Le Parti socialiste italien (PSI, Partito Socialista Italiano en italien) était un parti politique italien de gauche, fondé en 1892 par Filippo Turati, Guido Albertelli et Giuseppe Canepa, et dissous en .

Lors de sa fondation en 1892, dans la salle Sivori de Gênes son nom est Partito dei Lavoratori Italiani (Parti des travailleurs italiens) ; puis à Reggio d'Émilie en 1893, le nom devient Partito Socialista dei Lavoratori Italiani (Parti socialiste des travailleurs italiens) ; lors du congrès de Parme en 1895, il prend son nom définitif de Partito Socialista Italiano.

Le PSI, durant ses d'existence, connut de nombreux bouleversements et changea souvent d'orientation idéologique. Après avoir été le premier parti italien de masse à la fin du et au début du , il entra en crise sur la question de sa soumission à l'Internationale communiste, et en 1921, une fraction importante du PSI fit scission pour créer le Parti communiste d'Italie (qui devint ensuite le Parti communiste italien). Le parti, qui fut un opposant majeur du fascisme dès son apparition, fut dissous par décret le . Il se reconstitua alors en France grâce à l'impulsion de Luigi Campolonghi et du trésorier Ferdinando Bosso et participa de façon importante à l'antifascisme clandestin. En 1943, après le débarquement des Alliés et la chute de Mussolini, beaucoup de ses membres revinrent en Italie et s'impliquèrent dans la Résistance. Après la guerre, le PSI joua un rôle majeur dans la naissance de la République.

Après avoir renoué avec les communistes dans les années 1930, le PSI rompit avec eux à la suite de la répression de l'insurrection de Budapest par les troupes soviétiques en 1956. Il commença alors un rapprochement avec la Démocratie chrétienne, le premier parti du pays, débouchant dans les années 1960 sur une alliance de centre gauche. Ainsi, il forma, en 1966, avec le Parti social-démocrate italien (PSDI), le Parti socialiste unifié (PSU). Les deux partis fusionnent en 1968 au sein du PSI, mais les membres du PDSI s'en retirent dès 1969. Le parti resta alors ensuite tiraillé entre communistes et démocrates-chrétiens jusqu'en 1976, lorsque, sous l'impulsion de son nouveau secrétaire général Bettino Craxi, il abandonna toute référence au marxisme pour se diriger vers la social-démocratie. Il connut alors une ascension lors des années 1980, ponctuée par la présence de Craxi à la présidence du Conseil, de 1983 à 1987.

De 1992 à 1994, le scandale Tangentopoli révéla un vaste réseau de corruption et de financement illicite des partis politiques italiens, menant à la disparition de la plupart d'entre eux. Le PSI n'échappa pas à la tourmente, et disparut à la fin de l'année 1994, dans le cadre d'un profond bouleversement de la scène politique italienne.

Histoire

Naissance et débuts du parti (années 1860-1920)

Origines du socialisme italien (années 1860-1892) Le mouvement ouvrier italien se développe majoritairement dans la seconde moitié du , dans le cadre de la révolution industrielle et de l'unification de l'Italie. Les premières organisations sont des sociétés de secours mutuel ou des coopératives, dans un esprit avant tout solidaire. Mais à partir de 1864, Marx, Bakounine, Mazzini ou encore Garibaldi développent de façon importante le socialisme révolutionnaire dans la péninsule avec la Ligue Internationale des Travailleurs et l'Association internationale des travailleurs. Cependant, dans les années 1870, les dissensions s'intensifient entre bakouninistes partisans de l'insurrection, comme Errico Malatesta, et marxistes partisans de la propagande électorale, comme Andrea Costa. La section italienne de la Internationale continue de se réunir même après la dissolution de 1872, mais la fracture est toujours plus importante et les courants se distinguent de plus en plus nettement les uns des autres.

En 1881, Costa fonde à Rimini le Parti socialiste révolutionnaire de Romagne (qui change de nom en 1884 pour Parti socialiste révolutionnaire italien), et est élu député en 1882. La même année, le nouveau Parti ouvrier italien obtient également un élu, Antonio Maffi, à Milan. Les journaux et ligues socialistes se développent à un rythme croissant, comme la Ligue socialiste milanaise d'inspiration réformiste, créée en 1889 par Filippo Turati.

Premières années (1892-1914) left|thumb|Affiche du PSI pour le Le , à Gênes, le Parti ouvrier italien, la Ligue socialiste milanaise et un grand nombre d'autres organisations socialistes fusionnent pour former le Parti des travailleurs italiens (PLI, Partito dei Lavoratori Italiani en italien). Lors du congrès, 400 délégués sont présents, parmi lesquels Turati, Guido Albertelli et Antonio Labriola. Après une infructueuse tentative de médiation, les délégués anarchistes (environ 80) refusent d'adhérer à la nouvelle formation. Turati, en effet, est un partisan d'une adaptation du socialisme aux situations historiques, et admire en conséquence le puissant Parti social-démocrate d'Allemagne. C'est la dernière tentative d'accord entre anarchistes et socialistes.

Lancé sur la voie de la social-démocratie (au sens de l'époque), le PLI englobe en 1893 le Parti socialiste révolutionnaire italien de Costa. Cependant, en 1894, à la suite de la montée de l'anarchisme, le président du Conseil Francesco Crispi dissout le PLI lors d'une campagne de répression. Il se reconstitue alors clandestinement et adopte le nom de Parti socialiste italien pour la première fois. Aux élections de 1895 puis de 1897, 15 de ses représentants sont élus ; en 1900, ils montent à 33. En parallèle, les violences sociales sont toujours plus nombreuses. Le PSI décide alors de s'allier avec les républicains et les radicaux, ce qui divise le parti entre une aile révolutionnaire menée par Labriola et Enrico Ferri, et une aile réformiste menée par Turati. La division face à la stratégie à adopter conduit à l'exclusion des syndicalistes révolutionnaires en 1907.

Après cette scission de l'aile gauche du parti en arrive une nouvelle, cette fois-ci de l'aile droite. En 1911, l'attitude à adopter sur la conquête de la Libye par l'Italie provoque de graves divisions. Le courant de Leonida Bissolati et Ivanoe Bonomi soutient le gouvernement Giolitti IV et est en conséquence exclu du PSI ; ses membres fondent alors le Parti socialiste réformiste italien (PSRI). C'est également à cette époque que Benito Mussolini commence à gagner de l'importance au sein du parti, devenant directeur de son quotidien Avanti! en . Ces divisions internes n'entravent pas la progression du PSI, qui remporte aux élections de 1913 (les premières au suffrage universel masculin), contre 19 pour le PSRI et 8 pour les socialistes dissidents. Au printemps 1914, il conquiert même des villes comme Milan ou Bologne.

Le Parti socialiste est alors également impliqué dans la lutte contre la mafia.

Face à la guerre et la révolution russe (1914-1920) En 1914, lorsque la guerre éclate, le parti milite vigoureusement pour le maintien de la neutralité italienne. Mais une frange du parti, menée par Mussolini, qui était le directeur du L'Avanti !, le journal du parti, se prononce en faveur de l'intervention et est exclue en conséquence. Lorsque l'Italie entre en guerre en 1915, le PSI, selon la formule de son secrétaire général Costantino Lazzari, adopte la ligne « ni adhérer ni saboter ». Le parti se radicalise ensuite : en 1918, le courant maximaliste l'emporte au congrès ; l'année suivante, le parti adhère d'emblée à l'Internationale communiste fondée par le parti bolchevik, par à 3 lors d'un vote du Bureau politique. La même année, les premières élections au scrutin proportionnel donnent la première place au PSI, qui remporte 32 % des voix, soit de plus que le deuxième, le Parti populaire italien de Luigi Sturzo. Entretemps, l'Italie traverse la période du Biennio rosso: de nombreuses grèves et occupations d'usine ont lieu face à la crise de l'après-guerre, soutenues par le PSI, et beaucoup en viennent à envisager une révolution sur le modèle soviétique.

Scission communiste et antifascisme (1920-1946) Congrès de Livourne et montée du fascisme (1920-1926) Cependant, à l'été 1920, l'Internationale communiste décide de poser 21 conditions à ses membres et aux éventuels partis adhérents. Parmi celles-ci, en plus de l'obéissance totale à ses directives et de l'adoption du modèle léniniste du centralisme démocratique, le texte demande l'exclusion des courants réformistes, et cite même en exemple celui italien de Turati. Le parti se divise alors en deux camps. D'une part, Turati et ses partisans, appuyés par la majorité maximaliste ; de l'autre, les partisans de l'Internationale, comme Antonio Gramsci, Amadeo Bordiga ou Palmiro Togliatti, regroupés autour du quotidien L'Ordine Nuovo. Finalement, au congrès de Livourne en , quittent le PSI pour former un nouveau parti, le Parti communiste d'Italie (PCd'I). Aux élections de la même année, le parti chute à 24,7 % des voix et , contre 4,6 % et pour les communistes. En 1922, cependant, Turati se rend auprès de Victor-Emmanuel III lors des consultations pour résoudre la crise gouvernementale, brisant la règle du parti de non-collaboration ; l'aile réformiste est alors exclue et forme le Parti socialiste unitaire, qui compte également parmi ses membres Giacomo Matteotti, Sandro Pertini ou Giuseppe Saragat.

En parallèle, les socialistes sont de plus en plus persécutés par les squadristes fascistes. Le siège de lAvanti! est incendié, plusieurs cadres et députés sont violentés lors de raids, des heurts éclatent lors de manifestations... L'ancien membre du PSI Mussolini est de plus en plus virulent à l'égard du parti, ainsi que des syndicats. En 1922, il est nommé chef du gouvernement après la marche sur Rome. Lors des élections de 1924, le PSI s'effondre, ne remportant même pas 5 % des voix. De nombreuses accusations de fraude s'élèvent, dont celle de Matteotti, qui attaque le Parti national fasciste à la Chambre. Le , il est enlevé et tué ; son corps ne sera retrouvé que le . En réaction, le PSI prend part à la sécession de l'Aventin. Les lois fascistissimes donnent ensuite naissance au régime totalitaire fasciste : le , le PSI (ainsi que tous les partis politiques à l'exception du PNF) est dissous, et le 9, ses députés sont déchus de leur fonction. left|thumb|Filippo Turati (au centre) avec Carlo Rosselli (à droite) en 1932

Dans la clandestinité (1926-1943)