Le château d'Avignon est un édifice historique situé sur la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, qui appartient au conseil départemental de celles-ci. Il date de la fin du .
Historique Dans les années 1880, Louis Prat Noilly (1845-1932), fils de Claudius Prat et d'Anne-Rosine Noilly, se fait construire un somptueux château néo-Renaissance au milieu des vignobles plantés dans le sable de Camargue au lieu-dit "Montcalm" à Vauvert. Ce vaste ensemble comprenait chais, bâtiments pour le nombreux personnel, école pour leurs enfants, chapelle romano-byzantine, etc. Dans la foulée, il fait l'acquisition en 1893 du château d'Avignon (commune des Saintes-Maries-de-la-Mer), de l'autre côté du Petit Rhône, qu'il fait intégralement réaménagerChâteau d'Avignon http://www.cg13.fr/cadre-de-vie/culture/chateau-davignon.html.
La propriété viticole du château d'Avignon, le Mas de la Cure, fut l'un des plus grands domaines du delta du Rhône. Cette exploitation, au , couvrait un tiers de la Grande Camargue. Elle employa à l'année des dizaines de familles d'ouvriers agricoles venus du Gard, de Lozère, d'Aveyron, d'Italie ou d'Espagne. Ses 287 hectares actuels ont été acquis par le Conservatoire du littoral en 1985, sur le site de la Maison du cheval Camargue.
L'ensemble du domaine a été classé au titre des monuments historiques le .
Du mas de Sommeyre au château d’Avignon Sur l’actuel Domaine du Domaine d’Avignon, au cœur d’une île alluvionnaire du Petit-Rhône sont érigés vers 1636 une tour de guet et plusieurs chapelles attachées à la famille Boismeaux et aux moines de l’abbaye de Montmajour. Sur ce même site, un mas, dit « de Sommeyre » est bâti une vingtaine d’années plus tard, mais, de l’une et de l’autre de ses formes originelles ne subsistent aujourd’hui plus d’autres traces qu’archivistiques.
En 1720, Jeanne d’Arlatan se porte acquéreur de la propriété, dont son fils, Joseph François d’Avignon d’Arlatan, héritera onze ans plus tard. Acquérant plusieurs domaines alentour, ce chevalier d’Avignon, constitue le premier périmètre d’un Domaine qui gardera son nom, et transforme du même coup l’habitation en château. La propriété demeure un bien de cette même famille jusqu’en 1803, date à laquelle Jeanne-Pauline de Raphaélis, épouse de Louis-François de la Tour du Pin, en devient à son tour propriétaire.
L’ère des sociétés agricoles En 1811, Sextius Alexandre François, comte de Miollis et général d’Empire, rachète l’ensemble et lance une campagne de travaux contribuant à une première modification sensible de l’aspect du château. À sa mort, le Domaine devient le noyau de tentatives de développement de la Camargue par des sociétés agricoles qui mobilisent d'importants capitaux aux fins d'une mise en valeur de grande envergure du territoire du delta. La première est représentée dès 1830 par le Vicomte Amour Albert de Bouillé, directeur de la Société Civile du Château d’Avignon et du Vaccarès. Une alliance de cette entité avec l’ingénieur Gorsse contribue à la naissance d’une seconde société, la société agricole de la Basse-Camargue, en 1836. Lui succèdent la société Liechtenstein Westphall et Compagnie, en 1846 et la société Merle et Compagnie (future société Péchiney), en 1865. Le Domaine connaît à l’époque de ces sociétés agricoles sa configuration la plus vaste et s’étend alors sur plus de 23000 ha, soit un tiers de la Camargue comprenant l’étang du Vaccarès. En dépit des grands travaux de mise en valeur des terres de Camargue entrepris par pompage, irrigation ou encore assèchement, l’entreprise ambitieuse de ces sociétés agricoles n’apporte pas les résultats escomptés. Aussi le Domaine est-il divisé et cédé à de nouveaux propriétaires dont Jean-Joseph Barthelon, qui finalement cèdera son lot à Louis Prat en 1893.
Le Domaine de Louis Prat-Noilly Louis Prat-Noilly (1845 – 1932), figure essentielle de l’histoire du Domaine contribue à une redéfinition complète de l’ensemble, dont les aménagements sont, pour l’essentiel, toujours conservés et visibles à ce jour. Héritier de la maison Noilly, fondée à Lyon en 1813 par son grand-père, le nouveau propriétaire du Domaine est l’héritier d’un véritable empire commercial fondé sur la fabrication et la distribution de vins et spiritueux et notamment d’un vermouth, toujours produit à ce jour. La maison Noilly-Prat, entreprise familiale occupant une place centrale dans la société marseillaise de la fin du compte au moment de l’acquisition du Domaine trois associés : Anne-Rosine Noilly-Prat, femme d’affaires remarquable, qui depuis le décès de son mari jusqu’à sa disparition en 1902 présida au devenir de la firme, et ses deux fils Jean et Louis. Ce dernier, plus investi dans la conduite des affaires de l’entreprise que son cadet, contribua au développement de la société et investit à cette fin autant qu’à celles d’un confort plus privé, l’espace rural de la Camargue. Dans cette zone, frappée par la crise économique, apparaît aux yeux de Louis Prat, une opportunité économique de premier plan qui se doublera très vite d’un projet de loisir et de résidence. Au tournant du siècle en effet, la vigne française se voit frappée par une dramatique épidémie de phylloxéra que seule une submersion prolongée des ceps permet de contrer (la technique de greffe sur pieds « américains » est alors encore inconnue). La Camargue, vaste île bordée par les deux bras du Rhône et aux terres bon marché, offre toutes les conditions nécessaires à cette opération de sauvegarde, pour peu que les aménagements hydrauliques de drainage s’y déploient. Aussi, à l’instar de nombreux investisseurs marseillais, Louis Prat choisit-il de développer sur ce territoire une partie de son activité viticole et de procéder à l’aménagement des équipements nécessaires.
Le projet camarguais de Prat débute par l’acquisition en 1882 du domaine de Montcalm (à l’ouest du Petit-Rhône), sur lequel il crée un vaste ensemble regroupant les bâtiments d’une grande exploitation agricole, un village ouvrier inspiré des thèses du paternalisme industriel et où il fait édifier un château aujourd’hui en ruines (inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1944). De ce premier domaine gardois, Louis Prat fait donc un lieu de production et une résidence d’été officielle où il recevra tous les notables de son temps. L’acquisition et l’aménagement du Domaine du Château d’Avignon, s’inscrivent comme une suite à ce premier jalon. Louis Prat fait en effet de cette seconde propriété un lieu plus intime autour de laquelle rayonnent alors 3000 ha de terrains agricoles et qui combinent des fonctions de production et d’agrément. Le château et son parc assument d’une part une fonction de villégiature, tournées notamment vers l’activité de la chasse tandis que deux mas (Mas de la Cure et mas du Ménage), situés à proximité, assurent respectivement des rôles de complexe agricole (habitation des ouvriers, forge, chaix…) et de basse-cour.
Comme nombre de propriétaires fortunés de l’époque, soucieux d’améliorer leurs terres et leur confort et de profiter du progrès pour tenir leur rang sur le front du commerce et du prestige, Louis Prat transforme et aménage radicalement l’espace qu’il vient d’acquérir. Il initie alors un important programme de restructuration qui fera du Domaine d’Avignon le lieu d’une avant-garde technique sans précédent, le cadre d’un confort et d’un décorum remarquables. Sous la conduite de Louis Prat, le Domaine devient surtout le lieu d’une organisation systémique sans équivalent, qui combine une prise en compte optimisée des contraintes et des potentiels environnementaux camarguais et un projet tout à la fois technique, économique, social, culturel et artistique. Complété et modifié au fil du temps jusqu'à la mort de Louis Prat en 1932, le Domaine reste propriété de sa famille et notamment du Baron Double de Saint-Lambert, son neveu, puis du Comte Pierre Pastré. Vendu par ce dernier en 1984. le domaine passe sous la tutelle du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et est classé dans son intégralité au titre des Monuments Historiques en 2003.
Morphologie et patrimoine du site
Le domaine du château d'Avignon constitue un site d'une cohérence exceptionnelle dans lequel s'imbriquent de manière étroite des patrimoines à la fois architecturaux et artistiques, naturels et techniques. Le remaniement total orchestré par Louis Prat à partir de 1893, sur les 21 hectares du Domaine combine en effet, dans une perspective fonctionnelle et humaine, une égale préoccupation d'excellence technologique, de luxe, de confort et d'hygiène.
Cohérence et ambition du Domaine vis-à-vis de l’environnement camarguais Au croisement de cette ambition plurielle, l'eau constitue un trait d'union. La Camargue des hommes est en effet, tout au long de l’histoire et toujours à la fin du , le territoire d’une lutte pour l’eau potable et d’une concurrence entre l’eau douce et l’eau salée. Dans ce delta encore en partie insalubre, parsemé de sansouires infertiles, Louis Prat semble vouloir relever un défi. Le Domaine du château d’Avignon sera le lieu d’un confort avant-gardiste et surtout de l’application des récentes théories de l’hygiène. L’écrin de son parc sera riche d’essences végétales nombreuses et parfois d’origines lointaines et l’ensemble bénéficiera d’une quasi-autonomie énergétique. L’ambition que Prat prête au domaine qu’il vient d’acquérir est en conséquence d’autant plus grande qu’elle se développe au cœur d’un territoire difficile. Elle nécessitera la mise en œuvre d’une technicité de pointe développée en cohérence avec les contraintes du milieu et propre à tirer parti de celles-ci. La maîtrise et l’exploitation de l’eau du Petit Rhône constituera la pierre angulaire du système.
Dès lors, la distribution des espaces du Domaine et de ses différents jalons techniques (usines des eaux, chaufferie…) relève d’une préoccupation tout aussi technique que paysagère. La compréhension de cette distribution ne peut être envisagée sans le rappel du rattachement, au Domaine stricto sensu, des mas de la Cure et du Ménage. C’est en effet vers ces deux propriétés périphériques que Louis Prat transfère les activités agricoles autrefois implantées sur le Domaine. Cette structuration des usages industrieux et d’agrément en deux pôles ne peut être lue, pour autant, dans le sens d’un total cloisonnement. Le Domaine du château demeure en tous les cas le centre névralgique de l’une et de l’autre des activités. C’est en effet depuis ce lieu que l’eau prélevée par pompage est distribuée vers les différents lieux d’habitation, dont ceux des mas, mais aussi vers les terres agricoles de la propriété. L’important maillage de roubines et de canaux qui innerve le Domaine double donc la dimension d’agrément du parc d’une vocation technique essentielle.