Le nom dhistoire contemporaine du Japon désigne la période ayant suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale (soit depuis le ). La Constitution d'après-guerre a été modifiée, le nouveau texte entrant en application en 1947. Cette période est appelée l' ou le .

Après la défaite dans la Seconde Guerre mondiale, le Japon devient une démocratie parlementaire, dominée par le Parti libéral-démocrate. Cette période d'après-guerre se caractérise par l'alliance américano-japonaise, avec par exemple la création de l'United States Forces Japan Act (USFJ ; en japonais , ).

L'occupation américaine

Démocratisation du pays Le , l'empereur Hirohito annonce lors d'une allocution radiophonique la capitulation du pays. Le 17, le prince Naruhiko Higashikuni est chargé de former un gouvernement transitoire afin de gérer le pays en attendant l'arrivée des troupes alliées. Le , il signe la reddition du pays, et le 8, Douglas MacArthur qui est responsable de l'administration de l'occupation américaine installe son administration à Tokyo, face au palais impérial. Environ débarquent dans le pays jusqu'à la fin du mois d'octobre de la même année. Dès le , cadres de l'armée dont Hideki Tōjō sont arrêtés, et le , l'occupant se porte garant des libertés civiles des Japonais : près de sont libérés, le droit de vote est accordé aux femmes, son âge légal est fixé à vingt ans ; la liberté syndicale est réinstaurée, et dès la fin de l'année sont adhérentes d'un syndicat. Le système éducatif commence à être réformé dès l'automne 1945, et en 1948 le Rescrit impérial sur l'éducation est aboli.. vignette|Les premières femmes sont élues au parlement lors des élections législatives japonaises de 1946.|alt=Photo noir et blanc de trois rangeés de pupitres d'un parlement devant lesquels sont assises des femmes. Un nouveau système politique se met en place. Alors que la question de son abdication et celle de son inculpation se posent, l'empereur Hirohito annonce au qu'il renonce à sa nature de « divinité à forme humaine ».. Les législatives organisées en avril 1946 débouchent sur un renouvellement profond de la représentation nationale.. Une nouvelle constitution est annoncée en , votée le , et entre en vigueur le : si l'empereur garde une place symbolique, le parlement détient l'essentiel du pouvoir, et les droits de l'homme sont garantis. Son article 9 proclame le renoncement du Japon à la guerre.. Au début de 1946, environ sont déclarées inéligibles par l'occupant en raison de leurs liens avec le régime précédent. Les procès de Tokyo jugent de à les anciens responsables du régime ; sur , 10 % sont condamnés, dont 984 à des peines capitales. À l'occasion de ces procès, l'opinion publique japonaise prend connaissance des crimes commis par son armée, comme à Nankin ou à Bataan.

Dans le domaine économique, le pays est miné par des problèmes de ravitaillement, les infrastructures étant en ruine. Une situation de pénurie persiste jusqu'en 1948. Le crime organisé prospère, tandis que se développe une économie souterraine. Jusqu'à un million de Japonais périssent de sous-alimentation, et l'inflation est endémique jusqu'à la fin de la décennie. Les grands conglomérats que sont les Zaibatsu comme Mitsui ou Sumitomo sont dissous en , et fin 1946, une réforme agraire permet à 80 % des paysans d'accéder à la propriété..

Fin de l'occupation

vignette|Le traité de San Francisco est signé par Shigeru Yoshida pour le Japon le et met fin à la période de l'occupation.|alt=Photo noir et blanc d'un homme en costume sombre, assis devant un table blanche, un stylo à la main. Six hommes en costume sombres se tiennent debout derrière lui. Les débuts de la guerre froide en 1946 obligent les États-Unis à revoir leur relation avec le Japon : en Extrême-Orient, la Corée du Nord communiste est créée en 1948, et l'année suivante les communistes achèvent leur conquête de la Chine continentale. La priorité est alors donnée au redressement économique de l'archipel. Après un intermède socialiste assuré par Tetsu Katayama, les libéraux arrivent au pouvoir en 1948 avec Yoshida. En octobre de la même année, l'occupant instaure une nouvelle politique économique dirigée par Joseph Dodge : une politique déflationniste est mise en place, et les libertés publiques sont réduites. En 1950 des purges politiques visant les communistes touchent plus de . L'occupant décide de réarmer en partie le pays, alors que la guerre de Corée vient d'éclater, ce qui relance l'activité de pans entiers de son économie : dès 1951, la production industrielle bondit de 12 %..

C'est dans ce climat international tendu, que s'ouvrent les négociations du traité de paix. Malgré l'opposition de gauche qui tente d'obtenir la neutralité du pays, et la droite conservatrice de Hatoyama et Kishi qui envisage de reconstituer une armée sitôt l'indépendance recouvrée, le premier ministre Yoshida accepte les conditions américaines qui prévoient l'instauration de bases militaires permanentes dans le pays. Le , ratifient par écrit le traité de paix avec le Japon.

Deux décennies d'évolution rapide (années 1950 et 1960)

Modernisation économique

Dans les années 1950, l'économie reste en partie tournée vers les besoins de la reconstruction, et la balance commerciale du pays reste déficitaire jusqu'en 1965, puis devient excédentaire, permettant au pays de stocker des réserves de monnaies étrangères. De 1955 à 1973, la croissance économique est soutenue : le produit national brut est multiplié par 5 grâce à des améliorations technologiques et des disponibilités importantes en capital pour financer les investissements de modernisation. L'industrie crée d'emplois entre 1947 et 1990, et le pays accède au rang de grande puissance économique. Le du pays dépasse celui du Royaume-Uni en 1967, et celui de l'Allemagne de l'Ouest en 1969.

La part de l'agriculture dans l'économie poursuit sa décroissance : de 45 % en 1950, elle chute à 18 % en 1970. Ce phénomène s'accompagne d'un dépeuplement de certaines régions, notamment le long de la mer du Japon. Une politique de contrôle des prix (limitation des importations, stockage des excédents), reconduite par les gouvernements successifs, permet de dégager des marges suffisantes pour soutenir la mécanisation de l'agriculture.

Mais le développement économique engendre des problèmes de santé publique. Des maladies résultant de pollutions industrielles font leur apparition . La baie de Tokyo est rendue impropre à la pêche en 1962, alors que la capitale est régulièrement le théâtre de phénomènes de smog. En 1970, la pollution de l'air à Tokyo atteint un pic ; l'année suivante, une agence nationale de l'environnement est créée.

Un système politique dominé par les conservateurs

vignette|Yoshida et Hatoyama au début des années 1950.|alt=Photo noir et blanc de deux hommes en costume sombre, assis devant une table ronde. Le Japon sort de la période de l'occupation dirigé par le Premier ministre Yoshida qui, avec le soutien du Parti libéral du Japon, détient le pouvoir depuis les élections législatives japonaises de 1949. Entouré de ministres proches comme Eisaku Satō et Hayato Ikeda, il conserve son poste jusqu'en 1954 malgré les nombreuses attaques de Hatoyama, écarté du pouvoir par l'occupant américain en raison de ses responsabilités politiques d'avant-guerre.

vignette|upright|Le bâtiment de la Diète entouré par des manifestants en 1960.|alt=Photo aérienne noir et blanc d'un carrefour de deux avenues bordées par des arbres, dans lesquelles est rassemblée une foule immense. Le bâtiment de l'assemblée nationale forme l'arrière-plan de l'image. Hatoyama est élu au poste de Premier ministre en 1954, porteur d'un discours nationaliste réclamant plus d'indépendance vis-à-vis des Américains.. Le succès que remporte le parti socialiste aux élections législatives de 1955 pousse les conservateurs, divisés entre plusieurs partis, à se regrouper au sein du Parti libéral-démocrate. Hatoyama réussit à unir au sein d'un même parti des tendances allant du centre gauche à la droite nationaliste, ce qui permet au parti de régner sans partage pendant plusieurs décennies.. Les années 1950 sont par ailleurs marquées par de grands mouvement sociaux, et les étudiants regroupés dans le Zengakuren émergent comme une des grandes forces politique du moment. Lorsqu' en 1960, le premier ministre Nobusuke Kishi tente de faire passer en force la signature d'un traité de coopération militaire avec les États-Unis, près de se rassemblent pour protester autour du bâtiment de la Diète.

Dans les années 1960, s'enchaînent les mandats de Hayato Ikeda de 1960 à 1964 puis de Eisaku Satō de 1964 à 1972. Le premier engage le Parti libéral-démocrate dans une politique favorisant l'économie, visant « haute croissance et doublement des salaires », et remporte assez largement les élections législatives de 1960. Un calme social s'installe alors que la croissance du PIB se maintient à plus de 10 % par an. Son successeur et continuateur conserve le pouvoir pendant plus de sept ans, le record de l'après-guerre.

Sur le plan international, si le pays n'est plus formellement sous occupation américaine depuis la signature du traité de San Francisco en 1952, il reste dépendant des États-Unis. Le traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon signé en 1951 garantit à l'ancien occupant l'accès à près de (ports, casernes, bureaux, etc.). Un nouveau traité est signé en 1960 mais n’entraîne que quelques pertes mineures pour l'ancien occupant. Okinawa ne repasse sous souveraineté japonaise qu'en 1972. Cependant, la normalisation des relations avec les pays voisins n'intervient qu'après la signature du traité de San Francisco. Il faut attendre 1956 pour que les relations avec l'URSS se normalisent, 1965 pour rétablir celles avec la Corée du Sud, et 1972 pour un rapprochement avec la Chine populaire.

Une société renouvelée vignette|La Nissan Sunny produite à faible coût dans les années 1960 permet à de nombreux foyers japonais d'avoir accès à l'automobile.|alt=Photo couleur d'une automobile blanche. La population japonaise s'accroît régulièrement jusqu'au début des années 1970. Bien que le taux de fécondité diminue de par femme en 1947 à en 1970, l'espérance de vie croît de en 1937 à en 1960 (puis en 1990). La population passe ainsi de à la fin des années 1930 à plus de dans les années 1960. Une urbanisation massive s'organise dans les agglomérations de Tokyo, de Kyoto, et de Nagoya ; en 1970, 72 % de la population mènent une vie citadine.. L'éducation progresse aussi. Alors qu'en 1950 seuls 50 % des élèves poursuivent leur scolarité au-delà du collège, ils sont 90 % en 1975. Le nombre d'étudiants à l'université passe de en 1950 à en 1970. Une classe moyenne importante émerge, qui se dote de biens d'équipement en nombre ; vers 1970, environ 90 % des ménages sont équipés de lave-linges, d'aspirateurs, de réfrigérateurs, et de téléviseurs en noir et blanc. Les automobiles en circulation se multiplient, la production évoluant de en 1956 à en 1970.

Le peuple japonais a accès à une culture de masse diffusée par la radio et le cinéma, des médias en forte croissance entre 1945 et 1960, avant d'être supplantés par la télévision. À côté de cette culture moderne, un mouvement de préservation des modes d'expressions traditionnels, porté dès avant-guerre par l'écrivain Sōetsu Yanagi, se poursuit ; c'est dans cette optique que la Fondation du Japon voit le jour en 1972.

vignette|upright|Kawabata obtient le prix Nobel de littérature en 1968.|alt=Photo noir et blanc d'un homme aux cheveux noires, accoudé au rebord d'une fenêtre.