Lart sonore (ou arts sonores au pluriel) est un ensemble varié de pratiques artistiques qui mettent l'accent sur le son et l'ouïe produisant diverses formes de créations artistiques (auditives, mais également visuelles et sensorielles).
Définition L'art sonore est un ensemble varié de pratiques artistiques qui mettent l'accent sur le son et l’ouïe (qui en font la matière première de création) et produisant diverses formes de créations artistiques (auditives, mais également visuelles et sensorielles).. L'art sonore est par nature interdisciplinaire. Il peut utiliser l'acoustique, l'électronique, la musique bruitiste, l'espace, l'architecture.
De nombreux artistes utilisent le son, les bruits, comme matériau de création.
Histoire
Il est possible de considérer la publication de L'Art des bruits de Luigi Russolo, en 1913, comme le début de l'art ou des arts sonores. L’utilisation du "son-bruit" dans la musique y est théorisé par l'auteur et ce dernier imagine le futur d’une musique nouvelle dont la matière première de création pourra être issue de bruits produits par des machines que l'homme aura inventées. Il est cependant à noter qu'il est évidemment possible de remonter bien plus loin et que des rencontres préalables entre le son, d'autres formes artistiques et des techniques nouvelles ont préparé le tournant décisif du début du .
Avant l’apparition de l’électricité
De la Préhistoire (voir Musique préhistorique) à l'époque baroque ou l'époque romantique (où la musique tend à évoquer de véritable véritables paysages sonores avec l'utilisation d'effets sonores spéciaux), en passant par à la renaissance (et son intérêt pour les bruitages dans les œuvres vocales et instrumentales), jusqu'à l'invention du phonographe en 1877, l'intérêt de l'humanité et des artistes pour la matière sonore a toujours été présent.
Avec la maîtrise de l’électricité
À la fin du , l'apparition de l'électricité permet et/ou facilite, la "visualisation", l'enregistrement, la conservation et la restitution du son. Le gramophone, la platine tourne-disques, le magnétophone, le microphone électrostatique ou à condensateur... jusqu'à la numérisation ont donné aux créateurs des moyens de repousser les limites de l'innovation sonore.
XXe siècle
Dans l'art occidental les premiers exemples d'art sonore incluent Intonarumori de Luigi Russolo et les expériences ultérieures des dadaïstes, des surréalistes, des situationnistes ou des happenings du mouvement Fluxus. Le genre émerge également de l'art conceptuel, du minimalisme, de la poésie sonore ou de la poésie et du théâtre expérimentaux. A noter que le terme "installation sonore" fut inventé par l'artiste Max Neuhaus pour décrire ses œuvres sonores qui n'étaient ni de la musique ni des événements.
Pionniers en arts sonores
Alvin Lucier Bernard et François Baschet Daphne Oram David Tudor Fluxus Jean Tinguely John Cage La Monte Young Maryanne Amacher Max Neuhaus Paul Panhuysen Walter Ruttmann Rolf Julius Bernard Leitner
Dans l'art contemporain, l'art sonore a connu une importante reconnaissance à partir de la fin des années 1990. D'importantes expositions ont lieu en 2000, telles que Sonic Boom: The Art of Sound à la Hayward Gallery de Londres, et Volume: Bed of Sound au MoMA à New York.
Transdisciplinarité
La transdisciplinairé des arts sonores a été abordées dans plusieurs ouvrages et publications qui montrent, le plus souvent par l'exemple, comment les artistes sonores s'inspirent de différentes disciplines pour créer des œuvres qui transcendent les frontières entre les arts visuels, la musique, la littérature et d'autres formes d'expression artistique. On pourrait citer ici (d'autres références seront cités dans les paragraphes suivants) :
"Sound Unbound: Sampling Digital Music and Culture", édité par Paul D. Miller (aka DJ Spooky), présente une collection d'essais qui examinent la manière dont la musique électronique, le sampling et les technologies numériques ont influencé la culture musicale et les arts visuels. "Audio Culture: Readings in Modern Music", édité par Christoph Cox et Daniel Warner, est également une anthologie d'essais qui explore l'histoire de la musique expérimentale et électronique, ainsi que son influence sur la culture contemporaine. Le livre "Background Noise: Perspectives on Sound Art" de Brandon LaBelle qui explore les multiples dimensions de l'art sonore à travers des contributions d'artistes, de critiques et de théoriciens. Il examine les défis et les opportunités de la création sonore dans le contexte de l'art contemporain et de la culture sonore en général. "The Audible Past: Cultural Origins of Sound Reproduction" de Jonathan Sterne, où l'auteur explore les origines culturelles de la reproduction sonore en étudiant les rapports entre la technologie, l'industrie, la politique, la musique, les médias et les arts. Certaines pratiques contemporaines, issues notamment du turntablism, prolongent l’art sonore vers des approches où le geste devient une matière à part entière. Dans ces démarches, le mouvement n'est pas uniquement entendu, mais aussi envisagé comme une écriture dynamique dont la trajectoire peut être rendue visible à l’aide de dispositifs mécaniques ou numériques. Ces formes hybrides articulent le son, le dessin et la performance dans un même continuum.
Musique Cette phrase de l'artiste pionnier John Cage (titre d'un de ses livres) : Je n'ai jamais écouté aucun son sans l'aimer : le seul problème avec les sons, c'est la musique, illustre, non sans humour, les problématiques des rapports que l'on pourrait trouver paradoxaux entre les arts sonores et la musique. Cage dira également : Je crois que la pratique de l'utilisation du bruit pour faire de la musique continuera et augmentera jusqu'à ce que nous atteignions une musique produite à l'aide d'instruments électriques qui rendra disponible l'utilisation, à des fins musicales, de tous sons audibles. Les médiums photoélectriques, cinématographiques et mécaniques pour la production de musique de synthèse seront explorés. […] Ainsi libérée des limitations traditionnelles, la musique se sera ouverte à l'ensemble de la matière sonore, et pas seulement aux sons créés en vue de la création d'un objet musical. (traduction personnelle)
Dans son texte Composer l'imprévisible, le chercheur Daniel Charles écrit :
L'article Sound Art and Music: Drawing an Invisible Line propose, pour tenter de distinguer l'art sonore de la musique, d'analyser les valeurs esthétiques des œuvres, plutôt que de comparer les processus et les résultats qui sont souvent, eux, très similaires. Partant de ce postulat, il analyse plusieurs œuvres d'artistes comme Laurie Anderson, Janet Cardiff ou encore William Basinski, artistes qui travaillent et pose la question : quand la musique entre dans une institution d'art contemporain, devient-elle de l'art sonore ?
L'artiste sonore contemporaint Marcelo Armani, interrogé par le magazine Vice sur la différence entre la musique et l'art sonore, répond à la question de ce qui distingue le musicien de l'artiste sonore, en pointant la manière dont chacun explore différemment la poétique dans son travail, les techniques que chacun utilise, et surtout, les préoccupations et les approches abordées. L'artiste sonore se concentrera principalement sur la matière qu'est le son, sa manipulation ou sa restructuration, alors que pour le musicien, le son aura une approche différente, qui repose sur des réglementations et des normes spécifiques structurées depuis de nombreux siècles.
Arts plastiques
On peut constater que les arts sonores et les arts plastiques ont des relations étroites par le fait que de nombreux artistes (se réclamant d'un ou des deux champs artistiques) créent des œuvres qui explorent les frontières entre les deux disciplines. Voici quelques exemples qui peuvent illustrer ces relations :
4'33 (1952) de John Cage : œuvre musicale emblématique qui consiste en un silence de 4 minutes et 33 secondes. Bien que l'œuvre soit généralement considérée comme de la musique avant-gardiste, elle est souvent présentée dans des expositions d'art contemporainParmi ces dernières, l'on peut citer : "Inventing Abstraction, 1910–1925" au MoMA de New York, 2012 ; "Soundings: A Contemporary Score" au MoMA de New York, 2013 ; John Cage: Rolywholyover A Circus" au Musée d'art contemporain de Los Angeles, 1993 ; "John Cage: Music, Philosophy, and Art" au Museum of Contemporary Art de Chicago, 2012 ; "Silence" au Guggenheim Museum de New York, 2013. en raison de son exploration des idées de silence, d'absence et de contexte. Cage était lui-même un artiste plasticien et a collaboré avec des artistes tels que Robert Rauschenberg, Merce Cunningham et Marcel Duchamp. "Untitled (Pink Dot)" (1961) de Dan Flavin : une installation lumineuse qui consiste en une série de tubes fluorescents roses qui créent une ambiance sonore spécifique en éclairant l'espace. "Rainforest V" de David Tudor (1973) : une installation sonore qui utilise des objets récupérés et transformés en instruments de musique, créant ainsi un paysage sonore immersif et en constante évolution. "TV Buddha" (1974) de Nam June Paik : installation composée d'une statue de Bouddha face à un écran de télévision qui retransmet en direct l'image de la statue elle-même. L'œuvre explore les thèmes de la méditation, de la surveillance et de la nature illusoire de la réalité, tout en faisant référence aux traditions religieuses et artistiques asiatiques. "From Here to Ear" de Céleste Boursier-Mougenot (1999) : une installation sonore qui consiste en une volière habitée par des oiseaux qui produisent de la musique en marchant sur des guitares électriques disposées au sol. "The Killing Machine" (2007) de Janet Cardiff et George Bures Miller : œuvre qui combine des enregistrements sonores de l'intérieur d'un abattoir avec une machine complexe composée de tubes, de câbles et d'ampoules. L'installation explore les thèmes de la violence, de l'industrialisation et de la consommation animale, tout en créant une expérience sensorielle immersive. "The Clock" (2010) de Christian Marclay : Installation vidéo qui compile des extraits de films qui contiennent des horloges ou des montres, créant ainsi une œuvre qui suit l'horloge en temps réel pendant 24 heures. L'œuvre est un exemple frappant de la manière dont Marclay utilise des éléments sonores et visuels. "Sonic Blossom" de Lee Mingwei (2013) : une performance dans laquelle une chanteuse offre une expérience musicale personnalisée à un visiteur de l'exposition en lui chantant une chanson a cappella.
Comme pour d'autres champs artistiques, les relations entre les arts sonores et les arts plastiques peuvent être explorées d'un point de vue théorique en considérant les similitudes et les différences entre les deux domaines, ainsi que les concepts et les pratiques qui les relient. Elles peuvent être abordées sous différents angles, en considérant les propriétés physiques et symboliques du son et de l'image, ainsi que les contextes sociaux et culturels dans lesquels ils sont produits et consommés :
Dans "The Soundscape: Our Sonic Environment and the Tuning of the World", R. Murray Schafer propose une exploration pionnière de l'écologie sonore, c'est-à-dire de la manière dont les sons et les environnements sonores affectent notre vie quotidienne et notre relation à la nature et à la culture. Schafer, un compositeur canadien, développe une théorie de la "soundscape" qui reconnaît l'importance des sons en tant que matériau artistique et social, et qui établit des liens entre les arts sonores, l'environnement et la culture matérielle.