vignette|Palette de Narmer représentant le roi terrassant son ennemi devant Horus

L'Égypte antique a très tôt développé une armée au service de Pharaon et de la protection des Deux Terres. Cette armée a laissé de nombreuses traces d'une activité militaire à travers tout le pays démontrant que les Égyptiens bien que souvent représentés comme un peuple pacifique n'avaient pas ménagé leurs moyens pour développer une puissante force de frappe qui finira par former d'ailleurs une véritable caste sociale au sein d'une société très hiérarchisée.

Organisation

Une armée de métier et de conscrits

vignette|Le roi Narmer victorieux - Palette de Narmer, Musée égyptien du Caire

C'est avant tout l'administration royale qui implique une organisation rigoureuse afin de garantir la stabilité du gouvernement du royaume.

L'unification du pays est faite de conquêtes représentées de façon symbolique sur les objets royaux ou religieux comme les palettes à fards. Ces objets souvent sculptés dans des blocs de schiste sont parvenus en assez bon état pour nous décrire des scènes de batailles sanglantes, des conquêtes de cités par un pharaon représenté sous la forme d'un taureau ou encore assistant en majesté au défilé des captifs, suivi de ses serviteurs et précédé par les porte-enseignes des principales divinités des cités qui fournissaient les soldats à l'armée du roi.

Ces représentations officielles se retrouveront tout au long de l'histoire de l'Égypte antique, signe que l'État pharaonique est également un État militaire dont le premier général est le roi lui-même.

vignette|gauche|Étiquette de jarre au nom de Den, - British Museum

En tant que garant de l'équilibre du monde dont il a hérité des dieux, pharaon se doit de maintenir éloigné tout risque d'invasion du pays ou tout risque de déstabilisation de ses propres intérêts, au point de provoquer des expéditions autant punitives que préventives. Pour parvenir à ce stade de puissance, l'État avait donc besoin d'une armée efficace et entraînée.

Des tribus coalisées qui formaient les premiers royaumes unifiés sous la bannière d'un seul souverain naît alors une armée de métier qui agit de manière permanente sur ordre du palais.

Avec la politique de conquêtes des pharaons du Moyen et du Nouvel Empire l'armée évolue et la conscription est alors introduite permettant de mobiliser rapidement les troupes nombreuses et nécessaires à l'effort de guerre.

Elles formaient alors un maillon essentiel à l'économie royale. Ces soldats vivaient de salaires en nature versés par le Trésor et étaient cantonnés dans de véritables casernes implantées sur tous les territoires contrôlés au cours de l'histoire du pays.

Un réseau de forts, forteresses, garnisons et écuries

vignette|Maquette du premier fort de la citadelle de Bouhen - Musée des antiquités de Nubie à Assouan

Tout le long du cours du Nil, partout où l'état pharaonique s'installa, de nombreux bâtiments officiels ont été édifiés le plus souvent abrités dans de grandes enceintes permettant d'en assurer la protection contre les pillards nomades ou les risques permanents d'invasions en provenance du sud, de l'ouest ou de l'est.

L'Égypte représentait alors une oasis de prospérité et de stabilité lorsque l'administration servait efficacement la centralisation du pouvoir autour du palais royal. Ses temples regorgeaient de richesses et ses villes étaient déjà de gros centres urbains reliés entre eux par autant d'intérêts économiques que de canaux qui assuraient ainsi des voies de circulation rapide et naturelles. Dès l'époque thinite on trouve des vestiges de l'installation militaire à proximité des édifices officiels du pouvoir.

Le palais lui-même prenait la forme d'une puissante enceinte formée de bastions et de redans assurant une protection efficace aux mystères qui y régnaient, défendu par une véritable armada de fonctionnaires dont bon nombre de militaires de haut rang.

Les frontières sont peu à peu fortifiées à partir de l'Ancien Empire. Ce sont de véritables lignes de fortifications qui se développent alors et qui protègent la vallée de toute menace extérieure. Chaque fort ou château disposait de son lieu de culte, d'habitat pour ses officiers et son personnel, d'un point d'eau et d'un port lorsqu'il était bâti le long du Nil où sur l'un des nombreux bras de son delta.

Ces installations militaires placées aux points stratégiques du pays étaient ainsi reliées entre elles soit par voie fluviale soit par des pistes empruntées par l'infanterie puis la cavalerie qui se développera de manière spectaculaire en Égypte à la suite de la prise du pouvoir par les Hyksôs.

La cavalerie et la charrerie égyptienne

vignette|Chars de guerre d'Horemheb - Saqqarah

Au Nouvel Empire, à la suite de l'introduction du cheval et de l'invention du char de guerre, grâce à l'élevage d'écuries et à une organisation militaire éprouvée, l'Égypte se dote d'une puissante arme défensive et offensive avec la création d'une véritable charrerie.

Elle formera le fer de lance de la puissance militaire égyptienne au cours de toute cette période faste pour le pays souvent considérée comme l'un des apogées de la civilisation égyptienne antique.

Elle soutiendra efficacement la politique de conquête de vastes zones hors des frontières naturelles du pays, engagée par les souverains de la et poursuivie par les ramessides. À l'époque de on compte près de cinquante-cinq écuries disséminées sur le territoire contrôlé par l'armée.

Le haras royal pouvait lui-même abriter des centaines de chevaux ainsi que tout le personnel nécessaire à l'entretien, tels que les palefreniers, les auriges ainsi que les soldats expérimentés dans le combat et le tir, le plus souvent des archers.

Une partie des écuries de Pi-Ramsès la capitale du grand roi a été identifiée et fouillée à Qantir, site localisé à une centaine de kilomètres au nord-est du Caire, actuellement fouillé par la mission allemande du Pelizaeus Museum de Hildesheim. Manfred Bietak qui dirige la mission a ainsi mis au jour immédiatement au sud de l'emplacement du palais royal un établissement qui s'étendait sur près de et qui comportait des stalles alignées sur des rues bordées de portiques à colonnes de bois dont seules les bases en calcaire subsistent encore par endroits.

Il s'agit là d'un témoignage précieux pour comprendre comment l'armée égyptienne était organisée à cette époque.

vignette|gauche|Toutânkhamon et son armée terrassant l'ennemi - Musée égyptien du Caire

L'importance de la cavalerie resta dans la tradition militaire égyptienne. De nombreuses représentations de scènes de batailles impliquant la cavalerie égyptienne contre les troupes des grands ennemis du pays couvrent les murs des temples du Ramesséum ou de Médinet Habou qui sont des fondations royales tout comme sur les parois des grands édifices religieux tels les temples d'Amon de Louxor ou d'Amon-Rê de Karnak.

À la Basse époque cette importance est révélée par la grande stèle de la victoire de Piânkhy, souverain de Napata qui conquiert une première fois le pays en proie à l'anarchie héritée de la Troisième Période intermédiaire. Le roi vainqueur reçoit l'hommage des princes du delta du Nil ses opposants réduits à l'impuissance. Certains offrent au roi leurs meilleurs chevaux issus de leurs propres écuries princières. Ces chevaux qui sont représentés sur la stèle témoignent de la réputation de l'élevage égyptien et étaient alors des cadeaux de grand prix faisant la fierté du pharaon nubien.

Hérodote avec après lui Diodore de Sicile rapportent les légendes qui avaient cours dans le monde grec et romain à propos de l'antique puissance de l'Égypte. Mélange de faits historiques, de folklore local, de fables religieuses ou de mythologie ces textes qui ont longtemps été les seuls témoignages accessibles concernant l'Égypte des pharaons ne manquent pas de citer la cavalerie et la charrerie de Sésostris, personnage emblématique du pharaon conquérant.

La marine militaire égyptienne

vignette|Pétroglyphes représentant une flotte égyptienne - Gebel Silsileh

L'Égypte est un pays centré sur l'eau. Le fleuve dieu, le Nil en premier lieu est l'artère de sa vie économique, sociale, religieuse et militaire.

Dès le début de son histoire, les populations locales ont dû développer une marine de pêche, puis marchande avec l'unification du pays sous l'Ancien Empire. Très tôt le pays entre en contact avec ses voisins plus ou moins immédiats et ces contacts n'ont pas toujours été pacifiques.

Afin de protéger ses intérêts l'État a alors commandé la construction d'une flotte capable de faire se déplacer son armée en quelques jours d'un bout à l'autre du pays grâce au fleuve.

Cette réactivité représentait un atout majeur dans la puissance de l'outil militaire égyptien. Les textes officiels qui narrent les hauts faits des glorieux règnes des trois grandes périodes de l'histoire antique de l'Égypte permettent d'en suivre l'évolution et la constante présence dans les déplacements officiels.

Grâce aux reliefs des temples funéraires des pyramides royales nous connaissons des représentations des flottes de Khéops, d'Ouserkaf ou de Sahourê. Elles témoignent que déjà à l'Ancien Empire l'organisation de la marine égyptienne était au point.

C'est cette organisation rigoureuse qui permettra aux et du Moyen Empire de contrôler les principales routes commerciales de toute la région, transformant l'Égypte en véritable carrefour incontournable des biens et marchandises. L'exigence de contrôle impliquait une protection efficace de la marine.

vignette|gauche|Navire de la flotte d'Hatchepsout représentée à Deir el-Bahari

Sous la , le port de Saww, point de départ vers ce pays, pourrait être situé au débouché du Wadi Gawasis, à Mersa Gawasis, selon les premiers résultats fructueux de la mission italo-américaine de Kathryn Bard et Rodolfo Fattovich.

On y a trouvé des abris, de la poterie typique du Moyen Empire, des rames et des éléments de navire en bois de cèdre. Le site d'Ayn Sukhna, fouillé entre autres par Pierre Tallet dans le golfe de Suez, a aussi révélé des pièces de navires en bois et des ancres, dans une des galeries creusées dans la roche. L'ensemble de ces découvertes démontre que l'activité maritime de ce site est attestée dès la , en direction du Sinaï et de ses nombreux gisements de turquoise et de cuivre et de la mer Rouge en direction du pays de Pount.

Sur la mer Méditerranée, le delta du Nil offrait une large côte dont les bras du fleuve représentaient autant de points d'entrée vers l'intérieur du pays. Les grandes cités de la région étaient alors les ports principaux et depuis lesquels l'armée égyptienne pouvait embarquer afin d'intervenir rapidement ou encore se rassembler afin d'embarquer en vue d'expéditions militaires ou commerciales.

Puis au Nouvel Empire les , les et les Ramsès développèrent cette marine tant et si bien qu'elle représentait l'appui essentiel des conquêtes de Canaan et du Liban, régions devenues de véritables protectorats égyptiens.

vignette|Maquette d'un navire de guerre de la flotte de - National Maritime Museum, Haïfa, Israël

La marine égyptienne est alors l'une des plus puissantes de son temps. Son entretien nécessitait l'établissement de ports et d'arsenaux permettant d'armer rapidement des navires restés à quai ou en cale sèche et dans certains cas acheminés par voie de terre jusqu'à un port de campagne.

Les sources égyptiennes évoquent les ports et les arsenaux de Pérou-Néfer, ce qui peut être traduit littéralement par bon voyage, dont la localisation n'est pas encore attestée. Traditionnellement identifié au port de Memphis il a été récemment proposé par Manfred Bietak de le localiser sur l'antique site de Hout-Ouaret, l'Avaris des Hyksôs.