La Grue royale (Balearica regulorum) est une espèce de grands échassiers gruiformes de la famille des Gruidae, répandue de l'Afrique de l'est à l'Afrique australe.
Grand oiseau majoritairement gris, elle est reconnaissable à sa couronne de plumes dorées, un point commun qu'elle partage avec la Grue couronnée (Balearica pavonina). Elle s'en distingue par son plumage plus clair et les motifs sur ses joues, qui sont couvertes d'une portion de peau nue rouge et blanche.
La Grue royale est répandue dans une vaste zone qui comprend une partie de la vallée du Grand Rift et la région des Grands Lacs, jusqu'aux régions arides d'Afrique australe. Elle compte deux Sous-espèces : B. r. regulorum, présente dans les régions sèches au sud du fleuve Zambèze, et B. r. gibbericeps, la plus nombreuse, au nord de l'aire de répartition.
Contrairement à d'autres espèces de Grues, elle ne migre pas, bien qu'elle effectue parfois des mouvements saisonniers à la recherche de lieux de nidification. Sa période de reproduction est très variable car elle dépend des saisons. Elle niche dans des zones humides où elle peut construire son nid, une plateforme dissimulée par la végétation, où elle pond entre deux et quatre œufs.
La Grue royale possède un répertoire de chants et de cris étendu. Comme chez les autres Grues, les couples dansent et chantent à l'unisson. Ils sont monogames et souvent unis à vie.
Cette espèce est en danger d'extinction. L'agriculture, l'élevage, l'urbanisation et le drainage causent la dégradation de son habitat, qui constitue la principale menace pour l'espèce avec le braconnage. Elle est notamment capturée pour les besoins de la médecine traditionnelle ou vendue comme oiseau d'ornement. Ses effectifs ont grandement baissé depuis les années 1970, bien que quelques augmentations locales soient notées dans les années 2020.
La Grue royale est un oiseau sacré dans plusieurs cultures africaines. Elle est l'emblème national de l'Ouganda.
Description
Morphologie et plumage La Grue royale mesure environ de haut, pour un poids compris entre . Son envergure atteint ... La femelle et le mâle sont identiques, bien que ce dernier soit légèrement plus grand. En moyenne, le culmen (partie supérieure du bec) mesure , la queue , le tarse et l'aile pliée .
Le plumage du cou et du corps est majoritairement gris perle. Les ailes ont des tons plus variés : elles sont principalement blanches, avec une partie des rémiges allant du brun au doré. La queue est noire avec une couverture brune, et les pattes sont noires. La tête est caractéristique, surmontée d'une couronne de plumes fines et dorées avec une pointe noire au bout. L'iris est bleu pâle ou gris, le bec est court et gris. Les joues sont couvertes de peau nue, blanche avec une zone rouge en haut. La Grue royale possède un sac gulaire rouge sous le menton : il s'agit d'une portion de peau, semblable à des caroncules, mais extensible.
Les deux sous-espèces, regulorum au sud et gibbericeps au nord, sont très semblables.. Leurs joues diffèrent très légèrement : chez gibbericeps, elles s'étirent un peu plus vers le sommet de la tête, avec une plus grande zone rouge.
Les gruaux après l'éclosion sont couverts d'un duvet chamois pâle, avec la tête ivoire. Les juvéniles sont globalement gris, avec la nuque et le sommet de la tête brun, tout comme leurs iris. Le sac gulaire, d'abord rose, apparaît aux environs de et prend sa teinte rouge vif au cours de la croissance. Le plumage adulte est acquis à .
Voix
Chants, ronronnements et cris La Grue royale possède un répertoire de chants variés. Une étude menée au parc national des marais de Saiwa a porté sur ces différents chants chez la sous-espèce gibbericeps.
L'autrice de cette étude décrit les comme des chants élaborés, qui reprennent tous la même structure en trois ou quatre parties : une ou deux notes d'introduction, une note principale et une note de fin. Les cris d'alerte en font partie. Ils peuvent être émis pour signaler la présence d'un prédateur ou d'une Grue inconnue, et s'accompagnent d'une posture alerte, la tête relevée. Le cri de contact est assez similaire, mais il est émis depuis un arbre par le membre d'un couple, auquel le partenaire peut répondre soit par un autre cri de contact, soit en volant pour le rejoindre. En vol, les Grues royales émettent aussi des chants harmoniques, dont la note principale est parfois séparée en deux syllabes, oo et wang, ce qui a inspiré le nom de l'oiseau dans certaines langues kenyanes. Ce chant peut être émis par un groupe de Grues en vol, ou par une Grue seule, notamment pour imposer sa présence sur un territoire qu'elle survole en cercle.
Les Grues royales émettent aussi des ronronnements, notamment quand elles se nourrissent, quand elles s'apprêtent à s'envoler ou juste avant l'accouplement. Un vrombissement abrupt de plus grande amplitude est émis pour alerter l'entourage, notamment les petits, et peut parfois se terminer par un cri d'alerte ou par un claquement. Le claquement sert à prévenir les petits s'ils n'ont pas réagi au vrombissement d'alerte, et il est souvent entendu avant une attaque. Des cancanements très bas peuvent être entendus en cas de danger potentiel, tandis qu'un cri d'attaque de forte amplitude est produit, au sol ou dans les airs, avec les ailes déployées et le cou tendu, lors des affrontements.
Chants à l'unisson Les couples de Grues royales chantent à l'unisson, comme les autres espèces de Gruidae. Il s'agit de chants coordonnés, émis en duo, qui se complexifient avec l'âge et sont généralement produits en période de reproduction. Chez cette espèce, les chants à l'unisson se composent de chants harmoniques, semblables aux cris d'alerte, et de cris retentissants semblables à un . Ces cacardements diffèrent entre les mâles, qui ont un cri monosyllabique, et les femelles, qui ont un cri bisyllabique. Les chants à l'unisson permettent de distinguer les individus entre eux, et peuvent être utilisés pour recenser les couples présents sur une zone donnée.
Ces chants à l'unisson s'accompagnent de postures spécifiques, avec les genoux fléchis et la tête relevée. Sur le territoire d'un couple, ils s'entendent principalement le matin et le soir. En revanche, ils peuvent s'entendre à tout moment de la journée dans les colonies. Selon Christa Budde (1999), ces chants comprennent à la fois des sons agressifs, utilisés pour la défense du territoire et destinés aux intrus, et des sons apaisants que s'adressent les partenaires du couple.
Espèces ressemblantes vignette|alt=Photographie de la tête d'un oiseau.|La Grue couronnée a le cou gris sombre, un petit sac gulaire et un motif différent sur les joues. La Grue royale ressemble à la Grue couronnée, qui possède comme elle une couronne de plumes dorées sur la tête. Elle s'en distingue par plusieurs détails : son cou est gris pâle, ses caroncules sont plus grandes et ses joues ont une tache rouge en haut. À l'inverse, la Grue couronnée a le cou sombre, des caroncules petites et ses joues sont tachées de rouge dans leur partie inférieure. Les deux espèces ne partagent qu'une petite partie de leurs aires de répartition, au nord de l'Ouganda et au nord-ouest du Kenya.
Répartition et habitat vignette|alt=Carte de distribution de la Grue royale|Care de répartition de la Grue royale en 2024. L'aire de répartition de la Grue royale s'étend de l'Afrique de l'est à l'Afrique australe. La sous-espèce regulorum est répandue au sud du fleuve Zambèze, du sud du Mozambique à l'Afrique du sud. On la trouve également en Namibie, au Botswana et au sud de l'Angola.. La sous-espèce gibbericeps est la plus répandue. Elle vit plus au nord, dans une large zone qui comprend une partie de la Vallée du Grand Rift et la région des Grands Lacs. Elle est présente en République démocratique du Congo, au Rwanda, en Ouganda et au Kenya. Plus au sud, elle est présente jusqu'en Tanzanie, en Zambie et au nord du Mozambique. Le Kenya abrite la plus grande population de gibbericeps, notamment autour du lac Ol' Bolossat, une zone humide majeure du pays qui accueille environ 5% des effectifs globaux, et ce de façon continue tout au long de l'année. Des populations ont également été étudiées dans le bassin du lac Victoria, autour du mont Kenya, et dans les parcs d'Aberdare, de Nairobi et d'Amboseli. L'espèce est également présente au Burundi, au Malawi, au Soudan du Sud, et des individus erratiques sont parfois observés au Eswatini et au Lesotho.
Contrairement à d'autres espèces de Grues, la Grue royale n'est pas migratrice, bien qu'elle puisse effectuer des déplacements saisonniers suivant les pluies, l'abondance de nourriture ou pour chercher de bonnes zones où nicher. Les populations d'Afrique de l'Est sont généralement plus sédentaires, alors que celles des zones les plus arides, en Namibie et en Afrique du Sud notamment, effectuent des mouvements saisonniers plus étendus. Son habitat est constitué de zones humides à proximité de grands espaces ouverts, comme des savanes, des terres agricoles, des régions boisées dégagées et des zones irriguées. Les zones humides, comme les marais, sont privilégiés pour la reproduction, tandis que les zones plus sèches, avec une végétation de hauteur basse à moyenne, sont principalement des lieux de recherche de nourriture. La Grue royale et la Grue couronnée sont les seules espèces de Gruidae à pouvoir se percher dans les arbres.
Elle est aujourd'hui répandue dans les environnements modifiés par l'humain, comme les réservoirs agricoles, les prés et les champs labourés. Elle fréquente les cultures de toutes sortes de céréales, notamment maïs, avoine, blé et orge. Les champs trop petits et entourés de barrières sont délaissés, probablement car ils ne permettent pas une bonne visibilité. Les Grues royales leur préfèrent les grandes zones ouvertes, même lorsque la nourriture y est moins abondante. La Grue royale est une espèce indicatrice de la santé des écosystèmes qu'elle fréquente.
Écologie et comportement Alimentation vignette|alt=Photographie de deux Grues marchant dans l'herbe sèche et regardant le sol.|Grues royales en quête de nourriture (Tanzanie). La Grue royale est omnivore, avec un régime généraliste qui comprend des végétaux (graines, jeunes pousses d'herbes et de Cyperus, fruits à coques, céréales), des insectes (sauterelles, criquets, larves, vers), des batraciens, des lézards, ainsi que des crabes du genre .
Elle attrape sa nourriture par des coups de bec rapides, frappe parfois le sol pour faire sortir ses proies ou arrache des racines. Les champs récemment labourés ou brûlés sont vite investis par des Grues, qui y recherchent des graines exposées. Quand elle recherche sa nourriture dans les terres agricoles ou les prairies, la Grue royale s'associe parfois à de grands herbivores qui dérangent ses proies en remuant le sol, lui permettant de les attraper plus facilement, et elle peut aussi trouver des larves ou des coléoptères dans les bouses.
Reproduction Formation des couples et parades nuptiales La Grue royale est une espèce monogame, dont les couples restent souvent unis à vie. Les séparations existent mais sont rares. Durant la parade nuptiale, les partenaires dansent en effectuant des hochements de tête, des révérences ou des sauts, ou encore en déployant leurs ailes. Ces danses peuvent être initiées aussi bien par le mâle que la femelle, qui entament une série de chants avec leur sac gulaire gonflé. Un ronronnement ou un vrombissement particulier précède l'accouplement : il est émis par la femelle qui avance lentement, puis se met en posture de copulation à l'approche du mâle.