ .
Le territoire correspondant à l'actuel Djibouti s'est constitué dans le cadre de la colonisation française à partir de 1884 : territoire d'Obock et dépendances jusqu'en 1896, puis côte française des Somalis (CFS) jusqu'en 1967, puis territoire français des Afars et des Issas (TFAI), avant de devenir indépendant le , sous le nom de « République de Djibouti ».
Histoire
Préhistoire
Des recherches archéologiques montrent un habitat ancien. Au début du IIe millénaire, des habitants pratiquaient la chasse, une pêche intensive sans doute saisonnière accompagnée peut-être de la production de farine de poisson, ainsi que l’élevage de bovidésGutherz (Xavier), Jousseaume (Roger), Amblard (Sylvie), Guedda Mohamed, « Le site d'Asa Koma (République de Djibouti) et les premiers producteurs dans la Corne de l'Afrique », Journal des africanistes, t. 66, f. 1-2, 1996, p. 255-298 [www.persee.fr] ; Cauliez (Jessie), Gutherz (Xavier), Pène (Jean-Michel), «Première caractérisation des faciès céramiques néolithiques de la région du Gobaad en République de Djibouti. Les sites d’Hara-Idé 2 et d’Asa-Koma (As-Eyla, district de Dikhil)», L’anthropologie, n° 112, 2008, p. 691-715, france.elsevier.com..
Premières villes La ville la plus ancienne de la région est ZeilaFauvelle (François-Xavier), Hirsch (Bertrand), Bernard (Régis), Champagne (Frédéric), «Le port de Zeyla et son arrière-pays au Moyen Âge : investigations archéologiques et retour aux sources écrites», Espaces musulmans de la Corne de l’Afrique au Moyen Âge, Paris, De Boccard-CFEE, 2011, p. 28-74., actuellement au Somaliland. La première ville de l'actuel territoire est le port de Tadjourah, créée au par les anciens dirigeants de HararAmélie Chekroun, La conquête de l'Éthiopie. Un Jihad au XVIe siècle, Paris, CNRS Éitions, 2023..
Pays de Pount Avec la Somalie, et le sud de l'Érythrée, l'actuel territoire djiboutien fait peut-être partie de l'ancien territoire appelé pays de Pount (ou Ta Netjeru, signifiant « la Terre de Dieu ») par les anciens Égyptiens, dont la première mention remonte au
La région aurait été un des habitats du peuple Harla, aujourd'hui éteint.
Création du territoire Le , le commerçant Henri Lambert, ancien agent consulaire de France à Aden, est assassiné dans le golfe de Tadjourah. Une mission conduite par le commandant de la station navale de la Côte orientale alors basée sur l’île de La Réunion, le vicomte Alphonse Fleuriot de Langle, arrête les coupables, remis aux autorités turquesRoger Joint Daguenet, Aux origines de l’implantation française en mer Rouge, L’Harmattan, Paris, 1992, 347 p., puis envoie une délégation de notables afars à Paris. C'est avec un membre de cette délégation, le « représentant » du « sultan de Tadjourah », Dini Ahmed Abou Baker, que le , Édouard Thouvenel, alors ministre de Napoléon III, signe un traité de paix et d'amitié perpétuelle. par lequel la France achète « les ports, rade et mouillage d'Obock situés près du cap Ras Bir avec la plaine qui s’étend depuis Ras Aly au sud jusqu’à Ras Doumeirah au nord »Voir le traité sur le site du ministère des Affaires étrangères : https://pastel.diplomatie.gouv.fr/choiseul/ressource/pdf/D18620026.pdf. pour ..
L'accord de qui cède le territoire d'Obock à la FrancePDF disponible sur le site des archives du Ministère français des affaires étrangères. signale le « cap Doumeirah », situé sur le territoire du sultanat de Rehayto, comme sa limite septentrionale.
La frontière littorale entre les possessions françaises et italiennes est fixée comme étant Douméra dès 1891 et confirmée en 1901. Une mission conjointe sur le terrain la valide en 1902. L'accord franco-italien de , dit Laval-Mussolini, prévoit la cession de ce territoire à l'Érythrée, mais il n'est jamais ratifié par l'Italie. La frontière reste donc inchangée, l'île est indivise entre les deux pays. Douméra est le prétexte de l'affrontement entre les forces érythréennes et djiboutiennes de .
Ce n'est qu'en 1884 qu'une prise de possession réelle a lieu, avec l'arrivée du commandant Léonce Lagarde le . Il s'agit alors, dans le cadre de l'expansion coloniale française vers Madagascar et l'Indochine, de créer une escale de ravitaillement pour les navires sur une route impériale. Cependant, Léonce Lagarde étend le territoire d'Obock et dépendances sous souveraineté française à toute la côte nord du golfe de TadjourahTraité du 21//9/1884 avec le « sultan de Tadjoura »., qui est occupée en octobre-.
Après un traité sans suite avec le « sultan de Goba'ad » en , le , un accord avec les « chefs issas »Francine Bertin, « Les chefs Issas signataires des traités avec le gouvernement français », Pount, , 1973, . place la côte sud sous souveraineté française. Un accord territorial avec la Grande-Bretagne, par l'échange de notes des 2 et , arrête cette expansionSimon Imbert-Vier, Tracer des frontières à Djibouti, Karthala, Paris, 2011..
C'est la même année, en 1888, qu'est créé le port de Djibouti, qui devient le chef-lieu de la nouvelle Côte française des Somalis en 1896. En 1895, la ville compte . Elle est placée sous l'autorité administrative de Bourhan Bey, fils de l'ancien gouverneur (pacha) de Zeilah, Abu Bakr Ibrahim.
Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale
La construction, entre 1897 et 1917, du chemin de fer entre Djibouti et Addis-Abeba ajoute une nouvelle dimension au territoire, en le consacrant comme une porte maritime de l'Éthiopie moderne.
Durant la Première Guerre mondiale, la colonie reste très largement en dehors du conflit, en particulier il ne s'y déroule pas d'événement militaire.. La colonie est en « état de siège » à partir du . À partir de 1916, des navires patrouillent en mer Rouge jusqu'au début de 1918. La principale activité militaire est l'engagement de tirailleursJolly (Laurent), Tirailleurs de la Côte des Somalis. Des mercenaires au service de la France ?, Paris, Les Indes savantes, 2019, 324 p..
Profitant ensuite de l'expansion économique qu'apporte le chemin de fer, le port se développe et la ville se bâtit peu à peu. Des ouvriers somalis et afars, construisent ces maisons qui constituent le cœur de la « ville européenne » et que l'on peut encore admirer, conservées dans leur esthétique originelle. vignette|Le ministre des Colonies visitant les salines en 1931. Jusqu'en 1939, le pays connaît un important développement économique, autour du port, du chemin de fer et des salinesColette Dubois, Djibouti, 1888-1967 - Héritage ou frustration, L'Harmattan, Paris, 1997.. Une nombreuse main-d'œuvre afflue dans la ville, principalement issue de territoires limitrophes (Éthiopie, Somalie britannique et Yémen principalement). L'invasion de l'Éthiopie par l'Italie en 1936 donne un coup de fouet temporaire à l'activité commerciale.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés instaurent un blocus du pays dont les autorités choisissent de soutenir le gouvernement de Vichy. Une partie de la « population indigène » est expulsée de la ville de Djibouti, qui connaît alors une grave crise, voire une véritable famine. Le ralliement du territoire aux Alliés en . permet sa réintégration dans les circuits économiques.
Fin de la période coloniale
À partir de la Seconde Guerre mondiale, la population de la ville de Djibouti croît rapidement, passant officiellement d'environ en 1947, à au début des années 1960, en 1967, en 1972 pour dépasser au début des années 1980Nuria Lopez-Escartin, Données de base sur la population de Djibouti, Centre français sur la population et le développement, janvier 1992..
En 1949, Djibouti devient un port franc, sa nouvelle monnaie, le franc Djibouti, est rattaché au dollar américain. La même année, de violents affrontements entre des groupes identifiés comme « issas » et « gadabuursi » causent plusieurs dizaines de morts. Ils sont révélateurs des rivalités pour l'accès à la ressource que représente le travail disponible, en particulier au port. Ces tensions, qui ont déjà commencé avant la Seconde Guerre mondiale, durent jusqu'à la fin de la présence française, marquées par le renvoi des dockers yéménites, puis somalis.
La visite à Djibouti en de Charles de Gaulle, qui se rendait en Asie de l'Est, donne lieu à des manifestations en faveur de l'indépendance. Vexé par cet accueil, le chef de l’État français refuse de recevoir les représentants de l'opposition. Le lendemain, la place où le général doit prononcer son discours est remplie de milliers de manifestants. Il donne l'ordre qu'on « déblaie la place » et les troupes françaises dispersent violemment la foule. Les autorités décomptent officiellement six morts et des centaines de blessés, mais des journaux estiment ce bilan sous-estimé. Après cette revendication d'indépendance suivie de conflits sociaux (grèves, manifestations), un barrage, gardé par des militaires et miné dans un premier temps, est érigé autour de la ville, officiellement pour contenir les migrations. Au moins plusieurs dizaines de personnes perdent la vie en tentant de le franchir. Dénoncé comme un « mur de la honte » par l'opposition, ce barrage ne sera démantelé qu'en 1982..
Cependant les tensions perdurent. Un référendum est organisé le sur le maintien du territoire sous souveraineté française. Après un scrutin entaché de fraudes qu'il est difficile de quantifier<ref>Somali Republic, Ministry of Foreign Affairs, French Somaliland, the infamous referendum, sequel to 'A classic colonial case''', Mogadiscio, 1967, 20 p. Des incidents après le scrutin font plusieurs morts.</ref>, officiellement 60,6 % des votants approuvent un changement de la dénomination de la colonie, qui devient le territoire français des Afars et des Issas (TFAI). Ses structures de gouvernement sont modifiées mais restent sous la tutelle française. Les tensions politiques et sociales restent fortes. Le jour du vote, une manifestation est brutalement réprimée : douze personnes sont tuées. En , alors que les dernières colonies portugaises d'Afrique accèdent à l'indépendance, Pierre Messmer annonce un processus devant conduire à l'indépendance du territoire, qui est désormais l'ultime colonie européenne du continent. Les listes électorales sont ouvertes aux habitants pour leur permettre de s'exprimer. En , Ali Aref Bourhan, lié aux réseaux gaullistes, démissionne de la présidence du Conseil de gouvernement, il est remplacé par Abdallah Mohamed Kamil.
En 1976, des membres du Front de libération de la Côte des Somalis, qui cherchait à obtenir l'indépendance de Djibouti de la France, prennent en otage les enfants d'un car scolaire en route vers Loyada. Le GIGN intervient et tous les membres du commando indépendantiste et deux des enfants enlevés sont tués dans l'opération. Cet évènement participe à réduire la probabilité qu'un troisième référendum soit favorable à la France. Le coût prohibitif du maintien de la colonie, dernier avant-poste de la France sur le continent, est un autre facteur qui conduit les observateurs à douter que les Français tentent de s'accrocher encore au territoire..
Djibouti indépendant vignette|Le centre-ville de Djibouti en 2007.