thumb|Nicolas Machiavel fut un des premiers à faire usage du mot stato dans le sens d'.

Un État est une communauté humaine géographiquement délimitée dotée d'une organisation politique centralisée formée d'institutions chargées d’élaborer, d'imposer, et de faire respecter un ensemble de règles.

Du point de vue organisationnel, l'État peut être défini comme une structure centralisée par laquelle une société s'oriente et se gouverne. Une définition devenue classique est celle du sociologue Max Weber, pour qui l'État est une entité politique détenant le monopole de l'usage légitime de la violence.

Sur le plan institutionnel, l'État correspond à l'ensemble des pouvoirs d'autorité et de contrainte collective que la nation exerce sur les individus afin de faire prévaloir l'intérêt général, et, avec une nuance éthique, le bien public ou le bien communGeorges Burdeau, Traité de science politique, 1950..

Historiquement, de nombreuses formes d'États se sont développées, justifiant leur légitimité de façons diverses (droit divin, contrat social, etc.). Aujourd'hui, l'État-nation constitue la forme prédominante, bien que la nation ne se confonde pas avec l'État. En droit international, un État souverain est défini comme une entité territoriale délimitée, dotée d'une population permanente et d'institutions capables d'exercer une autorité et un pouvoir effectif sur ce territoire.

vignette|La définition de l'État de Max Weber comme groupement politique détenant le monopole de la violence physique légitime exerce toujours une influence considérable sur la pensée politique moderne.

Étymologie « État » vient du latin status, dérivé du verbe stare qui signifie au sens premier , et au sens figuré .. Le mot apparaît dans les langues européennes dans son acception moderne au tournant des . Au , l'État désigne également la condition d'une personne, son .

Les classes les plus élevées, généralement celles qui possédaient le plus de richesse et de rang social, étaient celles qui détenaient le pouvoir. Le mot avait également des associations avec des idées romaines (remontant à Cicéron) sur le « statut rei publicae » », la . Avec le temps, le mot a perdu sa référence à des groupes sociaux particuliers et est devenu associé à l'ordre juridique de la société tout entière et à l'appareil chargé de son application.

Concepts proches État et gouvernement

Un État peut être distingué d'un gouvernement. L'État est l'organisation tandis que le gouvernement est le groupe particulier de personnes ou la bureaucratie administrative qui contrôle l'appareil d'État à un moment donnéSartwell, 2008 : livres?id=bk-aaMVGKO0C&pg=PA25 p. 25 Flint et Taylor, 2007 : p. 137.. Autrement dit, les gouvernements sont les moyens par lesquels le pouvoir de l'État est utilisé. Les États sont servis par une succession continue de gouvernements différents. Les États sont des objets sociaux immatériels et non physiques, alors que les gouvernements sont des groupes de personnes dotés de certains pouvoirs coercitifs.

Chaque gouvernement successif est composé d'un corps spécialisé et privilégié d'individus, qui monopolisent la prise de décision politique et sont séparés par leur statut et leur organisation de l'ensemble de la population.

État et État-nation

Les États peuvent également être distingués du concept de « nation », où « nation » fait référence à une communauté culturelle et politique de personnes. Un État-nation fait référence à une situation dans laquelle une seule ethnie est associée à un État spécifique.

État et souveraineté

La souveraineté est le droit exclusif d’exercer l’autorité politique sur une zone géographique donnée. C’est une notion fort complexe qu’on peut analyser tant sous l’angle sociologique que juridique.

États souverains

Le droit international donne des critères de reconnaissance de l'État comme entité sujet au droit international, on parle également d'États souverains. Ainsi, un État souverain est une entité politique qui possède une autorité suprême et indépendante sur un territoire délimité et qui est reconnue par d'autres États souverains.

État et société civile

L’État moderne est distinct et connecté à la société civile. L’analyse de cette connexion a été l’objet d’une attention considérable aussi bien dans l’analyse du développement de l’État que dans les théories normatives. Des penseurs comme Thomas Hobbes ou Bodin ou les juristes de Richelieu mettaient l’accent sur la suprématie de l’État. Pourtant proches d’eux, Hegel s’est intéressé aussi aux liens entre État et société civile. Au , Jurgen Habermas avance que la société civile forme une sphère publique lieu d’engagements extra-institutionnels autonome de l’État et en interaction avec lui.

Des théoriciens marxistes, tel Antonio Gramsci, se sont interrogés sur la distinction entre l’État et la société civile, en arguant que le premier est intégré de nombreuses façons dans la seconde. D’autres, comme Louis Althusser, ont maintenu que les organisations civiles comme l’Église, l’école et même les syndicats étaient partie prenante d’un . Étant donné le rôle des groupes sociaux dans la politique publique et leurs connexions avec la bureaucratie étatique, il devient difficile d’identifier les frontières de l’État qui fluctuent également au gré des privatisations, des nationalisations et de la création de nouveaux organes. Souvent la nature d’organisation quasi-autonome n’est pas très définie générant des débats parmi les spécialistes des sciences politiques pour savoir si elles sont d’État ou de la société civile. Certains spécialistes, tel Kjaer, préfèrent parler de réseaux politiques et de gouvernance décentralisée dans les sociétés modernes plutôt que de bureaucraties d’État ou de contrôle direct par l’État.

Histoire En Histoire, le concept d'État sert de manière large à désigner les formes concentrées de pouvoir politique, peu importe que les populations l'aient conçu ou pas comme impersonnel ou légitime. De manière spécifique, le phénomène d'État en Histoire se réfère aux modes de gouvernement dont l'autonomie des institutions et la violence légitime sont reconnues comme telles dans la société en question.

Dans l'Histoire de l'humanité, il a toujours existé des formes concentrées de pouvoir. Dans l'Histoire moderne et contemporaine du monde, la formation d'États dans l'Europe de la fin du Moyen-Âge a eu des répercussions majeures, notamment par leur diffusion à travers la colonisation.

Préhistoire La théorie évolutionniste traditionnelle postule une période précédant l'existence des États durant laquelle les êtres humains vivaient dans des sociétés sans État, caractérisées par l'absence d'autorité concentrée et l'absence de grandes inégalités dans le pouvoir économique et politique. L'État dans cette théorie est alors présenté comme une évolution uniforme à toutes les sociétés. Cette vision était corroborée par l'hypothèse que de nombreuses sociétés de chasseurs-cueilleurs vivaient dans une organisation non étatique. L'ethnologue Pierre Clastres montrera par la suite que cette organisation non étatique relève d'un choix politique. À ce sujet l'anthropologue Tim Ingold écrit :

Cette vision évolutionniste est aujourd'hui mise à mal par les découvertes archéologiques et anthropologiques récentes montrant que des sociétés bien antérieures et possédant parfois un système économique basé sur la cueillette et la chasse pouvait parfois s'organiser aussi sous forme d'État. Comme le précisent Graeber et Wengrow,

Il est donc probablement impossible de remonter aux origines de l'État car ce mode d'organisation semble avoir coexisté avec d'autres aussi loin que les données archéologiques puissent remonter.

Néolithique Dans le passé, il a été suggéré que l'État centralisé a été développé pour administrer de grands systèmes de travaux publics (tels que les systèmes d'irrigation) et pour réguler des économies complexes. Ainsi, l'historiographie traditionnelle fait remonter le premier État à la Mésopotamie, à la troisième dynastie d'Ur, certains remontant plus loin. Selon cette vision, pour la majeure partie de son existence, l’espèce humaine, nomade, vivait de cueillette et de chasse et ce style de vie s’est modifié environ avec l’invention de l’agriculture qui aurait poussé les hommes à s'installer de façon plus ou moins permanente à certains endroits, près des zones qu’ils cultivaient, engendrant un problème de contrôle de la terre. Dans cette théorie toujours, émerge alors la propriété privée et, avec elle, les premières « guerres » sur les désaccords concernant la propriété des terres. Dans certaines parties du monde, notamment la Mésopotamie et la vallée du Nil, les conditions naturelles ont fait que la propriété des terres a été concentrée en peu de mains. Finalement, un petit groupe a fini par contrôler les terres travaillées par les nombreuses personnes qui en dépendaient. Ainsi sont nés les premiers États primitifs ou « proto-État ».

Cependant, les preuves archéologiques et anthropologiques modernes ne soutiennent pas cette thèse, soulignant l'existence de plusieurs sociétés possédant des structures étatiques bien antérieurement. Il a également été montré que des formes d'États plus récentes ne reposaient pas nécessairement sur la sédentarité ou l'agriculture. Les travaux de Simon Berger montrent par exemple que l'empire nomade mongol avait une forme polycentrique, sans véritable capitale et reposait sur une économie hybride de chasse et cueillette et d'agropastoralisme.

L'État durant Antiquité

Bien que des formes d'État aient existé avant l'avènement de l'empire grec antique, les premiers écrits analysant rationnellement les institutions politiques datent de l'antiquité grecque. Auparavant, les États étaient décrits et justifiés en termes de mythes religieux.

Les fondements de nombreuses innovations politiques de l'Antiquité classique, essentiels à la tradition occidentale de l'État, s'ancrent dans les pratiques des Cités-États grecques et de la République romaine, comme la notions droits de citoyenneté. À Athènes, ces droits étaient combinés dans une forme de démocratie directe.

Émergence des États modernes en Europe Origines des États modernes en Europe

On peut observer au Moyen Âge des phénomènes de centralisation du pouvoir qui joueront un rôle dans l’apparition des États modernes en Europe.

Les spécialistes s'accordent généralement à dire que le système étatique moderne est né avec la signature des traités de Westphalie en 1648, qui a établi le concept de souveraineté de l'État. Cet événement a notamment marqué le passage de la pratique médiévale du féodalisme à l'émergence de systèmes étatiques de plus en plus centralisés qui détenaient le monopole de la violence et extrayaient effectivement des revenus de leurs populations civiles. Cette transition s'explique par deux facteurs : des changements spectaculaires dans le climat politique, économique et culturel de l'Europe et des changements dans l'environnement naturel de l'Europe.

Le changement politique en Europe au cours de cette période peut être attribué aux améliorations de la technologie militaire et à l'intensification de la guerre entre les États d'Europe occidentale, qui ont catalysé la formation de vastes armées contrôlées par l'État et de grandes bureaucraties d'État chargées de lever des impôts.

Formation et conséquences de la bureaucratie étatique