Cette page relate l'histoire de la production du cuivre. Le cuivre fut, avec l'or, le premier métal utilisé par l'Homme. Disponible sous une forme native dans des régions accidentées, de nombreuses petites mines se sont anciennement développées. Dès la fin du Moyen Âge, quelques grands sites commencent à apparaître en Suède, au Tyrol, en Saxe et en Hongrie.
Très utilisé car facile à transformer, ce métal va peu à peu subir la concurrence du fer, avant d'être réhabilité par le développement au début du de l'électricité et du téléphone, qui incite les industriels à rechercher des gisements au Chili, en Zambie, en république démocratique du Congo puis en Indonésie.
La production mondiale analysée par les glaciologues L'analyse des dépôts successifs de cuivre dans 21 carottes glaciaires prélevées en 1990-1992, à Summit, au Groenland, dans le cadre d'un programme européen, a permis d'évaluer la production mondiale sur une période de , allant de 1000 av. J.-C. jusqu'à la Renaissance, incluant les civilisations grecque et romaineCNRS-Info numéro 267 du 15 juin 1993..
Les concentrations de cuivre ont commencé à s'élever au-dessus des niveaux naturels il y a environ , pendant l'époque gréco-romaine, où elles sont en moyenne le double des concentrations naturelles. Elles se maintiennent à ce niveau au Moyen Âge, avant de monter rapidement à la révolution industrielle. Pendant l'ère médiévale, l'essentiel de la production provenait de Chine, et notamment pendant la dynastie Song du Nord (du au de notre ère) au cours de laquelle un deuxième maximum de production, proche de celui de l'époque romaine, a été atteint.
La courbe d'émissions de cuivre présente deux maxima d'environ par an, à l'époque romaineSungmin Hong, Jean-Pierre Candelone, Clair C. Patterson et Claude Boutron, « History of ancient copper smelting pollution during roman and medieval time recorded in Greenland ice », Science, 12 avril 1996, , . et à celle de la dynastie Song du Nord. Un troisième, dix mille fois plus élevé, correspond à la production mondiale actuelle de l'ordre de par an..
L'âge du cuivre, un minerai facile à fondre
Alors que des objets en cuivre datant de 8700 ont été retrouvés au Moyen-Orient, ou en Europe occidentale, l'âge du cuivre ou Chalcolithique, s'étend de à , suivant les régions (Italie, Suisse, Alpes, Cévennes, Espagne et Portugal).
Recueilli en faibles quantités, le cuivre natif est martelé puis fondu et moulé à environ, pour des pièces de taille modeste, comme des poignards à soie et alênes. À l'est de la Méditerranée, l'artisanat du cuivre s'est diffusé depuis la mer Égée et le Danube. Sur la façade atlantique, l'or est la première production métallurgique dominante jusqu'à celle du bronze. Plus tard, entre -1800 et -1600, le mélange de l'étain et du cuivre donne naissance dans ces régions à la métallurgie du bronze. C'est le premier véritable âge des métaux, à l'origine de nombreux bouleversements plus profonds.
Les mines romaines du Rhône, des Alpes, des Pyrénées et du Pays basque Les Romains exploitèrent les gisements trouvés par les Étrusques en Toscane. L'exploitation des mines de cuivre pourrait avoir précédé celle des mines de fer à l'île d'Elbe, comme dans tant d'autres pays de l'Antiquité, comme l’indique un passage d'Aristote. On retrouve aujourd'hui encore, entre Porto Ferrajo et Marciana, des scories de cuivre éparses qui datent de l'époque des Étrusques.
Les Romains exploitaient le minerai de cuivre par lixiviation (procédé qui consiste à extraire les éléments solides par un liquide ou un solvant, l’eau étant un solvant).. Ces gisements ne suffisaient pas. Ils durent aussi aller en Gaule.
Les mines de cuivre de Chessy ont été exploitées à l'époque romaine puis abandonnées, avant la reprise de l'extraction au , lorsqu'elles devinrent la propriété de Jacques Cœur. Les Alpes comptent d’autres mines de cuivre romaines, comme celle située à d’altitude, au-dessus du village de Saint-Véran, dans le Queyras, qui étaient exploitées dès l’âge du bronze () sur le territoire de la communeClaude Gouron (photographe), Hélène Vésian (auteur), Serre-Ponçon : voyage photographique au confluent de l’Ubaye et de la Durance, Le Pontet, Éditions Barthélemy et Hangar, 2004, .
Également en altitude, l'exploitation des mines de cuivre de Banca remonte aussi à l'Antiquité, dans la vallée de Baïgorry, dans la province historique basque de Basse-Navarre.
Les recherches archéologiques menées depuis 1997 ont montré qu'une mise en production des filons cuprifères de Banca eut lieu durant l'Antiquité, confirmant ainsi certains écrits du relatant la découverte de monnaies romaines de la fin du et des et s Ces recherches ont en outre démontré la technicité des mineurs antiques et leur intelligence dans la poursuite et l'exploitation des zones minéralisées.
Le réseau minier antique de Banca s’intégrait à une région riche en travaux importants de la même époque, tels ceux d'Arditurri (à Oiartzun, en Guipuscoa), de Larla (Saint-Martin-d'Arrossa et Saint-Étienne-de-Baïgorry) exploités respectivement pour plomb-argent et fer. Ces sites miniers témoignent de l'intense prospection réalisée au cours de la présence romaine dans les Pyrénées Occidentales.
Les mines suédoises et hongroises dominent le Moyen Âge Au Moyen Âge, le cuivre est la matière première de l'artisanat et de la quincaillerie : ustensiles de ménages et de cuisine, appliques et poignées de porte, plaques pour toitures métalliques, alliage pour les monnaies, clous, chevilles et vis pour les navires« Fugger, la première multinationale », Magazine Enjeux Les Échos de juillet août 2009.. Il répond à tous les usages.. Malléable, solide, facile à couler, s’alliant facilement à d’autres métaux, il remplace souvent le fer, plus compliqué à travailler.
Selon l'histoire des mines de Haute-Hongrie, la production de cuivre a occupé jusqu'à en Haute-Hongrie, région aujourd'hui slovaque, dont pour les villes voisines de Špania Dolina. et Banská Štiavnica, fondées en 748 sur les fortes pentes d'un volcan effondré, classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO, qui fut en 1627 la première mine à utiliser la poudre à canon.Matthias Sennowitz, Wilhelm Gottlob, Ernst Becker et Johann Friedrich Blumenbach, Travels from Vienna through lower Hungary, ..
Au , des colons allemands, appelés plus tard les « Allemands des Carpates », s'installent et baptisent les deux villes « Schemnitz » et « Kemnitz »La Révolution industrielle du Moyen Âge, Jean Gimpel, .. En 1217, le roi André II de Hongrie y perçoit le produit de la vente de d'argent, soit un huitième de la production annuelle du pays. L'exploitation des gisements d'or et d'argent attire une abondante main-d'œuvre de toute l'Europe centrale et deux églises romanes apparaissent dans les années 1230. Le sceau de la ville représente des marteaux croisés, pour l'activité minière. Le cuivre était un sous-produit de l'argent, séparé grâce à des techniques locales. La mine de cuivre de Herrengrunde, à 7 milles de Neufohl, exploitait de la pyrite cuivreuse richeChristoph Traugott Delius et Johann-Gottfried Schreiber, Traité sur la science de l'exploitation des mines, , ..
En Suède, la mine de Stora Kopparberget, dite de Falun, en service depuis 1347, assure un tiers de la production mondiale de cuivre, évacuée grâce à la Hanse. Les mineurs allemands y sont aussi à l'œuvre dès le . Le principal débouché du cuivre suédois est Lübeck, l'une des capitales de la coalition commerciale de la Hanse et premier marché du cuivre mondial.
Dans les années 1492-1494, les importations de cuivre suédois à Lübeck ont atteint un niveau exceptionnellement élevé (avec respectivement 2250, 2849 et 1806 Schiffspfund pour les trois années consécutives) alors que l'exportation de cuivre hongrois par le port polonais de Danzig et celui de Szczecin est en moyenne trois fois moins élevé : il s'élève en tout à pour la période 1495 à 1504, soit en moyenne par anPierre Jeanin, Le cuivre, les Fugger et la Hanse, ..
Après 1496, les mines suédoises ne peuvent maintenir le même rythme de production. Les éboulements catastrophiques de 1506 dans les mines de Falun sont peut-être dus à l'exploitation trop forcée de la période précédentePierre Jeanin, Le cuivre, les Fugger et la Hanse, .. Le succès des mines suédoises dans les années 1490 a semble-t-il soutenu la demande de cuivre et encouragé la concurrence des mines de Hongrie et du Tyrol.
Le Portugal exploite l'Afrique mais stimule la demande mondiale Dans la seconde moitié du , la pénurie d'or, la chute de Constantinople et la rupture de la route des épices par l'Asie imposèrent la recherche d'autres voies pour le commerce des épices et l'or du Soudan et de l'Empire Monomotapa. Le Portugal est alors le mieux placé pour entrer en contact avec le mythique royaume du « prêtre Jean », souverain de l'Éthiopie.
L'Empire colonial portugais s'étend en 1483, quand Diogo Cão atteint l'embouchure du Congo. En 1488, Bartolomeu Dias dépasse le cap de Bonne-Espérance et Vasco de Gama arrive aux Indes en 1498. En 1491, les portugais demandent aux africains du cuivre mais n'obtiennent que du ferMétallurgie et politique en Afrique centrale : deux mille ans de vestiges, par Marie-Claude Dupré et Bruno Pinçon, page 49. La demande européenne fait affluer vers les côtes le cuivre natif africain, accumulé depuis des siècles, sous forme de bijoux (comme les manilles), en particulier celui de la région de Bokkemeale (vers l'actuelle Sibitili) et les portugais diffusent le cuivre, en même temps que l'argent, vers l'Inde et le Brésil, une bonne partie des côtes africaines devenant aussi importatrices.
En 1496, Manuel du Portugal veut épouser la fille des rois d'Espagne, union conditionnée à l'expulsion des juifs portugais, actifs dans l'administration fiscale, l'artisanat, la médecine, l'astrologie, la cartographie, dont une partie devient de nouveaux chrétiens (conversos) et l'autre se réfugie à Anvers. Encore modeste, la ville devient une plaque tournante du commerce entre les colonies du Portugal et l'Europe centrale : les premières demandent du cuivre ou de l'argent, en échange d'épices, de bois et de cotonnades. Les Fugger, bien introduits car catholiques et banquiers de l'empire, vont vite s'emparer de ces échanges.
En 1505, Manuel donna mission à Francisco de Almeida d'élever des forteresses pour défendre les feitorias (comptoirs commerciaux) déjà fondées en Inde, à Cannanore, Cochim et Quilon. À la tête d'une armada, il va s'approprier la côte orientale de l'Afrique et bâtir de nouvelles feitorias fortifiées à Sofala et Quiloa pour empêcher l'approvisionnement des Maures en or. La troisième tête de l'empire commercial, la Casa da Guiné, devenue en 1503 Casa da India, fut la Feitoria de Flandres, fondée en 1508 à Anvers, où les Portugais redistribuaient les marchandises d'Orient vers l'Europe du Nord. Dès 1509, 49 % du cuivre des Fugger sort à Anvers, contre 13 % à VeniseLe chiffre et le songe: histoire politique de la découverte, par Jacques Blamont, page 272, l'autre plaque tournante vers l'Asie. En 1503, ils n'exportaient que 24 % de leur cuivre par Anvers.
Anvers et les banquiers allemands, commerce entre les Indes, le Tyrol et la Hongrie